2017 - 2018

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Date : 13 septembre 2017

Thème : Bulles, Blancs, Rouge
Type : Club du mercredi
Organisateur : Richard Milot

Cette année, c’est M. Richard Milot qui nous fera le plaisir d’inaugurer la saison de dégustation. Il nous promet des vins de sa réserve personnelle, dont certains de son agence d’importation privée ISVP. Son thème : « Bulles, Blancs, Rouge ».

Il ne s’agit pas ici de la Sainte Flanelle de Jean Béliveau, mais d’un tour de la noblesse vinique de « l’Ancien Monde ». Quelques prolétaires s’y seraient immiscés. Saurez-vous les identifier?

Pour l’inauguration de l’année 2017-2018 de l’Académie, Richard Milot nous a présenté une sélection de vins de grande qualité et d’origine, de style et de maturité très variés, comme le laissait entendre son thème.

Pour chaque volée, le principe était simple : un ou plusieurs vins de la vieille Europe (qualifiés de « nobles » par Richard) servis avec un seul vin du Nouveau Monde (ses « prolétaires »). Trois volées ont été servies selon ce principe, plus une gâterie à la fin de l’exercice. À chaque volée, il nous défiait d’identifier l’intrus, les cépages, l’origine des vins, leur âge, etc. Cette dégustation en « double aveugle » a été l’occasion pour plusieurs « experts » de se casser les dents, malgré les indices fournis par Richard à chaque volée.

D’abord, les bulles : le Crémant d’Alsace Les Natures NM de Jean-Baptiste Adam et le Blanc de Blancs Brut Vintage Cuvée Royale 2011 de Simonsig en Afrique du Sud. Deux vins très différents; l’Adam jaune doré et le Somonsig jaune pâle aux reflets verdâtres. Deux mondes au nez également; l’alsacien, un assemblage de chardonnay, pinot noir et pinot blanc, est bien fruité et un peu de brioche et de caramel viennent lui donner des airs de champagne; le sud africain, 100 % chardonnay, semble plus jeune, avec de la pomme verte, du citron et un boisé discret.

En bouche, le crémant est très fruité, bien frais, un peu pointu, mais quand même assez équilibré, terminant sur le fruit (lime) et très long; le Simonsig est très sec, très minéral (craie) et également plutôt acide, avec une finale pointue de jeunesse (potentiel 8-10 ans), moins persistante que son vis-à-vis. Le Crémant d’Alsace, que plusieurs ont pris pour un champagne, a donc remporté la palme, mais de très peu.

Ensuite, les blancs : trois vins matures de trois pays différents, le Chablis 1er Cru Les Lys, 2003, Domaine du Vieux Château de Daniel-Etienne Defaix, le Stratus White 2006, Niagara Peninsula et le Riesling Kiedrich Grafenberg Erstes Gewachs 2003 de Robert Weil en Rheingau.

Le chablis, élevé 18 mois sur lies est d’une teinte jaune doré plutôt évoluée (c’est tout de même un 2003) et très brillante. Au nez, l’âge parait aussi, avec des notes de caramel, d’épices, de sirop de maïs et un début d’oxydation. Il est rond en bouche, assez gras (un peu huileux même), bien sec et un peu mou. En finale, c’est la pomme blette, les noix et un peu de fumée. C’est assez court et simple, mais délicieux.

Le Stratus, un assemblage de chardonnay, de gewurztraminer, de sauvignon blanc et de viognier, plus jeune de trois ans (2006), est d’un beau doré encore plus riche. Le nez est intense, très floral, grillé et un peu bonbon. En bouche, c’est ample, presque visqueux, bien sec et un peu chaud (13,5 %), mais bien équilibré. La finale est chaude avec un peu de caramel, de fumée et très, très longue.

On arrive au riesling, le vin de la soirée! D’un millésime exceptionnel, 2003, et d’un premier cru (erste lage) selon le classement de la très sérieuse association de producteurs VDP, ce vin a droit à la mention Erstes Gewachs en Rheingau. Le vin, d’un jaune clair aux reflets verdâtres, semble encore très jeune malgré ses quatorze ans. Floral et surtout bien minéral (pétrole), avec des fruits jaunes, il présente les arômes typiques du riesling européen. Gras en bouche, on y détecte un peu de sucre résiduel, mais avec l’acidité nécessaire pour donner un très bel équilibre. La finale est fraîche, légèrement beurrée, grillée et de bonne persistance. Ce vin a fait l’unanimité parmi les participants.

On passe aux rouges : quatre vins, certains très matures, de quatre pays différents. Château Lynch-Bages 1999, 5e cru classé de Pauillac, l’IGT Toscana La Gioia 1999 de Riecine, le DOCa Priorat Les Terrasses 2004 d’Álvaro Palacios et le sud africain Giorgio 2007 de Dalla Cia.

