Comptes rendus
11 septembre 2024
« Quelques vins abordables »
Dégustation conviviale
Organisateur : Louis Grignon
Après avoir clôturé l’année 2023-2024 de façon magistrale, Louis a décidé d’ouvrir la nouvelle année avec une formule inédite qu’il a appelée « dégustation conviviale », une dégustation à plus petit budget mais, comme à son habitude, composée uniquement de vins provenant de sa cave personnelle et s’échelonnant sur plusieurs millésimes (2022 à 1994), l’idée étant de présenter aux participants des vins « de semaine » qui sont généralement très bons et qui méritent parfois de vieillir.
Cette dégustation, conduite en double aveugle, comptait trois volées, deux de vins rouges et une de blancs et Louis a averti les participant de la présence d’un intrus dans chacune d’elles.
Première volée : Deux vins du Piémont et un intrus grec.
Pelaverga Verduno 2022, G. B. Burlotto
Un vin grenat très pâle, au nez assez ouvert, mais peu défini, avec des petits fruits rouges, un peu de tabac, du poivre et une bonne dose d’alcool (14 %/vol). En bouche, il est bien sec, moyennement corsé, l’acidité est correcte, les tannins fins mais un peu rébarbatifs et l’alcool ressort; l’équilibre est quand même acceptable. Produit par une maison très réputée, à partir d’un cépage peu connu, c’est un vin déroutant, à la texture très fine, mais montrant une légère fatigue aromatique malgré son très jeune âge et où l’alcool prend malheureusement le dessus.


Naoussa Grande Reserve 2013, Boutari
Celui-ci est grenat plus foncé. Le nez, d’abord discret, s’ouvre sur la cerise noire, avec du bois, du cuir et de la poussière. Encore un vin très sec et moyennement corsé, mais plus acide, avec des tanins présents mais assez fondus et une note végétale; le bois parait moins en bouche et l’équilibre est acceptable, sans plus. La finale est fruitée et rugueuse, avec une amertume de noyau de cerise. Avec l’âge, le xinomavro finit souvent par ressembler à du nebbiolo, mais celui-ci, malgré ses 13 ans d’âge, n’en était pas encore à ce stade. Peu de participants l’ont identifié comme intrus parmi les deux vins piémontais.
Barolo Riserva 2008, Beni di Batasiolo
Ce 100 % nebbiolo est assez foncé, avec une couronne brique évoluée et il est légèrement trouble. Au nez, il est intense et montre sa maturité, avec du goudron, de la réglisse, du thé et une note florale (rose). En bouche, il est bien sec, le corps est moyen, les tanins encore solides mais fins et l’acidité est bonne; l’équilibre est très bon et la maturité parait moins qu’au nez. La fin de bouche bien sèche est fruitée (cassis) et minérale et la persistance aromatique est bonne. De loin le préféré de la volée et aussi le vin de la soirée, tout juste devant deux vins blancs.

Deuxième volée : quatre vins espagnols

Viña Cubillo Crianza 2011 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia
Cette cuvée plus abordable, parmi les vins de R. López de Heredia, vient du vignoble Viña Cubillas planté surtout de tempranillo, mais aussi de garnacha, de mazuelo et de graciano. La robe, d’intensité moyenne, est grenat, avec une légère évolution. Le nez est très ouvert et montre également une légère évolution, avec des noix, du chocolat et certains y ont perçu une légère acidité volatile (acétique) et un peu de menthe. Encore un vin moyennement corsé et bien sec, avec une acidité marquée et des tanins faciles mais un peu verts; côté équilibre, il est un peu pointu. Un vin encore fruité, plutôt simple mais assez bon.
Faustino I Gran Reserva 2004 (DOCa Rioja), Bodegas Faustino
Cet autre Rioja est un assemblage de tempranillo, graciano et mazuelo qui a passé 38 mois en barriques de chêne américain et français. Il est grenat et la couronne est plutôt ambrée. Au nez, il est très expressif, fruité et bien avancé (début d’oxydation, sel de céleri, feuille de thé, cuir). Le corps est moyen, le vin très sec, l’acidité et l’alcool sont bien dosés et les tanins sont souples; l’équilibre est très bon. La finale est grillée, torréfiée et très longue. Le plus fruité de la volée, bien que ce soit le plus vieux, avec un très beau nez et une belle texture.


Pesquera Crianza 2008 (DO Ribera del Duero), Bodegas Pesquera
On continue avec un 100 % tempranillo qui passe habituellement 18 mois en barriques de chêne américain. Il est plus foncé, avec des reflets rubis de jeunesse. Le nez est intense, boisé, animal et légèrement oxydé, avec du cuir. La bouche est sèche, les tanins soyeux et on y détecte du fruit, de la torréfaction et une légère chaleur (13,5 %/vol); l’équilibre est bon. La fin de bouche est très torréfiée, très sèche, un peu chaude et assez persistante. Un vin beaucoup plus agréable en bouche qu’au nez; le préféré de la volée, ex aequo avec le Mas la Plana.
Mas la Plana Cabernet Sauvignon 2005 (DO Penedès), Miguel Torres
On termine avec l’intrus, fait exclusivement de cabernet sauvignon. À l’œil, c’est le plus foncé et le plus jeune. Il est très aromatique, avec un début d’évolution, du cacao, du goudron et des fruits noirs, ainsi que de la cerise au marasquin. En bouche, il est très sec, assez corsé, l’acidité est parfaite, les tanins assez fondus mais encore sentis et l’alcool ne dépasse pas malgré son généreux 14 %/vol; l’équilibre est impeccable. La finale est bien sèche et torréfiée, avec des fruits cuits et elle est plutôt persistante. Un vin ample en bouche, avec une texture superbe et des arômes tertiaires. Le champion de la volée, avec le Pesquera.

Troisième volée : trois vins blancs.

Assyrtiko 2015 (AOP Santorini), Domaine I. M. Argyros
Ce premier blanc, fait à100 % d’assyrtiko, est jaune très pâle, avec des reflets verdâtres. Le nez est ouvert, herbacé, fruité (agrumes), floral et légèrement minéral. En bouche, il est très sec, plutôt acide, pas trop chaud malgré ses 14,5 /vol et la texture est bonne; l’équilibre est acceptable. La fin de bouche est fruitée et florale, Un vin plutôt simple, mais que plus de la moitié des participants ont beaucoup aimé.
Riesling 2015 (AOC Alsace), Domaine Zind-Umbrecht
Voici un 100 % riesling, issu d’un domaine connu pour la teneur en sucre résiduel de ses vins. Il est jaune plus riche et très brillant. Il est encore plus ouvert au nez, très épicé et fruité (pêche), avec une légère note fumée et de l’écorce d’orange. En bouche, on détecte tout de suite le sucre résiduel, mais il a l’acidité nécessaire pour compenser; l’alcool ressort cependant un peu trop (14,5 %/vol), la structure est bonne et l’équilibre quand mène assez bon. La finale est fruitée, épicée, doucereuse, chaude et très longue. Un vin plutôt minéral (mais pas pétrolé) où peu ont reconnu le riesling. Il s’est mérité une 2e place sur le podium, avec le Touchais.


Moulin Touchais 1994 (AOC Coteaux du Layon), Vignobles Touchais
Ce 100 % chenin blanc est d’un beau jaune doré très brillant. Au nez, il est intense et fruité (pêche, coing), avec du miel et une bonne note de botrytis. La bouche est grasse et assez sucrée, mais il a l’acidité nécessaire pour un bon équilibre; l’alcool est bien dosé (13,5 %/vol). Ça finit sur le miel, les épices, le botrytis et c’est interminable. Un vin de 30 ans qui a très bien tenu le coup. Certains l’ont pris pour un pinot gris d’Alsace, mais la plupart ont identifié le chenin de Loire. 2e vin préféré de la soirée, avec le Zind.
Pour la première volée, le seul indice fourni était que l’intrus venait d’une région différente et seulement 20 % des participants ont correctement choisi le 2e vin, sans toutefois identifier le xinomavro; plus de la moitié ont cru que c’était le pelaverga. Le Batasiolo a été le plus apprécié et est même monté sur la plus haute marche du podium pour la soirée.
Pour la volée suivante, la plupart ont identifié l’Espagne comme pays d’origine des quatre vins. Cette fois, l’indice était que le cépage unique de l’intrus n’entre pas dans la composition des trois autres vins. 50 % des participants l’ont correctement désigné. Cette volée de vins rouges espagnols a cependant été moins appréciée que la précédente.
Les trois blancs ont été servis après les rouges, à cause de la teneur en sucre allant en croissant dans l’ordre de service. Il s’agissait de trois vins de mono-cépage très différents, dont deux français et un grec. Cette fois, l’indice était que l’intrus vient d’un pays différent et la grande majorité a choisi le Touchais, tandis que seulement 20 % ont correctement désigné le vin grec. Cette volée de vins blancs a été la grande préférée de la soirée, avec deux vins, le riesling et le Moulin Touchais qui se sont mérité la seconde place, ex aequo, pour la soirée.
Il y avait quelque temps que Louis ne nous avait imposé son jeu préféré de « trouvez l’intrus ». Avec un maigre score de 32 % de réussite, on ne peut pas dire que la performance des participants ait été mémorable; on a fait mieux.
Enfin, un grand merci à Louis pour avoir, encore une fois, accepté d’ouvrir l’année et pour sa nouvelle formule de dégustation qui a beaucoup plu; une expérience à répéter.
Alain Brault

25 septembre 2024
« Douze ans après: le millésime 2012 »
Grande dégustation
Organisateur : Alain Brault
Pour l’édition 2024 de cette classique à l’Académie, nous avons dégusté des vins du millésime 2012, excellent à peu près partout et même exceptionnel dans le nord du Rhône, en Rioja et en Afrique du Sud. Comme toujours, la sélection couvrait les trois plus importants pays producteurs de vin, la France, l’Italie et l’Espagne, avec, cette fois-ci, deux outsiders, l’Afrique du Sud (qui s’en est toujours très bien tirée) et le Liban.
Vin d’honneur : pour arroser mon anniversaire
Cuvée Royale Blanc de Blancs 2012 (WO Stellenbosch), Simonsig
Ce 100 % chardonnay est élaboré selon la méthode Cap Classique (méthode champenoise) et a été élevé plus de 4 ans sur lie. À l’œil, il est d’un beau jaune légèrement doré, mais peu effervescent (même dans des flûtes). Au nez, il est intense, bien brioché, fruité (fruits confits) et floral. En bouche, l’attaque est vive, la structure moyenne et la mousse est bien présente et assez persistante; l’équilibre est impeccable. La finale est fraîche, fruitée et levurée, avec des noisettes; la persistance aromatique est bonne. Un chardonnay d’une belle maturité, avec un léger rancio, qui a été le 2e vin préféré de la soirée, ex aequo avec deux vins rouges.

Première volée : deux grands classiques de la Rioja

Viña Tondonia blanco Reserva 2012 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia
Ce grand blanc traditionnel de la Rioja est composé de viura à 90 %, complété de malvasía et est vendu avec la mention Reserva, malgré ses six ans en barriques de chêne américain. D’un beau jaune très riche, ce vin est très aromatique et plutôt rancio, avec des noix, de la cire et du fruit (poire). L’attaque est très fraîche, le vin bien sec, avec une très bonne acidité, un alcool bien dosé (12,5 %/vol), une texture assez grasse et une belle minéralité; l’équilibre est excellent. La fin de bouche est très juteuse, marquée par le rancio et les noix et elle est très longue. Un grand classique encore très jeune, pour amateurs de vins oxydatifs.
Viña Tondonia rosado Gran Reserva 2012 (DOCa Rioja), R. López de Heredia Viña Tondonia
De la même maison, ce rosé fait de garnacho (60 %), de tempranillo (30 %) et de viura a passé quatre ans en fûts de chêne américain. Il offre une belle robe très limpide, rose orangé que certains appellent œil de perdrix. Il est moins intense que le blanc au nez, beaucoup plus fruité (fraise, grenade) et très épicé (cannelle), avec de la cire. Il est bien sec, avec une acidité parfaitement dosée, des tanins très fins à peine perceptibles, un alcool très raisonnable 12,5 %/vol et un corps moyen; l’équilibre est impeccable. La finale bien sèche est fruitée et à peine rancio, avec un peu de noix de coco et elle est très persistante. Un des plus grands rosés de la planète (à mon avis), encore très jeune, fruité, rafraîchissant et très original.

Deuxième volée : sept vins rouges

Château Musar 2012
On attaque les rouges avec ce vin mythique de la Vallée de la Bekaa au Liban, un assemblage de cabernet sauvignon, de cinsault et de carignan, à parts habituellement égales. Il a subi un élevage d’un an en fûts de chêne français, a été mis en bouteille à la fin de la 3ème année et mis sur le marché à la fin de la 7ème année. La robe grenat foncé avec des reflets rubis de jeunesse est tout à fait atypique. Le nez intense est très épicé, avec une pointe d’oxydation; il est torréfié, avec des feuilles mortes, du cassis et de l’oignon rôti. La bouche est grasse, plutôt alcooleuse (14,5 %/vol), très fruitée, avec une bonne acidité, des tanins présents mais fins et un excellent équilibre. La fin de bouche est chaude, très fruitée (fraise, pruneau), sucrée et très, très longue. Un Musar surprenant, atypique, riche, très foncé, sucré et un peu lourd. Il a déplu aux aficionados mais a plu à ceux qui n’aiment pas les vins oxydatifs. Quoi qu’il en soit, on ne peut que souhaiter que le vignoble de la Bekaa survive encore une fois à la guerre.
Hermitage 2012, E. Guigal
Ce 100 % syrah a passé 36 environ mois en fûts de chêne dont 50% neufs. Il est grenat moyen, avec une couronne assez jeune. Le nez bien ouvert est épicé (poivre), avec des petits fruits rouges, une note fumée, du bois et une note terreuse. En bouche, il est corsé, avec des tanins assez fondus mais granuleux, une belle acidité, un alcool qui ne ressort pas trop (14 %/vol), des fruits cuits et du chocolat; l’équilibre est excellent. La finale, légèrement amère, est torréfiée, fumée et très longue. Un hermitage de style « moderne », bien fruité et encore jeune, avec une belle fraîcheur.


Prime Donne 2012, (AOC Brunello di Montalcino), Donatella Cinelli Colombini
100 % sangiovese (comme tout brunello), ce vin est certifié en biodynamie. Il est grenat avec des reflets rubis et est plutôt clairet. Ouvert sans plus au nez, il est fumé, fruité, avec une note animale, du chocolat et un début d’évolution (cuir, tabac). En bouche, il est bien corsé, avec des tanins fins mais encore astringents, l’acidité qu’il faut et des fruits noirs; l’équilibre est impeccable. La fin de bouche est encore fruitée, torréfiée légèrement tertiaire et très persistante. Un très grand vin en début d’évolution qui a encore beaucoup de temps devant lui. Il partage la 2e place avec le mousseux et le Sociando.
Tignanello 2012 (IGT Toscana), Machesi Antinori
L’assemblage du Tignanello est habituellement de 85 % sangiovese, 10 % cabernet sauvignon et 5 % cabernet franc; il passe de 12 à 18 mois en fûts. Celui-ci est grenat très foncé, avec une couronne peu évoluée, Au nez, il est intense, avec des fruits cuits (cerise), des fines herbes, un beau bois et un peu de fatigue (début d’oxydation). Il est bien sec, très corsé, avec une belle acidité, des tanins fondus et un peu de chaleur (13,5 %/vol); l’équilibre est bon. La finale est chaude, fruitée, torréfiée et de bonne longueur. Un vin déroutant, un peu fatigué aromatiquement, qui en a déçu plusieurs; le mal aimé de la soirée.


