Comptes rendus

21 septembre 2022
« Vins de terroirs » de l’Ontario
Club du mercredi
Organisateur : Louis Landry

Pour lancer la nouvelle programmation de l’Académie, Louis a eu l’idée téméraire de nous offrir une dégustation de vins ontariens, avec l’objectif de nous convaincre que « en matière viticole, l’Ontario se compare avantageusement avec ce qui se fait de mieux sur la planète ».

Comme sélection thématique, il a choisi huit vins parmi ceux proposés par le site winealing,com, provenant d’une douzaine des vignobles les plus réputés et aguerris du Niagara, qui se sont associés pour proposer des cuvées axées sur le thème de « somewhereness », leur but étant de faire ressortir « l’esprit des lieux », le « terroir », soit tout ce qui contribue à forger la typicité des vins du Niagara.

En complément, Louis a ajouté quatre vins de sa cave, afin d’inclure d’autres types de vin et, entre autres, de vérifier leur potentiel de vieillissement. Une dégustation de vins de Prince Edward County étant programmée pour le mois de novembre à l’Académie, il s’en est tenu aux vins du Niagara.

Cette dégustation à l’aveugle a été précédé d’un cours accéléré sur la viticulture du Niagara, incluant l’influence climatique du lac Ontario, les différents terroirs du Niagara, les particularités climatiques, les appellations, la VQA, les cépages les plus cultivés et les différents types de vin produits. En plus, à chaque volée, il a présenté, plus en détail, chaque vin dégusté, son lieu d’origine et son producteur.

Mise en bouche: D’abord, un vin mousseux hors sélection thématique.

Cuvée Rosé Brut (VQA Niagara Peninsula), 13th Street Winery
D’un beau rose assez foncé, ce mousseux de méthode traditionnelle, fait de chardonnay à 54 % et de pinot noir, est très aromatique et surtout fruité (framboise, fraise). La bouche est vive, aussi fruitée que le nez et se termine sur une légère amertume. Un vin assez simple, mais rafraîchissant et délicieux.

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Première volée thématique : Trois vins blancs.

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Chardonnay Quarry Road Vineyard 2016 (VQA Vinemount Ridge), Tawse Winery
D’un jaune très pale, ce chardonnay est bien ouvert au nez avec, d’abord, une bonne dose de bois vanillé (trop pour certains) et ensuite, du fruit, une note végétale (concombre) et du beurre. La bouche est grasse, avec à peine assez d’acidité, du fruit (poire, agrumes) et de la minéralité. La finale est iodée, beurrée et bien longue, mais dominée par le bois. 

Charles Baker Picone Riesling 2017 (VQA Vinemount Ridge), Stratus Vineyards
Un autre vin jaune pâle, mais avec des reflets verdâtres. Le nez est exubérant, bien minéral (pétrole), fruité et floral avec de légères notes fermentaires. En bouche, il est moins gras que le chardonnay, très minéral, bien fruité (pomme granny-smith), avec une acidité presque tranchante, quand même adoucie par un léger sucre résiduel. La fin de bouche est juteuse et la persistance aromatique est très bonne. Un riesling classique, peu alcoolisé (10 %/vol) et qui s’améliore en se réchauffant.

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Riesling 2017 (VQA Beamsville Bench), Hidden Bench Estate Winery
Un autre riesling, beaucoup moins évident celui-là. La robe est très pâle et le nez assez discret, plus fermentaire, floral et fruité (pêche, pamplemousse). Assez gras en bouche et plus sec, il a assez d’acidité pour être équilibré, un fruité discret (pêche) et une certaine chaleur, malgré sa faible teneur en alcool (10 %/vol).

Deuxième volée thématique : Deux vins rouges « légers ».

Gamay Noir “les Villages” 2018 (VQA Niagara Peninsula), Bachelder Niagara
Ce premier vin rouge est grenat très pâle, avec une couronne claire, légèrement tuilée. L’intensité aromatique est moyenne, avec du fruit, du noyau de cerise, des épices (poivre) et une note fumée. L’attaque est fraîche, le vin n’est pas très corsé, il est très sec, vif, fruité et les tannins sont discrets, très fins. Ça finit sur le fruit (fraise) et la longueur est assez bonne. Un gamay qui passe pour un pinot noir. Très intéressant, c’est le 2e vin le plus apprécié de la sélection thématique, avec le Stratus Red 2009.

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Pinot Noir 2016 (VQA Vinemount Ridge), Westcott Vineyards
Cette fois, un vrai pinot noir, à peine plus foncé que le gamay et plus rubis. Il est ouvert au nez, fruité (fraise, framboise) et floral. Aussi très sec, il est plus charpenté en bouche, un peu rêche, bien épicé (poivre, cannelle) et fumé, avec des fruits rouges sucrés, des tannins plus marqués sans être très astringents et de la chaleur. La finale est fruitée et légèrement amère mais la persistance aromatique est faible.

Troisième volée thématique : Trois vins rouges plus costauds.

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Stratus Red 2009 (VQA Niagara-on-the-Lake), Stratus Vineyards
Un vin d’assemblage composé de cabernet franc (43 %), de cabernet sauvignon (22 %), de syrah (17 %), de petit verdot (13 %) de tannat (4 %) et de merlot (1 %). Il est grenat moyen, avec une légère évolution. Au nez, il est ouvert, épicé, fruité (fruits noirs), sanguin, avec de la poussière et un boisé qui apporte une note terreuse; un vin complexe et assez évolué, presque bordelais de style. En bouche, le corps est moyen, l’acidité bonne, les tannins agréables, le fruité croquant, avec du noyau de cerise et la note de viande qui revient. La fin de bouche est fruitée, fraîche, avec une astringence agréable, de la torréfaction (chocolat noir) et persiste assez longtemps. Un vin très apprécié, 2e parmi la sélection thématique, ex aequo avec le Gamay de Bachelder.

Stouck Farmstead Red 2017 (VQA Lincoln Lake Shore), Malivoire
Ce deuxième assemblage est plus simple : 57 % merlot et 43 % cabernet sauvignon. Le vin est plus foncé et plus jeune à l’œil. Le nez est bien ouvert, fruité (fruits rouges et noirs), épicé (poivre blanc, cannelle, menthol) et légèrement évolué (champignons, note terreuse). La bouche est ronde, soyeuse, délicate, très fruitée, avec des tannins souples, une note animale et le poivre qui revient; l’équilibre est superbe. La finale est fraîche et fruitée. Un vin complexe, savoureux, tout en finesse, le plus apprécié de la sélection thématique.

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Cabernet Franc 2018 (VQA Beamsville Bench), Cave Spring
La robe est identique au Malivoire. Le nez, d’intensité moyenne, est très fruité (cerise, confiture de fraises) et légèrement végétal (poivron). La bouche est moyennement corsée, tout en fruit, avec un peu de poivre, un bois discret, intégré et de la chaleur (14 %/vol). La fin de bouche fait un peu bonbon, avec une impression sucrée et chaude. Un vin « gouleyant », avec de la finesse.

Compléments : Trois vins hors sélection thématique, mais qui vont bien avec le thème.

Cabernet Merlot “The Collector’s Choice” 1997 (VQA Niagara Peninsula), Hillebrand Estate Winery
Cet assemblage de cabernet sauvignon, cabernet franc et merlot est grenat d’intensité moyenne, avec une couronne bien tuilée. Il est très aromatique, poussiéreux, très évolué sans être oxydé (champignons, cuir) et terreux, ferrugineux. La bouche, bien tertiaire, suit; elle est bien fraîche et les tannins, encore présents, sont serrés. La finale est juteuse, évoluée et très persistante. Un grand vin mature, le plus apprécié de la soirée.

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Stonebridge Sauvignon Blanc Reserve 2020 (VQA Four Mile Creek), Lailey Winery
On retourne au blanc avec ce sauvignon très pâle. Il est très ouvert aromatiquement, fruité (pêche, poire, agrumes), floral et crayeux, avec de la cire et du miel. La bouche est assez grasse, fruitée et sucrée (marmelade), chaude (14,8 %/vol), mais avec assez d’acidité pour bien équilibrer le tout. La persistance aromatique est très, très longue et fruitée (écorce d’orange). 2e position des vins les plus appréciés de la soirée, avec l’icewine qui suit.

Vidal Icewine Proprietors’ Reserve 1997 (VQA Niagara Peninsula), Jackson-Triggs
Ce vin blanc, très mature, a acquis une teinte café assez claire. Le nez est explosif, oxydatif (noix grillées), épicé (cannelle, cardamome), encore fruité (tarte aux pommes et aux pruneaux, pêche), avec du café, du chocolat et du caramel. Le vin est gras, sucré, mais très bien équilibré par une bonne acidité et les arômes du nez reviennent. Il nappe la bouche et finit sur la crème brûlé et les noix grillées; la persistance aromatique est interminable. 2e vin de la soirée avec le Stonebridge précédent.

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Des huit vins de la sélection thématique, trois se sont réellement démarqués : d’abord, le Stouck Farmstead Red 2017 de Malivoire, suivi du Gamay Noir “les Villages” 2018 de Bachelder et du Stratus Red 2009, ex aequo. Trois excellents vins qui satisfont pleinement l’objectif que Louis s’était donné.

Ce sont cependant les trois derniers vins, issus de sa cave personnelle, qui ont été préférés : le Cabernet Merlot “The Collector’s Choice” 1997 de Hillebrand, suivi du Stonebridge Sauvignon Blanc Reserve 2020 de Laily et du Vidal Icewine Proprietor’ Reserve 1997 de Jackson-Triggs, ex aequo également.

Si nous avons pu constater ce soir les limites de certains vins ontariens, nous avons pu également constater le grand potentiel de qualité et de vieillissement de plusieurs. De plus, cette dégustation qui tenait plus de l’atelier que de la simple dégustation, tellement elle était bien documentée, a été une occasion pour les participants d’améliorer leurs connaissances et leur familiarité avec les vins du Niagara. Merci professeur Landry, on n’en attendait pas moins de vous.

Alain Brault

28 septembre 2022
« 12 ans après : le millésime 2010 « 
Grande dégustation
Organisateur : Alain Brault

À cause de la crise sanitaire et du grand nombre de dégustations qui ont dû être annulées ou reportées ces deux dernières années, notre traditionnel « 10 ans après » sera dorénavant un « 12 ans après ».

On reprend donc où l’on avait laissé : au millésime 2010 qui a été assez variable en France, il est coté extraordinaire à Bordeaux, en Côte de Nuits et en Côtes du Rhône, et très bon en Alsace (en autres). En Italie, il a été coté extraordinaire en Campanie, en Piémont et en Toscane, et exceptionnel en Vénétie. Enfin, en Afrique du Sud, plus difficile mais excellent chez les meilleurs producteurs. C’est parmi ces régions que les vins ont été sélectionnés.

