Comptes rendus
16 septembre 2026
« Grand Mâcon en blanc »
Dégustation individuelle
Organisateurs : Philippe Richer et Sandra Bellemare
Présentée par Sandra Bellemare et Philippe Richer, cette dégustation nous invitait à porter un regard différent sur les grands blancs du Mâconnais. À travers quatre vagues réunissant Guffens-Heynen, Les Héritiers du Comte Lafon, le Domaine Leflaive et Daniel et Julien Barraud, nous allions explorer différentes expressions du chardonnay dans cette région longtemps restée dans l’ombre des grandes appellations de la Côte de Beaune.
Au fil des dix vins, les comparaisons allaient permettre de mesurer l’influence des terroirs, des millésimes et des choix d’élevage sur leur personnalité. Jusqu’où peuvent aller les meilleurs blancs du Mâconnais? Peuvent-ils offrir la même profondeur, la même précision et le même potentiel d’évolution que les grands chardonnays bourguignons plus réputés? Une dégustation qui promettait donc de remettre quelques idées préconçues à l’épreuve, tout en laissant une belle place aux surprises.
Première vague : Guffens-Heynen
Domaine Guffens-Heynen — Mâcon-Pierreclos 2022, 1er Jus de Chavigne
D’une robe jaune pâle presque translucide, aux légers reflets verdâtres, ce Mâcon-Pierreclos affiche une belle brillance. Le nez est immédiatement marqué par le bois, mais il offre rapidement un registre beaucoup plus complexe où se mêlent fleurs, camomille, fer, citron confit, fumée et une touche de soufre. Un nez intrigant qui semble toutefois perdre un peu de son intensité au fil de la dégustation. En bouche, le vin impressionne par sa puissance. Le citron confit domine une matière imposante, sèche et soutenue par une acidité bien marquée. L’alcool, de niveau moyen, s’intègre correctement à l’ensemble. Le vin possède une belle amplitude et un équilibre presque explosif. La finale, très longue, revient sur le fruit avec une belle tension saline, accompagnée de légères notes grillées. Un vin de caractère, puissant et particulièrement énergique.
Deuxième vague — Les Héritiers du Comte Lafon
Les Héritiers du Comte Lafon — Saint-Véran 2023
Sous une robe jaune pâle, brillante et limpide, ce Saint-Véran affiche une certaine retenue dès le premier contact. Le nez est frais, mais peu expressif, avec des notes d’herbes fraîches, de jasmin, de citron, de thym et de silex qui se dévoilent progressivement. La bouche est beaucoup plus convaincante. La pêche et la poire apportent du fruit à une matière très sèche, vive et ciselée, dominée par une acidité énergique. Le vin paraît presque mince, mais sa longueur et sa texture lui donnent une présence étonnante, avec une certaine mâche qui prolonge agréablement la dégustation. La finale, portée par un fruit aigrelet, laisse apparaître des notes d’amandes crues. Un vin précis et tendu, davantage dans la finesse et la fraîcheur que dans la richesse, qui gagne en intérêt au fur et à mesure qu’il s’ouvre.
Les Héritiers du Comte Lafon — Mâcon-Villages 2023
Très pâle, brillant et légèrement marqué de reflets verdâtres, ce Mâcon-Villages se montre particulièrement réservé au nez. À l’ouverture, il semble presque muet, laissant deviner seulement quelques notes de fleurs blanches, de poire et de pêche blanche. Il faut lui laisser du temps pour qu’apparaissent progressivement des nuances de pomme verte. La bouche est beaucoup plus sévère. Très sec, austère et doté d’une acidité vive, le vin possède certes du fruit, mais celui-ci demeure en retrait derrière une structure presque tannique et une amertume persistante. La finale, longue, rappelle le pamplemousse et se termine sur une légère sensation de chaleur. Un vin qui semble davantage destiné à accompagner la table qu’à procurer un plaisir immédiat. Malgré ses qualités de fraîcheur et de longueur, il a constitué une déception pour la grande majorité des dégustateurs.