D’un millésime sous-estimé à Bordeaux, ce 1999 s’est tiré d’affaire plus qu’honorablement. Fait de cabernet sauvignon (72 %), de merlot (15 %), de cabernet franc (10 %) et de petit verdot, il est encore d’un beau rubis bien limpide. Le nez plutôt tertiaire indique bien sa maturité, mais pas de fatigue; il est moyennement corsé, avec des tannins assez fondus et une note grillée (bois neuf) et c’est en bouche que le fruit ressort (cerise rouge), le tout bien équilibré. La finale est juteuse, légèrement fumée et très, très longue.

D’un millésime exceptionnel en Toscane, ce deuxième 1999 a été le préféré des dégustateurs pour cette volée de vin rouge. La Gioia est fait à 100 % de sangiovese, élevé au moins 2 ans en fûts français et certifié biologique. Ici encore, on détecte la maturité au nez et en bouche, mais de façon moins prononcée que pour le pauillac. Aromatique, assez boisé, avec du chocolat, du cuir et un léger végétal (sel de céleri), le vin a du corps, une belle acidité, de la souplesse et un très bel équilibre. Il goûte le fruit mûr et est bien juteux, avec une bonne persistance. C’est le vainqueur de cette volée, mais les cotes sont très serrées.

D’un millésime exceptionnel en Espagne, Les Terraces 2004 est composé de 60 % de carignan, 30 % de grenache et 10 % de cabernet sauvignon. Ce DOCa Priorat est fait par l’un des pionniers du Priorat moderne, Álvaro Palacios, qui fait aussi l’un des vins les plus recherchés (et les plus chers) d’Espagne, L’Ermita. Encore rubis, le vin est toujours jeune. Moyennement aromatique et bien fruité, il ne montre qu’une légère évolution au nez. Assez corsé, avec du fruit (à croquer), une agréable chaleur et un bel équilibre, plusieurs ont parlé de « soleil en bouteille ». La finale est fruitée, légèrement amère et très persistante.

Giorgio dalla Cia et ses vins sont très peu connus ici, mais c’est une légende en Afrique du Sud; c’est le père d’un des premiers grands assemblages bordelais du pays, le Rubicon de Meerlust. Ce 2007 est encore très jeune, légèrement violacé, très ouvert, très fruité (cerise noire), épicé, terreux, avec des notes de goudron, de chocolat et de viande, des tannins bien présents, un peu rêches même et un assez bel équilibre. Ça finit sur le fruit un peu bonbon et c’est très long. Décidément bien jeune.

Enfin, comme dessert (Richard a parlé de récompense), un « porto » d’Afrique du Sud, le Cape Vintage Reserve Port 2007 de De Krans, dernier millésime à être étiquetté « Port » avant que le pays se plie aux exigences européennes en matière de noms protégés. C’est un vin opaque, presque noir, fait de touriga national (65 %) et de tinta barroca (35 %) deux cépages traditionnels du Douro au Portugal. Le vin offre une palette aromatique encore assez jeune; intensité moyenne, bois, torréfaction (chocolat noir), fruits noirs, une note de poussière et une très légère évolution. Ce vin muté est très gras en bouche, très fruité, sucré, mais avec une belle acidité (bon équilibre), des tannins serrés, mais accessibles et, évidemment, un alcool bien présent. La finale est chaude, fruitée et sucrée, donc très persistante.

Richard nous a offert une dégustation exceptionnelle, très variée, de vins de bonne maturité pour la plupart, de très grands millésimes, de producteurs pas toujours très connus ou très fréquentés. Somme toute, il a mis la barre bien haute pour les prochaines dégustations de l’AVO.

Alain Brault

27 septembre 2017

Thème : Dix ans après : le millésime 2007
Type : Grande dégustation
Organisateur : Alain Brault

La tradition continue; c’est au tour des 2007. Dans quel état sont-ils? Y en a-t-il de prêts? Lesquels doit-on laisser en cave? Évoluent-ils de façon intéressante?

Le millésime 2007 a donné d’excellents vins partout en Europe, sauf peut-être en Loire, en Bourgogne (rouge) et à Bordeaux (rouge), où quelques grands producteurs ont quand même réussi de très belles choses. Il a même été qualifié d’extraordinaire dans certaines appellations comme Brunello di Montalcino en Toscane et Châteauneuf-du-Pape en Côtes du Rhône. On ne manquera pas de vérifier tout ça.

Nous dégusterons quatre vins français : de la Loire, le Chinon Clos de la Dioterie de Charles Joguet; des Côtes du Rhône, le Châteauneuf-du-Pape Château de Beaucastel; de Bordeaux, le St-Émilion 1er Grand Cru Classé du Château Troplong Mondot et, un bourgogne blanc, le Chablis 1er Cru Montmains de Louis Michel.

De l’Italie, trois vins toscans : le Chianti Classico Riserva Badia a Passignano et le Tignanello de Marchesi Antinoti, ainsi que le très réputé Brunello di Montalcino Tenuta Nuova de Casanova di Neri.