La question habituelle se pose : dans quel état d’évolution les trouvera-t-on? De plus, la barre est particulièrement haute pour les vins d’Afrique du Sud : répéteront-ils la performance des 2009, qui ont remporté les honneurs il y a trois ans?

Les blancs:

La Rocca 2010 (DOCG Soave Classico), Pieropan
La robe d’un beau jaune doré intense nous annonce un vin plutôt mature. Le nez est bien ouvert, fruité, herbacé, avec un début de maturité. L’attaque est fruitée, la texture est belle (mais il n’a pas le gras qu’on retrouve habituellement dans le Calvarino du même producteur), l’acidité est bonne, le vin bien sec, nerveux, aigrelet même, un peu amère, ce qui, avec l’alcool (13 %/vol) n’avantage pas l’équilibre du vin. La finale est vive, chaude et amère. Un vin sans grands défauts ni grandes qualités, à revoir dans de nombreuses années. Le mal aimé de la soirée.

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Chenin Blanc “The FMC” 2010 (WO Stellenbosch), Ken Forrester Wines
Jaune doré à peine plus pâle que La Rocca, il est aussi aromatique, minéral, très fruité (pêche), avec des notes tropicales, de la cire, du miel, des fleurs blanches et un beau boisé. En bouche, il est rond, avec beaucoup de fruit et une bonne acidité; l’équilibre est impeccable. La fin de bouche est vive, fruitée, minérale et assez persistante. Un vin encore bien jeune, mais délicieux.

Riesling “Cuvée Frédéric Émile” 2010 (AOC Alsace), F. E. Trimbach
Troisième vin d’un riche doré, celui-ci est exubérant au nez, très minéral (pétrole), bien fruité (pêche), avec un début d’évolution et du sucre d’orge. L’attaque est très fruitée, le corps moyen, l’acidité vive, le vin est très minéral, avec des notes d’amande et de fumée; l’équilibre n’est pas encore atteint. La finale est fruitée (marmelade), pétrolée, légèrement amère (noyau de pêche) et la longueur est très bonne. Un autre vin qui n’a pas encore atteint son apogée.

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Les rouges:

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Nuits Saint Georges 1er Cru (AOC) “Les Pruliers” 2010, Domaine Topenot-Merme
Un vin clairet au reflets brique, peu expressif au nez, bien fruité (cerise), légèrement boisé et plutôt évolué (sous-bois, champignons). Le corps est moyen, l’acidité bonne, le fruit encore bien présent, gourmand et l’équilibre parfait; la bouche est plus tertiaire que le nez. La finale est juteuse, fruitée, évoluée, encore astringente et bien persistante. Un grand bourgogne loin d’être prêt, mais déjà magnifique; le 2e vin le plus apprécié de la soirée.

Château de Beaucastel 2010 (AOC Châteauneuf-du-Pape), Famille Perrin
Il est grenat moyennement intense et peu évolué. Le nez est bien ouvert, boisé et fruité (cerise noire). Bien gras, il s’exprime mieux en bouche, avec du fruit (cerise, groseille, framboise), des tannins fins et assez souples, de la réglisse, de la fraîcheur et une belle maturité. La fin de bouche est quand même astringente, chaude (14,5 %/vol) mais très longue. La plupart des participants l’ont reconnu. Il tiendra encore, mais s’améliorera-t-il?

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Piano di Montevergine 2010 (DOCG Taurasi Riserva), Feudi di San Gregorio
Grenat presque opaque, ce 100 % aglianico est très aromatique, bien boisé, minéral (graphite), avec des fruits noirs cuits, du bonbon à la cannelle, de la poussière et une note médicamenteuse. Le corps est moyen, les tannins râpeux, asséchants, l’acidité bonne et il est très sec. La finale est boisée et astringente, avec du noyau de cerise. Plusieurs l’ont détesté, qualifiant les tannins de surpuissants. À ne pas retoucher avant une autre dizaine d’années, mais a-t-il le fruit pour tenir?

Shiraz 2010 (WO Tulbagh), Saronsberg
Un vin encore bien foncé et encore jeune avec des reflets rubis, au nez très intense et séduisant, très boisé (trop?), bien fruité (fruits rouges, bleuets), avec du sucre brun et des champignons. La bouche est ronde, ample, presque porto, avec une bonne extraction, des fruits confits, des tannins arrondis, une chaleur agréable malgré son gros 14,5 %/vol et un bon équilibre. La fin de bouche est sucrée (confiture), très poivrée, agréablement astringente et assez persistante, Un vin trop sucré et un peu lourd pour certains, mais qui a quand même été le favori de la soirée.

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Château Talbot 2010 (AOC Saint-Julien), Cordier
Ce 4e Grand Cru Classé du Médoc est encore foncé et assez jeune. Le nez est bien ouvert, boisé, avec une note végétale (poivron) et un début d’évolution (cuir, réglisse). Le corps est moyen, il y a encore du fruit, les tannins sont assez fondus la note de poivron ajoute à la complexité et l’équilibre est bon. La finale est fruitée, sèche et assez longue. Un beau bordeaux mature.

Tignanello 2010 (IGT Toscana), Marchesi Antinori
Cet assemblage de sangiovege, cabernet sauvignon et cabernet franc offre une robe brillante et foncée, avec une légère évolution à la couronne. L’intensité aromatique est bonne, il est très boisé, avec un début d’oxydation, de la minéralité, des herbes sèches et du chocolat noir. En bouche, il est rond, soyeux, avec une belle acidité, des tannins fondus mais encore présents, du noyau de cerise, une note animale et il est très sec; l’équilibre est irréprochable. Ça finit sur une belle astringence, du poivre et de la torréfaction et la persistance aromatique est très bonne. Un des très beaux vins de la soirée, avec encore du potentiel de cave.

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Domaine de Chevalier 2010 (AOC Pessac-Léognan), O. Bernard
Ce Grand Cru Classé de Graves est composé de 63 % de cabernet sauvignon, 30 % de merlot et 7 % de petit verdot. Il est foncé, avec des reflets rubis de jeunesse. Le nez est bien ouvert, boisé, vanillé, très fruité (mûre, cassis, cerise) et floral. Le corps est moyen, les tannins assez fins, l’acidité bonne et les fruits noirs bien présents, le tout parfaitement équilibré. La finale est fraîche, fruitée, bien sèche et très longue. Un classique encore loin de son apogée.

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Première question : l’état d’évolution. Presque tous les vins ont été trouvés encore bien jeunes et nécessitant des années supplémentaires en cave pour atteindre leur apogée. Le seul vin qui a été jugé agréablement mature a été le Château Talbot. À l’autre extrême, le Montevergine était tellement astringent que plusieurs doutent qu’il devienne agréable un jour.

Les deux vins les plus appréciés de la soirée ont été le Shiraz de Saronsberg, suivi de près du Nuits-Saint-Georges de Topenot-Merme; deux belles surprises, surtout pour le Nuits, car dans le passé, lors des « 10 ans après », les bourgognes étaient souvent trop évolués, fatigués. L’Afrique du Sud a donc conservé son titre; merci à Richard Milot qui a fourni ces vins au cours des dernières années et félicitations pour son audace : un vin du Nouveau Monde, qui plus est, un shiraz qui séduit plus de dégustateurs de l’Académie que des classiques français et italiens. Faut le faire!

Notre prochain « 12 ans après » sera le millésime 2011, moins bien coté que 2010 à peu près partout sauf à Bordeaux, au Portugal et en Orégon. On devra donc se fier surtout à la réputation des producteurs pour compléter la sélection. On devrait avoir des vins de France et d’Italie évidemment, mais aussi d’Espagne, du Canada et, peut-être, du Liban ou d’ailleurs.

À l’année prochaine.

Alain Brault

12 octobre 2022
« Les bordeaux 1996 « 
Grande dégustation
Organisateur : Philippe Desrosiers

Autre dégustation retardée à cause de la crise sanitaire, ce « 25 ans après » est devenu un « 26 ans après ». Philippe nous a d’abord présenté le millésime, beaucoup mieux coté sur la rive gauche que sur la rive droite, en insistant sur l’évolution du bordelais depuis toutes ces années, dont les nouvelles installations, la technologie, les pratiques œnologiques et les conséquences sur les vins, en nous faisant remarquer que les bordeaux étaient beaucoup moins forts en alcool qu’aujourd’hui.

Tous les vins ont subi une double décantation plusieurs heures avant la dégustation et la plupart présentaient des dépôts très importants. Cette dégustation a été conduite en semi-aveugle, les participants connaissant la liste des vins, mais pas l’ordre de service.

Château l’Arrosée 1996 (St-Émilion grand cru classé)
Ce premier vin est grenat d’intensité moyenne, avec une couronne montrant de l’évolution. Le nez est très beau, bien ouvert, très fruité (cerise), avec un bois discret et un début de tertiaire (sous-bois, thé, champignon). L’attaque est fruitée, le corps moyen, avec une belle acidité, des tannins agréables, la cerise qui revient, une note végétale marquée (poivron) et de la finesse; l’équilibre est bon. La finale est fruitée et torréfiée, avec une belle astringence et la persistance aromatique est moyenne.

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Château Magdeleine 1996 (St-Émilion premier grand cru classé B)
Grenat, c’est le vin le plus clair. Il est très expressif au nez, minéral, fruité (cerise) et floral. La bouche est fruitée, le corps délicat, le vin frais, peu tannique et l’équilibre est excellent. La fin de bouche est très fraîche, fruitée, épicée (poivre), grillée et assez longue. Un vin original, tout en délicatesse, sans être dilué. 2e vin préféré de la soirée, avec le Léoville-Barton.

Château du Tertre 1996 (Margaux, 5e cru)
Celui-ci est plus foncé, plus jeune. Au nez, il est plus discret, floral, fruité (fruits rouges bien mûrs, griotte), avec une note viandée et du graphite. Moyennement corsé et très frais, il est bien fruité en bouche et végétal (poivron vert); les tannins sont assez fondus mais encore bien présents et l’équilibre est très bon. Un vin assez simple, mais agréable.

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Château Ferrière 1996 (Margaux, 3e cru)
Il est encore plus foncé que le du Tertre, mais la couronne est légèrement orangée. Il est peu aromatique et peu défini, à part des petits fruits rouges. Pas très corsé en bouche, il est bien fruité, avec des tannins présents mais accessibles et une très belle acidité; l’équilibre est super. La finale est juteuse, fruitée et légèrement tannique et il est très, très long. Un vin peu odorant, mais délicieux.

Château Cos Labory 1996 (St-Estèphe, 5e cru)
L’intensité de la robe continue d’augmenter. Le nez est bien ouvert, minéral, végétal, plus tertiaire (cuir, sous-bois, champignons), avec des fruits noirs, de la barrique brûlée et de la torréfaction (café). Il est plus corsé et plus gras que les deux précédents, avec de la poussière, des tannins encore astringents et une bonne acidité, le tout très bien équilibré. Ça finit sur une belle astringence, du fruit, de la torréfaction (chocolat) et de la fraîcheur et c’est assez persistant. Un vin bien fruité, montrant une belle évolution, le tout très bien intégré : un grand bordeaux.