Troisième vague — Domaine Leflaive
Domaine Leflaive — Mâcon-Verzé 2023
D’une robe jaune pâle presque translucide aux reflets verdâtres, ce Mâcon-Verzé présente une apparence d’une grande fraîcheur. Le nez se montre plutôt discret, dévoilant progressivement des notes de pierre à fusil, de fer, de jasmin, de camomille et de pomme verte, auxquelles s’ajoute une touche citronnée. La bouche est très sèche et immédiatement marquée par une acidité vive qui donne au vin beaucoup d’énergie. Le fruit est bien présent, mais demeure en arrière-plan face à cette tension. Une légère sensation de chaleur apparaît en milieu de bouche, apportant un côté plus capiteux à l’ensemble. Le vin possède une belle longueur et une finale saline intéressante, mais celle-ci se termine sur une légère amertume accompagnée d’une touche toastée. Un Mâcon-Verzé précis et tendu, dont la fraîcheur constitue clairement la principale signature.
Domaine Leflaive — Mâcon-Verzé 2023 Les Chênes
Cette cuvée présente une robe jaune très pâle, presque translucide, d’une grande limpidité. Le nez, d’abord discret, prend progressivement de l’ampleur sur des notes florales et d’herbes fraîches, avec des touches de persil, de thym, de roche mouillée et de pamplemousse. En bouche, le vin reste très sec, mais affiche davantage de rondeur que le Mâcon-Verzé précédent grâce à un fruit plus abondant. Le pamplemousse rose apporte une belle dimension gourmande qui vient faire contrepoids à l’acidité, plus en retrait ici. La matière possède davantage de volume et de gras, avec une texture particulièrement intéressante. Malgré une certaine retenue, le vin offre une belle amplitude et une longueur appréciable. Un Mâcon-Verzé plus charnu et enveloppant, qui se distingue surtout par sa texture et son équilibre entre fraîcheur et fruit.
Domaine Leflaive — Pouilly-Fuissé 1er Cru En Vigneraie 2023
D’une robe jaune pâle brillante et limpide, ce premier cru se montre étonnamment discret au nez. À l’ouverture, le fruit peine à s’exprimer, laissant seulement deviner quelques notes de citron, de pamplemousse, de poire, de roche mouillée et de pâte d’amandes. La bouche est beaucoup plus présente, avec une attaque fruitée dominée par les agrumes. Le vin est sec, frais et vif, porté par une acidité prononcée et très ciselée. Une certaine amertume vient ajouter du relief, tandis que la matière possède une belle mâche malgré un fruit qui demeure relativement simple et aigrelet. Le vin conserve de l’ampleur, mais sa vivacité domine largement le profil. La longueur est moyenne. Un vin précis et énergique, mais qui, compte tenu du statut de premier cru et du prix demandé, laisse les dégustateurs en attente d’un peu plus de profondeur et de complexité.
Quatrième vague — Daniel et Julien Barraud
Daniel et Julien Barraud — Saint-Véran 2023 En Crèches
D’une robe jaune pâle brillante, ce Saint-Véran se montre d’abord discret et légèrement fermé au nez. La pêche, la poire et le citron confit apparaissent progressivement, accompagnés d’une touche oxydative évoquant presque le rancio et, de façon surprenante, le bourbon. En bouche, le vin change de registre et impose immédiatement une matière beaucoup plus importante. Le fruit est généreux, l’acidité soutenue et l’alcool bien intégré, créant un équilibre particulièrement réussi. La pêche revient avec beaucoup d’intensité, mais la bouche possède surtout une mâche et une profondeur qui donnent au vin une réelle présence. Une touche de bois accompagne une finale spectaculaire, très longue, qui évolue vers des notes de pomme cuite et de pomme blette. Après trois vagues plutôt marquées par la retenue, ce vin donne immédiatement l’impression que la dégustation entre dans une nouvelle dimension, beaucoup plus généreuse et plaisante.
