Comptes rendus

10 septembre 2025
« Trouvez l’intrus »
Dégustation individuelle
Organisateur : Louis Grignon

Comme le veut la tradition, Louis ouvrira la nouvelle année de l’AVO avec une  dégustation qui nous est maintenant bien familière, soit la traditionnelle « Trouvez l’intrus » avec des vins provenant de sa cave personnelle.

Cette dégustation, conduite en double aveugle, comptait trois volées et Louis a averti les participant de la présence d’un intrus dans chacune d’elles.

Première volée : Le Piémont

Produttori del Barbaresco – Barbaresco DOCG 2012
Grenat tuilé limpide. Nez d’intensité moyenne sur la cerise et le tabac blond. En bouche, fruits rouges croquants, acidité moyenne +, tannins encore fermes et finale légèrement alcooleuse.

Un Nebbiolo classique, structuré et savoureux, idéal à table avec viandes rôties ou fromages affinés, et capable de gagner en harmonie après quelques années de garde.

L’intrus de la volée.

Produttori
Damilano

Damilano Lecinquevigne – Barolo DOCG 2013
Robe grenat tuilé, limpide. Nez d’abord discret, puis s’ouvre doucement sur la cerise mûre et la violette. En bouche, le fruit rouge domine avec une rondeur agréable, soutenu par une acidité moyenne et des tannins fondus qui assurent un bel équilibre. Longueur correcte.

Un Barolo tout en finesse, charmeur et déjà prêt à accompagner viandes rôties ou risottos aux champignons.

Giovanni Manzone – Barolo Bricat DOCG 2006
Grenat tuilé d’intensité moyenne. Nez complexe aux accents tertiaires : champignon, réglisse, anis étoilé et feuille de tomate. Bouche évoluée, légèrement herbacée, portée par une acidité moyenne, des tannins fondus et une belle longueur sur le fruit noir, avec une finale un peu asséchante.

Un Barolo mature et singulier, à la fois profond et polarisant, qui séduira les amateurs de styles évolués.

Manzone
Batasiolo

Beni di Batasiolo – Barolo Riserva DOCG 2010
Grenat tuilé limpide. Nez séduisant de cerise noire, chocolat et tabac blond. Bouche ample sur le fruit rouge, cerise et une touche de réglisse, soutenue par une acidité vive et des tannins fondus. Finale moyenne marquée par la griotte et le tabac.

Un Barolo équilibré et gourmand, alliant profondeur et plaisir immédiat.

Deuxième volée : Le sud-Ouest de la France

Château Montus – Madiran AOC 2019
Robe rubis profond aux reflets pourpres, dense et brillante. Nez généreux sur la mûre, le cassis et la prune, relevé de sucre d’orge et d’un fond subtilement terreux. La bouche révèle un caractère légèrement animal mêlé aux fruits noirs, soutenu par une acidité moyenne. Les tannins, fins et bien intégrés, mènent vers une finale de longueur moyenne aux accents de champignon, promesse d’une belle évolution aromatique.

Assemblage : 80 % Tannat, 20 % Cabernet Sauvignon.

Un Madiran solide et bien construit, encore jeune, qui gagnera en complexité et en nuances après quelques années de garde.

Montus
Bouscassé

Château Bouscassé – Madiran AOC 2016
Robe rubis profond aux reflets pourpres. Nez intense de mûre, cerise noire et touches végétales, avec une pointe de poussière et de caoutchouc. Bouche vive sur la cerise et le poivron, portée par une acidité marquée et des tannins fermes mais déjà accessibles. Finale fraîche sur le fruit primaire.

Assemblage : 50 % Tannat, 26 % Cabernet Sauvignon et 24 % Cabernet Franc : un Madiran énergique, structuré et promis à une belle évolution.

Château Lamartine – Cuvée Particulière Cahors AOC 2012
Robe rubis profond à couronne pourpre. Nez intense de mûre, épices, tabac et une note lactée évoquant le camembert, qui peut surprendre. Bouche concentrée sur les fruits noirs, avec une acidité moyenne plus, des tannins fermes et une longue finale fruitée.

Assemblage : 90 % Malbec et 10 % Tannat : un Cahors puissant et structuré, au profil singulier qui ne laissera pas indifférent.

L’intrus de la volée.

Lamartine

Troisième volée : Bordeaux

Haut-Bergey

Château Haut-Bergey – Pessac-Léognan AOC 2008
Grenat foncé avec une légère évolution sur la couronne. Nez complexe mêlant mûre, cassis, tabac, crème fraîche et une touche de champignon. En bouche, fruits noirs soutenus par une acidité moyenne et des tannins souples de niveau moyen, offrant un bel équilibre. Longue finale sur la réglisse noire.

Assemblage : 60 % Cabernet Sauvignon et 40 % Merlot : un Bordeaux parfaitement à point, raffiné et savoureux.

L’intrus de la volée.

Château d’Issan – Margaux AOC 3e Cru Classé 2006
Grenat foncé aux reflets carmin. Nez d’intensité moyenne, légèrement fermé au départ, sur la mûre, la poussière et le graphite. Bouche de fruits noirs avec une touche de poivron, milieu de bouche un peu mince, acidité moyenne plus et tannins fins. Finale de longueur moyenne.

Assemblage : 64 % Cabernet Sauvignon et 36 % Merlot : un 2006 atypique, élégant mais plus discret que la moyenne du cru.

Issan
Malescot

Château Malescot St-Exupéry – Margaux AOC 3e Cru Classé 2008
Robe grenat profond aux reflets légèrement tuilés. Nez charmeur mêlant cassis, mûre sauvage, réglisse et graphite, relevé d’un soupçon de bois de santal et de notes florales. En bouche, la matière est ample et veloutée : l’acidité, parfaitement intégrée, porte un fruit noir intense, tandis que les tannins, déjà presque fondus, offrent une texture soyeuse. L’équilibre est remarquable et la finale s’étire longuement avec une touche épicée et minérale.

Assemblage : 50 % Cabernet Sauvignon, 35 % Merlot, 10 % Cabernet Franc, 5 % Petit Verdot.

Un Margaux classique, déjà superbe mais promis à encore quelques années de grâce.

Le Malescot St-Exupéry 2008 a été voté le vin de la soirée.

24 septembre 2025
« Le pinot noir sous toutes ses facetttes »
Dégustation individuelle
Organisateur : Marc-Antoine Brassard

Si les activités de l’AVO avaient été lancées par l’un de nos doyens à l’Académie, cette fois-ci, c’est un tout nouvel adhérent qui est entré en scène. Pour sa première participation, il nous a captivés en partageant sa passion pour le Pinot noir.

Cette dégustation à l’aveugle s’est déroulée en trois volées. Les vins n’avaient pas été décantés au préalable.

Première volée :

Fleury Blanc de Noir Brut – Champagne NV
100 % Pinot Noir – Élevé en biodynamie
Mise en bouteille 2017, dégorgement avril 2021 – 4,4 g/l de sucre

Dans la grande tradition des Blancs de Noirs de la Côte des Bar, ce Fleury séduit d’emblée par sa robe jaune or pâle aux reflets légèrement orangés. Les bulles, fines et persistantes, apportent un éclat cristallin qui met l’œil en appétit. Le nez s’ouvre sur des arômes gourmands de pâtisserie et de pomme fraîche, relevés d’une pointe d’anis et d’un délicat accent iodé qui évoque la brise marine. Une complexité subtile qui annonce déjà un champagne de caractère.