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Château Lafon-Rochet 1996 (St-Estèphe, 4e cru)
À l’œil, il est identique au Cos Labory, mais il est moins expressif au nez, fruité (cerise noire), assez boisé, avec une note fumée, du cuir et du tabac. Il s’exprime mieux en bouche, avec du gras, de la mâche, des tannins encore solides, une bonne acidité, une note végétale bien présente et une note animale fumée. La finale est bien sèche, tannique et torréfiée. Le vin le plus apprécié de la soirée.

Château Haut-Batailley 1996 (Pauillac, 5e cru)
La robe ressemble aux deux précédents, avec une légère évolution en couronne. Le nez est très ouvert, complexe, minéral, avec une note végétale (poivron), des fruits rouges et un beau bois. La bouche est assez corsée, avec de la cerise, des tannins serrés mais assez souples, une belle acidité, de la torréfaction (chocolat) et du graphite; l’équilibre est très bon. La fin de bouche, assez longue, est dominée par les fruits cuits et la torréfaction.

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Château Sociando-Mallet 1996 (Haut-Médoc)
Un autre vin grenat bien foncé, mais peu évolué celui-ci. Le nez, envoutant, est encore plus intense, très fruité, avec de la poussière et du tabac. Il est bien corsé, avec des tannins solides mais assez fins, du fruit, une acidité assez vive et des notes épicée et végétale; l’équilibre est impeccable. La finale est bien sèche, fruitée, épicée (cannelle) et très, très longue. Un vin qui offre un début d’évolution, mais qui est encore bien fruité et frais; le plus corsé de la soirée.

Château Haut-Bailly 1996 (Pessac-Léognan, cru classé de Graves)
On reste dans les vins grenats presque opaques. Au nez, intense, il est fruité, animal, très minéral, encore relativement jeune. La bouche est très corsée, végétale, fraîche, très minérale (graphite, mine de crayon), bien fruitée, avec des tannins assez fins. La fin de bouche est astringente et juteuse et la persistance aromatique est très bonne.

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Château Léoville-Barton 1996 (St-Julien, 2e cru)
Un dernier vin très foncé et assez jeune. Aromatiquement, il est ouvert, épicé, fruité (groseilles, mûres), sanguin, avec une légère note végétale et un beau bois vanillé. L’attaque est très fruitée; il a du corps, de la fraîcheur, et les tannins arrivent, assez délicats mais fermes. La finale de fruit épicé et de torréfaction est bien sèche et très, très longue. Un vin encore bien jeune; le 2e plus aimé de la soirée, avec le Magdeleine.

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Après quelques vins seulement, une conclusion s’imposait : ces vins sont surprenamment jeunes et bien conservés, frais et fruités, pour leur âge.

Ce n’est qu’à partir du Cos Labory, cinquième vin, qu’on retrouve les vins corsés auxquels Bordeaux nous a habitués dans les millésimes de garde. Sans grande surprise, les vins de Saint-Émilion et de Margaux, les quatre précédents, sont moins colorés et moins corsés, mais pas nécessairement moins intéressants. À preuve, le Château Magdeleine s’est classé 2e parmi les vins les plus appréciés, tout juste derrière le Château Lafon-Rochet de Saint-Estèphe qui s’est mérité la plus haute cote d’amour. Le Saint-Julien Château Léoville-Barton a été aussi apprécié que le Magdeleine.

Un cas spécial : seul vin à ne pas être un Grand Cru Classé, le Haut-Médoc Château Sociando-Mallet en a surpris plus d’un. Souvent reconnaissable à sa minéralité (mine de crayon), il a été confondu avec le Haut-Bailly par plusieurs.

On doit remercier Philippe pour cette grande dégustation classique et pour nous avoir fait profiter de sa grande familiarité avec le vignoble bordelais durant toute la soirée. Étant donné la forte demande pour cette dégustation, Philippe et l’Académie pensent l’offrir à nouveau cette année.

Alain Brault

19 octobre 2022
« Trouvez l’intrus « 
Club du mercredi
Organisateur : Louis Grignon

Comme en 2018 et 2019, Louis nous revient avec son jeu préféré, trouver l’intrus parmi des volées de trois ou quatre vins. Il puise dans sa cave de beaux vins bien vieillis qui se ressemblent parfois de façon déroutante, de sorte que trouver celui qui se distingue des autres par le cépage, le pays ou la région de production n’est pas un exercice évident. Les participants réussiront-ils à faire mieux que les fois précédentes?

Tous les vins ont été servis à l’aveugle et aucun indice n’a été fourni durant l’exercice.

Première volée :

Pinot Noir  »Gregory Ranch » 2017 (AVA Yamhill-Carlton), Bergström Wines
Ce pinot noir de Willamette Valley, en Oregon, est rubis pâlot, légèrement tuilé. Le nez est intense, très épicé (poivre, cannelle, menthol), floral (violette), végétal (chou-fleur), terreux, avec une note médicamenteuse et de la réglisse. C’est le plus concentré des trois vins, avec une bouche ronde, des tannins soyeux, mais une acidité plutôt marquée. La finale est confiturée, un peu rêche et pâteuse et assez chaude (13,5 %/vol). Moins agréable en bouche qu’au nez.

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Pinot Noir 2014 (VQA Prince Edward County), Stanners Vineyards
Celui-ci est grenat très pâle, brillant et légèrement brique. Il est également intense au nez, très typé pinot noir, avec des fruits rouges et du poivre, plus des notes végétale et viandée et du bonbon à la cannelle. Il n’est pas très corsé en bouche, les tannins sont fondus, l’acidité est bonne et la bouche bien fruitée (framboise) suit le nez; l’équilibre est très bon. La finale est fruitée été légèrement astringente. Deuxième vin le plus apprécié de la soirée, avec le Pontet-Canet 2000.

Mercurey  »La Framboisière » Monopole 2017, Domaine Faiveley
La robe est très semblable au Bergström. Il est bien ouvert aromatiquement, avec des fruits rouges (fraise) et un peu de menthol. Pas gros en bouche, l’acidité est un peu trop élevée, mais le fruit est bien marqué (fraise) et on détecte du chocolat. Un vin plutôt agressif, malgré son beau fruit.

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Nous avions donc trois vins de pinot noir, Nouveau Monde vs Vieux Monde, le défi était d’identifier le bourgogne parmi ces trois vins. En fait, ils étaient si différents de style que chacun a obtenu à peu près le même nombre de votes, Le taux de succès a été de seulement 27 %… on ne peut pas dire que ça commence fort.

Deuxième volée :

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Château Pontet-Canet 2000 (5e Grand Cru Classé de Pauillac)
L’encépagement de ce domaine est composé de cabernet sauvignon (65 %), de merlot (30 %), de cabernet franc (3 %) et de petit verdot (2 %). Il est très foncé et à peine évolué. Bien ouvert au nez, il est complexe, torréfié, avec des fruits noirs (cerise, mûre), du poivron vert, de l’olive, de la fumée, du café et du cuir. L’attaque en bouche est tanique, le vin corsé, plutôt acide, chaud et très boisé; pas assez fruité pour un très bon équilibre. La finale est astringente, torréfiée, très boisée et assez longue. Un vin beaucoup trop jeune et très austère, qui a quand même été le 2e préféré de la soirée, avec le pinot noir de Stanners.

Château d’Issan 2006 (3e Grand Cru Classé de Margaux)
Ce deuxième bordeaux est également très foncé et peu évolué à l’œil. Le nez est ouvert, plus avancé (tertiaire) que le Pontet-Canet, torréfié et épicé. La bouche est ronde, bien structurée, avec des tannins accessibles, une note végétale et un beau fruité (cassis), le tout assez bien équilibré. La fin de bouche est sèche, fruitée, torréfiée et très persistante.

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Badia a Passignano 2009 (DOCG Chianti Classico) Gran Selezione, Marchesi Antinori
À base de sangiovese, ce vin est plus clair et plus évolué à l’œil. Il est très aromatique, fruité (fruits noirs), épicé, torréfié (chocolat noir), très anisé (réglisse noire), avec des noix. La bouche est ronde, solide, chaude (14 %/vol), avec de beaux tannins et la réglisse qui domine; plusieurs l’ont pris pour un amarone. C’est la réglisse qui constituait la principale note de la très longue persistance aromatique. Beau début d’évolution. Il a été assez facile à identifier comme intrus.

Pour cette volée, c’est Bordeaux contre Chianti et les vins sont assez matures, ce qui n’a pas facilité l’exercice. Malgré cela, de style très différent, le chianti a été identifié comme intrus par 60 % des participants, ce qui porte le taux de succès à 43 %. C’est déjà mieux.

Troisième volée :

Domaine de Thalabert 2009 (AOC Crozes-Hermitage), Paul Jaboulet Aîné
Ce premier vin de la dernière volée est grenat d’intensité moyenne et peu évolué. Bien ouvert au nez, il est fruité, avec un bois discret et une note végétale. L’attaque est fruitée (fruits rouges), le corps moyen, les tannins assez fondus et l’acidité bonne, pour un équilibre impeccable; le bois ressort plus en bouche et on détecte de la torréfaction et du poivre blanc. La finale est à peine astringente et très torréfiée. Fraîcheur et belle maturité : Miam! La grande vedette de la soirée.

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Le Vieux Donjon 2010 (AOC Châteauneuf-du-Pape)
Ce vin, très évolué, est grenat avec des reflets bruns. Le nez est très intense, très oxydé (carton), avec du chocolat, de la vanille, de la feuille de tomate et de la sauce soya; plusieurs ont refusé de le goûter. La bouche était assez agréable et bien équilibrée, mais aussi dépassée aromatiquement. Un vin madérisé, sans aucun fruit; une bouteille défectueuse.

Domaine des Tourettes 2009 (AOC Hermitage), Delas Frères
Un vin de syrah bien foncé, avec une certaine évolution, et un nez intense, très fruité (cerise), avec un léger arôme de banane et de gomme Bazouka! La bouche est très belle, corsée, bien équilibrée, avec des fruits rouges, des tannins enrobés et assez fondus, une acidité bien présente et de la vanille. La finale laisse une belle astringence, des fruits cuits, des épices et une légère amertume (noyau de cerise). Un vin pas très complexe, mais très bon.

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Champelrose 2009 (AOC Cornas), Domaine Courbis
Fait exclusivement de syrah, ce vin est presque aussi foncé que le Delas et assez évolué. Il est très aromatique, avec des fruits cuits, une note végétale, des épices, de la réglisse et une légère oxydation. En bouche, l’extraction est bonne, les tannins fins, serrés et l’équilibre est excellent. Ça se termine sur le fruit, la torréfaction (chocolat), une légère note oxydée agréable et c’est très, très persistant.