Daniel et Julien Barraud — Pouilly-Fuissé 2023 En Buland Vieilles Vignes
La robe jaune pâle, brillante et limpide laisse entrevoir un vin d’une grande précision. Le nez est immédiatement invitant, avec un registre floral évoquant le jasmin et le chèvrefeuille, auquel s’ajoutent le coing, le citron et des nuances beurrées et minérales. La présence du bois est perceptible, mais s’intègre naturellement à l’ensemble. En bouche, le vin se montre sec, ample et particulièrement équilibré. Le fruit est bien présent, accompagné de notes épicées et d’une belle rondeur qui donnent beaucoup de profondeur à la matière. Une certaine retenue empêche toutefois le vin de devenir démonstratif. La finale est très longue, soutenue par une amertume salutaire et une belle mâche. Le fruit revient avec éclat dans les derniers instants. Un vin à la fois sérieux, complexe et généreux, qui s’est classé au deuxième rang des préférences des dégustateurs.
Daniel et Julien Barraud — Pouilly-Fuissé 2022 En Buland Vieilles Vignes
Presque translucide, cette cuvée affiche une robe jaune pâle d’une grande brillance. Le nez, discret mais particulièrement élégant, révèle progressivement des notes florales, de coing, de pêche et de pomme, auxquelles se joignent le citron confit et la pierre à fusil. Une touche saline et une présence bien intégrée du bois ajoutent encore à la complexité. En bouche, le vin impressionne par son ampleur et sa précision. Sec, frais et puissant, il possède une matière généreuse et une belle mâche, mais conserve une tension remarquable. L’acidité, presque tranchante, vient soutenir un fruit riche et mûr, créant un équilibre qui rappelle davantage certains grands blancs bourguignons. La finale est très longue, avec une légère amertume qui apporte du relief. Un vin qui conjugue puissance et élégance avec beaucoup de naturel et qui a été élu vin de la soirée par les dégustateurs.
Daniel et Julien Barraud — Pouilly-Fuissé 2022 La Maréchaude le Bas 1er Cru
D’une robe jaune pâle limpide et particulièrement brillante, ce premier cru affiche un nez ouvert et très élégant. Les notes florales et fumées se mêlent au coing, au fer et à la poire, tandis qu’une touche crémeuse apporte une impression de maturité et de richesse. En bouche, le fruit prend immédiatement le dessus, avec des saveurs de coing, de poire et de pêche. L’acidité est agréable et suffisamment présente pour soutenir une matière à la fois ample et équilibrée. Une minéralité presque calcaire apporte de la tension, tandis qu’une légère amertume ajoute du relief en finale. Le vin possède une belle puissance sans jamais perdre sa précision. Très long et de corps moyen, il se distingue par son équilibre entre maturité, fraîcheur et profondeur. Une conclusion particulièrement convaincante à cette dernière vague de la dégustation.
Conclusion
Au terme de la dégustation, les grands blancs du Mâconnais ont largement démontré qu’ils méritent qu’on s’y attarde. Les différences de style entre les domaines et les appellations étaient parfois marquées, mais plusieurs vins ont offert une profondeur, une tension et une longueur qui n’ont rien à envier à des appellations bourguignonnes plus prestigieuses. Les Pouilly-Fuissé de Daniel et Julien Barraud se sont particulièrement démarqués, avec le En Buland 2022 élu vin de la soirée, suivi de près par le En Buland 2023. Une dégustation qui aura certainement contribué à changer le regard de plusieurs participants sur le potentiel du Mâconnais.
Merci à Louis Landry pour la prise de notes.
30 septembre 2026
« Cinq producteurs en rouge et en blanc »
Dégustation individuelle
Organisateur : Marc-Antoine Brassard
Présentée par Marc-Antoine Brassard, cette dégustation nous proposait un exercice aussi simple en apparence que difficile à réussir : découvrir cinq producteurs à travers un vin blanc et un vin rouge de chacun d’eux, sans autre repère que ce que le verre allait bien vouloir révéler. Un véritable défi sensoriel, où les appellations, les cépages et la réputation des domaines allaient devoir céder leur place aux impressions de dégustation.
