Comptes rendus

13 octobre 2021
26 ans après: Bordeaux 1995
Club du mercredi
Organisateur : Philippe Desrosiers

À sa sortie, en primeur, 1995 a été généralement qualifié de grand millésime de garde à Bordeaux, malgré une certaine austérité due aux conditions climatiques. Une quinzaine d’année plus tard, les critiques étaient plus partagées, mais on pouvait lire que les vins de plusieurs châteaux étaient encore en grande forme. Qu’en est-il une décennie plus tard?

« Bordeaux 1995 »

L’année 2019-2020 de l’Académie démarre en force, avec une dégustation de vieux bordeaux. C’est ce que Philippe a proposé aux membres de l’Académie de vérifier, en dégustant dix bordeaux 1995 de bonne réputation. Tous les vins ont été décantés quelques heures avant cette dégustation qui, exceptionnellement, vu l’âge des vins, a eu lieu à étiquette découverte. La soirée s’est déroulée en trois volées.

Première volée: On commence par la rive droite, avec deux Saint-Émilion et un Pomerol. Étant donné que 1995 a été qualifiée d’année merlot, les attentes sont assez grandes.

Clos de l’Oratoire 1995 (Saint-Emilion Grand Cru Classé) Composé, en général, d’au moins 90 % de merlot, complété de cabernet franc et de cabernet sauvignon, ce vin est grenat d’intensité moyenne, avec une couronne peu évoluée. Le nez, d’abord assez discret, va en s’ouvrant dans le verre et est assez évolué; on y détecte des arômes de poussière, de cuir, peu de fruit, de l’oignon grillé et une pointe d’oxydation, avec une impression légèrement pointue (quelqu’un a dit ketchup). La bouche est beaucoup plus agréable; la structure est délicate, les tannins assez fondus, et l’acidité est bonne; le vin est très sec, peu fruité, mais tout en finesse et très bien équilibré. C’est un vin juteux, à la finale tertiaire de bonne persistance.

Château Magdelaine 1995 (Saint-Émilion Grand Cru, Premier Grand Cru Classé B), jusqu’en 2012 où il a été fusionné au Château Bélair-Monange). La robe est semblable au précédent. Le nez, plus ouvert, est classique, mais affecté par une légère pointe volatile. L’attaque est un peu molle et le vin est plus corsé, aussi sec, mais plus végétal (un peu trop pour certains); l’équilibre est bon et ça se termine avec une très longue finale plus astringente et plus grillée. Ce vin, le moins apprécié de la soirée, a sûrement connu de meilleurs jours.

Château Gazin 1995 (Pomerol). À l’œil, on ne dirait pas que ce vin a plus de 25 ans. Au nez, il est bien expressif et assez complexe, avec du bois, des herbes sèches, du fruit, du poivron. En bouche, il est assez corsé, encore sur le fruit (cerise, mûre) et assez nerveux, avec un équilibre irréprochable. La finale est fraîche, fruitée, peu évoluée, avec la note boisée qui revient et une bonne persistance.

Deuxième volée : On passe sur la rive gauche avec trois crus classés, deux de Margaux et un de Graves.

Château Ferrière (3e Grand Cru Classé de Margaux). Ce margaux, fait habituellement surtout de cabernet sauvignon (environ les 2/3) et de merlot (1/4), avec du cabernet franc et du petit verdot pour le reste, est aujourd’hui en biodynamie, mais il ne l’était pas à l’époque. La robe, peu évoluée, est plus foncée que les vins de la première volée. Le nez, assez intense, est fruité (prune), légèrement boisé et torréfié (grillé). La bouche n’est pas très grasse et plutôt acide, avec des tannins assez fondus et une note médicinale; côté équilibre, c’est un peu pointu, En fin de bouche, on retrouve un peu de fruit, avec une belle astringence et c’est assez long.

Château Giscours (3e Grand Cru Classé de Margaux). L’encépagement de ce château est à 60 % de cabernet sauvignon, 32 % de merlot et de cabernet-franc et petit-verdot pour le reste. La robe, d’intensité moyenne, montre de légers signes d’évolution. Le nez est plutôt discret, torréfié, sans aucune note végétale. Encore un vin au corps moyen, mais plus fruité (fruits noirs) et aux tannins plus fins, avec une très belle structure soyeuse et un équilibre impeccable. La finale est torréfiée (chocolat), avec une légère amertume très agréable et une très bonne persistance aromatique. Un vin racé.

Château Haut-Bailly (Pessac-Léognan, Cru Classé de Graves). Ici, l’encépagement est semblable à celui de Giscours. Le vin est assez foncé, avec des reflets pourpres de jeunesse. Il est bien ouvert au nez, assez fruité (cerise), avec les notes florale, végétale et minérale (graphite) des grands vins de Pessac. La bouche est toute en fraîcheur, avec du fruit, des tannins accessibles et un excellent équilibre; un vin droit, solide, un peu chaud mais encore fruité et qui a encore de belles années devant lui. Le champion de la soirée.

Troisième volée : Et, pour terminer, quatre vins de trois autres grandes appellations du Médoc.

Château Lagrange (3e Grand Cru Classé de Saint-Julien). Il est grenat assez pâle. Le nez est bien ouvert, charmeur, fruité (fruits rouges), peu boisé, avec une légère note d’écurie, d’épices, de végétal et une pointe de soufre (allumette). En bouche, c’est costaud, avec des tannins encore bien présents, une très belle acidité et une belle note de viande. On détecte, en fin de bouche, une légère note de réduction; un vin en tout début de maturité, encore astringent, mais sans défauts. Un très beau bordeaux.

Château Léoville Poyferré (2e Grand Cru Classé de Saint-Julien). Deuxième vin le plus apprécié de la soirée, ex aequo avec le Calon Ségur, il est encore assez foncé. Il offre des arômes intenses de torréfaction, avec des notes de vanille, de petits fruits, de camphre et est assez minéral. Il est bien sec, assez corsé, encore fruité, un peu pointu mais quand même équilibré. La finale est astringente (asséchante pour certains), fruitée, juteuse et assez persistante.

Château Batailley (5e Grand Cru Classé de Pauillac). De même couleur que le Léoville, il est plus boisé, plus évolué, plus tertiaire au nez, plus fumé aussi, minéral (mine de crayon), avec des fruits noirs et une note végétale marquée (de la verdeur même). La structure est très belle, il y a encore pas mal de fruit, mais c’est un peu carré et on ressent comme un trou en milieu de bouche. Un vin encore trop jeune pour être apprécié, mais qui a du potentiel.

Château Calon-Ségur (3e Grand Cru Classé de Saint-Estèphe). Ce dernier vin à la robe à peine plus évoluée que les trois précédents, est plutôt discret au nez mais assez complexe, légèrement fumé, avec une belle note végétale, de la poussière, du noyau. L’attaque n’est pas des plus vive, le corps est moyen, mais les tannins sont soyeux et l’acidité est bonne; ça donne un vin assez végétal mais très souple, bien équilibré et assez persistant. Il a été, avec le Léoville, le deuxième vin préféré des dégustateurs.

On ne peut que lever notre chapeau à Philippe pour la façon magistrale dont il a relancé les activités de l’AVO avec cette superbe dégustation qui place la barre à un niveau stimulant pour les prochaines. Après cet exercice, nous devons admettre que 1995, pour certains châteaux bordelais, est bien le grand millésime de garde qu’il prétendait être à l’origine, même que certains vins ne sont pas encore à leur meilleur après plus de 25 ans.

Lors de cette dégustation, les disparités de goût entre les participants, tous très familiers avec les vins de Bordeaux, ont été particulièrement marquées, au point où même les vins moins bien cotés en ont ravi plusieurs, et vice versa. Cela provoque toujours de très beaux débats.

Conclusion : Heureux ceux qui ont encore de beaux bordeaux 1995 en cave.

Alain Brault

20 octobre 2021
La Rioja
Club du mercredi
Organisateur : Philippe Muller

La dégustation est un sport extrême. Dans une dégustation à l’aveugle, trouver le vin qui n’appartient pas à la même catégorie que les autres est parfois très difficile, surtout quand c’est Louis qui choisit les vins. Cette fois encore, il nous convie à cet exercice périlleux et délicieux. Parions que nous aurons beaucoup de plaisir dans cette dégustation et espérons que nous ferons mieux que lors du premier « Trouvez l’intrus »…

« La Rioja »

Le 13 octobre 2010, de retour d’un voyage en Espagne, Philippe avait animé, à l’Académie, un atelier sur les vins de la Rioja, où il nous avait présenté trois catégories de vins : les traditionnels, les vins de terroir et les modernes. Vingt et un ans plus tard, il récidive, en se concentrant sur deux styles de vin rouge, le style « traditionnel » et le style dit « moderne ».

Il a classé dans la première catégorie les plus anciennes maisons qui produisent des vins d’assemblage, vinifiés et élevés en foudre de chêne neutre, surtout américain, avec un élevage souvent exceptionnellement long, surpassant les minimums requis par la DOCa pour les mentions Crianza, Reserva et Gran Reserva. La deuxième catégorie regroupe des maisons généralement plus récentes et qui produisent plusieurs vins monocépage en cuve inox, avec des élevages courts en petite barrique de chêne français, souvent neuf; ces vins portent parfois le nom de la parcelle dont ils sont issus et rarement l’une des trois mentions d’élevage.

Marc-André Gagnon a publié un article sur le sujet et un compte-rendu sur la dégustation de 2010 dans VinQuébec.

Évidemment, il y a plein d’exceptions se situant entre ces deux catégories, mais les vins ont été sélectionnés dans le but d’illustrer les deux styles bien marqués. On aura donc droit à une volée de vins traditionnels, suivie d’une volée de vins modernes et, pour dessert, de deux grands vins blancs traditionnels. Les vins ont été décantés avant la dégustation et ont été servis en double aveugle.

On débute donc avec une volée de cinq vins de trois maisons traditionnelles : des 2004 et 2005, deux millésimes classés « excellent » par le Consejo Regulador DOCa Rioja et « exceptionnel » par Wine Advocate.

Viña Bosconia Reserva 2005 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia. Cette cuvée est composée surtout de tempranillo (~80 %) complété de garnacho, mazuelo (carignan) et graciano. À l’œil, c’est le plus pâle et le plus évolué de la volée. Le nez est bien ouvert et charmeur, avec un beau bois vanillé et des notes balsamiques; certains y ont détecté une pointe volatile. L’attaque est juteuse, le vin assez fruité (cerise rouge, griotte), avec des tannins souples, bien fondus, un bois bien dosé, une belle maturité et un très bon équilibre. La finale est bien sèche, boisée, torréfiée, un peu surette pour quelques-uns et la persistance aromatique est très bonne. Ça commence bien; ce premier vin se classe troisième préféré des dégustateurs, ex aequo avec deux autres.

Viña Tondonia Reserva 2005 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia. Mêmes cépages que le Bosconia, mais avec généralement un peu mois de trempranillo et plus de mazuelo. Le vin est un peu plus foncé et moins évolué. Au nez, il est plus discret, plus boisé, bien fruité et très torréfié. La bouche est fine et élégante, bien sèche, mais plus joufflue, avec un beau boisé, une très belle acidité, des tannins plus présents, du chocolat et de la cerise; un vin plus puissant et très équilibré. La fin de bouche est très fraîche, boisée, avec une belle amertume; un vin très complexe et très persistant.