Le défi était encore plus difficile pour cette dernière volée, car il s’agissait de trouver le vin méridional parmi quatre vins du Rhône très matures. Le châteauneuf a quand même été choisi par les deux tiers des dégustateurs, ce qui donne un taux de succès final de 51 %, bien au-dessus des 30 % que le hasard nous permettait d’espérer.

C’est donc la troisième fois que Louis nous fait passer ce petit test. La première avait été une vraie déroute, avec un maigre 18 % de succès; on en avait conclu que nous avions bien besoin de pratique. À la deuxième, le taux de succès est monté à 41 %, ce qui était déjà plus respectable, sans pouvoir s’en péter les bretelles pour autant. Cette année, au moins, on a obtenu une note de passage. Ouf! On devrait peut-être s’arrêter là, au cas où…

Les vins les plus appréciés de la soirée ont été le Domaine de Thalabert 2009 de Jaboulet, suivi de très près du Pinot Noir 2014 de Stanners et du Pontet-Canet 2000, ex aequo. L’Hermitage 2009 de Delas et le Cornas 2009 de Courbis n’étaient pas loin derrière.

On constate que Louis a choisi des vins bien matures, ce qui prouve qu’il avait bien l’intention de nous faire mordre la poussière encore une fois, mais ce qui montre surtout sa grande générosité. Merci Louis.

Alain Brault

2 novembre 2022
« Le chenin de la Loire « 
Club du mercredi
Organisateur : Laurent Gémar

Cette dégustation, toute en blanc, a été précédée par une présentation sur le cépage chenin blanc, sur son histoire en France et, plus précisément, en Loire, sur les appellations où il est cultivé dans le vignoble de Loire ainsi que sur les terroirs et leur géologie. Chaque vin et chaque terroir était présenté plus en détails après dégustation.

Une dégustation de douze vins faits exclusivement de chenin lanc, en cinq volées et entièrement à l’aveugle.

Mise en bouche : un vin pétillant.

Nouveau Nez 2020 (AOC Montlouis-sur-Loire), La Grange Tiphaine
Ce vin est un « Pet’Nat », appelé à Montlouis « Pétillant Originel »; il n’a subi qu’une seule fermentation, mais ce n’est pas tout à fait un « méthode ancestrale », car il a été dégorgé après un bon 9 mois sur lattes. Il est d’un beau jaune doré limpide, mais l’effervescence est peu visible (verres Riedel Ouverture). Le nez est bien ouvert, très fruité (pêche), minéral (craie), avec une belle note de levure. L’attaque est très fraîche; il est bien sec et assez rond, et c’est en bouche que l’effervescence se révèle, avec beaucoup de fruit (litchi…), de la brioche et des noix (amande, noisette).

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Première volée : quatre vins secs, de producteurs différents.

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Clos de Mosny 2015 (AOC Montlouis-sur-Loire), Domaine de la Taille aux Loups
Or pâle, il est bien aromatique, fruité (pomme blette), avec de la cire, du miel, un beau rancio, de la fumée et de la minéralité. La bouche est toute en rondeur, assez bien équilibrée et suit le nez aromatiquement. La finale est très fraîche, fruitée, minérale et assez longue. Un chenin « d’école », encore bien jeune.

L’Insolite 2020 (AOC Saumur), Domaine des Roches Neuves
Celui-ci est jaune très pâle, très brillant. De grande intensité aromatique, il est fruité, herbacé (pipi-de-chat) et un peu vert, avec de la rhubarbe. La bouche est grasse, mais granuleuse, minérale, à peine fruitée et la fin de bouche est un peu rêche. Un vin assez simple, qui fait plus sauvignon que chenin.

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Saumur blanc Brézé 2014 (AOC Saumur), Domaine Guiberteau
D’un beau doré d’intensité moyenne, il est très ouvert au nez, avec des fruits tropicaux (ananas), une belle note grillée (bois), un léger côté fermentaire, de l’écorce d’orange, de l’abricot et des épices. Il est bien charpenté, très minéral et boisé, avec du citron confit. Ça finit sur une note surette, légèrement amère, minérale (pierre à fusil) et du sucre d’orge. La persistance aromatique est bonne.

Ephata 2017 (Vin de France), Clos (maintenant Terre) de l’Élu
La robe de ce vin de table est identique au Brézé. Le nez est ouvert, fruité (fruits exotiques, banane), avec du foin sec, du miel et du chocolat blanc. C’est un vin corsé, puissant, très fruité en bouche (pêche) et très bien équilibré, malgré un peu de sucre résiduel. La finale est fruitée, épicée (gingembre) et l’alcool s’y fait sentir (14 %/vol). Un vin de style « nature » encore bien primaire aromatiquement.

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Deuxième volée : Trois Savennières.

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Clos le Grand Beaupré 2013 (AOC Savennières), Domaine Ogereau
Il est jaune doré, ouvert au nez, minéral, avec de la cire d’abeille, du fruit et une pointe d’oxydation. De bonne tenue en bouche, il est très sec, bien fruité (agrumes), très frais, avec un début de rancio et un excellent équilibre. La fin de bouche est juteuse et fruitée. Un autre chenin d’école, bien typé, classique.

Savennières – Roche aux Moines 2015 (AOC), Domaine aux Moines
Jaune verdâtre pâle, celui-ci est plus discret, fruité (pomme granny-smith), calcaire et floral. C’est le plus vif de la volée, le plus fruité (pêche, pomme); il est très sec et l’on ne détecte aucun rancio. Il finit sur le fruit et la cire d’abeille et la longueur est bonne. Un vin encore bien trop jeune.

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Clos de la Coulée de Serrant 2019 (AOC Savennières – Coulée de Serrant)
Jaune doré, c’est le plus foncé de la volée. Le nez est incroyable, intense, fruité (pomme cuite), avec des noix, de la cire d’abeille et un soupçon de botrytis; on s’attend presque à un vin sucré. La bouche est grasse, bien ronde, l’acidité plutôt douce pour un jeune savennières, avec beaucoup de fruits exotiques, du miel et un sucre résiduel. La finale, très persistante, est dominée par le fruit, le miel et la chaleur (15 %/vol). Une des deux vedettes de la soirée, avec le Jasnières qui suit.

Interlude : Un chenin d’une toute petite appellation de Touraine.

Les Rosiers 2015 (AOC Jasnières), Domaine de Bellivière
Il est d’un beau jaune doré assez riche. Le nez est ouvert, bien typé, avec de la cire d’abeille et du miel, et très fruité (pamplemousse, pomme blette, mangue, ananas). L’attaque est sucrée, mais l’acidité vient équilibrer le tout parfaitement; le vin est corsé, frais, avec une note grillée et un peu de botrytis. La fin de bouche est fruitée (pêche), grillée, avec du sucre d’orge et elle est très persistante. Un chenin demi-sec absolument délicieux; le plus apprécié de la soirée avec la Coulée de Serrant.

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Dernière volée : Les vins liquoreux.

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Coteaux du Layon Rochefort 2013 (AOC), Château Pierre-Bise
Jaune doré, c’est le plus pâle des trois. Le nez est bien ouvert et on y détecte du fruit (pêche), de l’écorce d’orange, du caramel et de la tourbe comme dans certains scotchs (certains ont plutôt parlé de sueur). La bouche est très sucrée, sans être lourde; on y trouve beaucoup de fruit (confiture, marmelade) et ça finit sur le caramel. La persistance aromatique est exceptionnelle. Avec son (relativement) petit 11 %/vol d’alcool, c’est le troisième vin le plus apprécié de la soirée.

Les Rayelles 2005 (AOC Coteaux du Layon Rochefort), Château Pierre-Bise
La robe est d’un beau doré riche, presque orangé. Le nez est très intense, très fruité, très « sucré » et légèrement botrytisé. En bouche, il est onctueux, sirupeux même, très fruité, un peu amer, avec du miel et de la marmelade; côté équilibre, il n’a pas fait l’unanimité, certains l’ayant trouvé un peu lourd. La fin de bouche est grillée, caramélisée, avec de la confiture d’abricot et la longueur est interminable.

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Clos du Bourg Moelleux 2007 (AOC Vouvray), Domaine Huet
Or riche, presque bronze, il est d’abord discret, mais finit par s’ouvrir; il est très original, avec du litchi, du thé et de l’eau de rose, mais pas de botrytis. L’attaque est assez fraîche, la bouche fruitée (abricot), avec une légère amertume et, cette fois, un léger botrytis; l’équilibre s’améliore à mesure que le vin se réchauffe dans le verre. La finale est très grillée, presque brûlée. Un vin de très longue garde, absolument incroyable.

Laurent nous avait promis une dégustation portant sur « l’expression du chenin sur les différents terroirs de Loire, que ce soit en mousseux, vin sec ou liquoreux ». Mission accomplie.

Le podium a été occupé par la Coulée de Serrant 2019 et le Jasnières 2015 de Bellivière, à égalité en tête, avec le Rochefort 2013 de Pierre-Bise en 3e place. Ils étaient suivis de très près par quatre vins : le Clos de Mosny 2015 de la Taille aux Loups, le Grand Beaupré 2013 d’Ogereau, la Roche aux Moines 2015 et Les Rayelles 2005 de Pierre-Bise, ex aequo.

La grande majorité des vins servis à cette dégustation ont été beaucoup aimés par les participants. Merci à Laurent d’avoir eu la patience de collectionner les vins nécessaires à une telle dégustation et de l’avoir accompagnée d’une documentation des plus fouillée. Certainement une des grandes dégustations de l’année.

Alain Brault

9 novembre 2022
« Prince Edward County « 
Club du mercredi
Organisateur : Mario Couture

Mario est un habitué de la région de Prince Edward County, dont il vante la beauté et le caractère paisible, mais aussi « ces vins de climat frais et la chaleureuse proximité des gens qui les élaborent ». Il nous a donc préparé une mini visite de ses producteurs préférés, en espérant nous donner le goût d’aller y faire un tour.

 

Tout au long de la soirée, il nous a fourni, pour chaque producteur, des statistiques intéressantes et, surtout, des informations précieuses sur les personnages et sur l’accueil réservé aux visiteurs. Il a également partagé avec les participants son palmarès des dix meilleures « wineries » de PEC, basé sur son expérience personnelle, acquise lors de nombreuses visites de la région. Pour établir ce palmarès, il a utilisé cinq critères : 1) La beauté et le charme des lieux; 2) L’accueil, l’intérêt, le sourire, par le producteur ou non; 3) La dégustation : le processus, l’endroit, l’offre, le coût, les verres; 4) La qualité des vins; et 5) Le prix des vins et le rapport qualité/prix.

La dégustation a été conduite à l’aveugle, en dehors du fait que les cépages des deux dernières volées étaient connus.

Première volée : quatre vins de cépages variés.