Château Sociando-Mallet 2012, (AOC Haut-Médoc), Jean Gautreau
Un assemblage de cabernet sauvignon (55 %), de merlot (40 %) et de cabernet franc (5 %) qui a passé 12 mois en barriques 100 % neuves. Un autre vin grenat opaque peu évolué à l’œil. L’intensité aromatique est moyenne, il est fruité, très légèrement végétal et bien minéral (graphite). En bouche, il est très sec, très corsé, avec des tanins bien sentis, une bonne acidité et un alcool bien dosé (13 %/vol); l’équilibre est excellent. La fin de bouche astringente et légèrement amère est assez fruitée et persistante. Un vin bien typé, tout en fraîcheur, encore bien jeune et pour la longue garde. Il partage la 2e place avec le brunello et le mousseux.
Mas la Plana 2012 (DO Penedès), Familia Torres
Ce 100 % cabernet sauvignon passe 18 mois en fûts de chêne français. Même grenat opaque que les précédents, à peine évolué. Le nez est intense, épicé, avec du fruit (cassis) et une très légère évolution. La bouche est très sèche, ronde, bien corsée, l’acidité est bonne, les tanins encore solides mais quand même assez fins et l’alcool est bien dosé; l’équilibre est irréprochable. La finale est juteuse, fruitée, torréfiée (chocolat noir) et très longue. Un vin qui évolue bien et qui a tout pour tenir encore une bonne dizaine d’années. La grande vedette de la soirée.


Valpolicella Superiore 2012, Dal Forno Romano
Cet assemblage de 70 % corvina, 20 % rondinella, 5 % croatina et 5 % oseleta est élevé pendant 36 mois en barriques de chêne neuves. Il est grenat presque opaque, avec une couronne très jeune. Au nez, il est intense, très fruité (encore primaire), chaud, épicé et boisé sans excès, La bouche est grasse (presque onctueuse) et très chaude (14,5 %/vol), avec du sucre résiduel, des tanins faciles et une bonne acidité; l’équilibre est très bon. La fin de bouche est fruitée, chaude, épicée, assez tanique et très persistante. Encore un vin très « moderne », tout en fruit, où le bois ne dépasse pas, mais qui est un peu trop chaud.
Dessert :
Gewurztraminer Cuvée des Seigneurs de Ribeaupierre 2012 (AOC Alsace), F. E. Trimbach
On termine avec un 100 % gewurztraminer, d’un beau jaune doré, très limpide. Le nez est explosif, très fruité (litchi, poire) et floral, avec du miel, de la cire d’abeille et certains y ont détecté un très léger botrytis. La bouche est grasse, sucrée (plus de15 g/l de sucre résiduel), l’alcool est bien dosé (14 %/vol), l’acidité est bonne et on y trouve des notes de pain d’épice; l’équilibre est assez bon. En finale, c’est du fruit, une légère amertume de crème brûlée et c’est très, très long. Un qewurz alsacien classique, mais où un peu plus d’acidité n’aurait pas nui.

Le mousseux de la fête est un régulier de l’Académie; c’est d’ailleurs l’agence (IVSP) où sévit un de nos membres (Richard Milot) qui l’importe. Le dernier millésime offert (2017) en a déçu plusieurs, mais on se rappellera surement ce 2012 comme l’un des meilleurs millésimes (sinon le meilleur) depuis que nous connaissons ce vin.
Ensuite, le gewurztraminer devait être servi avec les deux Tondonia mais, étant donné sa teneur en sucre, les participants ont préféré le déguster après les vins rouges. Comme toujours à l’Académie, les Tondonia n’ont pas été parmi les vedettes de la soirée, à cause de leur caractère oxydatif qui provoque des réactions diamétralement opposées parmi les membres; soit qu’ils adorent ou qu’ils détestent, rarement entre les deux.
Pour les rouges, l’impression générale a été que la plupart méritent plusieurs années de cave supplémentaires, sauf le Tignanello qui, tout en étant encore solide, a semblé aromatiquement fatigué. Quatre de ces sept vins sont apparus très modernes (presque nouveau monde) de style et ce sont les trois autres, plus traditionnels, qui ont été préférés. Entre autres, le Dal Forno, pourtant délicieux, a été moins apprécié que le Quintarelli 2011, plus traditionnel, servi lors de ce même événement l’an dernier.
C’est le Mas la Plana qui a remporté la palme, sans toutefois faire l’unanimité, suivi de trois vins ex aequo en 2e place, la Cuvée Royale de Simonsig, le Prime Donne de Cinelli Colombini et le Sociando-Mallet, suivis de très près par le Rosado de López de Heredia.
Pour terminer, merci aux contributeurs, Denis Desjardins, François Lamontagne, Jean Dugal, Pierre Bélanger et Philippe Richer. Cette dégustation était la dernière édition d’une longue tradition annuelle, alimentée surtout à partir de la cave de L’AVO. Dès l’an prochain, si elle est maintenue au programme, elle deviendra une dégustation collective.
Alain Brault

2 octobre 2024
« Pères fondateurs vs nouvelle garde en Rhône du nord »
Grande dégustation
Organisateur : David Côté
À l’Académie, on a l’habitude de parler de producteurs « traditionnels » ou « modernes », selon leurs méthodes de vinification (par ex. degré d’égrappage) et d’élevage (par ex, chêne neuf ou non), David a plutôt choisi de les classer selon leur ancienneté dans chaque appellation : les « pères fondateurs », ceux qui font la réputation de l’AOC depuis des générations et la « nouvelle garde », ceux dont la contribution est importante, mais plus récente. Il nous a ainsi demandé de comparer quatre vins de « pères fondateurs » avec six de la « nouvelle garde », dont quatre vins chers, quatre à prix moyen et deux à prix abordable.
Il a commencé par une courte présentation sur la zone de production, ses cépages, ses appellations et leur importance géographique, sur les principaux producteurs qu’il considère comme « fondateurs » et sur les plus réputés de la « nouvelle garde ».
La dégustation a été conduite en semi-aveugle, la liste des vins étant connue des participants, mais pas l’ordre de service.
Première volée : deux fondateurs et trois de la nouvelle garde.
Poivre et Sel 2018 (AOC St-Joseph), François Villard
La robe est rubis foncé. Le nez est très ouvert, très fruité (fruits rouges), épicé (poivre), avec une note fumée et un côté viandeux. En bouche, le vin est bien sec, l’acidité est très bonne, les tanins très fins, avec une chaleur qui donne du corps; l’équilibre est impeccable. Un vin qui a été beaucoup apprécié, 4e préféré de la soirée, avec le Côte-Rôtie de Gaillard.


Crozes-Herminage 2017 (AOC), Alain Graillot
Même robe rubis foncé. Nez ouvert, bien fruité (fraise, framboise), avec une note fumée, du poivre et des herbes séchées. Le vin est corsé, très sec, les tanins plus sentis mais souples, l’acidité plus marquée, mais l’alcool est bien dosé, et on détecte une note végétale; l’équilibre est excellent. La finale est astringente, fruitée, épicée, un peu boisée et très longue. Un vin encore très jeune, un peu simple, mais délicieux.
Monier de la Sizeranne 2018 (AOC Hermitage), M. Chapoutier
Encore un vin rubis foncé, mais avec une légère évolution en couronne. Le nez est exubérant, animal, fumé, fruité, avec une note florale et un beau bois. La bouche est corsée, très sèche, avec des tanins solides mais assez fins, une très bonne acidité et un alcool qui passe bien (malgré son très généreux 14,5 %/vol). La fin de bouche est très sèche, fruitée, boisée et un peu sucrée (alcool). Un vin encore très jeune, de style plutôt moderne; le 2e préféré de la soirée, ex aequo avec La Vallière de Gérin.


Côteaux de Tupin 2018 (AOC Côte-Rôtie), Alain Graillot
Un vin nature; légèrement évolué à l’œil, très ouvert au nez, avec des olives noires, une note fumée, du fruit (mûre), du poivre blanc, du kirsch et une note florale (violette). L’attaque est fuitée, le vin très sec, l’acidité est très bonne, les tanins fins, souples, l’alcool un peu marqué (14,5 %/vol) et le vin est assez corsé; l’équilibre est très bon. La finale est astringente, torréfiée (bois, 24 mois de veux fût), fruitée (fruits cuits, raisins secs, datte), un peu pâteuse, légèrement amère et très persistante. Un vin nature dont le nez n’a pas plu à tous.
Château d’Ampuis 2018 (AOC Côte-Rôtie), E. Guigal
Un vin rubis foncé, encore bien jeune à l’œil. D’abord discret au nez, il finit par s’ouvrir, avec une note animale, du bois (38 mois de fût neuf) et beaucoup de fruit. Assez corsé en bouche, il est bien sec, très fruité (7 % de viognier), les tanins sont faciles, soyeux et son 14,5 %/vol d’alcool passe bien. La fin de bouche, très sèche, est fruitée, épicée, boisée et très longue. Le plus fruité de la volée (on a parlé d’infanticide); le bois dépasse un peu et la plupart l’ont identifié. La grande vedette de la soirée.

Deuxième volée : encore deux fondateurs et trois de la nouvelle garde.

Côte-Rôtie 2015 (AOC), Pierre Gaillard
Un vin rubis foncé, peu évolué, avec un nez discret, peu défini, où l’on détecte des herbes sèches, un peu de fumée et de viande et une note florale (10 % viognier). En bouche, le corps est moyen, le vin est bien sec, fruité, l’acidité très bonne, les tanins assez faciles et on ressent une petite chaleur malgré un très raisonnable 13 %/vol d’alcool; l’équilibre frise la perfection. La finale est bien sèche et fruitée, avec des fines herbes et des amandes. Un beau vin au nez invitant, tout en finesse et en élégance et très rafraîchissant. Il partage la 4e place avec le Poivre et Sel de Villard.
St-Joseph 2017 (AOC), Jean-Louis Chave
Encore rubis, mais avec une légère évolution. Assez ouvert au nez, il est bien fruité (framboise), torréfié (chocolat), avec du bois (15 à 18 mois de barrique) et des notes animale et florale (violette). La bouche est bien corsée, très sèche, avec une bonne acidité, des tanins présents mais fins et un alcool qui se fait sentir (14,5 %/vol); malgré tout, l’équilibre est très bon. La finale est juteuse, très fruitée, torréfiée et très longue. C’est en bouche que ce vin s’exprime, mais l’alcool a déplu à certains.


La Vallière 2017 (AOC Côte-Rôtie), Jean-Michel Gérin
Encore un vin rubis foncé très jeune, au nez ouvert, assez complexe, marqué par les fines herbes (basilic, anis), les fruits rouges, le poivre, le tabac et la fumée. Encore un vin très sec, avec une belle acidité, des tanins fins, mais bien sentis (un peu verts pour certains) et un alcool bien dosé (14 %/vol); l’équilibre est très bon. La fin de bouche, légèrement astringente, est fraîche, fruitée (cerise), torréfiée (chocolat), boisée, légèrement amère et de bonne persistance. Le 2e préféré de la soirée, avec le Monier de la Sizeranne de Chapoutier.
Côte-Rôtie 2012 (AOC), Domaine Jamet
Un vin encore rubis, mais avec une couronne évoluée. Il est ouvert au nez, animal, fumé, fruité, herbacé et épicé (poivre). Un vin très sec, avec une très bonne acidité, des tanins présents mais accessibles et un corps moyen; l’équilibre est excellent. La finale est juteuse, bien sèche, fruitée, assez tertiaire, longue et élégante. Un vin complexe, tout en fraîcheur et qui a atteint une belle maturité.


Les Bressards 2012 (AOC Hermitage), Maison Delas
Un vin un peu plus clair, mais aussi évolué. D’abord assez discret, il finit par s’ouvrir, avec beaucoup de fruit, du menthol, de l’anis et une note florale (violette). En bouche, il est sec, mais une légère note sucrée se fait sentir (l’alcool?), il a l’acidité qu’il faut, les tanins sont fins mais présents et le corps est assez léger; l’équilibre est très bon. En fin de bouche, on ressent une belle astringence, du fruit et le menthol revient, le tout assez persistant, Un vin bien frais, encore en grande forme.
Quels vins ont été préférés, ceux des fondateurs ou ceux de la nouvelle garde? Ce sont ceux des fondateurs (mais pas tous), avec la 1ière place (Château d’Ampuis de Guigal) et une 2e place (Monier de la Sizeranne de Chapoutier) et une note d’appréciation de 77 %; les vins de la « nouvelle garde » se sont tout de même mérité une 2e place (La Vallière de Gérin) et les deux 4e places (Poivre et Sel de Villard et le Côte-Rôtie de Gaillard), avec une cote d’appréciation de 63 %, pas mal.
On s’est posé la même question à propos des catégories de prix; est-on certain d’avoir un grand vin en payant le gros prix? Cette fois, ce sont les vins à prix moyen qui ont remporté la palme (77 %), suivis des vins les moins chers (69 %) et, enfin, des vins les plus dispendieux (59 %); il faut dire que c’est un de ces derniers qui a été le moins apprécié de la soirée.
Voici les conclusions personnelles de l’organisateur (ICI). Nous avons eu droit à une très grande dégustation qui s’est mérité une place au palmarès des vingt dégustations les plus appréciées des neuf dernières années à l’AVO. Merci David, on a hâte à ta prochaine.
Alain Brault

23 octobre 2024
« Vignobles et Crus du Chianti Classico »
Dégustation collective
Coordonnateur: Philippe Richer
Tous les vins ont subi une double décantation avant l’événement et l’ordre de service a été basé sur la fraîcheur des millésimes, en gardant les plus chauds pour la fin (sauf dans le cas des deux mini-verticales, évidemment).
Afin de permettre aux participants de se concentrer sur les caractéristiques de chaque UGA, Philippe les a présentées séparément, ce qui a donné huit volées dont la plupart ne comptaient qu’un vin.
Première volée : UGA San Donato In Poggio, secteur sud.
Chianti Classico Gran Selezione « Vigneto Il Poggio » 2010, Castello di Monsanto
Cet assemblage de sangiovese (90%), colorino (5%) et canaiolo (5%) est grenat pas très foncé, avec des reflets rubis et une couronne très pâle. Au nez, il est assez ouvert, avec des fruits rouges (cerise, framboise) et des notes fumée et mentholée. L’attaque en bouche est fruitée, le vin est très sec, très minéral, mais pas très corsé, avec une belle acidité, des tanins présents mais agréables et un alcool qui passe bien malgré son 14 %/vol; l’équilibre est excellent. La fin de bouche est bien fraîche, légèrement astringente, assez fruitée et très, très longue. Un vin tout en finesse, encore bien jeune et très apprécié.