Viña Tondonia Reserva 2004 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia. Du même producteur, le même vin, mais d’un millésime différent, ce 2004 est moins évolué que le précédent. Au nez, on ajoute un peu de noyaux et une note grillée. En bouche, il est plus gras, plus fruité, plus rond et plus soyeux, avec une note de café et un superbe équilibre. Un vin moins nerveux que les deux premiers, mais où tout est très bien intégré. Ex aequo en troisième place avec le Bosconia.

Viña Real Gran Reserva 2004 (DOCa Rioja), Compañía Vinicola del Norte de España (C.V.N.E.). Viña Real a été fondée en 1920 par C.V.N.E qui remonte à la fin du 19e siècle. Le gran reserva est fait essentiellement de tempranillo, avec un peu (~5 %) de graciano. À l’œil, il est identique au Tondonia 2005. Il est bien ouvert au nez, très torréfié, avec un beau bois vanillé et une note fumée; fermenté en inox avec 2 ans en fût (pas si traditionnel, mais de longue garde), il est plus fruité que les précédents. En bouche, il est corsé, très fruité, bien gras, charnu, tout en rondeur et parfaitement équilibré. La finale fruitée est quand même plutôt boisée et la longueur est bonne.

Prado Enea Gran Reserva 2005 (DOCa Rioja), Bodegas Muga. (A remplacé le 2004 défectueux prévu originalement.) La robe est bien jeune et la plus foncée de la volée. Bien ouvert aromatiquement, il est épicé, torréfié (chocolat), boisé et bien fruité. Il est assez corsé, avec des noix, une note caramel (sucre d’orge) et un superbe fruité qui lui donne de la rondeur et un très bel équilibre. En fin de bouche, le fruit vient compenser pour le bois assez marqué et l’on retrouve une amertume qui n’a pas plu à tous; c’est très long.

Pour la volée moderne, quatre vins d’autant de producteurs, des millésimes 2007 et 2011, cotés de « très bon » à « excellent », dépendamment des sources.

Altos Lanzaga Gran Viñedo 2007 (DOCa Rioja), Viñedos Telmo Rodriguez. Ce vin grenat assez foncé est intense et riche au nez, avec de la cerise, une note fumée marquée et une légère note faisandée qui va en s’atténuant. L’attaque est vive et la bouche est ronde, très fruitée, avec de beaux tannins fins, un bois discret, de l’olive noire et une certaine chaleur; l’équilibre est presque parfait. Ça finit sur les fruits cuits et une note légèrement médicinale. C’est le deuxième vin préféré de la soirée.

Sierra Cantabria Colección Privada 2007 (DOCa Rioja), Viñedos y Bodegas Sierra Cantabria. Ce mal-aimé de la soirée est foncé, presque opaque, avec une légère évolution. Le nez est très intense, très fruité, médicamenteux, épicé (réglisse noire), chocolaté et alcooleux (14 %/vol.). La bouche est corsée, malgré des tannins assez faciles; le vin est très fruité, enveloppant et la réglisse prend beaucoup de place; l’équilibre est acceptable malgré l’alcool. Le vin est très long, avec de l’amande amère et toujours trop de réglisse.

Vinas de Gain 2007 (DOCa Rioja), Artadi Viñedos y Vinos. Ce vin grenat moyennement foncé est plus discret au nez, avec la même épice (anis), mais bien dosée, plus de bois, une pointe végétale, une note de café et un peu de fumée. Il est aussi corsé que le précédent, mais plus tannique et un peu lourd. La fin de bouche, très, très longue, est dominée par le bois.

Cirsion 2011 (DOCa Rioja), Bodegas Roda. Fait à 100 % de tempranillo, il est vinifié dans du chêne français et élevé en barriques neuves, également françaises. Il est complètement opaque et très jeune (rubis) à oeil. Le nez est assez discret et peu défini, avec un bois vanillé, du fruit très mûr et une curieuse note de cornichon sucré. Il est solide en bouche, corsé mais avec une certaine délicatesse malgré une forte extraction, boisé (on goûte le bois neuf) et très fruité (cerise), avec une belle acidité qui équilibre assez bien le tout. La finale est très astringente, fumée et de bonne longueur. Un vin très bien fait, le plus éloigné du style classique.

Et, enfin, les deux grands riojas blancs traditionnels, d’une des rares maisons à encore produire ce type de vin.

Viña Gravonia Crianza 2004 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia. Ce vin, fait à 100 % de viura (macabeo), passe quatre ans en barriques. La robe est d’un beau jaune paille éclatant. Le nez est intense, avec la note oxydative classique, des noix grillées (amande), beaucoup de fruit (litchi, agrume, coing), du miel et une belle minéralité. La bouche n’est pas grasse, mais de bonne tenue, tout en fraîcheur, très aromatique et complexe (fruits, épices, noix, bois). La fin de bouche fumée et épicée fait saliver. C’est l’autre vin classé troisième par les participants, malgré qu’il ait souffert de la comparaison avec son grand frère, le Viña Tondonia.

Viña Tondonia Reserva 2004 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia. En plus du viura, ce vin contient de la malvasia nera (10 %) et l’élevage dure dix ans, dont six en barriques. D’un bel or foncé et très brillant, il fait penser à un vieux sauternes.
D’une intensité aromatique exceptionnelle, il est très complexe, bien oxydatif, vanillé, fumé, épicé (bonbon à la cannelle), avec beaucoup de noix (noisette, amande). En bouche, il est bien gras (presque huileux), avec les noix et les épices qui reviennent, une belle chaleur et une note qui rappelle le botrytis; quelqu’un a même parlé de scotch tourbé; l’équilibre est impeccable. Après avoir recraché (ou avalé pour certains), la langue reste nappée, la bouche fraîche et la persistance aromatique est interminable. La grande vedette de la soirée, à l’unanimité!

Chez les traditionnels, les principales caractéristiques étaient évidentes, la finesse en bouche, le bois américain, l’oxydation, malgré les variations de style entre les producteurs : plus corsé chez C.V.N.E. et Muga et plus boisé chez ce dernier. Il a également été intéressant de constater les variations dues aux cuvées et au millésime parmi les vins de López de Heredia, producteur mythique de la Rioja. Chez les modernes, la tâche était moins évidente, les disparités entre les vins étant beaucoup plus marquées. On a quand même noté le boisé, moins vanillé, plus neuf, une plus grande extraction et un taux d’alcool plus élevé.

En ce qui concerne les deux blancs de López de Heredia, quelles merveilles! On se désole que ce style de vin blanc soit en voie de disparition.

Ne manquait que le rosé traditionnel (encore plus rare!). Dommage; une autre fois peut-être.

Merci Philippe.

Alain Brault

3 novembre 2021
Châteauneuf-du-Pape millésime 2007
Club du mercredi
Organisateur : Mario Couture

Rares sont les années où les membres de l’Académie n’ont pas eu l’occasion de participer à une dégustation de vins des Côtes du Rhônes, du Nord, du Sud ou de toute la région. Cette année, la dégustation se limite à une seule (croyait-on) appellation : Châteauneuf-du-Pape.

 

« Châteauneuf-du-Pape 2007 »

Après une courte présentation sur cette AOP, Mario nous a servi trois volées de châteauneufs rouges. Tous les vins ont subi une double décantation et ont été servis en double aveugle.

Première volée :

Domaine du Grand Tinel 2007. Cet assemblage de grenache (80 %) et de syrah est grenat assez pâle légèrement évolué. Il est intense au nez, mature (tertiaire), avec du cuir et une note d’écurie (brett), ainsi qu’une légère note volatile. Rond et soyeux en bouche, il est charmeur, avec les mêmes arômes évolués qu’au nez, des tannins très fondus et une certaine chaleur (15 %/vol); seul bémol : il est peu fruité (pruneau). La fin de bouche est chocolatée, légèrement amère et assez persistante. Un vin définitivement prêt, en grande forme pour certains, un peu dépassé pour d’autres.

Domaine la Millière 2007 Vieilles Vignes. Dans celui-ci, la syrah, le mourvèdre, le cinsault et la counoise (10 % chacun) viennent compléter la base de grenache noir. La robe très brillante est semblable à celle du vin précédent. Le nez est beaucoup plus discret, moins évolué, peu tertiaire, avec du chocolat, des petits fruits rouges et du sucre d’orge; contrairement aux deux autres, on n’y trouve aucune note animale. La bouche, assez grasse, est bien charpentée et, malheureusement dominée par l’alcool (15 % également); les tannins sont assez fins mais bien présents et un beau fruité se développe après quelques minutes dans le verre. La finale est chaude, bien longue, avec des fruits confiturés, une belle astringence et un très léger goudron.

Domaine du Vieux Lazaret 2007 Cuvée Exceptionnelle. Ici, la recette est plus simple : du grenache noir, de la syrah et du mourvèdre. Un autre vin à 15 % d’alcool par volume. D’intensité moyenne, le nez est épicé, assez mature, légèrement animal, avec des notes de menthol, de fumée et de sous-bois. Moyennement corsé, c’est le plus équilibré des trois et le plus fruité tout en restant bien sec; il s’améliore beaucoup dans le verre. La finale est juteuse, torréfiée et sans aucune amertume. Un vin très apprécié.

Deuxième volée :

Clos Saint Jean 2007 Vieilles Vignes. Celui-ci est fait de 75 % de grenache et de 15 % de syrah, complétés de mourvèdre, cinsault, muscardin et vaccarèse. Le vin est moyennement expressif au nez, fruité, mais peu défini. La structure est assez solide, le vin épicé, mais la bouche est râpeuse et assez lourde. La finale est marquée par l’alcool.

Domaine de la Charbonnière 2007 Les Hautes Brusquières Cuvée Spéciale. Fait de grenache (60 %), de syrah (39 %) et de counoise, celui-ci est plus pâle, plus avancé. Le nez est discret, et épicé (cannelle, menthol). La bouche est moins grasse, plus équilibrée, plus fraîche, bien fruitée, très sèche, avec des tannins bien fondus, une note de noix (amande) et un alcool bien dosé. En fin de bouche, on détecte une note végétale et du goudron et c’est assez persistant. Un très beau châteauneuf.

Domaine la Roquète 2007. Un vrai GSM : grenache, syrah, mourvèdre. Le vin est assez foncé, avec une trace d’évolution. Au nez, il est moyennement expressif, très avancé, avec des notes de cornichon et de caoutchouc; peu agréable. En bouche, il est rond, plutôt bien équilibré, assez corsé, avec des tannins enrobés, de la tomate séchée et du sucre brun. Le caoutchouc revient en finale, avec un peu de fruit derrière et une belle astringence. Une bouteille défectueuse pour plusieurs.

Troisième volée :

Château de Beaucastel 2007. Ici, tous les cépages autorisés en AOC Châteauneuf-du-Pape sont présents. La robe est encore assez foncée et peu évoluée. Le nez est bien ouvert, un peu tertiaire, avec du fruit et du chocolat (cherry blossom) : fantastique. La bouche est grasse, les tannins assez fondus, l’acidité bonne, avec des petits fruits bien mûrs et de l’anis (réglisse noire); l’équilibre est impeccable. La finale est grillée, avec une belle amertume, du camphre et de la réglisse sans excès et une très bonne persistance aromatique. Certainement pas à son apogée. C’est le troisième vin le plus apprécié de la soirée, derrière les deux vedettes qui suivent.