Francesca Aura – Pinot gris rosé 2017 (VQA Prince Edward County), Long Dog Vineyard & Winery
La robe rose d’intensité moyenne et très limpide est due à une macération de 24 heures sur les peaux. Le nez, à peine ouvert, est peu défini; il est fruité, floral (rose) et légèrement fermentaire. Pas très corsé en bouche, il est un peu austère; on y détecte mieux les fruits rouges. La finale est juteuse et fruitée, avec une pointe de coconut, même si ce vin n’a jamais vu le bois. Long Dog se classe 2e au palmarès de Mario, surtout pour l’accueil, la dégustation et les prix.

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Riesling 2017 (VQA Prince Edward County), Stanners Vineyards
D’un beau jaune assez riche et brillant, ce vin est exubérant au nez, fruité (citron confit), floral, minéral (pétrole), avec un arôme de cendre. La bouche, d’une belle onctuosité, est vive, fruitée (agrumes) et minérale, avec un très léger rancio; l’équilibre est bon. La fin de bouche est fruitée, minérale et la note fumée persiste. Certain lui ont trouvé un style de « vin nature ». Stanners est en tête du palmarès des meilleurs « wineries » de PEC.

Pinot gris 2019 (VQA Prince Edward County), Hubbs Creek Vineyard
Celui-ci est jaune très pâle, avec des reflets verdâtres. Parmi les arômes, d’intensité moyenne, on retrouve beaucoup de fruit (pomme verte, agrumes) et des fleurs. La structure est bonne, l’acidité assez vive, le vin est fruité, vanillé et le tout est très bien équilibré. Au palmarès, Hubbs Creek est 4e.

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Blanc de noir/Pinot noir Mysterium 2017 (VQA Prince Edward County), Exultet Estates
D’un beau jaune encore plus riche que le Stanners, ce vin est aussi très aromatique, avec du fruit (poire, pêche, agrumes, litchi), du bois (vanille, caramel) et le nez évolue beaucoup dans le verre. En bouche, il est corsé, rond, fruité, assez boisé, bien équilibré malgré une certaine sucrosité et une chaleur agréable (13,5 %/vol). La finale est assez boisée, avec de l’amande et du miel, et une bonne longueur. Certains l’ont qualifié d’aguicheur. Le préféré (et le plus cher) de la volée. Mario classe Exultet 9e dans son palmarès, tout y étant correct, avec un petit plus pour le site.

Deuxième volée : Quatre chardonnays

Chardonnay 2019 (VQA Prince Edward County), Hubbs Creek Vineyard
Jaune verdâtre très pale, il est assez discret au nez, fruité, un peu bonbon et relativement simple. Le corps est moyen, l’acidité apporte de la fraîcheur, le vin est bien sec et assez fin. Ça finit sur les agrumes et le bonbon revient. Un vin délicat et bien fait, mais on aurait aimé plus de fruit, malgré tout.

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Bella Chardonnay Riserva 2016 (VQA Prince Edward County), Long Dog Vineyard & Winery
Il est jaune doré, plus ouvert, assez fruité (coing), vanillé et beurré. L’attaque est souple, le vin est corsé, gras, boisé, très sec et l’acidité apporte un très bon équilibre. La finale est fruitée, mais c’est surtout le bois qui persiste, ce qui n’empêche pas ce vin d’être très élégant. C’est d’ailleurs le vin le plus apprécié de la soirée; il a presque fait l’unanimité.

Chardonnay Signature 2021 (aucune indication), Domaine Darius
La robe est jaune d’intensité moyenne. Le nez est très ouvert, bien fruité (fruits exotiques), avec du beurre, ce qui semble être du bois neuf et des notes secondaires (levures). L’attaque est fruitée, la texture grasse (huileuse), l’acidité bonne, le vin bien sec et équilibré. En fin de bouche, les notes secondaires persistent, avec du noyau, de l’amande et une âcreté regrettable. Un chardonnay original, surprenant et probablement trop jeune. Darius occupe la 5e position au palmarès de Mario.

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County Chardonnay 2016 (VQA Prince Edward County), Norman Hardy Winery
Avec la robe la plus foncée des quatre, ce dernier chardonnay est très aromatique, dominé par des arômes fumés (cendre, boucane, soufre), de résine (sapinage) et de chêne. Le corps est bon, l’équilibre aussi, mais c’est la note de boucane qui persiste. Ce qui n’empêche pas Norman Hardy de mériter la 3e position au palmarès de Mario.

Troisième volée : Quatre vins de pinot noir.

Otto Run Free – Pinot Noir 2017 (VQA Prince Edward County), Long Dog Vineyard & Winery
La robe est rubis clairet, très pâle. Le nez est bien ouvert, à peine épicé (cannelle), fruité (cerise), fumé et légèrement végétal. L’attaque est pointue, le corps moyen, le vin très sec, les tannins fins mais astringents, asséchants même, le fruité épicé (griotte, canneberge) et l’équilibre douteux. Ça finit sur le fruit, mais surtout sur l’astringence, la dureté et l’amertume. Le mal-aimé de la soirée.

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County Pinot Noir 2017 (VQA Prince Edward County), Norman Hardy Winery
Rubis clair, mais plus foncé que le Long Dog, il est également très ouvert au nez, fruité (fruits rouges), très épicé (poivre), avec des notes de chocolat et de kirsch. Le corps est moyen, l’acidité bonne, le fruit bien marqué, les tannins accessibles, le vin frais, équilibré et gouleyant. La fin de bouche est bien fruitée, chocolatée et très persistante. Un vin fin, élégant; le 2e plus apprécié de la soirée, ex aequo avec le pinot noir de Darius.

Pinot Noir the Beloved 2015 (VQA Prince Edward County), Exultet Estates
Robe semblable au précédent, mais plus mate et un peu plus évoluée.
L’intensité aromatique est moyenne, avec du fruit, du bois, de la torréfaction (café) et une note médicamenteuse. La bouche est corsée, fruitée, avec du chocolat amer et plus sur l’acidité que sur l’astringence. La finale est fruitée, juteuse et bien sèche.

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Pinot Noir 2020 (aucune indication), Domaine Darius
Toujours le même rubis clair, encore jeune. Le nez est exubérant et assez complexe, bien fruité, très épicé (poivre, cannelle, girofle), floral (rose), avec des notes fumée et animale. En bouche, le corps est moyen, le vin très fruité (fraises cuites) et épicé, peu tanique et un peu sucré, tout en gardant une belle fraîcheur. La finale est très fruitée et très longue. Pour plusieurs, le plus beau vin de la volée; 2e vin le plus apprécié de la soirée, avec le County Pinot Noir de Norman Hardy.

Pour compléter ce survol de PEC, Mario a parlé des maisons classées à son palmarès, mais dont il n’a pu servir de vins. Ce sont, dans l’ordre du classement, Keint-He Vineyards (6e), Lighthall Vineyards (7e), Closson Chase Vineyards (8e) et The Old Third Vineyard (10e). Il a également été question des maisons à éviter (on ne les nommera pas ici). Enfin, il a fourni aux participants de nombreux tuyaux sur les endroits où manger et où loger dans la région. Il ne serait pas surprenant que Mario se recycle en agent de voyage après de sa retraite, tellement toute cette information était pertinente et bien présentée.

Somme toute, Mario nous a clairement démontré que la région vitivinicole de Prince Edward County a fait bien du chemin depuis le début des années ’90. Ce que nous avons dégusté ce soir est très loin des vins servis au premier kiosque unique de PEC au Salon des Vins d’Ottawa, à l’époque. À preuve, les vedettes de la soirée : le Bella Chardonnay 2016 de Long Dog, suivi des County Pinot Noir 2017 de Norman Hardy et Pinot Noir 2020 de Darius en 2e place, avec le Mysterium 2017 d’Exultet et le Chardonnay 2019 de Hubbs Creek, tout près derrière; cinq vins de pinot noir et de chardonnay qui se comparent avantageusement à bien de leur semblables issus des régions les plus réputées de la planète.

C’était notre deuxième dégustation de vins exclusivement ontariens cette année. L’Académie serait-elle en train d’évoluer?!. Merci Mario.

Alain Brault

23 novembre 2022
« Les bourgognes rouges: Côte de Nuits « 
Dégustation collective
Coordonnateur: Pierre Bélanger

Pour cette première dégustation collective, dont le thème original était « Les bourgognes rouges », nous avons reçu près de quatre-vingts suggestions de vins, venant d’une quinzaine de membres de l’Académie et couvrant vingt-huit appellations de Bourgogne, de millésimes allant de 2005 à 2019. Nous avons donc décidé de la scinder en deux et de faire d’abord la Côte de Nuits; dix vins de huit contributeurs et de neuf appellations différentes ont été sélectionnés, en varient autant que possible les producteurs, les terroirs et les millésimes.

Pierre a commencé sa dégustation avec une présentation très détaillée, d’abord de la Bourgogne, puis de la Côte de Nuits en particulier, nous en présentant les principales appellations et leurs terroirs. Ensuite, lors du dévoilement des vins, il a complété le travail en présentant chaque producteur plus en détail.

La dégustation a été offerte en semi-aveugle, la liste des vins étant connue, mais pas l’ordre de service. On se rendra compte plus tard que l’ordre des vins était géographique, commençant à Nuits-St-Georges et remontant vers le nord, jusqu’à Gevrey-Chambertin.

La dégustation :

Nuits St-Georges 1er Cru Les Roncières 2010, Domaine Robert Chevillon
Rubis très pâle et d’intensité aromatique moyenne, ce premier vin est bien fruité, légèrement fumé et épicé; un peu simple, mais ça pinote. La bouche est peu corsée, fruitée, bien équilibrée, avec des tannins assez faciles et une belle fraîcheur. La finale est juteuse, fruitée, légèrement astringente, torréfiée (chocolat, café) et assez longue. Un vin encore bien jeune.

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Nuits St-Georges 1er Cru Les Didiers 2008, Domaine Hubert Lignier
Celui-ci est plus violacé que le précédent et un peu plus foncé. Il est également plus ouvert au nez, plus complexe, plus animal, fruité (cerise noire), floral (en se réchauffant), avec une note végétale et du poivre blanc. En bouche, il a du corps, du gras, des tannins assez fondus, une acidité marquée, du noyau de cerise et de l’alcool, le tout bien intégré. La fin de bouche est bien sèche, fruitée, torréfiée, un peu surette, boisée et très persistante. Un vin de longue garde, assez classique.

Vosne-Romanée 2012, Domaine Confuron-Cotetidot
La robe est identique au Lignier. Le nez s’ouvre de plus en plus, avec une note animale marquée, de la torréfaction (chocolat noir) également marquée, du sous-bois et une note végétale qui rappelle la rafle. Le corps est moyen, le fruit est là, mais on en voudrait plus, les tannins sont plus présents, astringents, granuleux et l’acidité est bonne; l’équilibre est quand même très bon. Ça finit sur le fruit et une belle astringence. Il est encore bien jeune et a beaucoup de potentiel; un très beau vin de village.