Deuxième volée : UGA Castellina, hautes côtes.
I Sodi di S. Niccolò (IGT Toscana) 2010, Domini Castellare di Castellina
Celui-ci est fait à 85 % de sangioveto, complété de malvasia nera (tempranillo). Il est grenat assez pâlot, avec une couronne évoluée. Le nez est ouvert sans plus, encore fruité, minéral et un peu alcooleux; il évolue beaucoup dans le verre. En bouche, il est corsé, plein, très sec, avec des tanins encore solides, une très bonne acidité qui lui donne de la fraicheur et, là encore, une petite chaleur (13,5 %/vol).mais l’équilibre est impeccable. La finale est astringente, fruitée, juteuse, légèrement végétale et très persistante. Un des grands vins de la région, d’une belle complexité, mais non-déclaré Classico; il a été très apprécié.
I Sodi di S. Niccolò (IGT Toscana) 2017, Domini Castellare di Castellina
L’assemblage est le même que le 2010, mais il est plus foncé, avec des reflets rubis de jeunesse. Le nez est bien ouvert, plus boisé, bien fruité, mentholé, épicé et minéral (graphite). Plus corsé que le 2010, il est bien sec, avec des tanins plus faciles mais tout de même bien présents, une note végétale (grappe) et un peu moins d’acidité que le 2010; l’équilibre est quand même bon. La finale est légèrement astringente, assez fruitée et très longue. D’un millésime plus chaud et un peu moins bien coté, il est beaucoup plus concentré. Deuxième vin le plus cher de la soirée, mais l’un des moins appréciés.

Troisième volée : UGA Greve, rive droite.
Il Carbonaione (IGT Toscana) 2008, Podere Poggio Scalette
Un vin fait exclusivement de sangiovese, mais d’un clone unique, appelé Lamole (comme le village), ce qui donne un vin très foncé qui a gradé sa couronne violacée de jeunesse. Le nez est intense, avec une note médicinale, des fruits cuits et un beau bois bien dosé. La bouche est bien corsée, très fruitée, avec des tanins accessibles, enveloppés et une certaine chaleur (13,5 %/vol); l’équilibre est très bon. La finale agréablement astringente est très fruitée et persistante. Un vin tout en rondeur, bien typé sangiovese et encore bien jeune malgré son millésime.

Quatrième volée : UGA Berardenga, secteur central (ouest).

Chianti Classico Riserva 2008, Castell’in Villa
Un autre 100% sangiovese, grenat moyennement foncé, un peu trouble, avec une couronne pâle assez évoluée. Le nez est intense, torréfié (café), bien fruité (griotte) et peu boisé, avec des champignons et du sous-bois. La bouche est corsée, avec une belle fraîcheur, des tanins présents mais fins (presque soyeux), une belle note végétale et un alcool bien dosé; l’équilibre est impeccable. La fin de bouche est bien sèche, assez fruitée et torréfiée, avec du tabac et du cuir; la persistance aromatique est très bonne. Un très grand sangiovese classique et complexe, à son apogée; le 2e vin le plus apprécié de la soirée, à une voix de l’unanimité.
Cinquième volée : UGA Berardenga, secteur central (est).
Chianti Classico Riserva Rancia 2006, Fattioria di Fèlsina
On continue dans les 100% sangiovese. Il est grenat plutôt foncé, avec une couronne brique. Au nez, il est ouvert, avec du cuir, du chocolat, un bois assez discret, de l’olive, des fruits mûrs et une note florale (violette). En bouche, il est très corsé, très rond, avec une assez bonne acidité, des tanins serrés, enveloppés et un bon taux d’alcool; côté équilibre, on ressent une petite lourdeur. La finale, très longue, est bien sèche, avec une belle astringence, de la torréfaction et des notes tertiaires. Un vin d’une belle maturité, qui a beaucoup de caractère et qui a été le 3e préféré de la soirée, malgré la petite lourdeur.

Sixième volée : UGA Panzano, secteur ouest (sud-est)

Chianti Classico Il Margone 2011, Il Molino di Grace
Toujours dans les 100% sangiovese, celui-ci est rubis assez pâle et bien jeune. Le nez d’intensité moyenne finit par s’ouvrir sur un léger bois, de la torréfaction, des fruits noirs cuits (bleuet), une note florale, des épices et une belle minéralité. La bouche est très corsée, bien sèche, l’acidité est à peine suffisante, les tanins sont assez fins et l’on détecte beaucoup de fruit et une certaine chaleur (14,5 %/vol); côté équilibre on aurait aimé un peu plus de fraîcheur. La fin de bouche offre une belle astringence, de la torréfaction, des fruits cuits, une légère amertume et elle est assez persistante. Un gros Chianti Classico bien corsé.
Septième volée : UGA Radda, rive droite de la Pesa
Le Pergole Torte (IGT Toscana) 2007, Montevertine
On termine les 100 % sangiovese avec une petite merveille grenat pâlot à la couronne très pâle et pas si évoluée. Au nez, il est assez ouvert, fruité (fraise), peu boisé et épicé, avec du sous-bois. En bouche, le corps est moyen, le vin bien sec, l’acidité excellente, les tanins très fins et l’alcool bien dosé (13 %/vol); l’équilibre est parfait. La finale est bien sèche, fruitée, chocolatée et très, très persistante. Un vin tout en finesse, de la dentelle, mais bien structuré; on qualifie Montevertine de Rayas de la Toscane; le grand champion de la soirée, à l’unanimité!

Huitième volée : UGA Gaiole, secteur ouest.
Stagi (IGT Toscana) 2012, Podere Il Palazzino
On termine avec une volée très originale, deux vins fait exclusivement de colorino. Ce 2012 est grenat très foncé, avec une couronne rubis. Au nez, il est ouvert, avec une note médicamenteuse, des fruits noirs (mûre) et du romarin. La bouche est très corsée, très sèche, l’acidité est correcte, les tanins encore solides et l’alcool se fait sentir (14,5 %/vol); l’équilibre est acceptable malgré tout. La fin de bouche est astringente, fruitée et assez longue. Un vin puissant, encore bien jeune et très intéressant, qui semble évoluer très lentement mais qui a tout pour durer; il a été préféré au 2018.
Stagi (IGT Toscana) 2018, Podere Il Palazzino
Le 2018 présente une robe grenat encore plus foncée, avec des reflets violacés. Le nez est intense, avec des fruits noirs (bleuet), de la vanille, de la torréfaction (chocolat noir), de la réglisse, un peu de champignon et une note fumée. En bouche, il est très gras, très corsé, bien sec, plus acide que le 2012, avec des tanins faciles, plus enrobés et le même taux d’alcool, mais qui dépasse moins. La finale est agréablement astringente, bien fruitée, torréfiée, avec du noyau de cerise et elle est très longue. Un vin très jeune, très concentré qui a été le mal aimé de la soirée.

Lors des deux premières volées, nous avons eu droit à des vins d’assemblage, ce qui a longtemps été obligatoire en Chianti Classico. Les deux premiers vins, Il Poggio 2010 de Monsanto et I Sodi 2010 de Castellare di Castellina ont été très appréciés, se retrouvant à un vote du podium. Au printemps 2018, Philippe nous avait servi une verticale de quatre millésimes de I Sodi di S. Niccolò, dont le 2010; à cette occasion, nous les avions trouvés très boisés, le 2010 moins corsé, mais la conclusion avait été « quatre très grand vins ».
Les volée III à VII ont été consacrées aux vins faits exclusivement de sangiovese (ce qui est permis depuis 1996 en Chianti Classico) et c’est dans cette catégorie que l’on retrouve les trois grandes vedettes de la soirée : Le Pergole Torte 2007 de Montevertine, le Chianti Classico Riserva 2008 de Castell’in Villa et le Chianti Classico Riserva Rancia 2006 de Fèlsina.
Volée-VIII : Le colorino est traditionnellement utilisé pour donner du corps et de la couleur au sangiovese. Peu de producteur le commercialisent en mono-cépage et c’est toujours un excellent rapport qualité-prix, mais il faut être patient car même après douze ans, il est encore loin de la maturité.
Pour cette classe de maître très appréciée, on remercie chaleureusement les contributeurs (par ordre alphabétique), Jocelyn Audette, Sandra Bellemare, Mario Couture, Stéphan Gagné, Louis Landry, Marc-Étienne Lesieur, Philippe Muller et, évidemment, Philippe Richer pour ses vins et pour son excellent travail de documentation, de sélection et d’animation. Cette dégustation est la première cette année à inscrire un vin au panthéon des notes parfaites : Le Pergole Torte 2007. Chapeau Philippe!
Alain Brault

6 novembre 2024
« Le Riesling et ses grands crus »
Club du mercredi
Organisateur: Philippe Muller
Il y a plusieurs années que Philippe, notre grand maître ès riesling, ne nous avait offert une dégustation consacrée exclusivement à ce magnifique cépage.
Il a débuté la soirée avec une présentation sur le riesling, les vignobles qui ont fait sa réputation (géographie, climat, géologie), les disparités nationales des différentes désignations « Grand Cru » et les caractéristiques organoleptiques du riesling. Tout au cours de la soirée, il a situé, sur grand écran, les appellations, sites et producteurs des vins servis, en utilisant des sites web tels que :
• https://www.austrianwine.com/ (pour l’Autriche),
• https://www.vinsalsace.com/fr/ (pour l’Alsace),
• https://www.vdp.de/en/the-wines/vineyardonline (pour l’Allemagne).
La dégustation s’est déroulée à l’aveugle, en cinq volées.
Première volée : un autrichien et deux alsaciens
Riesling Gaisberg Zobing 2012 1ÖTW Kamptal reserve, Weingut Hirsch
Ce 1er Cru autrichien d’une douzaine d’années est or pâle et très brillant. Au nez, il est intense, très riesling, minéral, pétrolé et très fruité (fruits tropicaux, ananas). Le vin est plutôt sec, mais on détecte un léger sucre résiduel, l’acidité est bonne, on ressent une petite chaleur (13 %/vol), la texture est assez grasse et ronde, avec une note saline et de la cire d’abeille; l’équilibre est bon. La finale est fruitée (ananas) et minérale, avec du miel et elle est assez longue. Un riesling bien typé, avec une belle minéralité, qui commence très bien cette dégustation.
https://www.weingut-hirsch.at/en/gaisberg-en-2/


Riesling Alsace Grand Cru Vorbourg 2007, René Muré
Vorbourg est une des 51 AOC Alsace Grand Cru. La robe est plus dorée, plus riche et tout aussi brillante. Le vin est plus discret au nez, moins pétrolé, avec un très léger rancio, du fruit (citron confit, litchi) et une note florale. Il est bien sec, plus acide, mordant même, l’alcool est bien dosé (13 %/vol) et il est assez corsé; l’équilibre est acceptable. La fin de bouche est vive, citronée, légèrement amère et très persistante. Un vin plus évolué.
https://www.mure.com/fr/terroirs/7-vorbourg
Rielsing Alsace Grand Cru Kaefferkopf Vielles Vignes 2015, Domaine Jean Baptiste Adam
Cet Alsace Grand Cru est produit en biodynamie. Kaefferkopf est le dernier grand cru d’Alsace, approuvé en 2007. Comme le premier vin, la robe est or pâle très brillante. Le nez est ouvert, sans plus, bien pétrolé, plus floral et fruité (pêche). La bouche est sèche, assez vive, l’alcool est bien (13 %/vol), on ressent une belle rondeur et une légère amertume; l’équilibre est très bon. La finale est vive, fuitée, minérale et assez longue. Un vin encore bien jeune et très fin, aérien même.
https://www.jb-adam.com/fr/32-alsace-grand-cru-kaefferkopf-riesling-vieilles-vignes.html#/format-75cl

Deuxième volée : deux vins allemands de Moselle

Riesling Graacher Domprobst Feinherb ‘Alte Reben’ 2014, Selbach Oster
Il est jaune doré, scintillant. Assez expressif au nez, il est bien pétrolé, fruité (agrumes) et assez floral; le nez s’améliore à mesure que le vin se réchauffe. Le vin est plutôt sec, mais on détecte un léger sucre résiduel, un léger perlant, une très bonne acidité, l’alcool est bien sage (11 %/vol) et la texture est bonne tout en étant un peu crayeuse; l’équilibre est superbe. La fin de bouche est juteuse, fruitée (agrumes) et très, très longue. Un vin bien aromatique et rafraîchissant, malgré son sucre résiduel; il a raté le podium par une seule voix.
Riesling Urzinger GG Wurzgarten ‘Alte Reben’ 2017, Weingut Dr. Loosen
Wurzgarten est une Grosse Lage (VDP.GL), ou Grand Cru, à Ürzig. Ce vin est également très brillant, mais plus pâle, avec des reflets verdâtres de jeunesse. Le nez est ouvert, sans plus, avec de la cire, du fruit, de la minéralité mais pas de pétrole et des notes florale et herbacée; un participant y a détecté un arôme de patate, ce qui en ferait un vin défectueux. En bouche, il est bien sec, avec une acidité prononcée, un alcool assez bien dosé (12,5 %/vol), une belle rondeur et encore un léger perlant; côté équilibre, il est un peu pointu. La finale très vive est légèrement amère, bien fruitée et assez longue. Un vin encore bien jeune, mais un des moins appréciés de la soirée, à cause de son nez un peu douteux.