Domaine Grand Veneur 2007 Les Origines. Un autre GSM, à la robe identique au Beaucastel. D’intensité aromatique moyenne, il est plus épicé, plus fruité (cerise, mûre, prune), avec de la poussière; un nez plus profond, plus complexe. Il est corsé, bien gras, avec une texture assez fine mais beaucoup de matière, de la cassonade, une note d’eau-de-vie de fruit, du pruneau, des épices et une belle astringence; certains lui ont trouvé une légère lourdeur, mais il n’y a pas eu consensus sur l’équilibre. La fin de bouche est torréfiée (chocolat), fruitée (cerise), avec une chaleur agréable (l’eau-de-vie de fruit revient) et c’est très, très long. Le vin le moins évolué du lot, voire de la soirée et la grande vedette, ex aequo avec le Coudoulet qui suit.

Coudoulet de Beaucastel 2007 (AOC Côtes-du-Rhône). Fait de grenache (30 %), de mourvèdre (30 %), de syrah (20 %) et de cinsault (30 %), le Coudoulet est issu de vignes situées juste en dehors de l’appellation Châteauneuf-du-Pape. La robe, d’une intensité, moyenne, montre une légère évolution. Le nez, d’abord discret, s’ouvre dans le verre sur une légère note de réduction, un beau bois bien dosé, des fruits noirs et de la garrigue; une très belle complexité. En bouche, tout est très beau : l’équilibre, la rondeur, l’acidité, le fruité, l’astringence, les arômes (fruit, épices, torréfaction); un vin de grande classe, très élégant. La finale fruitée et épicée est bien persistante. L’autre grande vedette de la soirée, avec le Grand Veneur.

Domaine du Vieux Télégraphe 2007 « La Crau ». Ce dernier vin contient du grenache noir (65 %), du mourvèdre et de la syrah (15 % chacun), complétés de cinsault, de clairette et de quelques autres cépages autorisés. Il est translucide, plus pâle que les trois autres et plus brique. Au nez, il est bien ouvert, mais peu agréable, chauffé, piqué, oxydé. En bouche, il est végétal, très délicat, très oxydé, avec du chocolat au lait et du sucre brun. La finale est oxydée et il est très long, mais à quoi bon. La grande déception de la soirée; sûrement passé date, probablement une bouteille défectueuse.

Durant cette dégustation, plusieurs sujets de discussion revenaient sans cesse, comme les styles plus traditionnel ou plus moderne et, surtout, le potentiel de vieillissement des CdP. À ce sujet, plusieurs inconditionnels de l’appellation ont émis l’opinion qu’un châteauneuf « normal », d’un bon producteur, d’un bon millésime, atteint sa maturité après six à huit ans seulement, tout en admettant que certaines cuvées de très grands producteurs, comme le Château de Beaucastel, Rayas, etc, ou de millésimes exceptionnels, comme 1989, 1990 et 1998, nécessitent un très long élevage en cave.

Mais un des principaux objectifs de la dégustation était d’évaluer le millésime 2007, très encensé à sa sortie; Robert Parker l’avait même qualifié de « vintage of a lifetime ». Depuis, la cote du millésime a été revisée à la baisse par plusieurs experts, mais pas par robertparker.com. Si l’on se fie à l’échantillon que nous avons dégusté ce soir, après quatorze ans, les vins sont plutôt évolués, un peu trop pour certains, mais plusieurs tiennent encore la route. Seuls deux vins, le Grand Veneur « Les Origines » et le Coudoulet de Beaucastel ont vraiment brillé. Le Château de Beaucastel s’en est aussi très bien tiré, mais on s’attend à plus de cette icône de l’appellation. On excuse l’autre grand nom de l’appellation, Vieux Télégraphe, dont la bouteille a été jugée défectueuse; dommage.

La dernière volée nous a réservé une surprise de taille : un intrus, le Coudoulet de Beaucastel et, du même coup, une troisième occasion, pour plusieurs membres de l’Académie, de le comparer au même millésime de son grand frère, le Château de Beaucastel. En effet, en octobre 2019, ces vins du millésime 2010 ont été comparés lors d’une dégustation de l’AVO et l’exercice a été répété pour le millésime 2009, quelques mois plus tard, lors d’une dégustation privée. Les comptes rendus de ces dégustations peuvent être consultés dans VinQuébec. Pour la troisième fois, le Coudoulet a été préféré au Beaucastel. Peut-on en conclure que le Coudoulet est meilleur? Je n’irai pas jusque-là. Si l’on accepte que le Château de Beaucastel nécessite un vieillissement en cave beaucoup plus prolongé que le Coudoulet, on peut présumer qu’à millésime égal, le Coudoulet sera plus agréable tant que le Beaucastel n’aura atteint sa maturité et qu’à ce moment-là, un Coudoulet du même millésime risque d’être fatigué, sinon dépassé. Cet exercice démontre cependant que, pour un tiers du prix, on peut avoir un superbe vin, du même style et requérant beaucoup moins d’années de cave. Une occase!

En conclusion, la dégustation que Mario nous a concontée a été des plus intéressantes et a généré beaucoup de discussions assez animées. Que du plaisir!

Alain Brault

10 novembre 2021
Les vins du Piémont
Club du mercredi
Organisateur : Stéphane Gagné et Richard Archambault
Pour leur dégustation de cette année, Richard et Stéphane ont décidé de s’attaquer au nebbiolo du Piémont, un des cépages les plus (sinon le plus) difficiles d’accès avant vingt à trente ans de cave et parfois beaucoup plus. De plus, tout comme Philippe Muller l’a fait il y a quelques semaines pour les vins de la Rioja, ils ont choisi comme thème la différence entre les modernistes et les traditionalistes.
 

« Les vins du Piémont »

Ils ont d’abord, dans une courte présentation, souligné les principaux changements préconisés par les modernistes, à partir des années ‘60 : les vendanges vertes, l’utilisation de barriques (souvent de chêne français) au lieu des énormes foudres ou botti (habituellement de chêne slovène), donc moins d’oxydation; des macérations beaucoup plus courtes, donc moins d’extraction de tannins; le contrôle des tempétatures; un .levage sou bois plus court; la primauté du terroir; etc; tout ça dans le but de remplacer ces vins « imbuvables au moment de l’embouteillage » (Aldo Conterno) par des vins plus fruités, plus souples, moins tanniques, prêts à boire beaucoup plus rapidement.

Parmi les traditionnalistes les plus connus ici, on retrouve Bruno Giacosa, Aldo Conterno, Giacomo Borgono, Bartolo Mascarello et bien d’autres. Chez les modernistes : Renato Ratti et Elio Altare, les pionniers, Chiara Boschis, Roberto Voerzio, Angelo Gaja, etc.

On a eu droit à trois volées, une de barbaresco, une de langhe et une de barolo. Comme d’habitude à l’Académie, la dégustation s’est déroulée en double aveugle.

On commence dans le camp des traditionnalistes, avec, comme mise en bouche, un vin blanc de Bruno Giacosa :

Roero Arneis 2020 (DOCG Roero), Bruno Giacosa. Ce vin, jaune paille très brillant, est fait à 100 % d’arneis, un cépage autochtone du Piémont (Langhe et Roero) aussi appelé nebbiolo bianco. Il est bien aromatique, fruité (fruits blancs), avec des notes florale, végétale et minérale (craie). L’attaque est fruitée, le vin a du corps, une belle acidité, il est très sec, presque astringent et bien équilibré. En fin de bouche, c’est du fruit, de l’amertume (amande amère) et une légère chaleur. Ce vin bien fait mais simplet devrait perdre son amertume et gagner en complexité avec l’âge. Il est difficile à apprécier en jeunesse.

Pour la première volée de rouges, deux vins de Barbaresco, où la guerre entre les deux clans n’a pas fait rage comme en Barolo où l »on parle de ‘guerre’ :

Barbaresco 2012 (DOCG Barbaresco), Produttori del Barbaresco. Rubis clairet, il est très ouvert au nez, très médicamenteux, fruité (griotte), avec des fines herbes séchées et une note de réduction qui s’atténue dans le verre. L’attaque est très vive, mordante même; il manque de corps tout en étant très fruité et les tannins sont asséchants. La finale est surette, avec une note de goudron et le médicamenteux qui revient, et il n’a pas vraiment de longueur. Une grosse déception pour les nombreux fans de Produttori.

Barbaresco 2012 (DOCG Barbaresco), Cantina del Pino. Ce vin est encore plus pâle que le précédent, mais plus brillant. Il est aussi intense au nez, plus fruité, épicé (camphre), terreux, avec des notes animale, d’olive noire et de réglisse. Il est plus corsé, aussi astringent, plus extrait et plus équilibré, malgré ses tannins de jeunesse. La fin de bouche est astringente et juteuse et la persistance aromatique est bonne. Peu typé nebbiolo, plusieurs l’ont pris, comme le précédent, pour du dolcetto ou de la freisa.

Deuxième volée : trois vins de la DOC Langhe, crée en 1994, bien après le début du conflit et utilisée surtout par les modernistes dont les suivants :

Arte 2014 (DOC Langhe), Domenico Clerico. Arte est composé de 90% de nebbiolo et 10% de barbera. Il est assez foncé et pas tout à fait limpide. Le nez est discret, presque éteint, avec une faible odeur de bouchon. Le vin s’exprime plus en bouche, chocolaté mais pas fruité et plutôt amère; très austère. Pour plusieurs, une bouteille défectueuse.

Bricco Manzoni 2010 (DOC Langhe), Rocche dei Manzoni. Même cépages, mais 80-20. Grenat encore plus foncé, il offre un très beau nez, bien ouvert, assez complexe, très nebbiolo, avec des fruits cuits, des épices, de la viande, du goudron et de la rose. En bouche, il est charnu, assez équilibré, très sec et bien tannique, avec du fruit et une belle acidité. En finale, c’est du fruit et de l’astringence et la longueur est bonne. Le vin le plus apprécié de la soirée, presqu’à l’unanimité.

Nebbiolo di San Francesco 2017 (DOC Langhe), Roberto Voerzio. 100 % nebbiolo, il est très pâle : un rosé plutôt qu’un rouge. Le nez est bien expressif, assez typé nebbiolo avec, en plus, de la fumée, du bonbon à la cannelle, une note minérale et du zeste d’agrumes. L’attaque est soyeuse, la texture très belle, grasse, avec des tannins relativement accessibles et une nonne dose de fruit, le tout très bien équilibré et assez long. Deuxième vin préféré de la soirée, ex aequo avec un autre moderniste : Elio Altare.

Et on arrive à la volée de barolos, un qui pratique les deux méthodes, deux modernistes et un traditionnaliste.

Barolo Serralunga d’Alba 2013 (DOCG Barolo), Fontanafredda. Étant resté à l’écart de la ‘chicane’ dès le début, Fontanafredda, traditionaliste à l’époque, pratique aujourd’hui les deux méthodes, selon le style désiré pour chaque cuvée. Celle-ci est grenat clairet. Le nez est moyen et dominé par le fruit (griotte, cerise au marasquin). Le corps est moyen, l’acidité bonne, les tannins relativement fondus, mais encore fermes et le fruit (cerise, fraises sauvages) bien présent; l’équilibre est très bon. La finale est juteuse, bien sèche et assez complexe. Un style assez classique malgré la facture modern et bien apprécié.