En bouche, la légèreté et l’aérien dominent : une acidité vive donne du nerf, tandis que la finale, longue et tendue, prolonge les notes de pomme verte avec une minéralité saline d’une grande élégance. Un champagne précis, vibrant et racé, à la fois gourmand et d’une fraîcheur irréprochable.

Fleury
Blanc de noir

Cavallotto Pinot Nero “Pinner” 2022 Piemonte DOC
Ce Pinner 2022 surprend par son allure singulière. La robe jaune or pâle, traversée de reflets cuivrés, se montre limpide avec un léger gras qui annonce de la matière. Le nez charme immédiatement par une palette raffinée : crème pâtissière, citron confit, poire mûre et fleurs blanches, une combinaison qui évoque à la fois gourmandise et fraîcheur.

En bouche, le citron confit revient en fil conducteur, accompagné de fruits à noyau. L’acidité, un peu basse, donne une texture ronde, tandis qu’une finale délicatement fumée et grillée, soutenue par une amertume plaisante, apporte relief et caractère.

Un vin de découverte, vinifié en blanc, qui séduit par sa structure originale et son profil aromatique inattendu. À déguster seul pour sa complexité ou en accord avec une volaille rôtie ou un risotto crémeux.

Bachelder Pinot Noir – Lowrey Vineyard Vieilles Vignes 2022 St. David’s Bench VQA, Niagara
Issu de vieilles vignes du vignoble Lowrey, ce pinot noir 2022 arbore une robe rubis pâle aux reflets presque rosés, d’une brillance limpide qui annonce la finesse. Le nez s’ouvre avec délicatesse sur la cerise et la fraise, relevées de poivre, d’épices douces et d’une touche florale de rose, typique des grands Pinots.

En bouche, l’élégance prime : la griotte s’exprime avec pureté, soutenue par une acidité fraîche et des tannins légers qui apportent structure et dynamisme. La finale, de longueur moyenne, s’étire sur des notes de canneberge et de fraise, dans une texture soyeuse.

Un Pinot de Niagara tout en subtilité, fidèle au style aérien de Bachelder : raffiné, précis et déjà très accessible, mais capable de s’épanouir quelques années en cave. Parfait avec un magret de canard aux canneberges, un risotto aux champignons sauvages ou encore un filet de saumon grillé aux herbes.

Bachelder
Norman Hardie

Norman Hardie Pinot Noir County 2020 Prince Edward County VQA – Ontario
Ce Pinot Noir 2020 se présente dans une robe rubis de profondeur moyenne, animée de subtils reflets pourpres et d’une limpidité exemplaire. Le nez, à la fois charmeur et intrigant, combine la fraise et la cerise mûre à des notes plus sombres de réglisse rouge, de goudron et une touche de poussière minérale, signature du terroir calcaire du County.

La bouche confirme cette complexité : un fruit rouge franc relevé d’épices, une belle matière soutenue par une acidité vive et une légère amertume qui ajoute du relief. L’ensemble demeure parfaitement équilibré, s’achevant sur une longueur moyenne, nette et fraîche.

Un Pinot au style vibrant et précis, fidèle à l’élégance minérale propre au Prince Edward County, déjà délicieux mais qui gagnera encore en complexité sur deux ou trois ans.

Deuxième volée :

Clos Henri Pinot Noir – Waimaunga Windblown Clays 2019 Marlborough – Nouvelle-Zélande
Ce Pinot Noir 2019 se présente dans une robe rubis de profondeur moyenne, limpide et brillante, qui ne trahit aucun signe d’évolution. Dès l’œil, on pressent un vin précis et énergique. Le nez s’ouvre sur une fraise franche avant de basculer vers des arômes plus sauvages : notes « funky » de cuir, de goudron et de champignon qui lui confèrent un caractère terrien et légèrement provocateur. Une pointe d’alcool se devine, apportant une chaleur subtile sans écraser l’ensemble.

La bouche poursuit dans cette veine singulière. L’attaque est vive, portée par une acidité nette qui accentue la tension. Les saveurs de fraise et de canneberge se déploient avec une belle clarté, tandis que des tannins légers et une fine amertume structurent la trame. La finale, légèrement chaude, prolonge ce profil à la fois vibrant et un brin indompté.

Issu des sols d’argile balayés par les vents de Marlborough, ce Clos Henri s’affirme comme un Pinot Noir de caractère. Aimé par certains, détesté par d’autres, son côté « funky » et son expression sans compromis ne laissent décidément personne indifférent.

Clos Henri
Barmes-Buecher

Domaine Barmès-Buecher – Pinot Noir Vieilles Vignes 2018 Alsace
Ce Pinot Noir 2018 se présente dans une robe rubis de profondeur moyenne, légèrement voilée, rappelant le style traditionnel des rouges alsaciens non filtrés. Une apparence qui intrigue et annonce déjà une personnalité marquée. Le nez séduit par sa complexité : la cerise fraîche s’entrelace à des accents plus inattendus de tabac blond, d’épices douces et de bonbon anglais, le tout traversé d’une nuance légèrement médicinale qui renforce le caractère singulier de ce vin.

En bouche, l’expression est éclatante. Le fruit rouge domine d’abord, puis s’ouvre sur des notes tertiaires délicates qui témoignent d’une belle évolution. La texture, souple et enveloppante, est soutenue par une acidité moyenne qui maintient l’équilibre. La finale, longue et persistante, prolonge les saveurs de fruit mûr et de tabac blond avec élégance.

Ce Pinot noir Vieilles Vignes illustre parfaitement la capacité de l’Alsace à produire des rouges de profondeur et de complexité, alliant gourmandise et finesse. Un millésime 2018 expressif, déjà délicieux aujourd’hui et promis à une belle évolution en cave.

Hofgut Falkenstein – Niedermenniger Herrenberg Rotwein Trocken 2020 Spätburgunder – Mosel-Saar-Ruwer
Ce Spätburgunder 2020 révèle d’emblée un charme discret. Sa robe rubis légère, à peine évoluée sur la couronne et parfaitement limpide, évoque la finesse plus que la puissance. Le nez, en revanche, se montre étonnamment expressif : une cerise éclatante et une griotte acidulée dominent, accompagnées de notes de sous-bois qui rappellent les pinots les plus classiques.

En bouche, la délicatesse prend le dessus. La texture est légère, presque aérienne, portée par une acidité vive qui confère tension et fraîcheur. Les tannins, très fins, soutiennent une trame élégante. La finale, de longueur moyenne, s’étire sur des accents de petits fruits rouges et une acidité persistante qui invite à la gorgée suivante.

Un Pinot allemand au style ciselé, à la fois vibrant et raffiné, qui illustre la précision et la pureté caractéristiques de la Moselle. Déjà irrésistible aujourd’hui, il promet encore quelques belles années de plaisir pour les amateurs de Spätburgunder tout en finesse.

Hofgut
Giulia Negri

Giulia Negri – La Tartufaia Pinot Nero 2021 Langhe DOC – Piémont
Ce Pinot Nero 2021 affiche d’emblée sa jeunesse dans une robe rubis de profondeur moyenne, ponctuée de reflets pourpres éclatants. Sa limpidité et sa brillance annoncent un vin précis et énergique. Le nez séduit par une complexité immédiate : cerise mûre et réglisse rouge se mêlent à des épices subtiles et à une note de goudron qui apporte un accent terrien, typique du caractère piémontais.

En bouche, le fruit éclatant s’impose d’abord, porté par une acidité nerveuse qui dynamise l’ensemble. La texture, d’apparence légère, révèle des tannins encore fermes qui structurent la trame et suggèrent un potentiel de garde. La finale, de longueur moyenne, laisse une touche végétale discrète qui ajoute du relief et une fraîcheur persistante.