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Échezaux Grand Cru 2005, Domaine Nudant
Premier grand cru de la soirée, il est pas mal plus foncé et montre une trace d’évolution. Il est bien aromatique, très fruité (griotte, framboise), épicé (poivre), torréfié (chocolat au lait, moka), avec du bois et du sucre d’orge; certains ont détecté de l’acidité volatile. L’attaque est épicée, poivrée, la texture est belle, ronde, le fruit est bien présent, les tannins plutôt fondus mais encore là, l’acidité est bonne et l’on sent le bois brûlé (caramel); l’équilibre est impeccable. La finale est bien sèche et fruitée, un peu bonbon. Un vin encore jeune, le plus charmeur.

Vougeot 1er Cru Les Cras 2015, François Legros
Un vin assez foncé, au nez plutôt discret, mais superbe, très intéressant, avec des fruits rouges, des épices, des feuilles mortes et un beau bois. En bouche, on sent du gras, de la matière, beaucoup de fruit (cerise), des tannins fondus et de la chaleur (13,5 %/vol); l’équilibre est très bon. Un des plus beaux nez de la soirée, il a été le 2e vin le plus apprécié de la soirée.

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Chambolle-Musigny 1er Cru La combe d’Orveau 2005, Domaine Taupenot-Merme
Plus pâle et légèrement évolué, ce premier Taupenot-Merme est intense au nez, enchanteur, complexe, très épicé, viandeux, très fruité, avec de l’olive et du cuir. Il offre une belle matière en bouche, de la rondeur, des tannins encore astringents et une bonne acidité. La finale est chocolatée et elle pinote. La plus belle bouche de la soirée; un très grand vin! Le plus apprécié de la soirée, presque à l’unanimité.

Morey St-Denis 2011, Domaine des Lambray
Plus pâle et légèrement tuilé, il est très brillant. Le nez est très ouvert, très fruité (fraise, agrumes), avec une note bizarre, terreuse et légèrement moisie de patate crue. En bouche, il est fruité, peu corsé, caressant, avec des tannins assez fins et fondus et l’odeur terreuse qui perdure. Un vin tout en finesse, mais au nez déconcertant; le mal aimé de la soirée.

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Gevrey Chambertain 2012, Domaine Armand Rousseau
Ce premier Gevrey est très pâle, très aromatique, fruité (mûres), épicé, assez viandeux, floral (violette), avec un début de tertiaire (cuir, champignons). L’attaque est bien fraîche, la structure assez délicate, le fruit marqué (cerise noire), les tannins fondus et l’équilibre excellent. La fin de bouche est fruitée et très, très persistante. Un modèle de typicité, 3e vin le plus apprécié de la soirée; pas mal pour un vin communal.

Gevrey Chambertain 1er Cru Lavaux St-Jacques 2012, Domaine Tortochot
Grenat d’intensité moyenne, celui-ci est également très ouvert au nez, très animal, épicé, floral, avec du cuir et un côté fumé et légèrement soufré qui fait penser à une allumette qu’on vient d’éteindre; certains ont plutôt parlé de cendre ou de café brûlé. En bouche, le corps est moyen, les tannins encore astringents, l’acidité est bonne, le vin est très sec, très fruité et très bien équilibré. Un vin plus austère.

Mazoyères Chambertin Grand Cru 2010, Domaine Taupenot-Merme
Ce deuxième grand cru de la soirée est plus foncé que les autres vins. Son nez est intense, très complexe, très fruité, bien épicé (poivre, cannelle), floral, animal, avec une légère note terreuse. La tenue en bouche est moyennement corsée, la texture est fine, les tannins plutôt fondus et les arômes tertiaires ressortent mieux; l’équilibre est excellent. La finale est sèche, avec des fruits cuits, du chocolat et la cannelle qui revient; la persistance aromatique est exceptionnelle.

Nous avons eu droit à dix vins très différents les uns des autres, ce qui est certainement dû aux différents millésimes, aux terroirs et au style de chaque producteur, comme on l’espérait.

Surprenamment, les deux grands crus 2005, millésime extraordinaire, n’ont pas été les vins les plus appréciés par les participants; ils se sont classés 7e et 6e respectivement. C’est le Chambolle 2005 de Taupenot-Merme qui a remporté la palme, suivi de très près par le Vougeot 2015 de Legros et le Gevrey 2012 de Rousseau.

Un grand merci aux généreux contributeurs (par ordre alphabétique), Jocelyn Audette, David Côté, Mario Couture, Laurent Gémar, François Lamontagne, Cédric Lemaître, Michel Poirier et Philippe Richer. Cette première dégustation collective a été un franc succès et a permis d’offrir une sélection de vins presque impossible à rassembler autrement. Nous allons répéter l’expérience avec les vins de Bandol en janvier et les rouges de la Côte de Beaune en mai.

Alain Brault

28 novembre 2022
« Les vins du Jura « 
Atelier
Organisateur: Marc-André Gagnon

Située à l’est de la Bourgogne, le Jura reste une région méconnue, malgré une production de vin très diversifiée et de grande qualité. Les vins sont présents au Québec, mais en quantité limitée. Comme le dit Nadia Fournier, « les vins du Jura n’essaient pas de ressembler à aucun autre vin de France. Ils sont jurassiens. Point. » Marc André nous a proposé un vaste et exhaustif survol de la production vinicole du Jura, en agrémentant la dégustation d’informations et d’anecdotes recueillies lors de ses séjours dans cette magnifique région française.

Les vins présentés :

Domaine Grand Crémant du Jura Prestige    
Comment ne pas débuter la soirée avec un crémant du Jura? Le vin (à 100% chardonnay) est jaune pâle, d’une grande brillance et d’une grande limpidité; chose étrange pour un mousseux, il ne produit aucune ou peu d’effervescence. Le nez est agréable, discret, avec de légers arômes d’amande, de pomme jaune, de craie. En bouche, une mousse abondante se manifeste à l’attaque, puis le vin s’estompe, puis réapparaît sur un fruit discret. L’acidité et l’alcool sont d’intensité moyenne, le vin est équilibré, et la finale est un peu courte. On aurait aimé plus de vivacité en finale, qui se termine sur une légère astringence.

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Rijckaert Arbois Poulsard 2018  
Dans le Jura, souligne Marc-André, il est coutume de servir les rouges avant les blancs. Ce rouge présente une couleur très originale, on le dit « rougeâtre », « rouge-brun », ou « briqué », avec des relents de vieux barolos. Le nez, à la fois discret et complexe, évolue sans cesse, sur des arômes de fraise cuite, de cendre, de tabac, de thé, d’iode. En bouche, l’acidité figure à l’avant-plan, c’est sec, peu tannique. L’alcool, même à 13°, est en retrait. Le vin est fin, léger, digeste. La finale est de longueur moyenne, sur un fruité délicat. Le vin mal aimé de la soirée.

André et Mireille Tissot Singulier Trousseau Arbois 2017 
Le vin est trouble, grenat pâle, il présente un léger nuage. Le nez est expressif, sur un fruit jeune, et avec un aspect manifestement animal, légèrement « bretté », où la groseille, la canneberge, le poivre, la figue se confond avec des notes de cuir. En bouche, le vin est frais, vif, porté par une belle minéralité et une acidité fraîche; le fruit est bien présent, l’alcool est moyen (13°), les tannins serrés. La longueur est fort appréciable. Des participants ont noté une légère piqûre acétique en finale, d’autres, une légère astringence. Un des favoris de la soirée.

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Désiré Petit 2013 Trousseau Arbois Pupillin 
Nous avons ici affaire à un rouge limpide, grenat moyen, avec un nez sur le fruit noir, la mûre, la réglisse noire, un nez délicat de cendre un peu poivré, un peu caramel. En bouche, le vin est frais, mais pas le plus agréable, davantage tannique que fruité. C’est bien sec, l’acidité est fraîche, l’alcool moyen, et les tannins sont encore bien présents. La finale est moyenne, sur un fruit léger. Ce vin nous a permis de mettre en relief les qualités du vin précédent, même si ce dernier se vend deux fois le prix de celui-ci. Il faut aussi dire que la météo s’est avérée « capricieuse et déroutante » en 2013, un millésime qualifié de « moyen » – ceci explique peut-être cela.

André et Mireille Tissot La Mailloche Chardonnay Arbois 2017  
Le vin est d’un beau jaune doré, d’une grande limpidité. Le nez est dominé par des notes oxydées, ça sent la noix, l’amande grillée, la fumée. Mais il est aussi très complexe, car on peut y déceler des arômes qui rappellent la canneberge, la chicoutai, le tilleul, l’asperge fraîche, le bois brulé. La bouche est fraîche, agréable, sur le fruit, avec une acidité moyenne, un alcool prononcé, et une texture grasse, lactique. Elle ne présente aucune lourdeur, et on a droit à une très belle finale sur des notes minérales. Ce fut l’un des vins les mieux cotés de la soirée.

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Domaine Berthet-Bondet 2009 Côtes du Jura Chardonnay
Le vin est jaune doré, avec un léger nuage. Le nez est très oxydé, il rappelle le xérès, l’amontillado : ces arômes sont très dominants, on sent la noix, la fumée, le cordage salin. Si le nez est prometteur, la bouche est à prime abord quelque peu décevante, car le fruit semble passé, et on a une vague impression de goûter… des huîtres. Cela dit, par la suite, le vin se replace, il présente un superbe équilibre, malgré une légère pointe d’alcool. La longueur est interminable, la finale est tout en finesse. Ce vin n’a pas fait l’unanimité, ne ralliant l’appui que de 50% des participants.

André et Mireille Tissot Arbois Savagnin 2015
On passe ici dans un autre univers, celui du savagnin. Le vin est de couleur jaune doré, il présente une grande limpidité et une grande brillance. Le nez est très expressif : pierre à fusil, fumée, cendre, notes salines, un nez où l’effet de l’oxydation rappelle l’iode, le « bord de mer ». La bouche est agréable, d’une grande amplitude : le fruité tapisse le palais, c’est gras, sur des notes qui cette fois rappelle le caramel, la marmelade, les agrumes. L’alcool est bien présent. La finale est d’une bonne longueur, sur des notes de caramel écossais.

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La Cave de la Reine Jeanne 2008 Savagnin Arbois
Le vin est jaune doré, assez foncé, et limpide, sans être totalement translucide. Le nez est relativement moins bien défini, plus délicat, sur des arômes qui rappellent la pomme cuite, le caramel, l’abricot, le citron confit, le zeste d’agrume et la tourbe. La bouche est tout en équilibre, avec de la mâche, l’acidité est fraîche, l’alcool moyen; on y goûte l’amande verte, la noix, et un petit côté salin. Il présente un style plus élancé, plus délicat que le précédent. La finale est fine, et la longueur est d’une grande persistance.