Barolo Marcenasco 2013 (DOCG Barolo), Renato Ratti. C’est à Renato Ratti qu’on attribue généralement la paternité du mouvement moderniste. Marcenasco est son tout premier vignoble (1965). Ce 2013 est clairet, très intense au nez, avec du fruit, de l’olive noire, de la fumée, du goudron, mais des notes boisée et médicamenteuse qui prennent un peu trop de place. L’attaque est austère, les tannins serrés et on retrouve les notes médicamenteuses et de goudron en bouche. La finale est fruitée et astringente. Ce vin est beaucoup trop jeune et a tout ce qu’il faut pour tenir longtemps.

Barolo Arborina 2010 (DOCG Barolo), Elio Altare. Elio Altare est, avec Renato Ratti, un des pionniers du mouvement moderniste. Le cru Arborina est situé dans le secteur Annunziata de La Morra. Ce vin est beaucoup plus foncé que les trois autres. Il est très aromatique, fruité, épicé (anis), assez marqué par la barrique française neuve. Le vin est assez corsé, le plus riche, le plus moderne du lot, avec de la réglisse et du goudron. Ça finit sur les herbes sèches et, évidemment, le bois et c’est très, très persistant. C’est le deuxième vin préféré de la soirée avec le Langhe de Voerzio.

Barolo 2012 (DOCG Barolo), Giacomo Borgogno & Figli. D’un des quelques traditionnalistes de la sélection, ce dernier barolo présente une robe claire typique du nebbiolo. Le nez, d’intensité moyenne est très fruité et bien typé également. La bouche est moyennement corsée, bien fruitée, les tannins accessibles et l’équilibre impeccable. La finale est sèche, torréfiée, et de bonne persistance. Un vin racé, malgré une certaine raideur.

Un contrat bien difficile pour Stéphan et Richard et une dégustation très exigeante pour les participants. Étant donné qu’aucun vin n’avait atteint sa pleine maturité, ils étaient difficiles à apprécier, surtout pour un millésime moyen comme 2012, servi à côté de millésimes exceptionnels comme 2010 et 2013.

Dégustation exigeante mais quand même instructive. Les trois vins préférés de la soirée viennent de producteurs classés parmi les modernistes, mais leur sur-représentation enlève surement du poids à cette victoire. On observe aussi qu’il y a de très grands producteurs et de très grands vins dans les deux clans et que beaucoup de producteurs font des cuvées dans les deux styles et même des assemblages de cuvées des deux styles.

La dégustation de Richard et Stéphan aura permis à plusieurs de renouveler leurs références sur ces deux styles de vin qui ont toujours cours, même si la plupart des avancées œnologiques récentes ont été intégrées par tous ou presque. Merci messieurs.

Alain Brault

24 novembre 2021
La Californie
Club du mercredi
Organisateur : Denis Desjardins

Lors de la programmation de cette dégustation, Denis nous a proposé «un survol des deux cépages emblématiques de la Californie: le Chardonnay et le cabernet sauvignon». Il nous a aussi promis «de belles surprises». Étant donné les différences culturelle et climatique majeures entre la Californie et la France et la préférence clairement majoritaire, chez les participants, pour le style Vieux Monde, on peut dire qu’ils’agissait d’une proposition plutôt audacieuse.

 

« La Californie »

Première volée: Le chardonnay

Chardonnay 2010 (AVA Napa Valley) Grgich Hills Estate

D’un beau jaune doré, ce premier vin est le plus apprécié des chardonnays et la vedette de la soirée. Il est bien aromatique, avec des fruits mûrs (pomme, poire) et un boisé (français) fin, discret. L’attaque est soyeuse, la bouche grasse, très fruitée, légèrement boisée et très bien équilibrée par une belle acidité. La fin de bouche est fruitée et juteuse, avec un peu d’amertume et de chaleur (14,1 %/vol). Seul bémol : la persistance aromatique est limitée. Un vin très élégant.

Chardonnay 2012 (AVA Santa Rita Hills) Brewer-Clifton

Celui-ci est plus pâle et très limpide. Au nez, il est aussi ouvert, mais un peu plus évolué et assez complexe, avec un bois plus marqué, du sucre d’orge, des fruits confits et des notes épicées. La bouche est assez bien structurée et fruitée, avec une acidité assez marquée qui essaie de compenser pour le bois et l’alcool (14,5 %/vol) trop présents. La finale est vanillée, sucrée, chaude et très longue. Le vin le moins apprécié de la dégustation, à cause du chêne et de l’alcool.

Chardonnay 2013 (AVA Sonoma Coast) Flowers Vineyards & Winery

Ce chardonnay fermenté en barrique est d’un beau doré assez riche. Au nez, il est plus discret mais très agréable, avec un fruité épicé, des fleurs blanches et de la minéralité. En bouche, il est rond, gras, minéral, bien fruité, avec une belle fraîcheur et une légère amertume, le tout assez bien équilibré et moins alcooleux (13,5 %/vol). Un style de vin qui s’apparente plus à un bourgogne.

Chardonnay 2013 (AVA Napa Valley) Château Montelena

Très limpide, celui-ci est jaune doré, mais conserve des reflets verdâtres. Le nez est intense, assez boisé, fruité (agrumes) et floral. L’attaque en bouche est fraîche et fruitée; il est un peu moins corsé que les précédents et bien boisé (quoique le bois passe mieux en bouche qu’au nez), avec la pêche qui vient s’ajouter aux agrumes, de l’amertume et de la chaleur. La finale est bien boisée et bien sèche. Un vin qui est encore loin de la maturité, à revoir dans dix ans.

Chardonnay Monte Bello Estate Vineyard 2009 (AVA Santa Cruz Mountain) Ridge Vineyards

D’un beau doré riche, ce dernier chardonnay, qui n’a pas fait consensus parmi les dégustateurs, est bien ouvert, très bois vanillé, très caramel, avec des notes épicée et florale. La bouche est très corsée, très boisée (trop pour plusieurs), avec des fruits tropicaux (mangue), de la pêche et une note sucrée (miel); côté équilibre, un peu plus d’acidité n’aurait pas nui. Il est assez persistant, mais ce qui dure, c’est le bois, le caramel et l’alcool (14,5 %/vol).

Deuxième volée : le cabernet sauvignon

Cabernet Sauvignon Caldwell Vineyard 2012 (AVA Napa Valley) Pearl Morissette

D’un rubis très foncé avec des reflets violacés de jeunesse, ce premier cabernet est moyennement expressif au nez, très fruité (fruits rouges) et légèrement animal (brett). En bouche, le corps est moyen, le fruité intense, les tannins peu agressifs et le bois bien intégré; l’équilibre est excellent. La fin de bouche est toute en fruit et en fraîcheur, et la persistance est très bonne. Pas un vin d’une grande complexité, mais délicieux et prêt à boire.

Cabernet Sauvignon Antica 2010 (AVA Napa Valley) Antinori Family Estate.

Celui-ci est carrément opaque mais plus évolué. Le nez, intense, fait plus penser à un cabernet franc avec une note terreuse prononcée (betterave) qui accompagne les arômes de fruit noir et une légère note végétale. En bouche, le vin est ample, bien fruité (bleuet), plutôt boisé, minéral, avec la note terreuse qui revient, le tout très bien équilibré. La finale est juteuse et fruitée. Un vin d’une belle complexité et sans la surmaturation qu’on observe souvent dans les cabernets californiens.

Cabernet Sauvignon 2005 (AVA Napa Valley) Caymus Vineyards

Un autre vin opaque mais encore plus évolué, au nez ouvert sans plus, boisé, grillé, très épicé (cumin), avec une note minérale et des fines herbes (thym sec). Un peu lourd en bouche, il fait très « nouveau monde », avec sa forte extraction, ses fruits cuits (bleuet, mûre, cassis), de la torréfaction et des tannins bien enrobés; heureusement que l’amertume vient compenser le côté sucré (bonbon) et le manque d’acidité. Ça finit sur des notes médicamenteuses de bois vanillé, de mélasse, de torréfaction et d’alcool. Une bête à concours qui a quand même obtenu la meilleure note des cabernets, ex aequo avec le Kenwood.


Cabernet Sauvignon Calistoga 2013 À (AVA Napa Valley) Château Montelena

Celui-ci contient un peu de merlot et de cabernet franc. Depuis le premier cabernet, les robes vont en évoluant, malgré les millésimes. Ce Montelena est bien ouvert, très fruité et chocolaté, avec une belle note animale marquée. En bouche, moyennement corsé, c’est un concentré de fruits très mûrs, équilibré par une belle acidité et des tannins enrobés, et qui finit sur le sucre brun et la cassonade; assez persistant mais pas très complexe.

Cabernet Sauvignon Artist Series 2010 (AVA Sonoma County) Kenwood Vineyards

Autre cabernet très bien noté, avec le Caymus, ce dernier est bien aromatique, très fruité et épicé (cari, cardamome); qualifié de « dépaysant », il fait penser au style amarone. La bouche est corsée, quand même assez sèche, avec des tannins plus présents, beaucoup de fruit, une bonne acidité et la finale est fruitée, chaude et très longue. Déroutant pour un cabernet sauvignon, ce vin mérite encore plusieurs années de cave.

En conclusion:

Issu du cépage blanc le plus important de la région, le chardonnay californien est surtout connu pour sa rondeur, sa chaleur et ses arômes prononcés de chêne, mais de plus en plus de maisons produisent des vins plus nerveux, moins alcooleux et peu ou pas boisés. Comme prévu, la préférence des dégustateurs est allée, et de loin, aux vins au boisé et à l’alcool plus discrets, Grgich et Flowers, tandis que les vins plus riches, Brewer-Clifton et Ridge ont été moins bien notés. Le seul vin assez boisé à avoir été bien coté est le Montelena, grâce à son très bel équilibre. Denis nous a servi cinq vins couvrant une belle gamme de styles, ce qui a rendu l’exercice très intéressant.

Curieusement, pour les cabernets, c’est le contraire qui s’est produit; les préférés ont été deux vins bien boisés, le Caymus et le Kenwood, et les moins appréciés ont été l’Antinori et le Montelena, deux vins moins concentrés. Encore une fois, une exception parmi les moins gros, le Pearl Morissette a été très bien coté; s’il y a eu une « belle surprise » parmi ces vins, c’est bien celui-là.
 

Merci, Denis, d’avoir osé nous sortir de nos habitudes; de telles dégustations sont nécessaires pour nous empêcher de nous enliser dans nos préjugés.

Alain Brault

23 mars 2022
Viva España
Club du mercredi
Organisateur : Louis Grignon

Après nous avoir fait faire un tour de France et un giro d’Italia l’année dernière, Louis nous emmène maintenant en Espagne.

Parions qu’il nous servira encore de très beaux flacons de sa cave, vieillis à point et que les meilleures régions productrices d’Espagne seront à l’honneur.

¡Hasta Pronto!

« Viva España »

Il a surement fallu de nombreuses années à Louis pour monter cette dégustation de grands vins espagnols, presque tous à maturité, le plus jeune ayant une douzaine d’années et les plus vieux presque vingt-trois ans. Il faut aussi mentionner que certains de ces grands d’Espagne ont déjà été servis à l’Académie, ce qui a pour effet de hausser les attentes des dégustateurs. C’est donc un sérieux défi que Louis s’est imposé et, pour ce faire, il a choisi de limiter sa sélection aux vins de la Rioja et de la Ribera del Duero, à une exception près.