Troisième volée : trois GG de trois régions différentes d’Allemagne

Riesling GG Ganzhorn 2015, Weingut Ökonomierat Rebholz
Ganzhorn ou Ganz Horn est une petite VDP.GL de 2,54 ha, en Palatinat (Pfalz). Le vin est jaune doré, limpide. Le nez, d’abord discret et peu défini, s’ouvre sur un léger pétrole, du fruit (ananas cuit), une légère note de levure, du caramel (sucre d’orge), de la noisette et une très légère oxydation que certains ont prise pour du botrytis. La bouche est sèche, l’acidité bien vive, l’alcool acceptable (12,5 %/vol), le corps moyen et le fruit intense; l’équilibre est excellent. La fin de bouche très sèche et très fruitée est très, très persistante. Un vin très expressif et délicieux; une des deux grandes vedettes de la soirée, à l’unanimité, avec le Kabinet 2008 de Reichsgraf von Kesselstatt.
https://www.oekonomierat-rebholz.com/weinberg/lagen/ganz-horn
Riesling Nackenheimer GG Rothenberg 2018, Weingut Gunderloch
Rothenberg est une VDP.GL à Nackenheim, dans le Haut-Rhin (Rheinhessen). La robe est jaune très pâle, avec de très légers reflets verdâtres. Le nez est ouvert, minéral (silex), bien pétrolé, avec de la cire, un léger souffre et une bonne dose de fruit (pêche, prune, abricot). En bouche, on ressent clairement le perlant, le vin est très sec, l’alcool OK (12,5 %/vol), le corps moyen et l’équilibre montre une forte acidité de jeunesse; aromatiquement, la bouche suit le nez. La finale est très fruitée (pomme granny smith, citron confit), très acide et très minérale. Un vin montrant une certaine élégance, très minéral (trop pour certains), encore très jeune, mais qui devrait avoir un long avenir devant lui; le mal aimé de la soirée.
(https://www.gunderloch.de/en/weinberg/)


Riesling GG Berg Kaisersteinfels Rudesheim 2019, Weingut Leitz
Berg Kaisersteinfels est une VDP.GL située à Rudesheim, en Rheingau. Encore une robe bien pâle et encore plus verdâtre que le précédent. Le nez est assez ouvert, minéral, légèrement pétrolé et bien fruité (fruits jaunes, litchi). En bouche, il est bien sec, assez corsé, l’acidité est bonne, tout comme l’alcool (12,5 %/vol) et l’équilibre est impeccable. La fin de bouche est assez vive, fruitée (pomme verte) et très longue. C’est en bouche que ce vin s’exprime le mieux; un autre qui s’améliore en réchauffant.
https://www.leitz-wein.de/en/
Quatrième volée : on passe aux prädikatsweine, avec deux kabinet, halbtrocken
Riesling Scharzhofberger Kabinet 2008, Reichsgraf von Kesselstatt
On retourne en Moselle, où Scharzhofberger est un grand cru pour les vins secs, mais pas pour les doux, évidemment. Le vin est jaune doré très brillant. Le nez, très ouvert, offre du caramel, du fruit (agrumes, coing, pomme compotée), de la cire, de la noisette et un léger rancio. La bouche est tout en rondeur, avec un beau sucre résiduel à peine perceptible, l’acidité qu’il faut, un alcool très discret (7,5 %/vol) et du citron confit; l’équilibre est excellent. La finale est fraîche, légèrement amère, bien fruitée (agrumes, marmelade), légèrement rancio et interminable. Un grand classique allemand; l’autre grande vedette de la soirée, à l’unanimité.


Riesling Scharzhofberger Kabinet 2009, Egon Müller
Du même site (großlag), mais d’un producteur phare de la région, Egon Müller, un autre kabinet, la catégorie la moins sucrée des prädikatsweine. Il est jaune plus pâle, beaucoup moins évolué malgré son âge. Un peu plus discret au nez, il offre d’abord un arôme de fumée qui va en s’estompant, un léger pétrole, de la crème pâtissière, de la poire et de l’écorce d’agrume. En bouche, l’attaque est très fruitée et très vive, le vin est plutôt corsé, très fruité, bien minéral, l’acidité est très bonne, l’alcool OK (9,5 %/vol) et l’équilibre est parfait. La fin de bouche est fraîche et fruitée. Un autre vin qui s’exprime mieux en bouche qu’au nez et qui est encore loin de son apogée malgré ses 15 ans; également, un autre vin à une voix du podium.
Cinquième volée : Encore plus doux, un auslese
Riesling Auslese*** Pfaffenberg 2006, Schloss Schonborn
Et, pour terminer, du Rheingau, un vin plus franchement doux, un auslese, mais qui, comme l’indiquent les *** aurait pu être classé en beerenauslese. Il est or orangé scintillant. L’intensité aromatique est moyenne, il est fruité (marmelade, zeste d’orange, pêches compotées), avec une note fumée et du tabac. En bouche, il est rond, gras, agréablement sucré, très fruité, assez frais et l’alcool ne dépasse pas (9 %/vol); l’équilibre est excellent. La finale est fraîche, très fruitée, grillée (crème brûlée) et très, très persistante. Un très grand vin élégant et frais, sans aucune lourdeur; le 3e préféré de la soirée, à une seule voix des deux vedettes.

Volée I : En Autriche, 1ÖTW signifie ÖTW Erste Lage ou Premier Cru. En Alsace (France) il n’y a pas de 1er crus et l’AOC Grand cru représente à peine plus de 6 % de la production. Le plus apprécié des trois a été le Kamptal 2012 autrichien.
Volées II et III : En Allemagne, la mention Grosses Gewachs (GG) pour le vin ou Grosse Lage (GL) pour le site, est l’équivalent de Grand Cru; elle est octroyée par un groupe privé, le VDP et est réservée aux vins secs (moins de 9 g/l de sucre résiduel). Il y a plus de 400 VDP.GL en Allemagne, dont 78 en Moselle, 42 en Rheinhessen, 52 en Rheingau et 56 en Pfalz, les quatre (des treize) aires (anbaugebiete) que nous avons visitées ce soir. On trouve, dans ces volées, une des deux grandes vedettes de la soirée.
Le premier vin de ce groupe, le Riesling Graacher Domprobst Feinherb ‘Alte Reben’ 2014 de Selbach Oster, est issu de la VDP.GL Domprobst, à Graach, en Moselle-Saar-Ruwer (M-S-R), région vinicole allemande reconnue pour ses rieslings plus légers et vifs et moins alcooleux. Alte reben signifie « vieilles vignes ». Cependant, non seulement ce vin n’affiche pas la mention GG, mais il affiche spätlese sur la contre étiquette, ce qui en fait un prädikatswein, trop sucré pour être un GG (grand cru); c’est d’ailleurs ce que la mention feinherg signifie (halbtrocken, ou presque). Ce vin aurait dû être de la 4e volée, avec les deux kabinett de Moselle.
Volées IV et V : Les prädikatsweine (anciens QmP) qui contiennent plus de 9 g/l de sucre résiduel n’ont pas droit à la mention GG, même s’ils viennent d’une VDP.GL et que le producteur est membre du VDP; le 4e vin, le Riesling Graacher Domprobst Feinherb 2014 de Selbach Oster en est un bon exemple.
À l’exception du 2007 de Muré dans la première volée, c’est dans ces deux dernières volées qu’on retrouve les vins les plus vieux, 2008, 2009 et 2006, mais pas nécessairement les plus matures. Encore une belle démonstration du très grand potentiel de garde de ces grand rieslings allemand traditionnels; même le 2006, à 18 ans, est encore loin de son apogée. C’est également dans cette catégorie de vins qu’on retrouve les deux autres vedettes de la soirée.
Le podium : Les vins préférés ce soir ont été, ex aequo en 1ière place, le Riesling GG Ganzhorn 2015 d’Ökonomierat Rebholz et le Riesling Scharzhofberger Kabinet 2008 de Reichsgraf von Kesselstatt; et, en 3e place, le Riesling Auslese*** Pfaffenberg 2006 de Schloss Schonborn.
On doit remercier Philippe (et son contributeur, Louis Landry) pour cette dégustation de très haut calibre qui en a beaucoup appris aux participants et a clairement démontré que le riesling est l’un des plus grands cépages blancs du monde vinicole. De plus, cette dégustation non seulement envoie deux nouveaux vins au Panthéon des vin ayant obtenu une note parfaite, mais elle se mérite la 3e place au Palmarès des dégustations les plus appréciées à l’Académie durant les neuf dernières années. Les heureux participants ne sont pas près de l’oublier celle-là; alors, Philippe, la barre est haute pour ta prochaine 😉
Alain Brault

13 novembre 2024
« Les cousins Cotat »
Club du mercredi
Organisateur: Jocelyn Audette
La soirée a débuté par une présentation des deux producteurs et de leurs styles de vins, de l’AOC Sancerre et des lieux-dits qui sont servis, de leurs types de sols, de leur exposition au soleil, de l’histoire de la famille Cotat et des cuvées que chaque cousin produit.
Ensuite, avant chaque volée, les vins servis étaient présentés, avec une courte note sur chacun. La dégustation s’est donc déroulée en semi-aveugle, l’ordre de service de chaque volée n’étant pas connu.
Jocelyn nous a posé deux questions : quels sont les vins des intrus et lequel des deux Cotat préféré-vous?
Première volée : La Grande Côte 2013 (avec un intrus)
La Grande Côte 2013, François Cotat
Un vin jaune pâle scintillant. Il est bien ouvert au nez, avec une note sucrée, des fruits tropicaux et un peu de poivre. En bouche, on détecte un léger sucre résiduel, une très bonne acidité, une légère chaleur (13 %/vol) et un corps moyen; c’est le moins corsé de la volée mais l’équilibre est très bon. En finale, on ressent une légère amertume, de la vivacité, du fruit, une légère note herbacée et c’est assez persistant. Un vin fruité et très frais.


La Côte 2013, Domaine Gérard Boulay
Celui-ci est légèrement plus foncé. Il est intense au nez, plus herbacé, fruité, poivré, minéral, avec des notes de menthe et de noisette. L’attaque en bouche est plus pointue, le vin est plus corsé, plus herbacé, l’alcool est bien dosé (13 %/vol) et le vin est bien sec; l’équilibre est bon. La fin de bouche est vive, presque surette, fruitée (citron) et de bonne longueur. Le vin le plus complexe de la volée, très vif, plus corsé, plus rond et qui, au nez, fait penser à du champagne; le préféré de la volée et la grande vedette de la soirée.
La Grande Côte 2013, Pascal Cotat
Le plus pâle des trois. Il est assez intense au nez, herbacé, fruité, minéral (silex, pierre à fusil). L’attaque est très vive, le vin est sec, plutôt acide, l’alcool est OK (12 %/vol) et le corps est moyen; côté équilibre, c’est un peu pointu. La fin de bouche est vive, plutôt herbacée, fruitée, minérale et de bonne persistance.

Deuxième volée : Les Monts Damnés 2014 (avec un intrus)

Les Monts Damnés 2014, François Cotat
Encore trois vin jaune pâle, mais cette fois, avec de légers reflets verdâtres. Le nez est assez ouvert, fruité, minéral (silex) et légèrement herbacé, avec du poivre blanc. L’attaque est vive, le vin est bien sec, l’acidité est prononcée, l’alcool est OK (13 %/vol) et le corps est moyen. La finale est fruitée (pomme verte), légèrement amère et assez longue. Un des trois vins à monter sur la 2e marche du podium.
Les Monts Damnés 2014, Pascal Cotat
Celui-ci est un peu plus foncé. Le nez est intense, caramel, légèrement vanillé, très fruité (pêche, tangerine, mangue, zeste d’orange), plus minéral et plus mature. Le vin est bien sec, il est plus corsé et bien fruité et l’alcool est OK (13 %/vol); l’équilibre est impeccable. La fin de bouche est fraîche, fruitée et très longue. Le plus gras et le plus mature de la volée, mais le moins apprécié.


Les Monts Damnés 2014, Didier Dagueneau
La robe est identique au François Cotat, en plus brillant. Le nez est intense, c’est le plus herbacé des trois et il est fruité (litchi), minéral et floral. En bouche, il est très sec, plutôt acide, presque mordant, l’alcool est bien (12,5 %/vol) et le corps est moyen; l’équilibre est très bon. La finale est très fraîche, très fruitée (agrumes) et très persistante. Un vin très original, bien équilibré et très herbacé; un autre qui partage la 2e marche du podium.
Troisième volée : La Grande Côte 2014
La Grande Côte 2014, Pascal Cotat
On retourne sur la Grande Côte, mais avec le superbe millésime 2014. Il est jaune pâle, mais un peu plus foncé que le 2013 de la première volée. Il est bien ouvert au nez, assez herbacé, fruité (litchi) et moins minéral, avec une note saline. En bouche, certains y ont détecté un léger sucre résiduel; le vin est quand même assez sec, avec une très belle texture, une bonne acidité et l’alcool ne dépasse pas (13,5 %/vol); l’équilibre est excellent. La fin de bouche est fraîche, fruitée (litchi) et assez longue. Un vin moins acide, le plus mature des deux, tout en étant encore bien fruité.


La Grande Côte 2014, Francois Cotat
Même robe, mais en plus brillant. Le nez est intense, légèrement herbacé, fruité et assez minéral. L’attaque en bouche est bien vive, le vin est très sec, l’acidité est prononcée, l’alcool OK (13 %/vol) et le corps est moyen; l’équilibre est très bon. La finale est bien fruitée et assez persistante.
Quatrième volée : Deux lieux-dits, millésime 2007
Le Cul de Beaujeu 2007, François Cotat
Un vin surprenamment pâle et verdâtre pour son âge. Le nez, d’intensité moyenne, est bien fruité (litchi, pêche), peu herbacé et minéral (silex), avec une note fumée. Le vin est très sec, la texture est bonne, ainsi que l’acidité, l’alcool est bien dosé (13 %/vol) et le fruit est très présent; l’équilibre est parfait. La fin de bouche est fraîche, très fruitée (pomme) et assez longue. Un vin encore bien jeune, le préféré de la volée et l’autre à monter sur la 2e marche du podium.


La Grande Côte 2007, Pascal Cotat
On change de couleur; ce dernier est doré, brunâtre, beaucoup plus évolué. Au nez, il est intense, rancio et encore fruité (cantaloup, pêche, raisins secs), avec du caramel et de la fumée (note brûlée). Il est bien sec, assez corsé, avec une bonne acidité et l’alcool est OK; l’équilibre est impeccable. La finale est quand même fruitée (pomme blette), rancio, avec des noix, un peu de caramel brûlé et une légère chaleur; elle est très persistante. Le vin le plus évolué de la soirée (dépassé pour certains), très avancé au nez mais d’une belle élégance en bouche. Une mauvaise bouteille pour les participants qui connaissent bien les vins de Pascal Cotat, malgré l’excellent état du bouchon.
Volée I : Une première volée d’un millésime difficile, froid et pluvieux. On a eu droit à trois vins très différents, encore bien jeunes et, si l’intrus a été assez facilement identifié, les Cotat ne l’ont pas été. Le vin de François a été préféré à celui de Pascal, par une seule voix.
Volées II : D’un millésime extraordinaire pour les blancs de Loire, cette volée a été la préférée de la soirée. Deux vins se sont démarqués : le François Cotat et le Dagueneau. Encore une fois, l’intrus a été facile à identifier, mais pas les Cotat.
Volée III : Encore deux vins très différents et pas plus de succès dans l’identification des deux cousins. Le vin de François a encore été préféré.
Volées IV : Pour cette dernière volée, nous avons eu droit à deux lieux-dits différents, mais du même millésime, 2007, donc deux vins qu’on espérait être à maturité. Parmi eux, un vin très évolué, avec un début d’oxydation; c’est l’autre, encore très frais et jeune (encore celui de François) qui a été préféré par la majorité, mais pas par tous, selon les goûts.
Les grands vainqueurs de la soirée sont donc : en 1ière position, La Côte 2013 de Gerard Boulay, suivi de trois vins ex aequo en 2e position, Les Monts Damnés 2014 de François Cotat, Le Mont Damné 2014 de Didier Dagueneau et Le Cul de Beaujeu 2007 de François Cotat.
Finalement, les participants ont bien identifié les deux intrus, mais n’ont pas eu beaucoup de succès à différencier les vins des deux cousins Cotat, malgré les indices fournis par Jocelyn.
Alors, lequel des deux cousins Cotat a été préféré? Sans équivoque, c’est François, le plus réputé (quoique que les deux commandent les mêmes prix) qui a remporté la palme, dans chacune des quatre volées.
Un gros merci à Jocelyn, pour cette dégustation exceptionnelle qui nous a non seulement permis de déguster des vins de Sancerre hors norme, mais qui nous a permis d’observer les différences organoleptiques entre trois lieux-dits de l’appellation. Cette dégustation s’est mérité une place au Palmarès des vingt dégustations les plus appréciées à l’AVO depuis septembre 2016.
Alain Brault