Un Pinot Nero de Langhe à la fois élégant et vibrant, qui allie la finesse bourguignonne à l’énergie italienne. Déjà charmeur par son aromatique, il gagnera en profondeur et en souplesse avec quelques années de cave.

Troisième volée :

Confuron-Cotetidot – Les Suchots 2018 Vosne-Romanée 1er Cru – Bourgogne
Ce 1er Cru de Vosne-Romanée se présente dans une robe grenat de profondeur moyenne, légèrement évoluée sur le pourtour mais toujours brillante, témoignage d’un vin à la fois jeune et déjà prometteur. Le nez s’ouvre avec intensité sur la cerise noire mûre, complétée d’accents viandeux et d’une touche crémeuse rappelant la crème fraîche. Des notes de poussière minérale et de chocolat noir apportent une dimension terrienne et gourmande, révélant la richesse aromatique du terroir des Suchots.

La bouche confirme ce profil ample et généreux : une attaque juteuse de cerise et de prune se prolonge par des épices délicates. L’acidité, élevée, confère tension et fraîcheur, tandis que les tannins fermes rappellent que ce vin n’en est qu’au début de son évolution. La finale, légèrement chaude, souligne la puissance du millésime et laisse présager une longue garde.

Un Vosne-Romanée 1er Cru au caractère affirmé, qui combine profondeur fruitée et structure solide. Séduisant déjà par son bouquet complexe, il gagnera en harmonie et en raffinement au fil des années et mérite d’être redécouvert dans une dizaine d’années pour révéler toute sa noblesse.

Les Suchots
Jacques Cacheux

Jacques Cacheux & Fils – Échezeaux Grand Cru 2018 Bourgogne – Côte de Nuits
Cet Échezeaux 2018 impressionne dès le premier regard par sa robe grenat foncé, presque opaque, d’une densité qui trahit une concentration remarquable tout en ne montrant aucun signe d’évolution. Le nez est d’une intensité captivante : la cerise mûre s’entrelace à des arômes plus sauvages de cuir, d’écurie et de poussière, enrichis de nuances fumées et de bacon. Une complexité profonde qui révèle le caractère ample et terrien de ce grand cru.

En bouche, la cerise domine à nouveau, accompagnée d’une subtile note de goudron. La texture est puissante et structurée : les tannins, encore fermes mais déjà accessibles, annoncent une lente et superbe évolution. L’acidité se fond parfaitement dans l’ensemble, équilibrant la richesse du fruit et soutenant une finale longue et persistante.

Un Échezeaux de grande envergure, véritable « bête » de garde. Promis à une longue vie, il déploiera toute sa complexité et sa profondeur avec le temps, récompensant largement la patience des amateurs dans dix à quinze ans. Ce vin fut voté le vin de la soirée par une majorité de participants.

Merci, Marc-Antoine, pour ce partage passionné autour du pinot noir. Une belle entrée en scène réussie !

8 octobre 2025
« Les vins blancs ouillé du Jura »
Dégustation individuelle
Organisateur : Denis Desjardins

Le Jura, petit vignoble niché entre Bourgogne et Suisse, produit des vins qui ne ressemblent à aucun autre. Chardonnays lumineux, Savagnins précis et parfois oxydatifs, chaque bouteille reflète un terroir unique, fait de sols calcaires, d’expositions délicates et d’un climat tempéré mais exigeant.

Dans cette série, nous découvrons des cuvées emblématiques de domaines tels que le Domaine du Pélican, le Domaine des Marnes Blanches, le Domaine Labet ou encore François Rousset-Martin. Les vins se caractérisent par une belle tension, une minéralité affirmée et une richesse aromatique qui allie fruit, notes florales et nuances légèrement oxydatives.

Qu’ils soient dégustés jeunes ou après quelques années de garde, ces vins offrent une expérience sensorielle élégante et surprenante, où équilibre et complexité se conjuguent pour révéler toute la singularité du Jura. Une invitation à explorer la profondeur et l’authenticité d’un vignoble trop souvent méconnu.

La dégustation s’est tenue à étiquettes découvertes, en quatre volées. Les bouteilles ont été ouvertes sur place.

Première volée :

Domaine du Pélican – Chardonnay “En Barbi” Arbois 2022
Ce Chardonnay du Jura signé Domaine du Pélican illustre parfaitement le style précis et lumineux de la maison. La robe paille très claire, aux reflets verdâtres, annonce déjà la fraîcheur et la pureté aromatique du vin. Le nez, expressif et charmeur, évoque une corbeille de petits fruits blancs et une touche de salade de fruits, sur un fond légèrement miellé et floral.

En bouche, l’équilibre est remarquable : le fruité s’exprime avec justesse, soutenu par une acidité bien présente qui apporte tension et vivacité. Un léger accent de sucre d’orge vient adoucir l’ensemble sans le rendre pesant. La finale, de longueur moyenne, prolonge l’impression de fraîcheur et de limpidité. Un Chardonnay droit et harmonieux, fidèle à la finesse jurassienne, qui privilégie l’énergie et la précision à la puissance.

Pelican
Pelican

Domaine du Pélican – Savagnin Ouillé Arbois 2022
Le Domaine du Pélican signe ici un Savagnin ouillé d’une grande pureté, à mille lieues des expressions oxydatives classiques du Jura. La robe jaune pâle, limpide et brillante, annonce la fraîcheur et la droiture du millésime. Le nez séduit par son registre mûr mais contenu : fruits à chair jaune, pointe de caramel et une profondeur discrète qui laisse présager de belles nuances à venir.

En bouche, le vin déploie une texture ample et soyeuse, équilibrée par une acidité moyenne et une trame saline qui étire la finale. Une fine astringence vient ajouter de la tension à l’ensemble, sans nuire à l’élégance. La longueur, soutenue et persistante, témoigne d’un Savagnin encore jeune mais déjà harmonieux. Un vin sérieux, à la fois généreux et précis, promis à une évolution remarquable au cours des prochaines années.

Deuxième volée :

Domaine des Marnes Blanches – “En Quatre Vis” Chardonnay Côtes du Jura 2022
Issu d’un terroir emblématique du Sud-Revermont, ce Chardonnay “En Quatre Vis” du Domaine des Marnes Blanches se distingue par sa richesse et son éclat. La robe jaune paille aux reflets dorés attire le regard par sa brillance et sa densité. Le nez, généreux et expressif, s’ouvre sur les fruits à chair jaune mûrs, le miel et un soupçon de caramel, dans une harmonie de maturité et de finesse.

En bouche, la fraîcheur surprend agréablement : le vin reste droit et vif malgré sa concentration. La matière, fruitée et légèrement astringente, s’équilibre autour d’une tension bien maîtrisée. La finale, longue et persistante, évoque la cire d’abeille et une subtile touche beurrée qui prolonge le plaisir. Un Chardonnay à la fois solaire et précis, qui conjugue gourmandise et minéralité avec élégance — une belle expression contemporaine du Jura.

Marnes - 4 vis
Marnes 4 vis

Domaine des Marnes Blanches – “En Quatre Vis” Savagnin Côtes du Jura 2022
Ce Savagnin du Domaine des Marnes Blanches incarne avec justesse la dualité du cépage : richesse aromatique et tension minérale. La robe jaune paille aux reflets dorés trahit une belle maturité. Le nez, expressif et nuancé, marie les fruits tropicaux à une légère touche oxydative, soutenue par des notes de noisette et de caramel.