Tous les vins servis ont subi une double décantation quelques heures avant la dégustation tenue, comme à l’habitude, en double aveugle.

Première volée : Deux reservas de la DOCa Rioja et un intru.

Viña Tondonia Reserva 2006, R. López de Heredia Viña Tondonia.

Un assemblage classique à base de tempranillo (70 à 75 %), complété de garnacho, de graciano et de mazuelo. Ce premier vin est grenat assez pâle, avec une couronne légèrement évoluée. Le nez est intense, bien boisé (bois de santal), peu fruité, avec des notes de fumée, de café noir et de sous-bois : belle complexité. En bouche, le fruit ressort mieux dès l’attaque, les tannins donnent une certaine austérité, mais le vin est peu corsé, très délicat, fin, racé; son acidité ajoute une remarquable fraîcheur au bois de santal et au fruité bien dosés, ce qui donne un équilibre impeccable. Un vin de style
Rioja classique, traditionnel, délicieux.

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Marqués de Murrieta Reserva 2010, Marqués de Murrieta.

Un assemblage des mêmes cépages que le Tondonia, mais avec encore plus de tempremillo (80 à 95 %). La robe de celui-ci est un peu plus foncée et bien plus jeune.

Le nez est plus discret, plus fruité (cerise, figues, pruneau), avec du chocolat noir et un bois vanillé qui va en augmentant. La bouche, peu fruitée, est un peu lourde, astringente et plutôt amère, tout en gardant une texture assez soyeuse. La finale, très longue et dominée par le bois vanillé est tannique et chaude (14 %/vol).

Mas la Plana 2003 (DO Penedès), Miguel Torres.

Ce vin, fait exclusivement de cabernet sauvignon, est rubis opaque, encore bien jeune à l’œil. Le superbe bouquet, d’intensité moyenne, est composé de fruits mûrs, d’un beau bois légèrement vanillé, de fumée, de cuir et de tabac : belle complexité encore une fois.

Le vin est astringent dès l’attaque, bien sec, gras, corsé, d’un style plus moderne, avec plus d’extraction et un fruité prononcé, tout en restant bien équilibré. En fin de bouche, boisée et tannique (sans excès), des notes animale et salée viennent s’ajouter et l’alcool (14 %/vol) se fait sentir. Le vin préféré de la volée.

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Deuxième volée : Trois gran reservas de la DOCa Rioja.

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Viña Real Gran Reserva 2008, Compañía Vinícola del Norte de España.

Celui-ci est composé presque uniquement de tempranillo, avec un peu (~5 %) de graciano. D’un rubis profond, presque opaque, et peu évolué, ce premier Gran Reserva est assez discret aromatiquement, bien fruité (fruits rouges), raisonnablement boisé, épicé et minéral, avec une note animale qui va en s’estompant. L’attaque est bien fruitée, la bouche grasse, avec des tannins enrobés, un bois bien dosé, de la torréfaction et l’acidité nécessaire pour équilibrer le tout. Un vin encore jeune, qui finit sur le fruit et le chocolat. D’un style très différent des deux suivants, il a été bien
apprécié.

Faustino I Gran Reserva 1999, Bodegas Faustino.

Un assemblage de tempranillo (~85 %), de graciano et de mazuelo. La robe, grenat aux reflets brique, est plus claire, plus évoluée. De bonne intensité aromatique, ce vin offre de belles notes animales (pas brett), du bois (chêne américain), des olives et des épices (poivre, cannelle, muscade). Il est corsé, puissant, bien équilibré, avec une belle fraîcheur, des fruits noirs et des tannins encore solides. La finale très agréable est fraîche, fruitée et de bonne longueur. Un vin à point qui tiendra encore des années.

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Marqués de Murrieta Gran Reserva 2007, Marqués de Murrieta.

Même assemblage classique que le Murrieta Reserva de la volée précédente. Comme le premier vin de la volée, celui-ci est presque opaque et peu évolué à l’œil. Au nez, il est assez ouvert, torréfié (chocolat), fruité (cerise, zeste d’agrumes) et crémeux, avec une très légère oxydation rappelant le « goût de jaune » des xérès. En bouche, il est rond, gras, avec un beau fruité (dattes), des tannins fins mais bien présents et un boisé bien dosé. La finale, très persistante est fruitée et torréfiée. Deuxième vin le plus apprécié de la soirée, ex aequo avec l’Alión 2006, ce Murrieta n’a pas fini de s’améliorer.

Troisième volée : trois vins de la DO Ribera del Duero, tous faits à 100 % de tempranillo.

Condado de Haza Crianza 2005, Alejandro Fernández.

Grenat très foncé, ce premier vin est moyennement aromatique, très fruité (fruits mûrs, cuits), torréfié, épicé (réglisse, cumin), avec une belle note végétale. La texture en bouche est impressionnante; il est ample, concentré, encore bien tannique, torréfié,
avec une légère note animale et de l’alcool (kirsch). La fin de bouche est torréfiée, peu fruitée, astringente et chaude. Un vin encore trop jeune.

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Tinto Pesquera Crianza 2005, Alejandro Fernández.

Pas tout à fait limpide, ce vin est grenat avec des reflets orangés d’évolution. Il est bien ouvert au nez, très fruité, avec des notes épicée, animale et fumée de smoke meat.

L’attaque est fruitée (prune), le vin bien rond, avec des tannins fins, granuleux, un fruité magnifique et un très bel équilibre. En fin de bouche, c’est le fruit qui persiste très longtemps, avec une certaine chaleur (14 %/vol) qui se fait sentir. Ce vin, qui a encore bien des années devant lui, est le grand champion de la soirée, à l’unanimité!

Alión 2006, TEMPOS Vega Sicilia.

Ce dernier vin rouge, à la robe plus évoluée que le Pesquera 2005, est plus aromatique, épicé, bien fruité, minéral, avec des notes d’olive et de goudron. La bouche est ronde, souple, très sèche et bien fraîche; les tannins sont présents mais assez fondus et les saveurs sont dominées par le chocolat, les fruits noirs et les olives noires. L’équilibre est irréprochable. La finale est fruitée, chocolatée, boisée et très, très longue. Deuxième vin le plus apprécié de la dégustation, avec le Murrieta Gran Reserva 2007.

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Quatrième volée :

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Viña Tondonia Blanco Reserva 1999 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña
Tondonia.

Ce vin est fait en grande partie de viura (~90%), complété de malvasía. La robe dorée, avec des reflets ambrés, est très limpide. Le nez intense est typique, oxydatif, fruité (pomme cuite, coing), avec des noix (amande, noix de Grenoble), de la cire d’abeille et des épices. En bouche, le corps est moyen, avec une texture légèrement huileuse, du
fruit, du zeste d’orange, les noix qui reviennent et un caractère oxydatif plus discret qu’au nez; l’équilibre est magnifique. La fin de bouche est fraîche, avec une saveur de crème pâtissière et le rancio qui continue, le tout très persistant; mais on en voudrait
plus. Un régal!

La première volée a été un peu plus laborieuse que les suivantes et c’est le cabernet sauvignon Mas la Plana qui a eu la faveur des dégustateurs, face à deux des plus grands noms de la Rioja. Notons, à leur décharge, que c’était un des plus vieux vins de la soirée.

Les Gran Reservas de la deuxième volée ont été beaucoup plus appréciés. Cette fois, c’est le Murrieta qui l’emporte, malgré le fait qu’il soit huit ans plus jeune que le Faustino, qui s’est quand même très bien classé.

La volée la mieux cotée de la soirée a été celle des vins de la Ribera del Duero. Le Pesquera a battu l’Alión de peu et le Condado suit de très près. Notons que l’Alión 2006 a été servi à l’Académie le 15 mars 2017, lors d’un « Dix ans après »; jugé alors peu mature, il avait moins bien performé.

Enfin, le Tondonia blanc, considéré comme un des plus grands vins blancs traditionnels d’Espagne a très bien clôturé la soirée. Il s’est classé quatrième ce soir mais, à une dégustation de « Verticales de Rioja matures », le 8 février 2017 (par M.-É. LeSieur), ce Reserva 1999 avait remporté les honneurs avec une note parfaite.

C’est toujours un plaisir de déguster ces grands classiques espagnols dont le caractère boisé très marqué en jeunesse, s’intègre si bien avec l’âge, pour donner des vins d’une grande complexité et d’une grande finesse à maturité. On ne s’en lasse pas; à preuve, cette dégustation est la plus cotée, à l’Académie, depuis très longtemps. Chapeau, Louis!

Alain Brault

13 avril 2022
La vie en rose
Club du mercredi
Organisateur : Philippe Richer

Pour son anniversaire, cette année, Philippe nous a préparé une dégustation, à
l’aveugle, de dix vins rosés : du jamais vu à l’Académie. Son objectif est de prouver aux
participants que les rosés ne sont pas que des vins de terrasse et qu’il existe parmi eux
de très grands vins, dignes des caves les plus prestigieuses. Tout un programme!

« La vie en rose »

Première volée : trois vins mousseux, trois mono-cépages différents, deux pays.

Trentasei 2014 Brut Metodo Classico, (DOC Lambrusco di Sorbara), Cantina della
Volta

Le nom de ce vin, fait à 100 % de lambrusco di Sorbara, signifie qu’il passe au moins 36 mois sur lies. C’est le plus pâle des trois, tous parfaitement translucides. Au nez, il est discret, fruité, très épicé (cannelle, cumin, cardamome, ras el-hanout), floral (rose), avec une note de miel. L’attaque est assez pointue, la bouche est bien fruitée, très sèche;
l’acidité très rafraîchissante, dure longtemps en finale, mais la persistance aromatique est moindre.

Champagne Rosé de Saignée Brut Nature 2014, Pierre Gerbais.

D’un beau rose léger aux reflets rubis, ce 100 % pinot noir a une effervescence plus importante et est plus aromatique, bien fruité (fraise), avec une note de levure. Il est plus gras en bouche, aussi fruité (pomme granny Smith, poire), plus complexe, moins acide, mieux équilibré, avec une légère amertume en fin de bouche et une bonne longueur.

Champagne Rosé de Saignée ‘Les Beaudiers’ Extra Brut 2014, Laherte Frères.

Rose saumon limpide, ce dernier mousseux, fait exclusivement de pinot meunier (une rareté), est encore plus expressif, très épicé, encore plus brioché, avec un léger rancio.

La bouche, très fine et plus mousseuse, est bien sèche, complexe, fruitée (fruits rouges, canneberge), avec le rancio qui revient. La finale, légèrement surette, avec ses notes oxydative et tertiaires est très, très persistante. De loin le préféré de la volée. 

Mousseux

Deuxième volée : deux vins faits exclusivement de pinot noir, deux régions, un pays.

Marsannay Rosé 2017, Domaine Bruno Clair.

Celui-ci est rouge clair avec des reflets orangés. Le nez est bien ouvert, floral, avec une légère note animale. La bouche, bien sèche, plus fine que grasse, est fruitée (fruits rouges compotés) et bien équilibrée par une belle acidité et une légère amertume. La fin de bouche, assez longue, est sur le fruit et les épices, avec une astringence agréable.

Chavignol 2015 (AOC Sancerre). Pascal Cotat

La robe est rose saumon assez pâle. Le nez, très intense est superbe, complexe, fruité (pêche, rhubarbe) et très floral (rose). En bouche, il est plus sec et plus corsé que le Marsannay, bien épicé, avec de la minéralité et un beau fruité : un vin très raffiné et très bien équilibré. En finale, c’est la fraîcheur, le fruit, les épices (cannelle), une certaine chaleur malgré son très raisonnable 12 %/vol et c’est très persistant. Le plus apprécié de la paire.