Henri Maire 1986 Château Chalon Vin Jaune (620 ml)
Nulle dégustation de vins du Jura ne saurait se conclure sans la possibilité de siroter un vin jaune. Celui-ci est d’un jaune doré foncé, brillant et limpide. Il présente de très beaux arômes de caramel, d’oignon confit, de cuir vieilli, de pomme cuite, d’épices de noisette, de tabac blond, de rhum, de cari, et on pourrait continuer longtemps…
En bouche, le vin est ample, affable, dans le sens « moelleux », l’acidité est moyenne, efficace, l’alcool bien présent, le corps est plein, et l’ensemble est très rond. La finale est très longue, sur le fruit jaune confit, tout en finesse et en dentelle.

Domaine Grand 2013 Côtes du Jura Vin jaune (620 ml)
Le vin est jaune « or », limpide et brillant. Il s’ouvre sur un beau nez légèrement oxydé, de pomme cuite, d’oignon confit, de caoutchouc, de cendre. Il gagne en intensité, sur des notes de zeste d’orange. En bouche, le vin est ample, imposant, il part très fort, très large, mais il n’est pas très long, plutôt de persistance moyenne. Alors que le vin précédent (d’un âge honorable) était très long, celui-ci est tout le contraire. Il n’a peut-être pas eu le temps de développer sa personnalité.

Marcel Cabellier Côtes du Jura Vin de Paille 2015  
La couleur de ce vin est très originale, elle rappelle la pelure d’oignon très foncé, sorte de cuivre orangé en fait. Le nez, qui annonce un vin sucré, explose sur des arômes de marmelade, de zeste d’agrumes, de cari, de pain d’épice, de cannelle, de raisin sec de bois brulé, de cardamome. En bouche, le vin est frais sur une attaque tout de même ronde, moelleuse, onctueuse. On aimerait voir une concentration légèrement plus grande, mais ce serait peut-être trop. La finale se pointe sur une note d’amande amère, d’amaretto. Ce vin a pratiquement fait l’unanimité autour de la table. Tout à fait magnifique, du beau travail!

Montbourgeau Macvin du Jura
Pour terminer la soirée en beauté, un vin original, 100% chardonnay, muté à 17 °. La couleur est sur un jaune doré très foncé. Le nez est très particulier, sans être déroutant – il est surtout hyper complexe : mastic, pissenlit, savon épices, chicoutai, thé noir, trèfle, réglisse, térébenthine, absinthe, réglisse, lychee, tourbé, orange Cointreau, tout y passe et encore et encore. La bouche parait à prime abord sucré (160g/l de sucre) et alcoolisée, mais c’est parfaitement normal. On y décèle des saveurs d’anis, de mangue et de genévrier. C’est un vin très original, à découvrir.

Louis Landry

11 janvier 2023
« Les vins de Tardieu-Laurent « 
Club du mercredi
Organisateurs: Stéphane Gagné et Richard Archambault

Une rareté à l’Académie : une dégustation des vins d’un négociant-éleveur; en l’occurence, Tardieu-Laurent qui ne produit que des vins du Rhône, à une exception près, un bandol rouge. La dégustation a été précédée d’une présentation de la maison, de sa philosophie et de ses pratiques. Ensuite, dix vins ont été servis, neuf de la vallée du Rhône, suivis du bandol.

Les vins de Tardieu-Laurent étant tous non ou légèrement filtrés, tous les rouges ont dû subir une double décantation quelques heures avant l’événement. La dégustation s’est déroulée à l’aveugle, comme à l’habitude.

Première volée : trois vins blancs.

Condrieu Vieilles Vignes 2016
D’un beau jaune un peu doré et très brillant, ce premier blanc, fait exclusivement de viognier, est très expressif aromatiquement, avec une bonne dose de bois (10 mois de chêne), beaucoup de fruit (melon, fruit de la passion) et une note florale. En bouche, il est gras, fruité (pêche), boisé et chaud (13,5 %/vol), avec une acidité insuffisante pour éviter une petite lourdeur. La finale est légèrement amère, dure et la persistance aromatique est bonne. Un vin entre deux âges, probablement.

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Châteauneuf-du-Pape Vieilles Vignes 2016
Ce châteauneuf blanc est composé de grenache blanc (45 %), de roussanne (35 %), de clairette (15 %) et de bourboulenc (5 %). Sa robe est semblable à celle du Condrieu, avec un léger reflet verdâtre. Le nez est bien ouvert, très fruité (pêche), légèrement boisé et on y détecte une note de miel. La bouche est moins grasse, plus acide, bien fruitée et sèche, minérale et relativement équilibrée. La fin de bouche est, encore une fois un peu amère, mais fruitée, quoiqu’assez courte. C’est malgré tout le préféré des trois blancs et le 2e vin le plus apprécié de la soirée.

Hermitage Blanc 2018
Assemblage de marsanne (80 %) et de roussanne, ce vin du Nord du Rhône est le plus foncé des trois. Il est assez expressif au nez, minéral et très fruité (avec des notes tropicales). En bouche, il est gras, assez équilibré et des notes de caramel au beurre et de noisette accompagnent le fruit. La finale est assez fraîche, fruitée et le caramel persiste.

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Deuxième volée : les vins rouges du Nord du Rhône.

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Cornas Coteaux 2014
Selon le cahier des charges de l’INAO, les vins de Cornas doivent être faits exclusivement de syrah; ce producteur y inclut cependant de la serine qui serait un ancêtre de la syrah actuelle. La robe du vin est rubis, plus pâle que les deux vins suivants. Le nez est assez intense et très agréable; il est fruité (cerise), floral, animal, avec du foin sec, des olives noires et un très léger menthol. L’attaque est fruitée, le corps moyen, les tannins faciles (pour un Cornas) et l’acidité assez élevée; côté équilibre, ça donne un vin un peu pointu. Un vin de garde bien fruité et très long.

Crozes-Hermitage Vieilles Vignes 2016
Un autre 100 % syrah à la robe rubis, plus profonde que le Cornas. Très aromatique, il est fruité (cerise), très épicé (clou de girofle, poivre blanc), avec de belles notes de bois (18 mois) et de chocolat. L’attaque est épicée, la bouche est ronde, moyennement corsée, avec des fruits rouges cuits, une belle acidité et des tannins fins qui finissent par se faire sentir; l’équilibre est très bon. La finale est très fruitée, fraîche, agréablement tanique et la persistance aromatique est bonne. Un autre beau vin de garde.

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Saint-Joseph Vieilles Vignes 2016
Un autre assemblage de serine et de syrah. La robe rubis de ce St-Joseph se situe entre les deux autres. Le nez, un peu plus discret, est fruité, boisé (20 mois), épicé et animal. L’attaque en bouche est fruitée, le corps est moyen, avec une belle acidité, beaucoup de fruit, une astringence moyenne et une belle note végétale (1/3 non-égrappé); le vin le plus équilibré de la volée. La fin de bouche est juteuse, fruitée, à peine astringente et de bonne longueur, Un vin complexe, souple, élégant.

Troisième volée : les vins rouges du Rhône méridional et de Provence.

Vacqueyras Vieilles Vignes 2015
Composé de grenache (70 %), de syrah (25 %) et de mourvèdre (5 %), ce premier rouge du Sud est grenat moyennement foncé. Assez discret au nez, il est chocolaté et fruité (cerise), avec des notes de kirsch et de cuir. La bouche est ronde, bien sèche, très fruitée et très bien équilibrée par une bonne acidité et des tannins assez fondus mais toujours présents. La finale est fruitée, avec une belle astringence et une très bonne persistance. Un vin bio, fin, encore jeune.

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Châteauneuf-du-Pape 2015
Ce châteauneuf rouge est un assemblage de grenache (70 %), de syrah (25 %) et de cinsault (5 %). C’est le plus pâle de la volée. Le nez est intense, complexe, fruité (cerise), animal, boisé (18 mois), chocolaté, avec de la garrigue, une note minérale et une note végétale (50 % non-égrappé). L’attaque est fruitée, le corps moyen, l’acidité très bonne, les tannins fins et discrets; le vin est bien sec, un peu sucré et chaud (15 %/vol) et l’équilibre est excellent. La fin de bouche est chocolatée, peu tanique et assez persistante. Un vin tout en fraîcheur.

Rasteau Vieilles Vignes 2016
Cette fois, c’est le mourvèdre qui vient compléter le grenache (65 %) et la syrah (25 %). Le vin est grenat foncé, bien ouvert au nez, fruité (cassis, cerise), épicé, avec une note végétale. En bouche, il est gras, corsé, bien tanique, alcooleux (14,5 %/vol) et un peu lourd. La fin de bouche est marquée par l’astringence, la chaleur et les fruits confits. Un vin bien jeune, avec de nombreuses années devant lui. Le vin le plus apprécié de la soirée.

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Bandol 2015
Seul vin hors des Côtes du Rhône, ce vin de Provence est composé essentiellement (95 %) de mourvèdre avec un peu de grenache. Sa robe montre encore des reflets violacés de jeunesse. Le nez est plus discret que les vins du Rhône, avec une note végétale assez marquée (mourvèdre) malgré un égrappage entier, une note animale, du chocolat noir, du tabac (cigare) et de la confiture. En bouche, le corps est moyen, l’acidité est bonne, les tannins très présents, costauds, le vin est plus végétal que fruité, assez bien équilibré et assez souple. La finale est tanique, végétale et de bonne longueur, Un bandol loin de son apogée.

Première conclusion générale : la sélection de Stéphan et Richard montre que, comme souvent en Côtes du Rhône, les vins blancs souffrent d’un manque d’acidité, mais ce problème s’applique rarement aux vins rouges, sauf à certains vins faisant dans la super-extraction.

Six des dix vins dégustés affichaient la mention « Vieilles Vignes ». Chez Tardieu-Laurent, cela signifie au moins 30 ans pour la roussanne, 40 ans pour le mourvèdre, 40, 50 ou 60 ans pour la syrah, selon l’appellation, 60 ans pour le grenache blanc, 80 ans pour le grenache noir et plus de 100 ans pour la serine.

Malgré la 2e place du châteauneuf, la volée de vins blancs a été la moins appréciée de la dégustation. C’est la volée du Nord du Rhône, la deuxième, qui remporte les honneurs avec un taux de forte appréciation frisant les 65 %; les trois vins de cette volée ont été également appréciés. La volée des vins du Sud et du bandol s’en tire avec une faible majorité de cas très appréciés, en bonne partie grâce à la vedette de la soirée, le Rasteau Vieilles Vignes 2016. Enfin, une majorité de participants on correctement identifié le bandol, parmi les quatre vins du Sud.