En bouche, le vin s’affirme avec énergie : des saveurs d’agrumes dominent, portées par une fine sensation de levure qui accentue son caractère nerveux et vivant. L’acidité, bien calibrée, structure l’ensemble sans le durcir. La finale s’étire longuement sur des nuances de noisette et de fruits secs, confirmant la personnalité affirmée du vin. À la fois précis, vibrant et légèrement sauvage, ce Savagnin “ouillé” dévoile une interprétation sincère du Jura moderne, où la tension et la profondeur s’équilibrent avec élégance.

Domaine des Marnes Blanches – “Les Molates” Chardonnay Côtes du Jura 2021
Dans un millésime frais et délicat, le Chardonnay “Les Molates” du Domaine des Marnes Blanches exprime une lecture plus aérienne du Jura. La robe jaune paille, légèrement trouble et laiteuse, témoigne d’un élevage peu interventionniste et d’une approche naturelle. Le nez, tout en retenue, révèle des arômes subtils de fleurs blanches et d’agrumes, avec une pureté presque cristalline.

En bouche, le vin se montre vif et direct : les agrumes dominent, portés par une acidité tranchante qui confère énergie et tension. La finale, plus courte, s’achève sur une légère amertume citronnée, signature du millésime. Moins concentré que d’autres cuvées du domaine, “Les Molates” mise ici sur la fraîcheur et la franchise. Un Chardonnay sincère, d’expression épurée, qui traduit fidèlement les conditions climatiques d’une année exigeante et au profil délicatement digeste.

Marne Molates
Marnes Molates

Domaine des Marnes Blanches – “Les Molates” Savagnin Côtes du Jura 2022
Ce Savagnin “Les Molates” 2022 illustre la vitalité et la singularité du cépage jurassien sous la main inspirée du Domaine des Marnes Blanches. Sa robe paille dorée, légèrement trouble, traduit une vinification peu interventionniste et respectueuse du fruit. Le nez, explosif et charmeur, déploie un bouquet de coing mûr, d’agrumes et de fruits jaunes, relevé d’une touche saline qui annonce la tension du vin.

En bouche, la matière se montre ample, portée par une subtile note oxydative et un soupçon de caramel qui ajoutent profondeur et complexité. L’équilibre se construit sur une richesse maîtrisée, sans lourdeur. La finale, plus courte que sur d’autres cuvées du domaine, laisse néanmoins une impression persistante de fraîcheur et de caractère. Un Savagnin expressif et sincère, qui conjugue intensité aromatique et authenticité artisanale.

Troisième volée :

Domaine Labet – “En Chalasse No 2” Chardonnay Côtes du Jura 2020
Le Domaine Labet signe ici un grand Chardonnay jurassien, à la fois intense et d’une précision exemplaire. La robe jaune paille aux reflets dorés, légèrement trouble, évoque un vin vivant, non filtré, fidèle à l’esprit artisanal du domaine. Le nez, puissant et envoûtant, s’articule autour d’un profil légèrement oxydatif, mêlant fleurs blanches, amande fumée et citron confit, dans une complexité aromatique remarquable.

En bouche, l’attaque est franche et vibrante : le citron confit et les fruits jaunes s’imposent d’emblée, portés par une acidité parfaitement intégrée. La texture ample, équilibrée par une tension minérale et une profondeur salivante, témoigne d’un grand sens de l’équilibre. La finale, d’une longueur impressionnante, prolonge les nuances fumées et salines avec élégance. Un Chardonnay vibrant, d’une grande énergie, où la richesse du terroir jurassien s’exprime avec maîtrise.

Labet
Labet

Domaine Labet – “En Chalasse Fleur de Savagnin” Côtes du Jura 2020
Avec cette cuvée “En Chalasse Fleur de Savagnin”, le Domaine Labet livre une expression splendide du cépage dans toute sa complexité aromatique. La robe jaune paille aux reflets dorés, légèrement trouble, annonce un vin vivant et non maquillé. Le nez, puissant et profond, déploie un éventail séduisant de zestes d’orange, d’amandes grillées et de fruits confits, sur un fond subtilement oxydatif qui rappelle les grandes signatures jurassiennes.

En bouche, l’attaque est fraîche et précise, marquée par une belle tension sur les agrumes. La matière, ample et savoureuse, trouve un équilibre parfait entre richesse et énergie. Des notes d’amande et de fruits secs s’étirent longuement en finale, conférant au vin une dimension à la fois noble et vibrante. Un Savagnin de grande tenue, alliant finesse aromatique, complexité et persistance exceptionnelle — un modèle du genre.

Quatrième volée :

Domaine François Rousset-Martin – “La Chaux” Chardonnay Côtes du Jura 2020
La cuvée “La Chaux” 2020 du Domaine François Rousset-Martin illustre parfaitement le style précis et élégant des Chardonnays jurassiens. La robe jaune paille aux reflets verdâtres, légèrement brouillée, suggère un vin vivant, non filtré et expressif. Le nez se déploie avec richesse : arômes de xérès sec, fruits confits, amandes vertes et noix de Grenoble se mêlent harmonieusement, offrant un profil complexe et profond.

En bouche, la matière est ample et généreuse, portée par des saveurs d’amandes et de fruits confits qui s’étirent avec élégance. La finale, longue et persistante, révèle des nuances délicates d’orange confite et d’amande, confirmant la finesse et l’équilibre du vin. Ce Chardonnay témoigne d’une maîtrise parfaite du terroir et du millésime, offrant un vin à la fois raffiné, généreux et doté d’un potentiel de garde certain.

Rousset-Martin
Rousset-Martin

Domaine François Rousset-Martin – “La Cuvée du Professeur” Savagnin Côtes du Jura 2022
La “Cuvée du Professeur” 2022 du Domaine François Rousset-Martin offre une expression lumineuse et raffinée du Savagnin ouillé. Sa robe dorée intense attire immédiatement le regard et suggère un vin concentré et vivant. Le nez se distingue par un profil oxydatif subtil, moins marqué que dans la cuvée “La Chaux”, et dévoile des notes de citrons confits et de fumée délicate, qui confèrent élégance et complexité.

En bouche, le vin s’ouvre avec une acidité bien présente qui structure l’ensemble, tandis qu’une texture ample et grasse enveloppe les saveurs de citron confit et d’herbes séchées. La finale, très longue, prolonge cette sensation de fraîcheur et de pureté, dans un équilibre parfait entre tension et richesse aromatique. Un Savagnin vibrant, raffiné et déjà séduisant, prometteur d’une belle évolution en cave.

« La Cuvée du Professeur » de François Rousset-Martin a été élu « Vin de la soirée ». Parmi les 16 dégustateurs, 12 ont choisi un Savagnin comme étant leur favori, soulignant l’attrait singulier de ce cépage jurassien.

Nous avons été surpris par le caractère oxydatif légèrement plus marqué de certains vins par rapport aux cuvées du Domaine Labet et de François Rousset-Martin. L’explication réside dans les méthodes de vinification : au Domaine Labet, malgré l’ouillage, le contact contrôlé avec l’oxygène en fût permet de développer des arômes complexes de fruits secs, de pomme mûre et de noix, typiques des vins oxydatifs. Chez François Rousset-Martin, le vigneron semble attendre un certain temps avant de commencer l’ouillage, ce qui accentue légèrement le profil oxydatif du vin.