Troisième volée : deux vins du Piémont à base de nebbiolo.

Nervi Il rosato 2019, Roberto Conterno.

Selon le site de la SAQ, c’est un 100 % nebbiolo, mais selon une autre source, il contiendrait 10 % d’uva rara. Il est saumon très pâle, limpide, avec un disque clair, aqueux. Aromatiquement, il est assez discret, peu défini, minéral, floral (rose fanée), avec une légère note sucrée qui rappelle la crème pâtissière. La bouche est ronde, avec du fruit, une bonne acidité, des tannins assez présents, une note de réduction discrète et de la chaleur (13,5 %/vol), alcool qui persiste longtemps en finale.

Elatis Vino Rosato 2019 (Vino da tavola), Comm. G. B. Burlotto.

Fait à 75 % de nebbiolo et 25 % de pelaverga, ce Burlotto est rouge orangé plus foncé que le Nervi, mais tout aussi limpide. Il est assez intense au nez, plus minéral, avec des fruits rouges et des fleurs blanches. Il offre également une très belle texture; il est plein, un peu plus sec, juteux, avec une légère amertume et des tannins qui viennent parfaitement équilibrer le tout. Un vin harmonieux, même s’il contient autant d’alcool que le précédent. Une des deux grandes vedettes de la soirée avec le Simone, presqu’à l’unanimité.

Quatrième volée : deux vins, une région, deux appellations, plusieurs cépages.

Bandol Rosé 2016, Domaine Tempier.

Ce vin est composé de mourvèdre (environ 50 %), complété de grenache et de cinsault. La robe saumon est très limpide. Le nez est d’intensité moyenne et de belle complexité, avec des fruits cuits, des fleurs blanches, du miel et des fines herbes. La bouche est corsée, grasse, presque huileuse, avec un beau fruité, des tannins fins et enrobés, une note herbacée et une légère minéralité. En finale, très longue, on détecte un caramel épicé et une petite chaleur (14 %/vol).

Château Simone Rosé 2017 (AOC Palette).

Ce rosé est un assemblage complexe de grenache (45%), de mourvèdre (30%), de cinsault (5%), et de 20% d’autres cépages dont la syrah, le castet, le manosquin, le carignan, et divers muscats. Il est plus rouge et plus foncé, avec une légère teinte orangée. Au nez, il est plus discret, mais plus fruité (fraise) et épicé. En bouche, il est moins corsé, plus délicat, plus fruité, plus sec, plus tannique et plus nerveux que le Tempier. La fin de bouche est fruitée, assez persistante et l’alcool ne dérange pas, malgré un fort 14,4 %/vol. C’est l’autre grande vedette de la soirée, avec le Burlotto.

Cinquième volée : pour conclure, un grand classique espagnol.

Viña Tondonia Rosado Gran Reserva 2008 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña
Tondonia.

Composé de garnacho (60%), de tempranillo (30%), et de viura (10%), ce dernier vin est rouge clair, très brillant. Il est très expressif et complexe au nez, bien rancio, assez fruité (zeste d’orange), avec du bois de santal, du cèdre, des épices (cannelle) et une note
florale (rose). L’attaque est puissante, mais la structure demeure délicate; il est très sec, avec des tannins fins et une belle acidité qui donnent un équilibre parfait, et on y détecte du fruit, du rancio (moins qu’au nez) et des noix (noisette). La finale, sur le rancio et le fruit, est interminable. Un vin d’exception!

Servis, comme les autres vins, dans des Riedel Ouverture, les mousseux montraient peu d’effervescence, mais une belle intensité aromatique; aucun n’est monté sur le podium, mais le Laherte est passé bien près. Parmi les trois paires qui ont suivi, on retrouve les deux grands gagnants, ex aequo, l’Elatis de Burlotto et le Château Simone, avec le Chavignol de Cotat pas très loin derrière. Et qu’ajouter de plus à propos du superbe Tondonia, qui occupe la troisième place, si ce n’est qu’il s’agit d’un vin dans une classe à part.

Comme à son habitude, Philippe a tenu à faire établir, par les dégustateurs, un deuxième classement, selon le nombre de personnes qui ont trouvé (ou non) ces vins « orgasmiques ». Dans ce cas, le grand vainqueur est, et de loin, le Tondonia; il est suivi du Simone, du Laherte et du Cotat, presqu’à égalité et, enfin, du Burlotto.

On doit conclure que Philippe a très bien défendu sa thèse : il existe de grands rosés dignes d’être mis en cave et d’accompagner les repas les plus raffinés (seul bémol : leur prix). C.Q.F.D. Merci Philippe.

Alain Brault

20 avril 2022
Blancs: Les interdits
Club du mercredi
Organisateur : Marc-Étienne LeSieur
L’idée de Marc-Étienne, derrière ce thème, est de favoriser les découvertes en interdisant les catégories de vins que nous dégustons le plus souvent. Pour cette première expérience, il a choisi de s’attaquer aux cépages; il a donc exclu les
cépages blancs suivants »: le chardonnay, le sauvignon blanc, le sémillon, le pinot gris, le riesling, la marsanne, la roussanne, le chenin blanc et le viognier.
 
Cette dégustation en quatre volées a été faite à l’aveugle, comme à l’habitude.

« Blancs: Les interdits »

Première volée : Le melon de Bourgogne.

Melon de Bourgogne “The Honeymoon Barrel” 2017 (VQA Prince Edward County), Keint-He
 
Jaune pâle, ce premier blanc est bien ouvert au nez, fruité (pomme), floral, avec du beurre, une boisé très discret, une légère note fumée et une touche minérale. En bouche, il a une belle tenue, sans être corsé, il est bien fruité, très sec, mais trop acide pour être équilibré (malgré une malo complète). La finale est surette (rhubarbe) et dure. Sa grande qualité »: son petit 10,5 % d’alcool/volume. Pas parmi les préférés de la soirée.
Domaine de La Grenaudière 2014 (AOC Muscadet – Sèvre-et-Maine Clisson), Ollivier Père & fils
 
Jaune doré beaucoup plus riche que le précédent, celui-ci est plus expressif, plus exotique, bien minéral, plus évolué, avec du bois vanillé, épicé. En bouche, il est très, très sec, minéral, avec un beau fruité, un léger perlant et une acidité marquée mais acceptable. La fin de bouche est fruitée, un peu pointue et de bonne longueur. Le préféré de la volée.
Clisson 2016 (AOC Muscadet – Sèvre-et-Maine Clisson), Famille Lieubeau
 
Cet autre Clisson, vinifié en grappes entières et élevé 24 mois sur lies, est d’un jaune doré entre les deux précédents. Il est aussi expressif au nez, fruité
(pêche), avec une note qui rappelle le botrytis. La bouche est plus ronde, plus grasse, bien sèche, avec une acidité bien dosée cette fois. La finale est épicée, mais assez austère (métallique), chaude (13″%/vol) et très persistante. Le mal aimé de la soirée.
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Deuxième volée : Les aromatiques

Château Musar blanc 2008
 
Ce blanc libanais, fait de cépages indigènes, l’obaideh (aux deux tiers) et de merwah, est toujours très recherché par les amateurs de vins exotiques et
rancios, mais on a pu observer une chose surprenante lors de l’arrivage de ce millésime »: une même caisse pouvait contenir des bouteilles typées, assez foncées, rancios et complexes en même temps que d’autres beaucoup plus pâles et plus simples. C’est une bouteille de cette deuxième catégorie que Marc-Étienne nous a servi. Il est maintenant d’un beau jaune paille étincelant,
moyennement aromatique, très épicé (poivre, zeste d’orange) et fruité (poire, pêche, litchi), mais avec une note volatile, vinaigrée. En bouche, il est très sec, assez bien équilibré et très légèrement oxydatif. La fin de bouche est juteuse, fruitée, mais acre et un peu courte. Une déception pour les aficionados.
Roque 2014 (IGP Côtes Catalanes), Domaine Gauby
 
Ce vin de muscat à petits grains et muscat d’Alexandrie est ce qu’on appelle un vin orange, vinifié comme un rouge, sur peau et grappes entières. La robe est justement orangée, pâle et brillante. Le nez est très intense, mais plutôt singulier (zeste d’orange, poivre rose, pamplemousse), très épicé, avec une note fumée et
une note fermentaire qui rappelle la gueuze. La bouche est bien sèche, fruitée (pêche) et fait un peu bonbon. La finale est peu intéressante, mais très, très longue; un des dégustateurs a même ajouté « »on a bien hâte que ça finisse »». Il s’agit du dernier millésime de ce vin produit à ce jour. Il a été préféré, de peu, au Musar.
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Troisième volée : Les sérieux

Coume Gineste 2014 (IGP Côtes Catalanes), Domaine Gauby
 
Un autre Gauby fait, celui-ci, de grenache blanc et de grenache gris à parts égales. Il est jaune doré limpide, puissant au nez, relativement simple, fruité
(pomme verte) avec des noix (amande) et une légère note oxydative qui rappelle le Gravonia (Rioja). L’attaque est très vive, le vin corsé, bien sec, avec une belle acidité, un beau fruité, une légère amertume et une note salée surprenante. La fin de bouche est fruitée et fait saliver, mais un peu amère »: un vin de bouffe. Un des deux préférés de la soirée.
Trebbiano d’Abruzzo 2010 (DOC Trebbiano d’Abruzzo), Azienda Agricola Valentini
 
Fait exclusivement de trebbiano et ayant subi un élevage de 24 mois en botti (foudres), sans collage ni filtration, ce vin d’un producteur mythique des Abruzzes est l’autre grande vedette de la soirée. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas ici d’ugni blanc (Cognac) appelé trebbiano en Italie, mais d’une variété appelée trebbiano abruzzese. D’un jaune doré un peu plus pâle mais aussi limpide, il est aussi intense au nez, plus complexe, plus élégant; il est minéral, floral, avec des notes de sous-bois (champignons) et d’herbes séchées (thym, romarin). Il est plus difficile d’accès en bouche, avec une attaque un peu rêche, une acidité marquée et un léger perlant; mais les arômes y sont, avec du pain grillé en finale et une bonne longueur.
 
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Quatrième volée : Le dessert.