Alain Brault

18 janvier 2023
« Les vins de Bandol « 
Dégustation collective
Coordonnateur: Pierre Bélanger

Pour cette deuxième dégustation collective, Pierre a sélectionné douze vins, parmi plus de soixante-dix proposés par les membres. Il a divisé la dégustation en quatre volées : une pour les blanc et rosé et trois volées de rouge, la réputation de Bandol étant surtout basée sur ses vins rouges : une volée illustrant les principales zones de Bandol, une des « crus » du Domaine Tempier et une dernière pour vérifier le potentiel de garde de ces vins.

Cette fois encore, il a débuté la dégustation par une présentation très fouillée sur Bandol, commençant par un survol de l’AOC, de ses différentes zones et de ses règles; pour la poursuivre durant toute la soirée, sur chaque vin servi, chaque producteur et sur les terroirs concernés.

La dégustation a été faite à l’aveugle et la plupart des vins ont subi une double décantation quelques heures avant l’événement.

Première volée : un blanc et un rosé.

Bandol blanc 2016, Domaine Tempier
Ce vin est généralement fait de clairette (60 %) et d’ugni blanc (30 %), complétés de rolle (vermentino), de bourboulenc et de marsanne. La robe est jaune paille brillant. Le nez est bien ouvert, fruité (agrumes), épicé, minéral, floral, avec un léger bois vanillé et une note de miel. L’attaque en bouche est sèche, le vin est corsé, rond, fruité, minéral (salin) et l’acidité est correcte; aromatiquement, la bouche suit le nez. Un bandol blanc surprenant, surtout par sa tenue en bouche; il s’est classé 2e parmi les vins les plus appréciés de la soirée, ex aequo avec La Tourtine 2012 et Le Galantin 1998.

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Bandol rosé 2015, Château de Pibarnon
75 % de la production de Bandol étant en rosé, Pierre se devait d’en inclure un dans cette dégustation. Ce vin de mourvèdre (65 %) et de cinsault (35%) est rose-saumon bien pâle. Il est aromatiquement intense, mais plutôt unidimensionnel, avec des notes de bonbon-banane et de crème. En bouche, il est peu corsé, fruité sans plus, l’acidité est correcte et il est assez chaud (14 %/vol). Un vin simple, mais agréable.

Volée II : les différentes zones de l’appellation.

Bandol 2006, Domaine La Bastide Blanche
On commence à l’extrême nord de l’appellation, avec un assemblage de mourvèdre, grenache, cinsault et syrah. Il est grenat d’intensité moyenne, avec des reflets d’évolution. Au nez, il est bien ouvert, boisé, animal, fruité (fruits confits), épicé, avec une note végétale marquée, un léger carton (début d’oxydation), de l’écurie (certains on dit bouchon) et du goudron. La structure en bouche n’est pas très corsée, mais elle est bonne, avec des tannins fins mais bien présents; le vin est très sec, peu fruité, minéral et assez bien équilibré. Ça finit sur une belle astringence, du chocolat et c’est la note végétale qui persiste. Le mal-aimé de la soirée.

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Bandol 2006, Château Pradeaux
Ce bandol, normalement composé de 90 à 95 % de mourvèdre, complété de grenache, est produit à la limite ouest de l’AOC. Sa robe est semblable au précédent, avec un peu plus d’évolution. C’est le plus discret de la volée au nez, mais pas le moins complexe; on y détecte des notes fruitées (confiture), animales, épicées, végétales, torréfiées (chocolat) et tertiaires (champignons, feuille de thé). La bouche est moyennement corsée, astringente, plus fruitée que le nez, végétale, assez évoluée et très bien équilibrée. La finale est juteuse, agréablement tannique, végétale et très, très persistante.

Bandol 2005, Château de Pibarnon
On se déplace au centre de la zone viticole, où l’on trouve plusieurs maisons très réputées. Cet assemblage de 90 % mourvèdre et 10 % grenache est un peu plus foncé. Le nez est très ouvert, vanillé (20 mois de foudres), plus fruité que les autres, épicé (cannelle) et végétal. En bouche, le corps est moyen, les tannins presque soyeux, l’acidité bonne et les fruits rouges bien présents; l’équilibre est excellent. En fin de bouche, on ressent une belle astringence, des fruits confits, de la torréfaction et une certaine chaleur (13,5 %/vol); la persistance aromatique est assez bonne. Un vin bio, le moins mature de la volée, qui a besoin de plus de temps en cave.

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Bandol « Cuvée Antoinette » 2011, Domaine du Gros’Noré
La Cuvée Antoinette est une cuvée parcellaire de vieux mourvèdre complétée de grenache et de cinsault. C’est le plus foncé de la volée. Le nez est intense, très torréfié (chocolat), vanillé, avec un arôme de sucre à la crème et une pointe d’oxydation. C’est également le plus corsé; il est gras, rond, les tannins sont encore solides, il est très torréfié, alcooleux (15,6 %/vol), avec des fines herbes séchées, des épices (cannelle, menthol) et beaucoup de fruits confits, le tout très bien équilibré. La finale est agréablement tanique, torréfiée (chocolat, café), fruitée et vraiment très longue. Délicieux maintenant, mais loin de son apogée.

Volée III : les trois cuvées parcellaires du Domaine Tempier.

Bandol « La Migoua » 2014, Domaine Tempier
Cette cuvée est composée de mourvèdre (50 %), de grenache (20 %), de cinsault (26 à 28 %) et de syrah (2 à 4 %). Il est grenat, le plus pâle des trois. Le nez, d’une belle complexité, est très ouvert, animal (léger brett), fruité (mûres, cassis), chocolaté, épicé et agréablement boisé (vanille). En bouche, il est gras, onctueux, fruité, avec des tannins fins et soyeux. La finale est légèrement astringente, vanillée, fraîche, chocolatée et très persistante. Un bandol hyper-classique qui affiche un beau début de maturité, mais qui tiendra encore longtemps.

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Bandol « Cabassaou » 2014, Domaine Tempier
Issue d’une petite parcelle située au pied de La Tourtine, c’est la cuvée qui contient le plus de mourvèdre (95 %), avec un peu de cinsault et de syrah. Grenat plus profond, il est plus discret au nez, plus fruité et moins animal. L’attaque est très fruitée, le corps est moyen, les tannins assez fondus et l’équilibre excellent; il s’exprime mieux en bouche qu’au nez, avec du chocolat et du cuir qui viennent s’ajouter au fruit. Ça finit sur une belle astringence, du fruit et c’est très long. Un très grand bandol plein de promesses.

Bandol « La Tourtine » 2012, Domaine Tempier
Pour cette cuvée, la proportion de mourvèdre est d’environ 85 %, complétés de grenache et de cinsault. De même couleur que le Cabassaou, il est également assez discret au nez, fruité et torréfié. En bouche, il est corsé, bien gras, avec une très belle acidité, des tannins accessibles et du fruit (cerise); l’équilibre est impeccable. La finale est légèrement animale, fruitée et un peu chaude (14,5 %/vol); la persistance aromatique est excellente. Malgré le millésime qualifié de plus difficile, ce vin riche et ample a été le plus apprécié des trois; Il s’est classé 2e de la soirée, avec le Tempier blanc 2016 et Le Galantin 1998.

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Volée IV : quelques vieux bandols

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Bandol 1999, Domaine de la Tour du Bon
Celui-ci est composé de mourvèdre (55 %) de grenache (25 %) de cinsault (15 %) et de carignan (5 %). À l’œil, il est grenat bien évolué. Le nez est assez intense, très complexe, très tertiaire (thé, champignons, sous-bois), encore fruité, avec de la cendre, des herbes sèches et une note animale. L’attaque est chocolatée, le corps est moyen, les tannins encore bien présents et l’on détecte du poivre et de la réglisse; l’équilibre est très bon. La finale est tannique, chocolatée et assez longue. Un vin solide mais élégant qui rappelle les vieux vins du Piémont. Grande vedette de la soirée, il a fait l’unanimité!

Bandol 1998, Domaine Le Galantin
Un vin de mourvèdre à 95 % qu’on voyait régulièrement à la SAQ à une certaine époque. La robe est grenat et très évoluée (brique). Le nez est plus discret que la Tour de Bon, animal, beaucoup plus fruité, mais quand même bien avancé, avec des notes tertiaires puissantes (champignon, sous-bois). À l’attaque, ce sont les fruits confits; la bouche est magnifique, grasse, pleine, bien fraîche, avec des tannins fins, serrés, de la torréfaction, du cuir et du goudron. La fin de bouche est torréfiée, avec une belle astringence, des fruits noirs cuits et une légère verdeur (noyau de pêche); il est très, très long. Un vin puissant, costaud, mature; 2e vin le plus apprécié de la soirée, avec le Tempier blanc 2016 et La Tourtine 2012.

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Bandol 1995, Domaine La Bastide Blanche
Ce dernier rouge est plus foncé et très évolué. Il est également assez discret au nez, assez avancé, avec une note d’écurie et une note médicamenteuse. En bouche, il est bien corsé, les tannins sont fondus, très fins; il est minéral, encore fruité et très bien équilibré. La finale est fraîche et fruitée.

Nous avons eu droit à un éventail exceptionnel de vins de Bandol. D’abord avec un blanc et un rosé, vins qui, même s’ils comptent pour 80 % de la production, n’ont généralement rien d’exceptionnel. Le blanc de Tempier en a donc surpris plusieurs en se classant parmi les quatre vins les plus appréciée de la soirée; un autre exemple du sérieux de cette maison. La deuxième volée a bien illustré la grande variété de terroirs et de microclimats sur l’aire de l’AOC et c’est de loin le Pradeaux qui s’est démarqué.

Producteur phare de l’AOC Bandol, le Domaine Tempier a eu droit à sa propre volée. On y a dégusté les trois grandes cuvées de ce producteur, qui ont bien montré que la réputation de la maison est entièrement méritée : ce sont des vins de mourvèdre exceptionnels, classiques, complexes, racés. Cependant, encore bien loin de leur apogée, ils n’ont pas formé la volée la plus appréciée de la soirée, mise à part la deuxième place de La Tourtine. En général, ces trois vins ont semblé moins végétaux et plus fins que les autres bandols rouges (égrappage?).

L’honneur de la meilleure volée est revenu à la dernière, celle des vieux bandols, également les vins les moins chers de la soirée. Cette volée a démontré à quel point, bien conservés, les bandols rouges peuvent vivre longtemps, en conservant une bonne structure, du fruit, et en développant un bouquet complexe et original; et ce même sans nécessairement nous ruiner.

Encode une fois, un grand merci aux généreux contributeurs (par ordre alphabétique), Jocelyn Audette, Pierre Bélanger, Alain Brault, Mario Couture, Laurent Gémar et Louis Landry. Merci également à Pierre, pour son travail de coordination et pour l’excellente présentation (lien à la présentation) qui a accompagné la dégustation. La prochaine dégustation collective de l’année aura lieu au mois de mai et portera sur les vins rouges de la Côte de Beaune.

Alain Brault