22 octobre 2025
« Bordeaux 1995 »
Dégustation individuelle
Organisateur : Philippe Desrosiers

Nous avons eu le privilège de déguster neuf vins du millésime 1995 en provenance de Bordeaux. Tous avaient été acquis en primeur et conservés depuis dans la même cave. La dégustation s’est organisée en trois volées : d’abord les vins de Pomerol, dominés par le Merlot, puis ceux de Pessac-Léognan, et enfin la rive gauche avec Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe, où le Cabernet Sauvignon prédomine.

Première volée :

Vieux Château Certan 1995 – Pomerol
Sous sa robe grenat moyennement soutenue, ce Vieux Château Certan dévoile un bouquet à la fois noble et apaisé, marqué par des nuances de terre humide, de vieux cuir et de gâteau Forêt-Noire. Tout ici respire l’élégance d’un vin parvenu à sa pleine maturité. En bouche, la texture se montre souple, parfaitement équilibrée, sans excès de puissance. La matière s’étire avec finesse, soutenue par une acidité juste et des tanins fondus qui confèrent au vin une grâce discrète. La finale, de longueur moyenne, laisse une impression de sérénité et de classicisme. Un Pomerol d’école, raffiné et harmonieux, dont le charme repose davantage sur la subtilité que sur la force.

Certan
Lafleur

Château La Fleur-Pétrus 1995 – Pomerol
Sous une robe grenat moyennement foncée, ce 1995 séduit d’emblée par un nez expansif et raffiné, où se mêlent anis, chocolat, fruits rouges mûrs et une touche de goudron, relevés d’un discret accent floral. La bouche, d’une remarquable fraîcheur, conserve encore une belle présence de fruit malgré les années. L’attaque se montre souple et pleine, puis le vin déploie une texture ronde et harmonieuse, soutenue par une trame juteuse et précise. La finale s’étire longuement sur des notes de cacao et d’épices douces, apportant une conclusion savoureuse et enveloppante. Un Pomerol d’une grande séduction, alliant richesse aromatique et élégance de structure — le charme de la maturité sans la moindre fatigue.

Château Trotanoy 1995 – Pomerol
Sous une robe grenat moyennement foncée, ce Trotanoy se présente d’abord avec une certaine retenue. Le nez, encore fermé et un brin boudeur, s’exprime sur un registre tertiaire, évoquant la terre chaude et les feuilles sèches. Mais la magie s’opère dès l’entrée en bouche : le fruit se révèle, ample et profond, porté par une texture d’une grande rondeur. La matière, dense sans lourdeur, témoigne de la maîtrise du Merlot dans sa plus pure expression. La finale, longue et légèrement tannique, prolonge le plaisir avec élégance et vigueur. Un vin encore vibrant, à la fois serein et énergique, qui confirme la stature de Trotanoy dans ce millésime de grand équilibre.

Trotanoy

Deuxième volée :

Haut-Bailly

Château Haut-Bailly 1995 – Pessac-Léognan, Grand Cru Classé de Graves
Sous une robe grenat foncé et brillante, ce Haut-Bailly séduit par un nez précis et raffiné, où s’entrelacent des notes fumées et minérales, évoquant la mine de crayon, la terre noire et un soupçon floral délicat. En bouche, le vin se révèle à la fois minéral et juteux, avec une texture austère mais parfaitement équilibrée. La structure est nette, les tanins bien fondus et la matière soutenue, donnant au vin une élégance classique et mesurée. La finale, longue et persistante, prolonge la sensation de pureté et de rigueur aromatique. Un Pessac-Léognan à la fois sérieux et séduisant, qui illustre la précision et la constance de ce château sur un millésime déjà mature et harmonieux.

Château Rauzan-Ségla 1995 – Margaux 2e Cru Classé
Sous une robe grenat aux reflets rubis foncé, ce Rauzan-Ségla dévoile un nez évolué et séduisant, marqué par des arômes de café, de chocolat au lait et de bleuets mûrs. La bouche, d’une belle précision, combine fraîcheur et équilibre, avec des tanins parfaitement fondus qui apportent structure et douceur. La finale, nette et harmonieuse, prolonge le plaisir en laissant une sensation de délicatesse classique. Un Margaux élégant et raffiné, qui montre la finesse et le charme subtil d’un millésime déjà bien mature, tout en conservant une expression aromatique plaisante et directe.

Rauzan
Léoville

Château Léoville-Las-Cases 1995 – Saint-Julien, 2e Grand Cru Classé
Un Grand Vin dans toute son expression. La robe grenat-rubis foncé laisse présager un vin de grande stature. Le nez, ouvert et complexe, déploie des arômes précis de terre noire, chocolat noir, cassis, cuir et une minéralité élégante, révélant une maturité harmonieuse et maîtrisée. En bouche, le vin séduit par sa rondeur, sa finesse et son équilibre parfait, soutenus par une extraction mesurée qui préserve le fruit. Malgré ses années, il conserve encore une belle intensité fruitée et une élégance qui laisse deviner un potentiel de vieillissement supplémentaire d’au moins dix ans. Cette bouteille a été élue Vin de la soirée par les seize dégustateurs présents, confirmant son prestige et sa qualité exceptionnelle.

Troisième volée :

Château Duhart-Milon 1995 – Pauillac, 4e Cru Classé
Sous une robe grenat foncé, ce Duhart-Milon se présente avec un nez ouvert et complexe, où se mêlent des notes médicinales, un léger parfum de dessert sucré et des accents de pot-pourri, le tout soutenu par une extraction maîtrisée. La bouche, équilibrée et harmonieuse, séduit par sa rondeur et sa finesse, mettant en avant un fruit éclatant, notamment la cerise marasquin, qui confère une expression gourmande et plaisante. L’ensemble dégage une impression de maîtrise et d’élégance classique, caractéristique des Pauillac de ce millésime. Un vin déjà agréable à boire, tout en conservant un charme discret et une belle structure.

Duhart
Pontet

Château Pontet-Canet 1995 – Pauillac, 5e Cru Classé
Sous une robe grenat foncé brillante, ce Pontet-Canet se distingue par un bouquet ouvert et complexe, où se mêlent minéralité, fruits rouges, cuir, épices et notes tertiaires raffinées. Chaque inspiration révèle une profondeur aromatique saisissante. En bouche, le vin séduit par sa rondeur, son équilibre parfait et la précision de ses saveurs, dominées par le kirsch et le chocolat. La finale, très longue et harmonieuse, laisse une impression persistante de richesse et de maîtrise, témoignant du grand potentiel de ce millésime. Une bouteille captivante, expressive et élégante, qui illustre pleinement la stature de Pontet-Canet parmi les Pauillac.

Château Cos d’Estournel 1995 – Saint-Estèphe, 2e Cru Classé
Sous une robe grenat moyennement foncée, ce Cos d’Estournel séduit par un nez élégant, légèrement moderne, où se mêlent des notes de torréfaction et une minéralité fine. En bouche, le vin se révèle juteux et austère, avec une structure solide qui soutient le fruit de manière précise. La finale, très longue et tannique, laisse une impression de puissance maîtrisée et de caractère affirmé, fidèle au style des Saint-Estèphe classiques. Un vin sérieux et exigeant, qui réclame encore un peu de patience pour pleinement s’exprimer, mais dont la qualité et la profondeur sont déjà évidentes.

Estournel

Deux constats majeurs se dégagent de cette expérience. Premièrement, les grands Bordeaux, surtout ceux à dominante de Cabernet Sauvignon, vieillissent lentement et nécessitent au moins vingt ans d’évolution. Après trente ans, aucun des vins dégustés n’était fatigué : certains étaient à leur apogée, complexes et fondus, tandis que quelques-uns conservaient encore une jeunesse vibrante, avec suffisamment de fruit pour évoluer encore dix ans.