De la Bourgogne à la Toscane, en passant par la Vénétie, le Rhône et le Languedoc, les dix vins réunis pour l’occasion promettaient des styles et des personnalités fort différents. L’objectif n’était donc pas simplement de reconnaître les vins, mais de voir si certains traits communs permettraient de retrouver la signature d’un même producteur lorsqu’elle s’exprime en blanc comme en rouge.
Une soirée qui nous invitait ainsi à faire confiance à nos sens, à remettre nos certitudes en question et, surtout, à vérifier jusqu’où notre palais pouvait nous mener lorsque les étiquettes ne venaient plus nous souffler les réponses.
Première vague : Caroline Morey
Caroline Morey — Santenay, Les Cornières 2022
D’une robe jaune pâle aux légers reflets verdâtres, ce Santenay blanc affiche une grande luminosité. Le nez, précis et élégant, s’ouvre sur le citron, la pierre à fusil et les fleurs blanches, auxquels s’ajoutent des notes d’amande et de pomme. Une belle dimension minérale complète l’ensemble et annonce déjà un vin de caractère. En bouche, l’attaque est ample et généreuse, portée par un fruit éclatant où le citron confit domine. La matière est immédiatement soutenue par une acidité élevée et une trame saline particulièrement marquée, qui donnent au vin beaucoup d’énergie et de profondeur. La finale, très longue, est remarquablement salivante et laisse une impression de fraîcheur persistante. Un chardonnay de grande classe, qui conjugue richesse, précision et tension avec beaucoup d’élégance. Une très belle expression du Santenay blanc, qui s’est naturellement imposée comme le vin de la soirée, élu à majorité par les dégustateurs.
Caroline Morey — Santenay Rouge 2021
La robe grenat pâle, presque translucide, avec sa couronne claire, annonce un Pinot Noir tout en finesse. Le nez est délicat et charmeur, dominé par la fraise et la cerise, auxquelles se mêlent des notes d’épices, de fumée et de tabac blond. En bouche, le fruit se montre immédiatement sur la cerise, soutenu par une acidité vive qui donne au vin beaucoup de tension. Les tannins sont fins et bien définis, mais l’ensemble demeure encore marqué par une certaine austérité. La longueur est moyenne et la finale laisse davantage une impression de fraîcheur et de droiture que de profondeur. Ce vin semble encore coincé entre sa jeunesse et une acidité qui n’a pas encore eu le temps de se fondre complètement dans la matière. Un Pinot Noir élégant et précis, mais qui gagnerait sans doute à bénéficier de quelques années supplémentaires en bouteille.
Deuxième vague : Fattoria Nittardi
Fattoria Nittardi — Maremma Toscana DOC, BEN 2023
Cette cuvée 100 % Vermentino présente une robe jaune pâle brillante, rehaussée de légers reflets verdâtres. Le nez est immédiatement gourmand, avec des arômes de poire, d’ananas et de pâte d’amande, auxquels s’ajoutent quelques notes florales et une touche de litchi. La bouche confirme cette impression de richesse fruitée dès l’attaque. La matière est ample et légèrement grasse, soutenue par une acidité moyenne à élevée qui maintient un certain équilibre. Une petite astringence évoquant les amandes crues apparaît ensuite et apporte une dimension intéressante au vin. La finale, de longueur moyenne, revient sur une sensation saline qui lui donne un peu plus de relief. Sans chercher la complexité à tout prix, ce Vermentino possède suffisamment de personnalité pour être intéressant à table, où son fruit et sa fraîcheur devraient trouver facilement leur place. Un vin agréable et bien défini.