8 janvier 2025
« Vieux vins d’Italie: Piedmont vs Chianti »
Grande dégustation
Organisateur: Pierre Bélanger
La dégustation comportait dix très vieux vins, datant des années 40, 50 et 60. Tous les vins avaient plus de 55 ans, avec millésimes entre 1947 et 1969. Il y avait cinq vins de la Toscane, tous provenant de vignobles du Chianti, ainsi que cinq vins du Piedmont, plus précisément de la sous-région de Gattinara. Les vins de la Toscane étaient à base de sangiovese, le cépage emblématique toscan, et ceux du Gattinara, uniquement de nebbiolo. Certaines bouteilles du Gattinara indiquaient comme cépage le spanna, ancien nom pour le nebbiolo. Tous les vins proviennent de caves en Italie, et achetés auprès d’un distributeur de New-York. Les vins ont été importés au Canada et les douanes ont été payées. Heureusement pour les participants de cette dégustation, les vieux vins de petites appellations ou bien de celles moins connues sont relativement abordables, dans le cas des vins présentés à cette dégustation, un coût moyen de 110 $ par bouteille.
Les vins ont été présentés à l’aveugle en cinq volées de deux vins, comprenant chacune un vin de la Toscane et l’autre du Piedmont. La dégustation a donc été de format combat 1X1, Piedmont vs. Toscane, ou Gattinara vs. Chianti.
Des vins d’origine modeste peuvent-ils vieillir aussi longtemps? À quoi goûtera un vin de 78 ans d’âge? Lequel des cépages emblématiques des régions du Piedmont et de la Toscane a-t-il mieux vieilli? Les participants sauront-ils reconnaître l’origine des vins? Et laquelle des régions a été préférée par les participants. Je m’attendais à ce que les vins à base de nebbiolo soient faciles à reconnaître et se soient conservés mieux que ceux à base de sangiovese. L’expérience fut enrichissante et plus que plaisante. Il est rare de goûter à des vins de cet âge, encore moins dix durant la même soirée.
Trois questions ont été posées aux participants après avoir dégusté pendant 8 minutes les deux vins de chaque volée. Nous avons, comme à l’habitude, demandé ‘Qui a beaucoup aimé chacun des vins?’, puis à des fins analytiques avons aussi posé ‘Qui crois que le premier vin est toscan?’, et ‘Qui a préféré le premier vin?’.
Première volée :
Castello di Meleto – Chianti Classico Riserva, 1969
D’une couleur brun cola pâle, et légèrement trouble. Légères notes olfactives de sel de céleri, des épices (poivre), de vieux cuir et de champignons : un nez fort intéressant. En bouche, un vin délicat et sur la finesse. Typiquement italien, donc très sec, d’une bonne longueur en finale, avec une acidité élevée, encore du fruit, bien que modeste, des tannins encore légèrement granuleux, et une touche d’alcool en finale. Note : 86 sur 100.
Reconnu comme toscan : 67 %
Préféré : 44 %
Cantina Sociale – Gattinara, 1957
D’une couleur bronze brillant et très pâle. Au nez, beaux arômes de goudron, petits fruits rouge (groseille), épices et légère touche de carton. Pour moi, la couleur et le nez me suggéraient que le vin était piémontais. En bouche, absolument délicieux et équilibré. Beaucoup de finesse et doté d’une longue finale. Le vin comporte une acidité élevée, encore beaucoup de fruit et de légers tannins. Pour moi, ce vin offrait tout ce que l’on peut espérer d’un vieux vin à base de nebbiolo. Note de 92 sur 100. Certains participants ont trouvé le vin trop vieux, même s’il a été préféré par la majorité.
Reconnu comme piémontais : 67 %
Préféré : 56 %

Deuxième volée :
Riserva Ducale di Vecchia Annata – Ruffino Chianti, 1959
Une couleur surprenamment foncée, brillante et aux reflets grenat briqués. Un nez moyennement ouvert, avec arômes de fruits noirs (cerise noire), chocolat noir et vieux bois (neutre). En bouche, encore des surprises; jamais un dégustateur n’aurait donné 66 ans d’évolution à ce vin. La bouche offre de la matière, du fruit, des tannins asséchants, un niveau d’acidité moyenne-faible, et une finale sur les tannins fins. Note 90 sur 100. À l’aveugle j’ai cru que ce vin était toscan, de par sa couleur et structure en bouche (moins d’acidité que du nebbiolo). Mais je faisais parti de la minorité, car les participants ont surtout cru que c’était un grand vin à base de nebbiolo. Peu ont cru qu’un Chianti, disponible en tout temps à la SAQ et à prix modique, pourrait aussi bien vieillir!
Reconnu comme toscan : 27 %
Préféré : 100 %
Luigi et Italo Nervi – Gattinara, 1964
Le vin est fortement cartonné. Plus le vin vieillit plus les défauts s’accentuent. Alors peu surprenant de trouver un vin défectueux lors de cette dégustation. En fait, il était plutôt surprenant d’en avoir qu’un seul!
Reconnu comme piémontais : 27 %
Préféré : n.a.

Troisième volée :
Barone Ricasoli, Brolio – Chianti Riserva, 1958
Le vin est d’une couleur grenat-brique d’intensité moyennement pâle et est brillant. Un nez ouvert, dominé par des arômes tertiaires de cuir et bois neutre, de la terre, feuilles mortes, chocolat et une touche d’agrumes. Nez très complexe. Le vin offre en bouche une rondeur et concentration surprenante, avec une acidité moyenne, et des tannins et fruits d’intensité moyenne, donnant un bel équilibre. Un vin complexe. J’ai perçu une légère touche d’alcool en finale. Moyennement long. Note 91 sur 100.
Reconnu comme toscan : 87 %
Préféré : 62,5 %
Mario Antoniolo – Spanna Santachiara, 1967
De couleur bronze pâle et légèrement trouble, le vin offre un nez ouvert, avec des arômes de garden cocktail, feuilles mortes, citron confit, goudron et de la rose. Le vin sera-t-il encore bon? Eh oui, et comment! Délicieux. Équilibre superbe. Très sec et très long en finale. La bouche offre une acidité élevée, et encore beaucoup de fruit et de tannins fins. Du grand nebbiolo en ce qui me concerne. Note de 94 sur 100. La grande majorité des participants ont cependant préféré le vin toscan, offrant davantage de rondeur et de jeunesse.
À la surprise de plusieurs, après trois volées, la Toscane menait le combat 2 à 1.
Reconnu comme piémontais : 87 %
Préféré : 37,5%

Quatrième volée :
Berteletti, Fratelli – Spanna del Piemonte, Castello di Lozzolo, 1964
De couleur brique pâle et brillant. Un nez époustouflant. Ouvert, arômes de café, verni, chocolat, alcool volatil, cuir et vieux bois : très complexe. En bouche le vin offre un bel équilibre. Il est très sec, rond et très long en finale, offrant touche chocolatée et de cerise. Le vin offre de l’acidité moyenne-élevée, tannins fondus et encore un peu de fruit. Note 90 sur 100.
Reconnu comme piémontais : 67 %
Préféré : 69 %
Giunti, Riccardo – Chianti Riserva Speciale Stravecchio, 1957
Un vin de couleur grenat foncé, presque opaque. Beau nez ouvert, à dominance d’arômes tertiaires, complexes avec touche de bois neutre et gâteau foret noir. En bouche, un bel équilibre, sec, long et léger, quelque peu fatigué même si ne montrant pas son âge. Note de 88 sur 100.
Et en finale, deux vins d’environs 75 ans d’âge…
Reconnu comme toscan : 67 %
Préféré : 31 %

Cinquième volée :
Berteletti, Fratelli -Castello di Lozzolo Gattinara, 1947
De couleur brique pâle et translucide, comme un Tawny de 10 ou 30 ans. Un nez en finesse offrant de beaux fruits rouge, du cuir et épices (canelle). En bouche, un bel équilibre, de la finesse, et encore surprenamant, du fruit! Tres sec et long avec un finale acidulée. Un vin fondu et très bien équilibré. Note 93 sur 100. La structure acidulé de ce vin m’a suggéré que le vin était piémontais.
Reconnu comme piémontais : 67 %
Préféré : 62,5 %
Ruffino – Chianti Stravecchio Riserva Ducale, 1952
Couleur grenat brique très foncée. Le vin offre un nez de cuir, de viande et de thé, très complexe et ne laissant pas du tout présager son âge. Bouche surprenamment ronde, équilibrée. Le vin est très sec et offre une finale très longue. Bel équilibre entre fruit, alcool, tannins et acidité. Note 94 sur 100.
Reconnu comme toscan : 67 %
Préféré : 37%

Conclusion:
Aucun choix de constater que des vins d’origines modestes, s’ils sont bien entreposés, peuvent vieillir très longtemps. Même si tous les vins dégustés donnaient signe d’âge, certains ont surpris par leur vigueur après plus de 60 ans. Deuxième surprise, pour moi, fut la structure des Chianti et comment le sangiovese peut aussi vieillir très longtemps. Alors pour ceux qui aiment des vins évolués, n’hésitez pas à conserver vos Chianti au moins 10 ans, voire 20! Et que dire d’un vin modeste toujours disponible à la SAQ, le Ruffino Riserva Ducale Chianti Classico Riserva (28 $). Deux exemplaires de ce vin, de plus de 60 ans d’âge, ont très bien paru.
Au final, comme prévu par la plupart, les piémontais ont remporté la palme, ayant été préférés 3 fois sur 5 aux chiantis, malgré leur candidat bouchonné. Aussi, les participants ont correctement identifié les cépages dans les 2/3 des cas.
Une question demeure : les vins d’aujourd’hui pourront-ils vieillir aussi bien? Le vin moderne à souvent des cépages internationaux ajoutés aux assemblages, tel que dans le Chianti. La tendance à produire des vins qui vont mieux se boire jeune, avec techniques de fermentation modernes, avec les changements climatiques, permettant d’extraire du fruit et sucre dans le moût, et donc moins d’acidité, sont tous des facteurs qui me laissent croire que la réponse à cette question est non. Je crois qu’un ingrédient clé pour le vieillissement des vins est l’acidité. Et le modernisme tend à produire des vins moins acides.
Merci Pierre et à tous les participants pour cette belle expérience. Cette dégustation s’est inscrite au palmarès des vingt dégustation les plus appréciées depuis 2016 à l’Académie et a ajouté deux vins au panthéon des vins qui ont fait l’unanimité parmi les dégustateurs.
Philippe Muller

15 janvier 2025
« Coups de coeur canadiens »
Club du mercredi
Organisateurs: Richard Archambault et Éric Michaud
Les organisateurs de cette soirée sont des voyageurs chevronnés et de fins connaisseurs qui ont arpenté les vignobles de Prince Edward County, du Niagara et de la Colombie-Britannique pour explorer les divers styles de vins qui y sont produits et mieux connaître leurs spécificités. Ils sont rentrés à la maison en se disant qu’au Canada, nous n’avons rien à envier aux plus grandes régions vinicoles du monde, parce que ce que nous produisons est de calibre mondial.
Lors de cette dégustation, ils nous ont présenté leurs coups de cœur canadiens, en débutant par un mousseux, et en nous présentant un trio de vins blancs, un trio de vins rouges, et enfin, un quatuor de vins en assemblage.
La mise en bouche:
Black Hills Estate Winery BH Brut BC VQA
Pour débuter cette soirée, quoi de mieux qu’un mousseux issu de la toute première expérience en vin effervescent de la maison Black Hill, composée à 59 % de chardonnay et à 41 % de pinot noir provenant du millésime 2018. Le vin est très pâle. Il présente de très fines bulles. Beau nez discret, d’abord citronné, puis de noisette, de noix, de mie de pain, résultat sans doute d’un vieillissement de 40 mois en bouteille. En bouche, l’attaque est mordante, l’acidité est forte, l’alcool moyen (12°). C’est frais, vif, de concentration moyenne. Belle effervescence, de la mâche, une longue persistance, une belle finale fraîche sur le fruit. Très belle réussite pour un premier effort.

Première volée: Trois chardonnays

Black Hills Estate Winery 2020 Chardonnay Okanagan VQA
Jaune moyen, assez pâle, limpide et brillant. Le nez est à prime abord discret, puis il se manifeste : avoine, foin, bonbon anglais, pain grillé, beurre, vanille. En bouche, l’attaque est sur le fruit, l’alcool est à l’avant-plan (13°), l’acidité est moyenne +. Le millésime 2020 a été magnifique en C.-B., et les rendements moindres. Cependant, le vin semble manquer légèrement de concentration et de complexité. Une pointe d’amertume persiste en finale. C’est très long, interminable. Mais il n’a pas obtenu la faveur des dégustateurs.
Norman Hardie 2016 Chardonnay County Prince Edward County VQA
Issu d’un millésime chaud, cette cuvée est composée de chardonnays provenant de cinq parcelles situées à moins de deux km de l’entreprise. Jaune moyen, limpide et brillant. Le nez est agréable, un mélange de citron et de beurre. On sent la vanille, et la présence de bois (25 % du jus a reposé dans des fûts de chêne français de 500 litres) tend à masquer un peu le fruit (zeste de citron, lime). En bouche, on dénote un bel équilibre entre l’alcool (12,7°), l’acidité, le fruit. De la mâche, c’est frais. Concentration moyenne. C’est long. Belle finale sur le fruit aigrelet. Ce vin a été le plus aimé des trois chardonnays.


Hidden Bench 2018 Felseck Vineyard Beamsville Bench VQA
Le vin est jaune moyen, avec une grande limpidité, une grande brillance. Le nez est particulier, un mélange d’odeurs de mie de pain, de cire, de citron Meyer, avec une légère note pétrolée. Le passage en fût de chêne français (91 % du jus a passé 14 mois en barrique) confère au vin des arômes d’encens, de fruits tropicaux. En bouche, le vin est frais, minéral, l’acidité est moyenne, alcool moyen plus (13°), il y a du fruit, (citron confit), tandis que le bois apporte une note de suavité en finale. Concentration moyenne +. Fort agréable, malgré le boisé bien présent.
Deuxième volée : Trois cabernets francs
Stratus 2020 Cabernet Franc Niagara on the Lake
Le millésime 2020 a été « remarquable » dans le Niagara, le meilleur des dernières années. Au visuel, ce vin est pourpre, foncé, quasi-opaque. Limpide et brillant, il colore le verre. Au nez, on sent l’alcool (un voluptueux 14,7°), le fruit noir, la mûre, la réglisse, de cerise noire, d’olive noire, aussi des notes de fumée, de cendre chaude, de terre, de poivron. C’est très complexe. En bouche, le vin explose, c’est tout en jeunesse, corsé, sur le fruit, avec des tannins serrés, très asséchants. Le vin est sec, puissant, l’acidité est efficace, c’est frais, l’alcool moyen +, mais on ne le sent pas, dans le sens où l’ensemble reste équilibré. On note également une légère astringence, un côté « végétal ». Belle concentration. La finale est sur le noyau de cerise. Très long. Un vin doté d’un fort potentiel.