Deuxièmement, de manière quelque peu surprenante, les vins à dominante Merlot se sont montrés plus austères, avec moins de fruit et une structure tannique marquée. À l’inverse, les vins à dominante Cabernet Sauvignon ont paru plus ronds et fruités, donnant une impression d’équilibre et de douceur malgré leur puissance.

5 novembre 2025
« Montefalco Sagrantino »
Dégustation individuelle
Organisateur : Mario Couture

Cette dégustation, articulée en trois vagues, proposait un rare survol de l’évolution du sagrantino de Montefalco sur près de deux décennies. De la rudesse noble des millésimes anciens à la maîtrise affirmée des cuvées récentes, elle a mis en lumière la lente métamorphose d’un cépage longtemps réputé indomptable.

Première volée : Plus de 20 ans

Cette première série réunissait les millésimes les plus âgés, témoins de l’évolution du sagrantino avec le temps. Face à un cépage aussi tannique et structuré, l’exercice s’annonçait révélateur : comment ces vins, après deux décennies de repos, ont-ils apprivoisé leur fougue initiale ? Entre fondu des tanins, complexité aromatique et traces du temps, ces bouteilles livrent un portrait nuancé de la longévité du sagrantino.

Cantina Tudernum, Sagrantino di Montefalco DOCG 2003
Le vin affiche une robe rubis aux reflets briqués, témoin d’une évolution bien amorcée. Le nez, plutôt terrien, s’ouvre sur des accents sanguins, de cuir et de sous-bois, puis laisse poindre, à l’aération, une note surprenante de sel de céleri. En bouche, l’attaque est ferme, marquée par des tanins encore présents malgré l’âge. La trame saline et légèrement fumée apporte du relief, tandis qu’une acidité moyenne maintient l’ensemble en équilibre. La finale s’étire avec une amertume noble, mais le vin donne le sentiment d’avoir dépassé son apogée. Il conserve néanmoins une certaine tenue, offrant une lecture honnête et sans fard du sagrantino mûr, au caractère aujourd’hui plus méditatif que vibrant.

Tudernum
Antignano

Brogal Vini Antigniano, Guado alle Chiavi, Montefalco Sagrantino DOCG 2003
Grenat briqué et opaque, ce sagrantino dévoile un bouquet discret mais racé, où le cuir, le bois noble et un soupçon de fruits noirs se mêlent à des nuances fumées. L’attaque en bouche est franche, serrée par des tanins typiques, puis s’arrondit sur un fruité sobre et une touche balsamique élégante. L’acidité, bien dosée, soutient une structure solide et cohérente. La finale, saline et persistante, met en valeur la droiture du vin sans la moindre lourdeur. Belle démonstration de ce que peut offrir un 2003 bien conservé : de la profondeur, du relief et une noblesse discrète. Très bon, dans un registre classique et viril.

Perticaia, Montefalco Sagrantino DOCG 2004
Sous sa robe rubis foncé et légèrement briquée, ce Perticaia séduit par un nez engageant de cuir, de fleurs séchées, de chocolat et d’épices douces. Les notes fumées et sucrées ajoutent une touche de charme au profil aromatique. En bouche, l’attaque est vive et tannique, soutenue par une acidité affirmée qui allonge la structure. Le cœur de bouche marie fruit noir et tension, puis la finale, longue et sapide, prolonge le plaisir sur un fond fumé et salivant. Un vin complet, encore plein d’énergie, dont la complexité s’exprime avec justesse et cohérence. Un sagrantino de belle facture, qui conjugue puissance et raffinement.

Perticaia
Goretti

Goretti, Le Mura Saracene, Sagrantino di Montefalco DOCG 2004
Grenat profond et opaque, ce 2004 impressionne par l’éclat de sa robe autant que par la richesse de son bouquet. Fruits noirs mûrs, cuir, chocolat et violette composent un nez complexe, flatteur sans excès. En bouche, la matière est dense mais parfaitement équilibrée : tanins fondus, fraîcheur bien intégrée et structure ample. Le fruit conserve de la vivacité, soutenu par une trame ferme et savoureuse. La finale, longue et fruitée, confirme la réussite de l’ensemble. Un vin à la fois harmonieux et expressif, où l’on retrouve la main sûre d’un producteur attentif à la précision de texture. Très bon, avec encore de belles années devant lui.

Deuxième volée : Plus de 15 ans

Cette seconde série regroupe des millésimes plus récents, couvrant les années 2007 à 2010. On quitte ici la sagesse patinée des vins anciens pour retrouver un sagrantino plus affirmé, encore charpenté mais mieux maîtrisé, où la puissance du cépage s’équilibre davantage avec la fraîcheur et le fruit. Ces vins témoignent d’une période de transition stylistique : celle où les producteurs d’Ombrie ont cherché à dompter la rigueur tannique tout en préservant l’identité du cru.

Azienda Agricola Adanti, Arquata, Sagrantino di Montefalco DOCG 2007
Robe rubis opaque, légèrement briquée sur la couronne. Le nez, expressif, dévoile un registre animal finement dosé, mêlé à des fruits noirs mûrs, des épices douces et une touche de chocolat au lait. En bouche, l’attaque tannique est ferme mais bien intégrée, portée par une acidité moyenne et un profil salin qui dynamise la trame. Les tanins, encore granuleux, structurent un ensemble sérieux et vigoureux. La finale, longue et fruitée, confirme un vin à la fois solide et encore en pleine évolution. L’équilibre entre la puissance et la tension annonce un beau potentiel. Un sagrantino énergique, à l’aube de sa maturité.

Adanti
Villa Mora

Villa Mora, Montefalco Sagrantino DOCG 2008
Ce 2008 se présente dans une robe rubis opaque, légèrement trouble. Le nez s’ouvre rapidement sur des notes d’épices, de fruits noirs, de chocolat au lait et une touche médicamenteuse qui complexifie l’ensemble. En bouche, le vin se montre ample et charpenté, à la fois tannique et doté d’une belle fraîcheur. Le fruit conserve une présence agréable, soutenu par une structure sérieuse. La finale saline et séveuse, légèrement boisée, laisse une impression de chaleur due à l’alcool. Moins complexe que d’autres cuvées de la série, mais bien bâti et sincère, il exprime une version plus rustique et directe du cépage. Un vin honnête, sans artifice.

Cesarini Sartori, Signae, Sagrantino di Montefalco DOCG 2009
Grenat briqué, presque opaque, au reflet brillant. Le nez séduit par sa complexité : fruits noirs mûrs, épices, moka et fleurs séchées se fondent dans une trame légèrement minérale. L’attaque en bouche est ferme, portée par des tanins encore présents, mais équilibrée par une acidité bien dosée. Le vin affiche une belle densité sans excès, avec une finale longue et fruitée, ponctuée d’une amertume noble. Cette structure solide et précise laisse entrevoir un bon potentiel de garde. Un sagrantino à la fois robuste et raffiné, où l’expression du terroir et le travail du producteur s’accordent dans une belle harmonie.

Signae
Agraria

Azienda Agraria Scacciadiavoli, Montefalco Sagrantino DOCG 2010
Sous sa robe rubis opaque et brillante, ce 2010 se distingue par un nez exubérant et complexe : cerise, bleuet, notes minérales et sous-bois composent un bouquet vibrant. En bouche, l’attaque est franche, sur le fruit, avant qu’un noyau tannique dense ne prenne le relais. La matière, tendue et profonde, garde une belle énergie. Les notes de terre humide et de sous-bois accentuent le caractère terrien du vin. La finale, longue, légèrement amère et asséchante, confirme la jeunesse du profil. Un sagrantino plein de sève, encore un peu sauvage, mais porteur d’un bel avenir si on lui accorde quelques années de repos.