Fattoria Nittardi — Chianti Classico Riserva DOCG 2011
D’une robe rubis profonde à la couronne couleur cerise, ce Chianti Classico Riserva affiche déjà une évolution certaine. Le premier nez est marqué par des notes animales, accompagnées de cerise noire, de prune, de dattes, de chocolat et de tabac. Une certaine impression d’oxydation vient toutefois rapidement s’installer et soulève quelques interrogations sur l’état de la bouteille. La bouche reprend les mêmes arômes que le nez, avec une acidité élevée et une matière très sèche. Les tannins demeurent fermes, même s’ils commencent à s’assouplir avec le temps. La longueur reste moyenne et l’ensemble ne possède plus tout l’éclat que l’on pourrait attendre d’un vin de cette provenance et de cet âge. Une bouteille intrigante, mais dont l’évolution semble avoir dépassé son meilleur moment. Une légère déviation oxydative pourrait expliquer cette impression, laissant le dégustateur avec le sentiment d’un vin probablement légèrement défectueux ou simplement trop avancé.
Troisième vague : Giuseppe Quintarelli
Giuseppe Quintarelli — Veneto IGT, Bianco Secco 2018
Sous une robe jaune pâle limpide et brillante, marquée de reflets dorés, ce Bianco Secco se montre d’abord étonnamment discret. Le nez dévoile progressivement des notes de poire, d’ananas, de litchi et de banane, dans un registre de fruit mûr qui gagne en expression au fil de la dégustation. En bouche, le vin prend véritablement son envol. L’attaque est ample et généreuse, puis la matière se délie progressivement pour révéler une texture enveloppante et une belle richesse fruitée. L’acidité, de niveau moyen, apporte suffisamment de fraîcheur, tandis qu’une légère amertume ajoute du relief. La finale est longue, presque glycérinée, et laisse une impression de grande persistance. Un vin fascinant parce qu’il refuse de se laisser enfermer dans un style précis : déroutant au premier abord, mais de plus en plus séduisant à mesure qu’il s’ouvre. Une belle surprise qui a visiblement charmé les dégustateurs.
Giuseppe Quintarelli — Veneto IGT, Rosso Ca’ del Merlo 2011
D’une robe rubis moyenne, brillante et bordée d’une couronne couleur cerise, ce Ca’ del Merlo se montre d’abord assez réservé. Le nez s’ouvre progressivement sur la griotte et les fruits rouges, accompagnés de touches florales et épicées, puis de notes de figue et de mûre qui apparaissent avec le temps. En bouche, le vin gagne nettement en intensité. La prune et la mûre dominent une matière généreuse, relevée par des notes d’épices. L’acidité élevée apporte une fraîcheur remarquable et contribue largement à l’équilibre de l’ensemble, tandis que les tannins, encore fermes, donnent au vin une structure qui laisse entrevoir une belle capacité d’évolution. La finale est très longue et particulièrement persistante. L’assemblage, dominé par la Corvina, la Corvinone et la Rondinella, avec une touche de plusieurs autres cépages, donne ici un vin singulier, complexe et remarquablement équilibré.
Quatrième vague : M. Chapoutier
M. Chapoutier — Saint-Joseph Blanc, Les Granits 2018
D’une robe jaune doré brillante, ce Saint-Joseph blanc affiche un nez d’abord discret, qui gagne progressivement en expressivité. Les fruits exotiques et la pomme verte apparaissent peu à peu, accompagnés d’une légère touche boisée qui s’intègre naturellement au profil du vin. En bouche, la matière est ample et généreuse, avec une texture glycérinée qui donne immédiatement de la présence au vin. Les fruits exotiques reviennent avec intensité, soutenus par une acidité moyenne à élevée qui apporte suffisamment de fraîcheur pour éviter toute lourdeur excessive. Une légère amertume ajoute du relief avant une finale particulièrement longue, marquée par une petite sensation de chaleur. Élaboré à partir de Marsanne à 100%, ce vin offre une belle démonstration de ce que peuvent produire les grands blancs du nord de la vallée du Rhône lorsqu’ils combinent richesse et fraîcheur. Un vin généreux, mais étonnamment équilibré.