3 Miradas Sierre de Montilla Vino de Pueblo 2019 (DO Montilla-Moriles), Alvear
 
Ce Montilla-Moriles sec est fait, à 100%, de pedro ximénez et est élevé huit mois en cuve de béton, sous voile. Il est jaune pâle avec de légers reflets verdâtres. Le nez est intense, fruité (pomme verte), avec une note de levure qui rappelle le saké. L’attaque en bouche est assez vive, le vin est bien sec, fruité, alcooleux (13,5 %/vol), avec une note terreuse; c’est un peu pointu côté équilibre. En fin de bouche, la pomme verte revient, on a une impression de tannins très fins et la persistance aromatique est exceptionnelle.
Gewurztraminer 2011 (AOC Alsace Grand Cru Goldert), Zind-Humbrecht
 
D’un beau doré assez riche et très limpide, ce gewurztraminer est très aromatique, bien fruité (abricot, litchi), floral, avec du miel et une légère
minéralité. Très gras en bouche, il nappe le palais; il est bien fruité (abricots secs) et très sucré (62 g/l), avec une légère amertume et une certaine chaleur
(13,5 %/vol). La finale est fruitée, grillée (crème caramel) et magnifiquement persistante. La troisième place de la soirée.
Pedro Ximénez Solera 1910 (DO Montilla-Moriles), Alvear
 
Fait exclusivement de pedro ximénez, un cépage blanc d’Andalousie, ce vin est brun-rouge très foncé, opaque même; pour obtenir ce résultat, il est fait à partir de raisins séchés au soleil et il subit un élevage oxydatif sous un système «criadaras y soleras » initié en 1910. C’est une bombe aromatique! Il est très torréfié (café), très tertiaire (dates, pruneaux, caramel). Il est sirupeux en bouche,
mais le sucre (4,9 g/l) passe assez bien, équilibré pas l’acidité et l’amertume; il est très complexe et on retrouve les arômes tertiaires du nez, avec des noix, de la confiture de bleuets et une note fumée qui s’ajoutent en fin de bouche, ainsi qu’une certaine chaleur (15 %/vol). La persistance aromatique est
exceptionnelle. Ce vin extraordinaire est un dessert en lui-même, mais pas au goût de tout le monde, semble-t-il.
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Nous avons donc eu droit au melon de Bourgogne de la Loire et d’un ontarien, à deux cépages autochtones du Liban »: l’obaideh et de merwah, aux muscats à petits grains et d’Alexandrie d’Espagne, aux grenaches blanc et gris du Sud de la France, au trebbiano abruzzese, au pedro ximénez d’Andalousie et au
gewurztraminer d’Alsace. Une belle sélection qui ne manquait pas de défis. 
 
Après deux volées difficiles, les melons de Bourgogne, le Musar atypique et le vin orange de Gauby, la troisième volée, appelée judicieusement « »les sérieux »», nous a présenté les deux grandes vedettes de la soirée, le grenache de Gauby et le bombino de Valentino, deux vins originaux, complexes et racés. Parmi les « »desserts »», c’est sans surprise le plus sucré, le gewurztraminer de Zind-Humbrecht, qui a remporté la palme, suivi de près cependant par l’extraordinaire pedro ximénez Solera 1910 d’Alvear; encore là, deux grands vins dont on devrait (aurait dû, pour la plupart) garnir nos caves. 
 
Marc-Étienne nous a présenté une sélection plutôt risquée, mais l’exercice a été des plus instructif et très agréable. Cette formule des « »interdits »» est à répéter,
sans faute.
 

Alain Brault

11 mai 2022
L’Espagne hors des sentiers battus
Club du mercredi
Organisateur : Laurent Gémar

Pour cette occasion, Laurent a sélectionné douze vins espagnols assez rares par leur origine, leur style, leur élaboration, leur producteur ou, dans le cas de producteurs connus, par la cuvée. Il a débuté la soirée par une courte présentation sur les vins, les cépages et les appellations d’Espagne et, durant toute la dégustation, sur chaque vin et producteur présenté. Cette dégustation en quatre volées s’est déroulée à l’aveugle, comme à l’habitude.

« L’Espagne hors des sentiers battus »

Première volée : Deux vins blancs de monocépages, régions et producteurs différents.

Ad Libitum Maturana Blanca 2020 (DOCa Rioja), Bodegas Juan Carlos Sancha
Ce premier vin est fait uniquement de maturana blanca, « le plus ancien cépage enregistré dans la Rioja », selon le Consejo Regulador DOCa Rioja. Il est jaune pâle très limpide, très aromatique, fruité (pomme, agrumes), avec une note florale et une minéralité qui apportent une certaine complexité. Il est rond, gras en bouche, bien fruité (fruits confits), sec et très bien équilibré. En finale, on détecte de la crème caramel et de la chaleur (13,5 %/vol). Jeune mais délicieux, c’est le 2e vin le plus apprécié de la soirée.

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La Serra Blanc 2018 (DO Terra Alta), Herència Altés
Ce vin de Catalogne est fait à 100% de garnacha blanca. Il est un peu moins pâle que le précédent et très brillant. Le nez, d’abord d’intensité moyenne, s’ouvre avec le temps; moins bien défini, on y retrouve des notes florale, herbacée et minérale. À l’attaque, on détecte un léger perlant; il est assez gras, plus sec, aussi équilibré et ce sont les notes florale et herbacées qui dominent en bouche. La fin de bouche est assez chaude (14,5 %/vol) et austère, avec de l’amande amère.

Deuxième volée : Quatre vins blancs de Galicie.

Davila L100 2013 (DO Rías Baixas), Adegas Valmiñor
Un autre monocépage, le loureiro cette fois. Il est jaune paille brillant, moyennement aromatique, peu défini, fruité (pomme, zeste de citron) et très minéral. L’attaque en bouche est vive; c’est un vin tout en fraîcheur, bien fruité (pomme granny Smith), bien sec, légèrement herbacé, avec une note florale. La finale est très fruitée, assez vive et de bonne longueur.

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Selección de Añada 2012 (DO Rías Baixas), Pazo Señorans
On continue avec un 100 % albariño jaune verdâtre. Le nez est très intense, très (trop pour certains) herbacé (gomme de sapin), floral, épicé (anis), fruité (framboise, litchi), alcooleux (schnapps à la pêche), avec une note fumée. En bouche, il est corsé, assez vif et très fruité (pamplemousse rose) et ça finit sur les agrumes et très pétrolé. Pour la garde.

Sketch 2016 (DO Rías Baixas), Bodegas y Viñedos Raúl Pérez
Même appellation, même cépage, plus doré, mais plus discret au nez, avec fleurs jaunes, pâte d’amande, pomme blette, miel, pruneau, une note terreuse et du bonbon au beurre. En bouche, c’est assez gras, bien équilibré, avec du fruit, des champignons, le tout rappelant le crème soda. Un vin dépaysant.

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Emilio Rojo 2016 (DO Ribeiro), Adega Emilio Rojo
Toujours de Galicie, c’est un des vins blancs les plus recherchés (et les plus chers) de la région, un assemblage (70 % treixadura, 10 % loureiro, 10 % albariño, 5 % godello et 5 % lado). Il est jaune paille très brillant, bien ouvert au nez, assez boisé, fruité, épicé et assez complexe, avec une note brûlée. La bouche est bien structurée, fruitée, fumée, épicée, très minérale, avec l’acidité nécessaire pour un équilibre impeccable. Un vin prêt à boire, qui s’est mérité la 3e place, ex aequo avec le Vara y Pulgar qui suit.

Troisième volée : Cinq monocépages rouges de producteurs et d’origines différents.

Vara y Pulgar 2018 (VT de Cádiz), Compañía de Vinos del Atlántico
Pour débuter, un tintilla de Rota rubis moyennement foncé avec une couronne claire. Il est bien aromatique, et assez complexe, avec des notes végétale, épicée, de viande et de sueur (léger brett), de prune et de goudron. L’attaque est soyeuse, le corps moyen, les tannins faciles, l’acidité bonne, le fruit marqué (cerise noire) et l’équilibre très réussi. C’est seulement en fin de bouche que l’astringence vient s’ajouter au fruit, à la fumée et au goudron, avec une certaine chaleur (13,5 %/vol). S’est classé 3e dans cette dégustation, avec le blanc d’Emilio Rojo.

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Tinto Tradicional 2020 (DO Valle de la Orotava), Bodega Tajinaste
C’est un rouge des Îles Canaries fait de listán negro. D’intensité moyenne, le nez est fruité (cerise noire), floral (pivoine), végétal (eucalyptus), épicé, terreux et légèrement torréfié. En bouche, le vin est gras, souple, fruité (griotte), avec des tannins fins, une très bonne acidité et du menthol. La finale est juteuse, fruitée, chocolatée et de bonne longueur.

Acusp 2018 (DO Costers del Segre), Castell d’Encús
C’est un pinot noir de Catalogne. D’un rubis assez pâle, il est plus discret au nez, fruité (fraise, framboise), fumé (saucisse), assez épicé (poivre) et légèrement animal. La structure en bouche est délicate, le vin bien sec et suit le nez pour le fruité (fruits rouges) et le fumé, en plus d’une légère note fermentaire. Superbe, c’est le vin de la soirée!

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Ultreia La Cova de la Raposa 2016 (DO Bierzo), Bodegas y Viñedos Raúl Pérez
Ce vin de mencía est grenat beaucoup plus foncé. Le nez est bien ouvert et très torréfié, avec du fruit compoté (cerise noire). La bouche est grasse, corsée, avec des tannins solides mais sans amertume; l’acidité complète la structure et donne un excellent équilibre. La fin de bouche est bien astringente (jeunesse), torréfiée (chocolat noir), fruitée et épicée, avec une note végétale et une grande persistance aromatique.

Ataulfos 2013 (DO Méntrida), Bodegas Jimenez Landi
Comme dernier rouge, un garnacha de Castilla-La Mancha. Il est grenat moyen avec une couronne brique, très aromatique, plutôt évolué, oxydé, avec de la feuille de thé, de la réglisse noire, des herbes sèches (garrigue) du pruneau et des raisins secs; l’équilibre est encore bon. La finale est astringente, asséchante, avec des arômes de noyau et ce sont les notes d’oxydation qui persistent.

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Quatrième volée : Un voyage dans le temps.

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Carrasviñas Dorado Pozaldez (DO Rueda), Bodegas Félix Lorenzo Cachazo
Pour conclure, une vin blanc sec oxydatif fait de verdejo (70 %) et de palomino fino, appelé Rueda Dorado, le vin le plus recherché au Siècle d’or espagnol (XVIe-XVIIe). D’un bel or ambré, il est très aromatique, avec une note oxydative qui rappelle le « goût de jaune » du Jura, des noix (amandes), du fruit (abricot, pêche), de l’écorce d’orange et une note de caramel au beurre; certains ont parlé de scotch. En bouche, il est très bien équilibré, sec, pas très gras, très fruité, avec une note florale, des noix et une belle acidité; la note de jaune ne domine pas et le 15 %/vol d’alcool passe très bien. La persistance aromatique est superbe, d’abord oxydative, puis crème brûlée. Toute une trouvaille!

Lors de la programmation, Laurent nous annonçait une « Dégustation éclectique de vins rouges et blancs espagnols. Pour les curieux qui aiment découvrir de nouveaux terroirs, cépages ou vignerons. Pour ceux aussi qui aiment redécouvrir des cépages connus s’exprimant dans des terroirs différents », et c’est exactement ce qu’il a livré : un maturana blanca, le plus vieux cépage connu de la Rioja, un loureiro de vignes centenaires, des cuvées d’exception de Raúl Pérez, un vin d’Émilio Rojo, un cépage presque disparu : le tintilla de Rota, et un Rueda Dorado, pour ne nommer que ceux-là.

Cette année, nous avons eu droit à plusieurs dégustations de vins espagnols, en plus des bouteilles servies lors de thèmes plus génériques, mais la plupart du temps (sinon toujours), il s’agissait de vins des grandes appellations comme la Rioja et la Ribera del Duero. Il était temps, pour la plupart d’entre nous en tout cas, de nous aventurer « hors des sentiers battus », comme le promettait le thème. Merci Laurent.