Troisième volée : Les grands noms – Plus de 15 ans

Pour clore la dégustation, cette dernière série rassemblait quelques-unes des signatures les plus prestigieuses de Montefalco. Ici, le sagrantino se présente dans toute sa splendeur, entre maîtrise technique, ambition et profondeur. Ces cuvées démontrent le potentiel remarquable de l’appellation lorsqu’elle est portée par des vignerons capables d’apprivoiser la matière sans trahir la nature farouche du cépage. La puissance demeure, mais elle s’exprime désormais avec précision, élégance et assurance.

Tenuta Bellafonte, Collenottolo, Montefalco di Sagrantino DOCG 2010
Robe cerise dense aux légers signes d’évolution. Le nez, immédiatement séduisant, mêle fruits rouges et noirs, moka, vanille et crème, dans un ensemble complexe et harmonieux. En bouche, l’attaque brille par son éclat fruité et sa texture tannique soyeuse. La fraîcheur équilibre une matière ample et mûre, soutenue par une finale longue, fruitée et persistante. Tout est en place : intensité, équilibre, profondeur et élégance. Ce sagrantino conjugue puissance et raffinement, exprimant la rigueur du cépage sans aucune dureté. Une bouteille qui a fait l’unanimité, couronnée « Vin de la soirée » par les seize dégustateurs présents. Grand vin, promis à une belle longévité.

Collenottolo
Lungarotti

Lungarotti, Montefalco di Sagrantino DOCG 2010
Ce sagrantino se présente dans une robe rubis très opaque, légèrement trouble. Le nez, d’intensité moyenne, révèle des notes de café, de fruits noirs et d’épices, soulignées par une touche minérale. En bouche, l’attaque est puissante, très tannique, mais le fruit, bien qu’existant, peine à dompter la structure. L’acidité soutient l’ensemble, sans parvenir à rétablir un équilibre parfait. La finale, longue mais asséchante et un peu amère, laisse planer une incertitude : le fruit parviendra-t-il à survivre à cette masse tannique ? Un vin sérieux et vigoureux, mais encore trop sévère à ce stade. Un style un peu austère, où la rigueur prend le pas sur le charme.

Tabarrini, Colle Grimaldesco, Montefalco di Sagrantino DOCG 2008
Robe rubis opaque et brillante, légèrement brunie sur le bord. Le nez surprend par des accents de bouillon de bœuf, de café et de confiture de mûres — un profil singulier, presque animal, qui intrigue. En bouche, la texture tannique est ferme, granuleuse, soutenue par une acidité moyenne à élevée. Le vin se montre expressif, vigoureux, mais un peu irrégulier : certaines gorgées évoquent la maturité, d’autres une légère déviation aromatique. La finale saline et séveuse lui donne toutefois du relief. Ce sagrantino a divisé les dégustateurs — certains y ont vu un vin au caractère assumé, d’autres un léger défaut. Dans tous les cas, impossible de rester indifférent devant une telle personnalité.

Tabarrini
Caprai

Arnaldo Caprai, 25 Anni, Montefalco di Sagrantino DOCG 2009
Robe rubis profonde, aux reflets cerise. Le nez, ouvert et précis, s’exprime sur la cerise noire, le moka, les épices et le café torréfié. L’attaque en bouche est puissante, presque massive, portée par une acidité élevée et une trame tannique serrée. Malgré cette fermeté, le fruit noir reste éclatant, bien ancré dans la structure. La finale, longue et asséchante, se prolonge sur des notes chocolatées et légèrement amères. Ce vin impressionne par sa jeunesse et sa densité, mais demande encore du temps pour se fondre. Une expression exemplaire du style Caprai : rigoureuse, concentrée et bâtie pour durer. À revoir dans dix ans.

L’ensemble de la dégustation aura confirmé la grande personnalité du sagrantino, cépage de force et de profondeur plus que de séduction immédiate. Les vins les plus anciens ont livré des profils assagis mais encore structurés, tandis que la génération 2007-2010 a montré un meilleur contrôle de la puissance, sans renier la typicité. Les grandes maisons, enfin, ont démontré qu’avec du soin et du temps, le sagrantino peut atteindre une harmonie impressionnante entre vigueur, équilibre et complexité. Une soirée riche d’enseignements, révélant un cépage qui gagne en justesse sans rien perdre de sa fierté.

Merci à François Lamontagne pour les notes de dégustation.

3 décembre 2025
« Rhône septentrional – Horizontales et verticales »
Dégustation individuelle
Organisateur : Richard Archambault et Stéphan Gagné

Cette dégustation, organisée en quatre vagues, par Richard Archambault et Stéphan Gagné, proposait un panorama complet de la richesse aromatique et structurale du Rhône septentrional, des blancs délicats du Condrieu aux syrahs de Crozes-Hermitage et aux sommets de la Côte-Rôtie. Elle a mis en lumière la diversité des expressions du terroir et l’impact des millésimes sur l’évolution des vins.

Première volée : L’entrée en matière en blanc

Avant d’aborder la syrah du Rhône septentrional, cette première vague mettait en lumière deux expressions blanches issues du même domaine, Domaine Jamet. Deux interprétations complémentaires, entre finesse minérale et richesse du fruit, servant de mise en bouche idéale pour installer le décor de la dégustation.

Domaine Jamet, Vernillon, Condrieu 2021
La robe se présente sous un paille très pâle aux reflets verdâtres, d’une grande brillance. Le nez est d’une belle pureté, à la fois salin et minéral, porté par des fruits à chair blanche, des notes de miel et de délicates fleurs blanches. En bouche, le vin se montre tout en retenue et en précision : le melon vert domine, soutenu par une acidité moyenne qui apporte de la fraîcheur et de la droiture. La texture est ronde sans lourdeur, avec un bel équilibre d’ensemble. La finale, de longueur moyenne, se prolonge sur une légère amertume élégante qui donne envie d’y revenir. Un Condrieu tout en finesse, davantage axé sur l’expression du terroir que sur l’opulence.

Vernillon
Jamet

Domaine Jamet, Côtes du Rhône blanc 2021
Robe paille pâle, limpide et brillante. Le nez est immédiatement charmeur, évoquant le melon au miel, les fruits blancs mûrs et un bouquet de fleurs blanches. En bouche, l’attaque est souple et gourmande, reprenant ce registre de melon miellé et de fruits blancs, soutenu par une trame minérale bien présente. La matière est légère mais légèrement huileuse, ce qui apporte du confort sans alourdir l’ensemble. L’acidité, bien dosée, équilibre la richesse du fruit, tandis qu’un discret boisé vient encadrer la structure. La longueur est belle pour l’appellation, avec une finale harmonieuse et nette. Un blanc très bien construit, convivial et précis, qui joue la carte de l’élégance accessible.

Deuxième volée : Mini-verticale de Crozes-Hermitage

Cette seconde série permettait d’observer l’évolution de la syrah de Crozes-Hermitage à travers deux millésimes d’un même domaine emblématique, Paul Jaboulet Aîné. D’un côté, un 2010 pleinement entré dans son plateau de maturité ; de l’autre, un 2015 encore porté par l’énergie du fruit. Un face-à-face révélateur du potentiel de garde et de la diversité d’expression de l’appellation.