M. Chapoutier — Crozes-Ermitage, Les Varonniers 2016
La robe rubis foncé, encore marquée de quelques reflets pourpres, annonce une Syrah à la fois jeune et concentrée. Le nez est immédiatement expressif, avec des arômes de mûre et de fruits noirs auxquels se mêlent des notes de viande fumée, de poivron, de tabac et de tapenade d’olive. La bouche confirme cette impression de profondeur. Les mûres et le chocolat noir occupent le devant de la scène, soutenus par une acidité suffisamment présente pour apporter beaucoup de fraîcheur à la matière. Les tannins sont encore fermes, mais déjà bien intégrés et parfaitement en place dans la structure du vin. La longueur, plus que respectable, prolonge agréablement les saveurs et laisse une impression de sérieux. Encore marqué par sa jeunesse, ce Crozes-Hermitage possède une structure qui laisse présager une très belle évolution en bouteille. Un vin qui gagnerait certainement à être revisité dans quelques années.
Cinquième vague : Mas de Daumas Gassac
Mas de Daumas Gassac — Vin de Pays de l’Hérault Blanc 2022
Avec sa robe jaune doré évoquant la couleur du blé, ce blanc affiche d’emblée une certaine maturité. Le nez est exubérant et singulier, mêlant la poire, la pomme et les notes florales à des touches de levure, de cannelle et de miel. Une nuance de pomme blette vient renforcer cette impression de maturité avancée. En bouche, le vin est tout aussi expressif, avec une attaque généreuse dominée par la pomme cuite et la pomme blette. L’acidité demeure modérée et laisse davantage de place à la richesse et au fruit. Une sensation de sucre résiduel est perceptible, tout comme un alcool qui dépasse légèrement en finale. Le résultat est pour le moins intriguant : un vin qui semble jouer avec les frontières entre richesse, évolution et expression plus naturelle. Déroutant, mais certainement pas banal, il possède une personnalité qui a retenu l’attention et suscité la curiosité autour de la table.
Mas de Daumas Gassac — Vin de Pays de l’Hérault Rouge 2020
Sous une robe rubis profonde encore marquée de reflets pourpres, ce rouge présente un profil qui demeure résolument jeune. Le nez est assez direct, dominé par les fruits noirs et particulièrement la mûre. En bouche, la matière est ample et généreuse, portée par un fruit à la fois noir et rouge auquel se mêlent des notes d’épices. L’acidité moyenne à élevée apporte une fraîcheur bienvenue, mais les tannins demeurent fermes et donnent au vin une certaine astringence. Une légère sécheresse apparaît en finale, accompagnée d’une sensation alcoolisée qui ressort quelque peu. Malgré cette jeunesse et quelques angles encore perceptibles, le vin possède une matière suffisamment importante pour laisser envisager une évolution intéressante. La question demeure toutefois : saura-t-il gagner en harmonie avec le temps? Pour l’instant, il semble clairement avoir besoin de patience avant de révéler tout son potentiel.
Conclusion
Au terme de cette dégustation, le défi proposé par Marc-Antoine Brassard aura surtout démontré à quel point nos repères sensoriels peuvent rapidement devenir incertains lorsque l’étiquette disparaît. Si la première vague, consacrée aux vins de Bourgogne, a semblé relativement facile à cerner, les suivantes ont donné lieu à de nombreuses discussions et à des hypothèses parfois bien différentes autour de la table.
L’exercice aura néanmoins permis de faire ressortir des personnalités communes entre les blancs et les rouges de certains producteurs, tout en révélant les multiples façons dont un même domaine peut exprimer son identité selon le cépage, le terroir et le millésime. Et, comme souvent dans ce genre de dégustation, quelques surprises sont venues brouiller les certitudes. Le Santenay Les Cornières 2022 de Caroline Morey, particulièrement apprécié pour sa précision, sa fraîcheur et sa profondeur, s’est finalement imposé comme le vin de la soirée aux yeux des dégustateurs. Une belle démonstration, finalement, que le plaisir de la dégustation réside aussi dans le doute, la discussion et la découverte.
Merci à Denis Desjardins pour la prise de notes.