Black Hills 2020 Per Se Okanagan VQA
Rouge grenat très foncé, opaque, il colore le verre. Grande extraction. Limpide et brillant. Au premier abord, le nez est marqué par le foin, l’avoine, le grain, davantage que par le fruit…puis ce dernier se pointe : canneberge, quelque chose qui rappelle le pamplemousse rose, suivi d’arômes de poivron vert, de terre, de fumée, de violette (18 mois en fût de chêne français, 17 % neuf). En bouche, le vin est sec, mi-corsé, l’acidité est fraîche et efficace. L’alcool est moyen + (14°), les tannins sont serrés, légèrement asséchants, c’est un vin très jeune, énergique. Amertume et verdeur, c’est encore la jeunesse. Finale sur le fruit noir. (79 % cabernet franc, 21 % merlot).
Tawse 2020 David’s Block Twenty Mile Bench VQA
Planté en 1998, le site de David’s Bench constitue la plus vieille parcelle de cabernet franc chez Tawse. Les rendements sont faibles, la production minime (1 000 bouteilles). Le vin est rubis foncé, avec une opacité moyenne, ce qui le démarque des deux vins précédents. Limpide et brillant. Le nez est d’abord marqué par l’acide acétique, il rappelle un style de vin nature, puis il s’ouvre sur des notes de graphite, de fruit rouge, de poivron. En bouche, le vin est très sec, « bone dry ». Il y a du fruit, l’acidité est fraiche, somme toute agréable. C’est coulant, avec des tannins intégrés, tout comme le bois (le vin a passé 16 mois en fûts de chêne français). Alcool moyen. Il n’a sans doute pas autant de potentiel de vieillissement, mais en ce moment, c’est le plus agréable des trois vins, et le préféré des trois vins de ce trio.

Troisième volée : Des vins d’assemblage

Two Sisters 2018 Eleventh Post Niagara River VQA
Fondée en 2007, la maison Two Sisters a l’ambition de produire des vins de classe mondiale. Elle a rapidement fait sa marque dans le paysage vinicole du Niagara. Cette cuvée est très foncée, opaque, le vin colore légèrement le verre. Le nez intense s’ouvre sur des arômes de fruits rouges, de réglisse rouge, de cerise, de canneberge, de cannelle, de cendre froide, de mine de crayon, de graphite (le vin a passé 30 mois en barrique française). En bouche, le vin est sec, le fruit est bien présent, puissant, c’est corsé, avec beaucoup de matière, une acidité moyenne +, alcool moyen (13,5°). Grande concentration, du volume, de l’amplitude, c’est encore bien jeune. Une finale sur le fruit noir. C’est long. Bel indice de buvabilité. Un assemblage de merlot (48 %), cabernet franc (24 %) et de cabernet sauvignon (28 %).
Black Hills 2019 Nota Bene Okanagan Valley VQA
Cette cuvée est pour ce domaine ce qu’elle fait de mieux. Rouge grenat foncé, quasi-opaque, limpide et brillant. Le nez est fort agréable, intense, sur le fruit rouge, la cerise noire, la fraise confite/cuite, c’est confituré, aussi, tabac blond, puis poivron, cassis, boîte à cigare, sucre brun. En bouche, le vin est sec, coulant, en raison de son acidité fraiche. L’alcool est moyen, les tannins serrés, bien présents. Un boisé élégant (18 mois en fûts français, 41 % neufs!). Bel aspect végétal, une légère astringence. Ici encore, grande buvabilité malgré des notes de verdeur. Beaucoup d’extraction. Belle matière. Un assemblage de merlot (48 %), de cabernet sauvignon (34 %), de cabernet franc (17 %) et de petit verdot (1 %).


Hidden Bench 2017 La Brunante Beamsville Bench VQA
Ce vin est uniquement produit dans les meilleurs millésimes. Rouge grenat opaque, il est très foncé. Colore légèrement le verre. Le nez est agréable, sur le fruit noir, la réglisse noire, la mûre, le cassis. Un nez expressif, ouvert, fin et élégant. En bouche, le vin est sec, sur le fruit rouge. Il présente une légère astringence, une acidité moyenne +, un alcool moyen (13°). Le boisé est raffiné, distinct (20 mois en fûts de chêne français!). Les tannins sont efficaces. Concentration moyenne. C’est élégant, avec un beau fruit. Le plus dispendieux de cette volée, et le préféré des trois vins. Un assemblage de merlot (53 %), de cabernet franc (35 %) et de malbec (17 %).
Painted Rock 2018 Red Icon Okanagan Valley VQA
Rouge très foncé, quasi-opaque. Le vin est malheureusement bouchonné; le vin est un produit vivant, ce sont des choses qui arrivent.

Conclusion
Alors, que conclure après cette belle incursion dans les plus grandes régions vinicoles du Canada? La conclusion qui s’impose, c’est qu’il s’y produit des vins de grande qualité. Que les grands cépages internationaux tels que le chardonnay ou le cabernet franc conviennent parfaitement à nos terroirs et à notre climat, et que les vignerons réussissent à leurs conférer des spécificités, tout en ne masquant pas leur typicité.
Pour chaque vin produit en Bourgogne, en Loire, à Bordeaux, en Californie ou ailleurs dans le monde, il y a aujourd’hui un équivalent canadien qui est à la hauteur des plus grandes ambitions et des plus grands talents. Merci aux organisateurs. Souhaitons que les membres aient régulièrement l’occasion de déguster ce qui se fait de mieux au Canada. Certes, les grands vins canadiens ne seront jamais offerts à petit prix, mais ils procurent autant de plaisir et ils ont autant de potentiel que ceux provenant de contrées lointaines. Même qu’il est assez facile de trouver pire ailleurs.
Louis Landry

29 janvier 2025
« Le Pinot Noir »
Grande dégustation
Organisateurs: Anne-Marie Murphy et Marc Aubry
Nos Académicien(ne)s Anne-Marie et Mark nous présentent cette année le fruit de leurs recherches sur le cépage pinot noir cultivé à travers le monde. Cette dégustation nous fait voyager à travers les 12 principaux pays cultivant le pinot noir sur cette planète. Non seulement Anne-Marie et Mark ont pris le temps de bien identifier les zones où le pinot noir est à son meilleur, ils ont aussi pris le temps de collectionner de magnifiques bouteilles issues des plus grands terroirs où pousse le pinot noir.
Le pinot noir est souvent très capricieux et difficile à cultiver. La production est faible et la vigne est sensible aux maladies et aux intempéries de dame nature. Une sélection minutieuse est requise pour espérer servir 12 vins issus de 12 pays différents ce qu’Anne-Marie et Mark ont su faire avec succès. Beaucoup de travail, j’en suis certain!
Douze vins ont été servis, répartis en trois vagues de 4 vins chaque selon les thèmes suivants :
1- Première vague : L’Europe centrale
2- Deuxième vague : Les Amériques
3- Troisième vague : Et les autres
La dégustation débute par une présentation soignée d’Anne-Marie sur l’histoire du pinot noir et sa répartition dans le monde. Anne-Marie nous parle aussi des défis et des difficultés que représente la culture du pinot noir ce qui explique malheureusement le prix élevé demandé pour ces vins qui peuvent parfois être considérés comme étant les plus grands vins du monde. Voici un liens pour eux qui veulent approfondir leurs connaissances sur ce grand cépage qu’est le pinot noir .
La mise en bouche:
Roederer 2016 Champagne
Tout un départ! Ce Champagne millésimé composé de 68% de pinot noir et 32% de chardonnay nous offre une prise de mousse exceptionnelle ce qui apporte au vin une fraîcheur et un support aromatique des plus agréable. Ce Champagne est doté d’un équilibre impeccable, il est porteur de fruits frais et d’une acidité mordante. Légèrement crayeux on note aussi la présence d’un léger rancio ou brioché ce qui lui apporte une grande complexité en bouche. Ce vin et précis et droit, sa légère amertume en fin de bouche lui assure une finale longue des plus complexe et des plus savoureuse. Un grand Champagne!
Première vague : L’Europe centrale

Zull pinot noir, Weinviertel, Niederosterreich, Autriche, 2018
On dit du millésime 2018, qui fut frappé d’une sécheresse exceptionnelle, que les vins sont de très bonne qualité et d’une grande élégance avec un bouquet de baies, de framboises et de cerises accompagné de nuances florales, d’une touche de nougat, de caramel et d’épices
Le pinot noir de ce soir provient de la maison Zull, le propriétaire Werner et son fils Philip élabore ce vin de pinot noir avec brio. Les vendanges se font à la main au début d’octobre et le vin est élevé en barrique pour 18 mois. Le vin titre à 13.5 % d’alcool. Au visuel le vin présente une teinte rubis, moyennement foncée, clair, limpide et brillante. Le plus foncé de cette vague. Au départ ce vin offre un nez intense sur le bois qui s’atténue par la suite laissant place aux petits fruits rouges tels que la cerise, la framboise et un léger soupçon de fumée. Son attaque en bouche est vive et puissante laissant place à un goût de goudron, de caoutchouc, de feuilles mortes et de thé, avec un peu de verdeur en fin de bouche. Certains ont trouvé des saveurs de bonbon anglais, de la cannelle et du sucre d’orge. Ce 2018 est présentement sur la pente descendante, il ne faut pas attendre plus longtemps avant de le boire.
Elena Walsh pinot nero, Alto Adige/Sud Tyrol, Italie, 2023
En 2023 la chaleur et le soleil était au rendez-vous en juin et juillet et on y a reçu beaucoup de pluie au début du mois d’août pour terminer la course en chaleur et sans pluie jusqu’aux vendanges début septembre. Le vin a ensuite été fermenté 10 jours en cuve d’acier inoxydable et élevé en foudre de chêne de 22 hectolitres et en cuve d’acier. L’alcool titre à 13 %.
Le vin présente une robe rubis avec des reflets rosés, très pâle et brillante. Le nez, un peu fermé, présente des odeurs primaires de petits fruits rouges, de fraises, avec un peu de caramel et une pointe de cannelle. Certains ont noté un pot-pourri et une touche florale. En bouche, l’attaque est soutenue et acide et, comme disait Bourville, un peu ferrugineuse. Ce vin manque un peu de profondeur et sa finale est très courte. Certains dégustateurs ont aussi parlé de poivrons verts, d’asperge, soit un côté végétal. Le vin le moins aimé de cette vague.


Thomas Studach Malanser, pinot noir, Graubunden, Suisse, 2020
2020 est considéré comme une grande année ayant produit des vins de très bonne qualité malgré la sécheresse qui a sévit cette année-là. Le vin a été élevé en barrique de chêne pour 12 mois et il s’affiche à 13 % d’alcool.
Au visuel un rouge très pâle, le plus pâle de la vague, tirant vers le grenat. Sa robe est limpide. Très beau nez de fruits rouges, de fraises et de cerises. On détecte un léger boisé qui s’intègre bien à la structure du vin. Bonne intensité olfactive. Certain ont décelé des épices, du cola et de la cannelle ainsi que du 5 épices chinois. En bouche, le vin est puissant et boisé et on ressent encore les tannins du bois qui ne sont pas entièrement intégrés au vin. Un peu de fumée donne des parfums de bacon bits au vin. Sa facture très moderne nous rappelle certains vins américains. Bonne intensité et bel équilibre. On sent un peu de chaleur en bouche due à ses 13 % d’alcool. Bref un très beau vin qui mérite une attention particulière malgré un très gros défaut : le prix. À plus de 250 $ la bouteille, c’est chèrement payé pour le niveau de qualité de ce vin.
Diel Caroline pinot noir, Nahe, Allemagne, 2019
Le millésime 2019 fut produit en petite quantité et offre une belle vivacité. Le gel affecta la vigne au printemps, suivi d’une sécheresse en été et de pluie en septembre. Le vin fut élevé en petites barriques françaises de deuxième année pour 18 mois. Le vin titre à 13 % d’alcool.
Ici nous avons affaire au vin largement préféré de cette vague. Le vin est foncé, brillant et limpide sur une robe violacée. Le nez est profond et animal, on note de la vanille, boite à cigare et des petites cerises délicates. Un vin délicat mais offrant une belle complexité et beaucoup d’évolution dans le verre au fil du temps. En bouche, très belle attaque riche et soutenue, léger boisé en arrière-bouche et des tannins présents et bien intégrés. Belle finale gouleyante. Beaucoup de matière et de la rondeur, le tout bien équilibré. Superbe vin!

Deuxième vague : Les Amériques

Martin’s Lane Simes Vineyard, Vallée de l’Okanagan, Canada, 2017
2017 fut une année exceptionnelle avec un hiver froid, beaucoup de pluie au printemps, suivie d’un été sec et chaud. La récolte a produit des pinots noirs en très petite quantité et surtout de grande qualité. Le vin fut élevé en barrique pour 16 mois (chêne français et autrichien), après la vendange du 11 au 17 octobre suivie d’une fermentation spontanée et de 28 jours de macération. Seulement 400 caisses ont été produites. Le vin titre à 14 %.
Ce vin de couleur rubis est foncé et brillant. Au nez se dégage une odeur de carton et de cave humide. Certains ont dit que le vin est bouchonné. On sent aussi une oxydation prématurée et du balsamique. On ne détecte pas très bien les odeurs caractéristiques du pinot noir. En bouche, ce n’est pas mieux : confiture, sensation d’une texture épaisse, amère et goudronnée. Ce vin donne I ’impression que le vin est cuit, puissant et chaud. Il a perdu son fruit et son acidité. Personne n’a aimé ce vin dans le groupe. Sûrement un vin défectueux!
Cono Sur ‘Ocio’ pinot noir, Vallée de Casablanca, Chili, 2019
Le millésime 2019 fut une année de sécheresse produisant des pinots avec beaucoup de concentration. La température fut douce, avec des nuits fraîches et des matinées brumeuses. Les raisins ont été cueillis à la main entre le 15 et le 28 mars. Le vin a été élevé dans 70 % de barriques et 30 % de foudre (chêne français) pour 14 mois. Le vin a ensuite passé un mois en cuves d’acier inoxydable pour finalement se retrouver en bouteille en juin 2020. Le vin est organique et titre à 14 %.
En dégustation le vin présente un beau rubis de bonne intensité opaque même et brillant ce qui ne ressemble pas à la couleur habituelle du pinot noir. Le nez est austère et l’on peut noter des hydrocarbures et du caoutchouc. Les fruits sont denses et concentrés de style Welsh. Fraises, pamplemousses, café, canneberge, pomme grenade et feuilles de tomates sont aussi détectés par les dégustateurs. En bouche, l’attaque est puissante et soutenue. On y détecte de la confiture de bleuet et café; bref un vin un peu lourd. Sa puissance lui confère une longue finale amère et puissante. L’acidité est soutenue. Un vin très aimé par la plupart des membres mais trahi par ses caractéristiques spécifiques au Chili.