Alain Brault

25 mai 2022
Les vins de l’Etna
Club du mercredi
Organisateur : Louis Landry

Fidèle à son habitude, le professore a commencé sa dégustation par un cours accéléré sur la DOC Etna, la configuration du vignoble sur trois versants du volcan (nord, est et sud), la grande variété d’altitudes, de sols et de climats des différentes zones; quelques statistiques importantes dont une comparaison, en superficie et en production, avec d’autres appellations italiennes prestigieuses, comme Brunello di Montalcino, Barolo, Barbaresco et Chianti Classico; son histoire, ses cépages les plus importants et, enfin, sur le concept des contrade, une tentative plus ou moins significative d’établir une liste de « crus » de l’Etna, un peu comme en Bourgogne, et dont on retrouve de plus en plus la mention sur les étiquettes.

« Les vins de l’Etna »

Première volée : Les vins blancs (non dégustés à l’aveugle).

Vino Bianco 2019 (IGT Terre Siciliane), Azienda Vinicola Calabretta
Comme mise en bouche, un vin fait exclusivement de minella bianca, un cépage autochtone très rare. Le vin est jaune paille. Au nez, il est ouvert sans plus, très fruité, avec des notes d’épices, de sapinage et de miel. Ce n’est pas un gros vin, mais il est plutôt sec et l’acidité est bonne; aromatiquement, la bouche suit le nez, mais en plus intéressant. La finale est fruitée (un peu bonbon), avec du zeste de citron et de l’amertume. Un vin peu complexe, mais sans défauts.

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Etna Bianco 2016 (DOC Etna Bianco), Pietradolce
Ce vin, 100 % carricante, est produit à Castiglione di Sicilia sur le versant nord de l’Etna. Il est jaune très limpide, avec des reflets verdâtres prononcés. Le nez est très intense, exubérant, assez complexe, très minéral, bien fruité (agrumes), avec une légère note herbacée. L’attaque en bouche est très fruitée, le vin est bien structuré, bien frais, vif même, floral, minéral et très bien équilibré. Il rappelle les grands sauvignons de la Loire ou les meilleurs bordeaux blancs. De loin le préféré parmi les blancs et la grande vedette de la soirée, presqu’à l’unanimité.

Pietra Marina 2013 (DOC Etna Bianco Superiore), Benanti
Un autre vin de carricante, mais provenant de la contrada Rinazzo, sur les pentes est de l’Etna. Il est jaune doré, bien aromatique, fruité (pêche), avec des noix, des notes tertiaires et une oxydation surprenante pour un 2013. La bouche est solide et assez bien équilibrée, quoiqu’on voudrait plus de fruit. La fin de bouche est un peu surette, iodée, avec une belle amertume (amande amère). Un vin très original.

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Deuxième volée : Deux vins de la DOC Etna Rosso et d’assemblage identique, soit 80 % nerello mascalese et 20 % nerello capuccio.

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Rosso di Verzella 2009 (DOC Etna Rosso), Benanti
Les raisins utilisés pour produire ce vin viennent d’un peu partout autour de l’Etna. Il est grenat pâlot, avec une couronne à peine orangée. Le nez, d’intensité moyenne, est assez fruité (cerise), avec des notes de fumée, d’amande et un début d’évolution. L’attaque est très fruitée (framboise, cerise), la bouche plutôt acide, très droite, les tannins fins mais astringents et la torréfaction et la minéralité viennent compléter le tout. En finale, c’est du fruit, du chocolat amer, une belle astringence et une très bonne persistance aromatique. Un vin de bouffe bien typé nerello.

Orphéus 2010 (DOC Etna Rosso), Azienda Vitivinicola Scilio
Celui-ci provient de la Valle Galfina, sur le versant est. La robe est plus foncée, moins évoluée. Il est plus expressif au nez, bien fruité (cerise), torréfié, avec des herbes sèches et une belle note boisée (fermentation en inox et 15-20 mois de chêne français). En bouche, c’est rond, corsé, avec des tannins serrés mais sans dureté, une très bonne acidité, du fruit (cerise) et de la torréfaction (café, chocolat). Ça finit sur une belle astringence, du chocolat noir, de la cerise, de la chaleur (13 %/vol), un beau boisé et c’est très, très long.

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Troisième volée : Trois vins. Nerello capuccio versus nerello mascalese et les contrade.

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Laeneo 2015 (DOC Sicilia), Tenuta di Fessina
On commence par un 100 % nerello capuccio issu de la contrada Rovitello à Castiglione di Sicilia (versant nord). Il est grenat assez clair et moyennement aromatique, mais complexe, avec du fruit, du goudron, de la réglisse, de la viande, de la fumée (bacon), du poivre noir et une note florale (pivoine, eucalyptus). La bouche est grasse, onctueuse, enveloppante, bien torréfiée, avec des fruits noirs (cerise), des tannins fins, fondus et une légère note de caoutchouc; l’équilibre est impeccable. En finale, on ressent une astringence agréable, des fruits cuits, du chocolat noir et une légère verdeur (noyau).

Contrada “S” Sciaranuova 2011 (IGP Sicilia), Passopisciaro – Vini Franchetti
On passe au 100 % nerello mascalese, venant également du versant nord de la montagne. (Notons que c’est en 2011 que l’IGP/IGT Sicilia est devenue une DOC et a été remplacée par l’IGP Terre Siciliane). Le vin est grenat plus clair, plus pâle, mais plus intense au nez, tout en fruit (cerise, écorce d’orange), avec un peu d’épices et de l’alcool (14 %/vol). La bouche est plus fraîche, vive, très sèche, plus fruitée mais moins corsée et l’équilibre est très bon. La fin de bouche est fruitée, légèrement chocolatée et est très, très persistante. C’est le préféré de la volée et le 2e vin le mieux coté de la soirée.

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Feudo di Mezzo « Il Quadro delle Rose » 2011 (DOC Etna Rosso), Tenuta delle Terre Nere
Feudo di Mezzo est une autre contrada du versant nord. Ce vin est un assemblage de 98 % nerello mascalese et 2 % nerello capuccio. Il est grenat plus foncé que les deux précédents, Il est très ouvert au nez, bien fruité (toujours la cerise) et plus torréfié. C’est un vin puissant, corsé, alcooleux (14,5 %/vol); on y détecte beaucoup de fruit confit, un boisé marqué (élevage en chêne français, 20 % neuf), des épices et du goudron. La finale est boisée, torréfiée (café moka) et chaude. C’est le moins évolué et le plus long de la volée.

Hors concours : Lors de sa dégustation du 18 avril 2018, Philippe Richer nous avait servi quatre grandes cuvées 2014 de celui qu’on qualifie de rockstar du vin nature, le très réputé producteur Frank Cornelissen, avec des résultats très mitigés. Louis a décidé d’en insérer un autre exemplaire, moins prestigieux, mais assez âgé pour vérifier si quelques années de garde supplémentaires pouvaient y faire quelque chose.

Contadino 2013 (IGT Terre Siciliane), Frank Cornelissen
Ce vin d’entrée de gamme de Cornelissen est fait essentiellement de nerello mascalese (88 à 90 %), complété d’autres variétés (nerello capuccio, allicante Bouschet, minella nera et bianca, malvasia, moscadella, catarratto et possiblement quelques autres). Le procédé comprend une période de macération pelliculaire d’une soixantaine de jours. La robe plus proche du rosé que du rouge et assez brouillée. Le nez est bien ouvert, très fruité (fraise, cerise), médicamenteux, avec une note vinaigrée; certains l’ont qualifié d’agressant. En bouche, on sent les tannins, le vin est peu corsé, bien fruité, mais une note de cornichon en fait un vin assez pointu. La finale est amère, très fermentaire (bière), avec des notes de fromage et de saucisson. Un vin qui ne laisse personne indifférent! Peut-être que, comme bien d’autres vins dits « nature », ceux de Cornelissen ne montrent vraiment leurs qualités que lorsqu’ils sont dégustés sur place.

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Quatrième volée : Les vins de l’Etna vieillissent-ils bien? Les vins des volée 2 et 3 font pour la plupart un bon 10 ans et certains montrent déjà des signes d’évolution; alors que devient l’Etna Rosso autour de 20 ans?

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Rovitello 2001 (DOC Etna Rosso Riserva), Benanti
Un assemblage de nerello mascalese (~90 %) et de nerello capuccio provenant de la contrada Rovitello, sur le versant nord. Il est clairet et bien évolué à l’œil, ouvert au nez, plutôt torréfié (chocolat au lait, café), poivré : le moins évolué des trois au nez. La bouche est grasse, ronde, avec des tannins fins, faciles, agréables, encore du fruit et de la chaleur (14 %/vol); l’équilibre est très bon. La fin de bouche est astringente, alcooleuse et très longue.

Serralunga 2004 (DOCG Barolo), Paolo Manzone
Les vins de nerello sont souvent comparés à ceux de nebbiolo; c’est donc un barolo que Louis a choisi d’inclure comme intrus. La robe est plus foncée et la couronne plus avancée. Le nez est bien ouvert, assez évolué, avec des notes animales, tertiaires, de la réglisse, du goudron et du poivre. La bouche est corsée, plus carrée et les tannins, très serrés, se font sentir plus tôt; on y détecte des fruits cuits, de la torréfaction (café noir, chocolat) et de la réglisse. La finale est encore bien astringente et très torréfiée. Il s’est classé 3e, ex aequo avec le Serra della Contessa de Benanti.

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Serra della Contessa 2004 (DOC Etna Rosso), Benanti
Environ 80 % nerello mascalese et 20 % nerello capuccio, ce vin issu de vignes centenaires est une des plus grandes cuvées de Benanti. Les raisins proviennent de la contrada Monte Serra, dans le sud-est de la DOC. À l’œil, c’est le plus jeune et le plus foncé, mais au nez, bien ouvert, il est très avancé, tertiaire (sel de céleri, cuir), épicé et torréfié (grillé). En bouche, il est corsé, bien frais, encore fruité et un peu plus végétal. La persistance aromatique est très bonne, avec du pain grillé, du cuir, des champignons et des noix. Il a mérité la 3e place, avec le barolo de Manzone.

Dans sa première volée, Louis a montré la grande originalité des vins blancs faits de carricante et leur très grande qualité; c’est en effet l’Etna Bianco de Pietradolce qui a remporté les grands honneurs de la soirée, malgré la présence de quelques-uns des meilleurs vins rouges de l’appellation.

Il a été suivi de près par les rouges Contrada “S” de Passopisciaro en deuxième place et Serra della Contessa de Benanti en troisième. Il est assez intéressant de constater que l’intrus, un barolo 2004 (très grand millésime), s’est également classé troisième, ce qui donne une assez bonne indication du haut niveau de qualité et du potentiel de vieillissement des vins rouges de l’Etna, répondant ainsi à la question posée à la dernière volée.

Les vins de contrada (pas toujours mentionnée sur l’étiquette) dégustés, semblent confirmer que, comme ailleurs dans les autres grandes appellations (Barolo, Bourgogne, etc.), la mention d’un cru peu suggérer un niveau de qualité et un caractère particulier, mais que c’est le nom du producteur qui demeure le premier critère de sélection.

Avec cette dégustation, presqu’un atelier, qui a été la deuxième plus appréciée parmi les onze de l’année 2021-2022, Louis a clairement démontré pourquoi nombre d’experts et d’amateurs considèrent, depuis bien des années, les vins de l’Etna comme l’un des secrets les mieux gardés de la viticulture italienne, mais plus pour longtemps.

Tanto di cappello, dottore!

Alain Brault