Paul Jaboulet Aîné, Domaine de Thalabert, Crozes-Hermitage 2010
La robe rubis foncé, légèrement briquée au pourtour, annonce un vin arrivé à maturité. Le nez est complexe et racé, oscillant entre des notes sanguines, d’épices, de viande fumée, de feuilles mortes, de menthol et une étonnante touche de sel de céleri. En bouche, le registre est résolument tertiaire et viandeux, avec une trame plutôt légère mais parfaitement tenue. Les tannins sont fondus, l’acidité moyenne assure la fraîcheur et la structure se montre fine, souple et bien équilibrée. La longueur est moyenne, prolongée par une légère astringence en finale qui rappelle la nature de la syrah dans cette appellation. Un vin harmonieux, arrivé à un stade d’évolution fort séduisant.

Thalabert
Thalabert

Paul Jaboulet Aîné, Domaine de Thalabert, Crozes-Hermitage 2015
Le 2015 affiche une robe rubis foncé, encore très jeune, sans véritables signes d’évolution. Le nez est expressif et direct, dominé par le cassis, les fruits noirs mûrs, la cerise et une touche de réglisse. En bouche, l’attaque est franche et fruitée, portée par une matière dense où les tannins, encore serrés, sont bien enrobés par la richesse du fruit. L’équilibre est déjà bien en place, soutenu par une belle fraîcheur. La finale est longue, légèrement amère, confirmant le caractère encore juvénile du vin. Un Crozes-Hermitage de belle race, bâti pour la garde, qui gagnera en complexité avec quelques années supplémentaires en cave.

Troisième volée : La signature Graillot

Cette troisième vague mettait en lumière le travail précis et sans compromis de Alain Graillot à travers deux cuvées et deux millésimes, dont la célèbre déclinaison La Guiraude. Une occasion idéale de mesurer l’évolution du style, la constance du terroir et l’impact du temps sur la syrah de Crozes-Hermitage, entre tension, profondeur et expression charnelle.

Alain Graillot, Crozes-Hermitage 2016
La robe rubis foncé annonce un vin sérieux. Le nez s’ouvre sur la cerise noire, les épices et une note gourmande évoquant le gâteau forêt noire. En bouche, l’attaque est vive, presque nerveuse, portée par des fruits légèrement aigrelets et une acidité élevée. La matière est tendue, les tannins sont serrés et encore fermement ancrés dans la structure. Le vin s’étire longuement, mais la finale laisse apparaître une certaine verdeur, signe d’un vin encore en phase de jeunesse. L’ensemble est droit, énergique, mais exigeant. Ce 2016 privilégie clairement la tension à la rondeur, et gagnera en harmonie avec quelques années supplémentaires en cave. Un Graillot de style strict, bâti pour l’avenir.

Graillot
Graillot

Alain Graillot, Crozes-Hermitage 2020
Robe grenat violacé, lumineuse et jeune. Le nez est expressif, dominé par la réglisse et des notes florales nettes. En bouche, l’attaque est franche sur les fruits noirs, soutenue par une acidité moyenne qui assure une belle buvabilité. Les tannins sont serrés mais bien intégrés dans une structure équilibrée et cohérente. La matière est moins sévère que sur 2016, plus immédiatement accessible, tout en conservant une belle droiture. La finale est longue, savoureuse, sans excès de dureté. Un Crozes-Hermitage charmeur dans sa jeunesse, qui exprime déjà une belle précision aromatique et une structure prometteuse. Un équilibre très juste entre accessibilité et potentiel.

Alain Graillot, Crozes-Hermitage La Guiraude 2015
Sous sa robe rubis foncé, ce La Guiraude dévoile un nez intensément tertiaire : sanguin, viande fumée, champignons, feuilles mortes et sel de céleri composent un bouquet complexe et racé. En bouche, le registre se prolonge sur le sous-bois et la feuille morte, avec une belle longueur et une trame tannique encore bien présente. L’acidité élevée maintient l’ensemble en tension et évite toute lourdeur. Le vin affiche une structure sérieuse, profonde, mais déjà bien en place. Nous sommes clairement dans une phase d’expression évoluée, où la syrah livre son visage le plus terrien et le plus noble. Un grand vin de caractère, qui séduira les amateurs de profils évolués et complexes.

Graillot
Graillot

Alain Graillot, Crozes-Hermitage La Guiraude 2020
Robe grenat violacé dense et brillante. Le nez est expressif, débordant de fruits rouges et noirs, dominé par le cassis, accompagné d’une touche florale raffinée. En bouche, l’attaque est puissante, sur les fruits noirs mûrs, portée par une acidité élevée et une masse tannique encore serrée. La matière est imposante, dense, presque massive, tout en restant bien structurée. La finale est longue, vigoureuse, affirmant clairement la vocation de garde du vin. Ce La Guiraude 2020 se montre costaud, ambitieux, encore en phase de construction. Un vin impressionnant par sa concentration, qui demandera patience pour livrer toute sa complexité.

Quatrième volée : L’apogée avec Côte-Rôtie

Cette ultime série hissait la dégustation vers les sommets du Rhône septentrional avec deux expressions majeures de Côte-Rôtie issues de producteurs emblématiques, René Rostaing et Domaine Georges Vernay. Deux visions du grand terroir, entre puissance, complexité et raffinement, venues clore la soirée sur une note magistrale.

René Rostaing, Côte-Rôtie Cuvée Classique Ampodium 2015
La robe rubis profond et brillante annonce un vin de grande concentration. Le nez s’ouvre sur la cerise, les épices et un registre animal noble, déjà très complexe. En bouche, la matière impressionne par sa densité et son équilibre : l’attaque est ample, charnue, portée par une structure massive, une acidité élevée et un corps d’une rare intensité. Le registre animal et épicé revient avec force, appuyé par une longueur remarquable. Tout est en place : la puissance, la précision, la profondeur et la tenue. C’est une syrah « textbook », exemplaire de l’appellation, qui allie rigueur et élégance. Le potentiel de garde est immense, et le vin promet une évolution spectaculaire. Un grand Côte-Rôtie, taillé pour traverser les décennies.

Rostaing
Verney

Domaine Georges Vernay, Côte-Rôtie Blonde du Seigneur 2015
La robe rubis légèrement pâle, aux reflets briqués à la couronne, intrigue d’emblée. Le nez, d’une rare complexité, mêle la cerise, les épices, la viande fumée, le chocolat et le café dans un ensemble profond et envoûtant. En bouche, la matière est imposante, riche, presque voluptueuse, avec des saveurs de cola, de kirsch et de fruits rouges mûrs. Une légère note oxydative vient ajouter une dimension supplémentaire à l’ensemble, sans jamais rompre l’équilibre. La finale est très longue, persistante et expressive. Ce vin conjugue puissance, charme et complexité avec un naturel désarmant. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait été élu vin de la soirée par les dégustateurs présents. Un Côte-Rôtie de très grand style.

L’ensemble de la dégustation a confirmé la polyvalence et la puissance des vins du Rhône septentrional. Les blancs ont offert finesse, minéralité et équilibre, posant un cadre élégant pour l’arrivée des rouges. Les Crozes-Hermitage ont révélé la force et la jeunesse de la syrah, avec une palette allant de la fraîcheur fruitée aux nuances tertiaires et viandeuses, selon le millésime et la cuvée. Enfin, les Côte-Rôtie ont démontré un niveau de complexité et de raffinement exceptionnel, alliant puissance, structure et équilibre, capables de traverser les décennies. Une dégustation riche et instructive, qui illustre parfaitement la capacité du Rhône septentrional à produire des vins à la fois typés, profonds et durables.

Merci à Marc-Étienne Lesieur pour les notes de dégustation.