The Eyrie Sisters Vineyard, pinot noir, Dundee Hills, Vallée de Willamette, Oregon, USA.2019
En 2019, les vins de pinots noirs affichent une grande complexité et de la texture avec des températures plus fraîches qui lui donnent sa signature d’élégance. Élevé en barrique de chêne neuf pour 23 mois, il est embouteillé en 2021. Alcool 13.34 %.
A la dégustation le vin est clair, pâle, de couleur grenat avec des reflets orangés. Le nez est superbe, projetant des petits fruits rouges bien épicés et du poivre. Le nez est complexe sur des touches de cerises, de viande et un léger soupçon d’écurie. Certains ont noté du saucisson et un côté viandeux. En bouche l’attaque est fraîche et gouleyante reposant sur des tannins boisés mais bien fondus. Malgré une légère impression de sucrosité, le vin est équilibré et long. Plein d’élégance ce vin est absolument délicieux.
Bodega Chacra Treinta Y Dos Pinot Noir, Rio Negro, Argentine, 2021
2021 fut une belle récolte avec de bons rendements. On dit du millésime 2021 qu’il a produit des vins équilibrés et complexes en biodynamie et en culture organique. Les raisins furent cueillis fin février début mars. Le vin a été élevé en vieilles barriques françaises (55 %) pendant 19 mois. L’alcool est à 12 %.
Ce vin semble jeune avec une robe rubis et des reflets violacés. Il est pâle et brillant. Le nez est encore un peu fermé, offrant des fruits de mûres et de cerise. On détecte aussi du chocolat noir et des bleuets. En bouche, il est frais, gouleyant et très puissant, offrant un potentiel de vieillissement certain. Très près du style bourguignon avec une finale un peu sucrée, ce vin est fin et séduisant. Un très beau vin.

Troisième vague : Et les autres

Farrside by Farr Pinot Noir, Geelong, Port Philip, Victoria, Australie, 2020
La récolte 2020 fut exceptionnelle, après la sécheresse et les feux de 2020. Le vin titre à 13.5 %
Le vin se présente au visuel avec une robe grenat pâle, limpide et légèrement trouble. Le nez est puissant et très style pinot noir bourguignon; il sent la griotte et, la fraise cuite, il est intense, avec ses fruits acidulés et des arômes tertiaires, chocolat amère et canneberges. En bouche, le vin est long et puissant, le bois présent et les tannins sont sucrés. La longueur est interminable. Le vin « pinote« beaucoup, la bouche est complexe et offre de la rondeur. Un des vins préférés de la soirée.
Storm Vrede, pinot noir, Vallée de Hemel-en-Aarde, Afrique du Sud, 2021
En 2021, le vent d’été (SouthEaster) attiré par le courant Benguela qui vient de l’antarctique a apporté une sécheresse ce qui a donné aux vins une structure exceptionnelle, intense avec un alcool modéré. Le vin fût élevé à 25 % dans le chêne neuf pour onze mois pour ensuite passer 15 mois en bouteille avant sa mise-en-vente. Seulement 6120 bouteilles ont été produites et il titre à 13.65 %.
En dégustation le vin se présente sur un beau rubis profond et limpide; on remarque un reflet orangé. Le nez est intense, composé de fruits rouges, de poivre et il est très exubérant; on dénote un peu de bois. En bouche, l’attaque est fantastique, fraîche et fruitée et offre une belle longueur; les tannins sont souples mais présents, les fruits sont sucrés et le vin est gouleyant. Élégance, précision, intensité, finesse et équilibre qualifient ce grand vin qui fût beaucoup aimé par tous les dégustateurs de la soirée. Définitivement le vin de la soirée!


Felton Road Bannockburn, pinot noir, Central Otaga, Nouvelle-Zélande, 2022
En 2022, le pinot noir a bénéficié d’une température douce et sans pluie de décembre à janvier et de pluie en février. Les vignes sont de culture biologique et biodynamique. La récolte a débuté le 23 mars sur les 4 vignobles. Le vin a été élevé en barrique pour 13 mois avec 25 % de barriques neuves françaises. L’alcool est à 13.5 %.
Un vin foncé, semi-opaque, de couleur rubis intense et soutenue. Au nez, on sent bien le pinot noir avec des arômes complexes de café et de caoutchouc brûlé; on note des épices typiques du pinot noir et le vin semble encore très jeune. En bouche, l’attaque est acide et puissante, le vin est très long en bouche, complexe et souffre d’une petite lourdeur, ce qui le distingue des autres vins de cette vague. Certains l’on trouvé un peu « Gino« comme style!
Gevrey Chambertin Lavaux St-Jacques premier cru, France, 2022
La couleur est d’un rubis brillant et bien concentré. Sa robe est limpide. Beau nez de pinot noir qui « pinote« bien, son fruit est intense et complexe. Il est cependant encore sur la retenue et il lui faudra plusieurs années avant de s’épanouir complètement. Le floral domine avec la violette et le pot-pourri. On dénote aussi de la cerise. La bouche est fraîche et intense avec des saveurs très concentrées. Il est long et suave et son astringence est encore prononcée, ce qui laisse prédire que le vin sera meilleur dans une dizaine d’années. Tout en retenu le vin est sec et a beaucoup de potentiel. À revoir dans 10 ans. Superbe bouteille!

Conclusion
Non seulement Mark et Anne-Marie nous ont offert un très large éventail de pinots noirs à travers le monde mais, pour chacune des régions choisies, ils se sont assurés de sélectionner l’un des (sinon le) meilleurs producteurs. Apprenez-en plus sur ces grandes maisons .
Pierre Bélanger

5 février 2025
« Le Sémillon »
Club du mercredi
Organisateur: Marc St-Onge
Le sémillon est un cépage méconnu. En France, il est une composante importante des vins liquoreux de Sauternes, avec le sauvignon blanc et la muscadelle. Cependant, ailleurs dans le monde, notamment au Chili, en Afrique du Sud et surtout en Australie, dans Hunter Valley, le sémillon est vinifié « in purezza », ou avec un apport minime d’autres cépages. L’objectif de la dégustation consistait à approfondir nos connaissances sur ce cépage, et de découvrir ses terroirs de prédilection dans diverses régions du globe, tant en sec qu’en version liquoreuse, quand il est affecté par le botrytis.
Première vague :

De Martino 2019 Maipo Valley La Bianca Semillon Chili
Jaune pâle, limpide et brillant, aqueux au disque. Beau nez légèrement citronné. Roche de rivière, paille, champignon frais, amande (grillé), beurre. En bouche, le vin est sec, frais, l’acidité est vive, le fruit est présent. Alcool moyen + (13.5°), grande amplitude, de la mâche, concentration moyenne. Grande tension, légère amertume, tout en étant équilibré. Longue finale sur le fruit aigrelet, le zeste de citron. Deuxième nez pierre à fusil. Issu d’une petite production de 3,600 bouteilles. Très réussi.
Garage 2012 Isidore Vineyard Lot F4 Maule Valley Chili
Jaune foncé, doré, qui contraste avec les autres vins. Limpide et brillant, aqueux au disque. Le nez est sur des notes de tabac blond, de cendre froide, de pomme verte, un nez qui rappelle le xérès, la pomme de terre. En bouche, le vin est sec, frais, sur une acidité moyenne, alcool moyen (12.5°). L’attaque est franche, sans être puissante. C’est un vin corsé, avec un fruit très citronné. Pas très long, assez court en fait. Autre faible production de 4,136 bouteilles; le vignoble est la propriété d’un Canadien.


Boekenhoutskloop 2020 Semillon Franschkoek Valley Afrique du Sud
Le vin issu de très vieilles vignes est très pâle, avec des reflets verdâtres. Grande limpidité, brillant. Le nez est complexe, puissant, sur des notes de bois toasté, de roche mouillée, de sous-bois mouillé, et avec une touche végétale. En bouche, le vin est frais, sur un beau fruit. Acidité moyenne, alcool moyen (13°). C’est sec, austère, minéral, épuré et complexe. Un boisé intégré, un « classique » en son genre. Deuxième nez de pierre à fusil. Belle finale. Longueur moyenne.
Asphodèle de Climens 2020
Autre vin très pâle. Légère teinte verdâtre, limpide et brillant, très faible coloration. Aqueux au disque. Le nez est assez fermé, on dénote de délicats arômes de paille, de foin, puis de citron. Fleurs blanches, litchi. Le vin est sec, assez simple, avec un léger manque de définition. Léger sucre résiduel. Acidité moyenne, alcool moyen (12°). Peu de nez. Peu de personnalité.


Château Le Puy 2022 Marie-Céline
Jaune moyen, avec un léger nuage. Brillant, aqueux au disque. Le nez est effacé, éteint. Un peu sirop simple, mélange de sucre et d’eau…En bouche, le vin est sec, avec une petite pointe de sucre, enfin, une rondeur … que les autres n’ont pas. Acidité moyenne, efficace, alcool moyen (12.5°). En fait, ce vin manque d’acidité et manque de personnalité. Deuxième nez sur le caramel, la pêche, le fruit à noyau. Miel. Décevant pour le prix !
Deuxième vague : Hunter Valley
Tyrrell’s 2017 HVD Vineyards Hunter Valley
Le vin est très pâle, avec de légers reflets verdâtres. Le nez est très parfumé, il rappelle la tarte au citron, le gâteau au fromage au citron, puis le beurre, la paille, la fleur blanche, l’amande; un aspect salin. En bouche, le vin est sec, l’acidité fraiche, l’alcool faible (10.5°). Le vin manque légèrement de corps : il présente une belle attaque, mais le vin s’estompe. C’est bien, mais encore simple, sans doute trop jeune. ce vin est encore en train de se faire. Reste une légère trame fruitée…C’est prometteur. Belle minéralité, longueur moyenne. Finale moyenne.

Tyrrell’s 2016 Vat 1 Semillon Hunter Valley
Le vin est très pâle, sans couleur, avec des reflets verdâtres. Le nez est fermé, très fermé – puis il s’ouvre lentement, on décèle un peu de fruit à noyau, de pêche, et puis des notes végétales rappelant le cannabis ! Un aspect toasté, foin. En bouche, le vin est sec, fort agréable, d’un grand équilibre, acidité et alcool moyens, encore en train de se faire. Grande minéralité. Une finale envoutante sur la lime.
Tyrrell’s 2015 Vat 1 Semillon Hunter Valley
Le vin est jaune pâle, sur des reflets jaunâtres. Limpide et brillant. Le nez est d’abord discret, avec une légère note citronnée. Puis il explose, pêche blanche, zeste de citron, encore le gâteau au fromage, ce côté beurré, biscuit graham, un peu caramel, floral, cire d’abeille. En bouche, le vin est sec, acidité moyenne, alcool moyen, très belle minéralité. De la mâche, c’est très frais, fort agréable. Immense potentiel. Il a presque obtenu l’unanimité des membres.
Tyrrell’s 2014 Vat 1 Hunter Valley
Encore un vin sans couleur, peut-être une légère teinte verdâtre. Limpide et brillant. Le nez est discret, il s’ouvre lentement. C’est floral, citronné, ou plutôt lime, key lime pie, pomme Granny Smith. En bouche, le vin est sec, frais, avec une grande minéralité, alcool faible (11°) et un très beau fruit, trame discrète mais superbe. Superbe amplitude. Très longue finale. Très long. Grand vin.

Mount Pleasant 2013 Lovedale Hunter Valley
Ce vin est très pâle, légers reflets jaunâtres. Grande limpidité, belle brillance. Beau nez discret, il s’ouvre lentement, rappelle le sauvignon blanc avec ce côté gazon, fenouil, anis, et un aspect salin, pierre à fusil. En bouche, le vin est sec, nerveux. Il a de la mâche, avec une acidité fraiche, qui donne une grande énergie au vin. Corps plein, alcool faible (10.5°), style élancé, très belle amertume. Vin plus ouvert, minéral, beaucoup de jus de lime en bouche. Très belle, longue finale. Ce vin gagnera aussi à vieillir encore quelques années.

Troisième vague : Liquoreux

De Bortoli 1993 Botrytis Semillon Noble One
Le vin est ambré, limpide, brillant. Le nez est envoutant, magnifique, très butterscotch, caramel, sucre d’orge, orange brulée, marmelade avec en arrière-plan des notes rappelant le thé, l’avoine, le blé. En bouche, le vin est doux, avec une acidité qui apporte équilibre et fraîcheur. Alcool moyen. Complexité et vivacité. Long en bouche. Très belle finale. Les versions modernes de ce vin affichent un taux de sucre stratosphériques, (230 g/l )! Il fut le favori de la soirée, il a récolté l’unanimité chez les membres.
James Halliday 1995 Botrytis Semillon Griffith
Le vin est brun ? Non, c’est plutôt rouge ambré, avec des reflets bruns au disque. Chose certaine, la couleur est tout à fait unique. Le nez est très prune, il ne sent rien que la prune, puis la mélasse, le pain d’épice. La bouche est suave, douce, avec une acidité qui équilibre le tout, mais peut-être moins que le précédent, en ce sens qu’il est plus sucré, plus doux. C’est un dessert en bouteille. Finale sur le fruit. Très long.

Conclusion
Le sémillon est souvent comparé au sauvignon blanc, dont il serait un proche parent, et en Australie, on l’a souvent confondu avec le riesling. Pourtant, lorsqu’il est vinifié seul, il donne des vins qui ont leur caractère propre. Cette superbe dégustation nous a permis d’en tirer les grandes caractéristiques : ce sont des vins peu colorés, avec une acidité généralement vive, un alcool de faible à moyen, et surtout, un immense potentiel de vieillissement. Dans l’éventail des vins servis, ceux de la maison De Martino et Boekenhoutskloop ont très bien parus, tandis que les versions françaises ont été les moins convaincantes. Et les quatre vins de la maison Tyrrell’s nous ont fait comprendre que la Hunter Valley est un véritable terroir de prédilection pour le sémillon – on y produit des vins « distinctifs », authentiques, des vins qu’il faut mettre en cave, qu’il faut oublier et qui apporteront de grandes satisfactions à celui ou celle qui aura fait preuve de patience.
Vous trouverez ici les notes du président.
Louis Landry

19 février 2025
« Comparative de Bordeaux de grand millésime de 25 à 30 ans d’âge »
Grande dégustation
Organisateur: Philippe Desrosiers
Philippe nous propose une verticale de quatre appellations de Bordeaux. Deux ou trois millésimes de chacun des vins ont été présentés. Les participants à la dégustation savaient quelle région et producteur étaient présentés à chacune des volées, mais nous ne savions pas l’ordre des millésimes. Quelle belle opportunité de découvrir la capacité des vins de Bordeaux de vieillir, de déterminer les différences d’une appellation à l’autre, d’un millésime à l’autre, et s’il serait possible d’identifier le millésime.
Le style des vins de Bordeaux était aussi en évolution dans les années 1990. En effet, vers la fin de la décennie, plusieurs producteurs ont adopté une approche plus moderniste ou Parkerisée, visant davantage d’extraction et de fruit, en laissant par exemple les raisins sur la vigne plus tardivement, permettant l’obtention de plus de maturité phénolique. Serait-il possible de noter cette évolution de style lors de cette dégustation?
Avant de débuter le volet pratique de la dégustation, Philippe as expliqué les caractéristiques principales des millésimes 1995, 1996, 1998 et 2000 à Bordeaux. J’ai trouvé les caractéristiques des millésimes utiles pour identifier ceux-ci, les vins de chaque volée étant présentés à l’aveugle.
Première vague :
Château Magdelaine, St-Émilion Premier grand cru classé « B » 1995 vs 1996
1996 : Le vin est de couleur grenat moyennement foncé. Arômes moyennement ouverts, tertiaires, de cerise, liqueur de Kirch, feuilles de thé, épices asiatiques, cuir, gâteau forêt noir et, en se réchauffant, du poivron. En bouche, le vin offre un très bel équilibre, du beau fruit donnant charpente et rondeur, il est très sec et long, avec en finale une légère amertume. Un vin qui a très bien vieilli, de style traditionnel. Note de 92 sur 100. Excellent.
1995: Le vin est plus évolué que le premier, plus briqué de couleur. Le nez est moyennement ouvert, et plus tertiaire que le premier, avec arômes de cuir, épices et petits fruits rouge. En bouche, le vin est très sec, juteux et très long, offrant bel équilibre avec finale tannique et de style austère (tannins et acidité élevés par rapport au niveau de fruit et rondeur). Note de 88 sur 100.
Deux beaux vins ayant très bien vieilli. Peu de participants auraient sans le savoir cru que ces vins avaient 30 ans d’âge. La majorité a préféré le second, alors que moi j’ai mieux apprécié la qualité du premier.


Deuxième vague :
Château Ferrière, Margaux 3e grand cru classé 1995 vs 1996 vs 2000
1995 : De couleur grenat foncé, avec nez ouvert, complexe, de cassis, fruits noirs, Kirch et cuir. En bouche, de l’extraction, concentration, rondeur, poivre, très sec et très long. Le vin démontre un très bel équilibre, avec à la marge les tannins qui prennent le dessus. Note de 93 sur 100.
2000 : Le vin est grenat foncé, avec couronne de couleur plus jeune. Nez ouvert, complexe et jeune, avec notes de boisé, du cuir neuf, épices et arômes viandeux. Le vin offre rondeur, équilibre, de style joufflu (par rapport aux autres), est très sec et sur une longue finale boisée. Note de 92 sur 100. Ses caractéristiques ainsi que son style sur l’extraction et le bois m’ont signalé que c’était le vin le plus jeune de la volée.
1996 : Grenat briqué moyennement foncé en couleur, le vin est ouvert et complexe aromatiquement, offrant des notes florales, du graphite, fruits fades, poivrons et des feuilles mortes. Le nez tertiaire annonce un vin vieux. En bouche, tout est là! Très sec et très long, finesse, juteux et très équilibré. Les saveurs offrent également du fruit, du boisé et une finale sur le chocolat noir. Superbe! Note 95 sur 100.
La majorité des participants ont préféré le 2000, le plus jeune et joufflu des trois. En me fondant sur le 1996 comme le meilleur des deux plus vieux millésimes, et le 2000 au style plus moderne, j’ai réussi à reconnaitre les millésimes. Trois beaux vins ayant très bien vieilli.

Troisième vague :
Château Calon Ségur, St-Estèphe 3e grand cru classé 1995 vs 1998
1998 : De couleur grenat foncé, le nez est ouvert et complexe, offrant arômes de fruits bleus, d’huîtres, silex, graphite, poivron et de viande. Le vin offre des saveurs conforment aux arômes. Le vin est très sec, très long, évolué et complexe. L’équilibre entre l’acidité, les tannins, l’alcool et la charpente du fruit est superbe. Note de 95 sur 100.
1995 : Le vin est grenat foncé et offre un nez ouvert aux arômes de café, cuir, épices asiatiques, tabac et de viande. Le nez est plus tertiaire que le précédent. Le vin possède une texture superbe. La bouche est ronde, précise, offrant beaucoup de fruit sur une très longue finale. L’équilibre est excellant. La bouche suggère encore de la jeunesse et aptitude à vieillir davantage! Note de 96 sur 100. La fraicheur en bouche m’a incorrectement laissé croire que le second était le plus jeune des deux. J’ai trouvé les deux Calon-Ségur supérieurs au Ferrière.
J’ai grandement aimé les deux vins de ce producteur. J’ai attribué deux de mes trois meilleures notes à ceux-ci.


Quatrième vague :
Château Haut-Bailly, Pessac, grand cru classé 1995 vs 1996 vs 1998
1995 : De couleur grenat moyennement foncé, le vin offre des arômes très complexes, tertiaires, de viande, de goudron ou graphite, café et fraises cuites. En bouche, le vin est équilibré, très sec, offre précision de saveurs, une charpente et est très long en bouche, offrant les mêmes saveurs que les arômes. Excellent. Note de 92 sur 100.
1996 : Le vin a une couleur grenat foncé et brillant. Il offre des arômes de fruits noirs, de bois intégré, de graphite et café. C’est en bouche que ce vin impressionne. Saveurs de cuir, de tabac et de fruits, le vin est équilibré, frais, juteux, très sec et possède une longue finale. Un grand vin! Note de 96 sur 100.
1998 : De couleur grenat foncé avec reflets rubis, le vin offre des arômes complexe de café, fruits noirs et de cuir. En bouche ce vin est semblable au précédant avec davantage d’extraction et de minéralité. Bel équilibre. Note de 92 sur 100.
Le producteur ayant été préféré est le Haut-Bailly, chacun des vins de ce producteur ayant été beaucoup aimé par presque tous les participants. C’est aussi d’après moi le producteur ayant produits les vins qui ont le mieux vieilli et qui se ressemblent le plus.

Conclusion
Les bordeaux vieillissent bien. Ça nous le savions tous. Je n’avais cependant pas réalisé que des bordeaux de 30 ans d’âge peuvent se maintenir et évoluer en complexité autant que ceux que Philippe nous a présentés ce soir. J’ai aussi noté que le style des vins de Bordeaux a évolué pendant les années 90. En effet, pour le Ferrière de Margaux et le Haut-Bailly de Pessac, pour lesquels nous avons goûté un 1995, 1996 et 2000, le plus jeune de chacun de ces vins m’a paru avoir davantage d’extraction et de fruits, légèrement plus de rondeur et moins de fraicheur et d’austérité typique de Bordeaux. Pour certains producteurs je n’ai nul doute que le fruit plus joufflu recherché par le modernisme améliore le vin, mais que pour d’autres producteurs, ce changement a eu lieu au dépens de la fraicheur.
De la part de tous les participants, je remercie Philippe pour l’organisation de cette dégustation. Philippe a été très généreux en partageant des trésors bien conservés de sa cave et en nous organisant une thématique pleine d’apprentissage et d’expériences inoubliables. Bravo et merci!
Philippe Muller

26 février 2025
« Le millésime 2005 »
Club du mercredi
Coordonnateur: Denis Desjardins
Lors de cette dégustation, nous avons dégusté des vins de différents pays afin d’examiner l’évolution de ceux-ci après 20 ans.
Première vague :

Mauro Vannucci 2005 Carmigiano DOCG Piaggia Riserva
Rouge très foncé, quasi-opaque, il colore le verre, couleur grenat sans grande brillance, limpidité réduite. Le nez est discret, on sent du fruit noir en arrière-plan, du poivre, de la griotte (kirsch), puis de la cendre. C’est aussi floral (violette), suivi d’un aspect sanguin. En bouche, le vin est ample, puissant, sur un beau fruit noir, chocolat noir, des épices, du café, une présence de bois. Le vin présente une légère amertume, une acidité moyenne, un corps plein, alcool moyen + (14.5°), concentration moyenne +, des tannins légèrement rugueux. Finale très longue sur le fruit noir. 70% sangiovese, 10% cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot.
Donnafugata 2005 Mille Una Notte Contessa Entellina DOC Sicile
Beau rouge grenat très foncé, opaque. Limpidité et brillance moyenne. Il colore le verre. Beau nez sur le fruit noir (mûre, cassis) qui annonce du muscle et de la complexité : olive noire, chocolat, violette, figue cerise, mûre, rose fanée. En bouche, le vin est sec, l’attaque est moyenne, l’acidité est à l’avant plan. Il y a une abondance de fruit, c’est frais, avec encore de l’olive et du chocolat. Alcool moyen + (14.3°). Le vin est corsé, de belle facture, belle charge tannique, amertume, presque de la mâche – cependant, il n’est pas le plus complexe. Très longue finale. Nero d’avola et moins de 10% de petit verdot et de syrah.

Deuxième vague :

Château Batailley 2005 Pauillac AOC (5e cru classé)
Rouge grenat foncé, quasi-opaque, limpide et brillant, de couleur assez uniforme. Très beau nez avenant, invitant, on sent le bois et le fruit noir, mûre, chocolat, café noir, et quelque chose de suave, rappelant les épices douces, la violette, le pruneau, le bleuet. Un nez très complexe. En bouche, le vin est sec, droit, frais, rectiligne, sur une trame tannique serrée et une acidité bien présente. Le vin est équilibré, et moyennement corsé. Alcool moyen (13°), une légère astringence, long, une finale sur le noyau de cerise. Un des favoris de la soirée. 73% cabernet sauvignon, 23% merlot, 2% cabernet franc et 2% petit verdot.
Dominus Estate Napanook 2005 Napa Valley Californie
Rouge grenat foncé sans être opaque, grande uniformité, grande extraction, il colore le verre, limpide, belle brillance. Le nez est sur le fruit cuit, la fraise confite, la framboise, la cerise, la cendre, la fumée et le bois. Un nez chaleureux, rappelant la confiture, la réglisse, le poivron, et qui évolue vers le chocolat noir et l’olive. En bouche, le vin est sec, avec une trame amère à l’avant plan. Acidité, alcool moyen + (14°), les tannins sont serrés, mais c’est l’amertume qui domine, malgré le fruit. C’est long, la finale est délicate, sur le fruit noir. Il s’améliore avec l’aération. Beaucoup de bois. 76% cabernet sauvignon, 14% cabernet franc, 10% petit verdot.


Morgenster 2005 Stellenbosch Afrique du Sud
Rouge grenat, opaque, très foncé. Limpide et brillant. Le nez est sur des notes d’eucalyptus, avec un aspect médicamenteux, terreux, des arômes complexes de sous-bois, de cave humide, d’olive verte, de champignon, de caoutchouc, de poivre blanc, de torréfaction. En bouche, le vin est sec, le fruit est à l’avant plan, l’alcool moyen + (14.5°), l’acidité moyenne. C’est frais, l’eucalyptus revient en bouche, sur une trame amère, sanguine; corps plein. C’est long, une finale sur le noyau de cerise, le poivre noir. Un vin puissant. 85% merlot, 15% cabernet sauvignon.
Troisième vague :
Charvin 2005 Châteauneuf de Pape AOC
Rouge grenat moyen, de coloration moyenne, limpide et brillant. Grenat faible au disque. Couleur uniforme, un peu briqué-orangé. Le nez est sur le fruit rouge, la vanille, beaucoup de vanille, puis de l’alcool à friction, une pointe balsamique, du pruneau, des arômes tertiaires, le cuir, la confiture. En bouche, le vin est sec, presque frais, l’alcool domine à l’avant plan (14.5°), il monopolise, ou du moins prend beaucoup de place. C’est chaud, le vin manque un peu d’équilibre. L’acidité est en retrait, les tannins sont fondus, le vin est moyennement corsé, avec une finale sur le fruit confit, le kirsch. 85 % grenache, 5 % syrah, 5% mourvèdre, 5% vaccarèse.


Gérard Bertrand 2005 Château l’Hospitalet La Clape AOC
Rouge grenat foncé, opaque, colore le verre. À peine une teinte moindre au disque. Le nez est extraordinaire, sur le fruit rouge confit, la fraise cuite, la framboise surtout, la prune. Superbes arômes tertiaires qui évoluent vers le chocolat, le café, la torréfaction, le cuir, le bois de santal. Le bois est très présent, mais intégré. En bouche, le vin est sec, frais, fort agréable, avec un magnifique fruit. Vin ample, moyennement corsé. Une rondeur fort agréable. Acidité moyenne, alcool moyen (13.5°), tannins soyeux. Très long, une finale juteuse. Grand vin. (Grenache, syrah, mourvèdre).
Quatrième vague :
Prats & Symington 2005 Chryseia Douro
Rouge grenat très foncé, opaque. Il colore le verre, on a l’impression d’avoir affaire à un jeune vin. Limpide et brillant. Le nez est agréable, très complexe, sur des épices douces, la confiture, la torréfaction, la fumée, la cendre, tout le registre empyreumatique y est, puis du camphre, des notes médicinales, du fruit (mûre, cassis, framboise, réglisse noire), sans compter la violette. En bouche, le vin est sec, l’alcool est à l’avant plan, le fruit est présent. C’est un vin un tantinet racoleur, car l’alcool est bien présent, c’est chaud, l’acidité est moyenne, on en voudrait davantage. Pas le vin le plus long, sur une finale rappelant le fruit sec. Moins complexe en bouche qu’au nez, mais c’est fort agréable. Il fut le vin préféré des dégustateurs. 70% touriga nacional, 30% touriga franca /tinta roriz.


La Rioja Alta 2005 904 Rioja Gran Reserva DOCa
Rouge grenat moyen, grande limpidité. Le disque est très légèrement tuilé.
Très grande présence de bois au nez. Ça sent le bois de santal, la vanille, tabac, bois de santal encore et encore, caramel, butterscotch, noix de coco, trop de bois.
En bouche, le vin est sec, frais, agréable, on oublie le bois, gouleyant. Un vin frais, du fruit agréable, acidité +, alcool moyen, moyennement corsé, du bois. Belle finale, mais pas très long. 90% tempranillo, 10% graciano.
Clarendon Hills 2005 Clarendon Liandra South Australia
Rouge grenat très foncé, tout à fait opaque. Limpide et brillant.
Ça sent la mélasse, le médicament (camphre), la teinture d’iode, cendre (le pétoncle !). N’augure rien de bon. Fumée, tabac, framboise, goudron, coconut.
En bouche, le vin est sec, mais un peu gommant, en raison du très fort taux d’alcool, qui masque le reste. Tannins serrés. Vin pour les amateurs du genre, mais à petite dose, un peu comme on le ferait avec un porto. Longue finale, « bombe de fruit ». 126.6% d’alcool. 100% Syrah.

Louis Landry