L’Espagne sera représentée par deux vins de garde bien connus : le Mas la Plana de Torres en Penedès et l’Alión de Vega Sicilia, en Ribera del Duero.

De Stellenbosch, en Afrique du Sud, où le millésime a également été remarquable, The Gypsy de Ken Forrester, un assemblage de grenache et de syrah.

Depuis plus de vingt ans, l’Académie organise presque chaque année une dégustation de vins de garde ayant maintenant dix ans. Cette année, c’est au tour du millésime 2007.

Des onze vins servis, cinq étaient français, trois italiens, deux espagnols et un sud africain.

En simplifiant beaucoup, on pourrait qualifier le millésime 2007 comme suit, pour les pays qui nous intéressent :

En France, un millésime généralement difficile à peu près partout; un beau printemps prometteur, suivi d’un été pourri, froid, pluvieux, humide, mais un mois de septembre magnifique, qui a sauvé la récolte. Certaines régions, comme le Sud du Rhône ont fait exception et ont eu un été plus chaud et sec.

La Toscane a aussi été choyée par Dame Nature, surtout à Montalcino et Montepulciano, avec un été chaud et sec qui a donné des raisins très mûrs et des taux de sucre (d’alcool) généralement élevés.

Les régions d’Espagne qui nous intéressent ont subi un sort semblable aux Français, avec des conditions plutôt difficiles, un été misérable et du gel en septembre. Résultat : des vins plus légers.

Reste l’Afrique du Sud, avec une saison en dents de scie. Ici, les cépages tardifs s’en sont mieux tirés.

Les vins ont été dégustés en semi-aveugle, c’est-à-dire que l’identité de vins était connue, mais les dégustateurs ne savaient pas dans quel ordre les vins étaient servis. Les vins étaient regroupés selon leur origine ou leur cépage principal.

D’abord, les deux vins blancs : le Champagne Cossy Cuvée Vieilles Vignes 2007 et le Chablis 1er cru Montmains 2007 de Louis Michel.

Le champagne, fait en parties égales de chardonnay, de pinot noir et de meunier, est d’un beau jaune doré. Il est très aromatique, plus levure que fruité, avec une belle minéralité (craie). Le vin est bien sec, avec une belle structure ample, une acidité moyenne, un bon fruité (pomme) et un bel équilibre. La finale est élégante, avec un début de maturité et une longueur moyenne. Après dix ans, ce vin est probablement au sommet de sa forme.

Le chablis a été très apprécié. L’année 2007 est d’ailleurs considérée comme un millésime « blanc » en Bourgogne. Le vin est jaune pâle légèrement doré. Le nez est intense, herbacé, fruité (pomme verte), minéral (silex), légèrement fumé, avec un soupçon de laine mouillée. Il est moyennement corsé, bien fruité (pêche, pomme, citron), avec de la vivacité et un bel équilibre. La finale est légèrement amère. Un vin net, précis, encore fruité, très bien fait, mais un peu court.

Ensuite, deux vins de la famille des carmenets : le Chinon La Dioterie 2007 de Charles Joguet et le St-Émilion Grand Cru Château Troplong Mondot 2007.

Le chinon est fait à 100 % de cabernet franc. Il est à noter que, malgré les conditions climatiques difficiles du millésime, les cabernets francs de Chinon, Bourgueil et Saumur ont réservé quelques belles surprises. Le vin est rubis moyennement intense, légèrement tuilé. Le nez est bien ouvert, très typé, terreux (betterave), fruité (cerise noire), épicé (poivre, anis) avec des notes de garrigue, animales et végétales. Le corps est moyen, avec des tannins encore bien présents, mais sans dureté, un fruité léger (cerise) et une note fumée, le tout bien équilibré. La finale est bien sèche (certains l’ont trouvée rêche), légèrement chaude et d’une très bonne longueur.

Comme en Bourgogne, ce sont les vins blancs qui ont le mieux fait à Bordeaux (liquoreux et secs). On se devait cependant d’inclure au moins un bordeaux rouge dans cette dégustation. Ce Troplong Mondot, St-Émilion 1er Grand Cru Classé B depuis le millésime 2006, est fait de merlot (90 %), avec un peu de cabernet sauvignon et de cabernet franc. La robe, d’intensité moyenne est à peine évoluée. Le nez, bien ouvert, est fruité (fruits rouges), torréfié (grillé, café), végétal (poivron) et assez boisé (les faiblesses du millésime semblent avoir été compensées au fût de chêne). Le vin a du corps, une belle acidité, des tannins assez évolués, mais quand même un peu asséchants et amères, une certaine finesse et un équilibre acceptable. La finale est astringente, avec des fruits cuits et une certaine chaleur. La longueur est correcte. Pas un grand vin, sans surprise.

On continue avec deux vins d’assemblage rhodanien : le The Gypsy 2007, Western Cape, Ken Forrester et le Château de Beaucastel 2007, Châteauneuf-du-Pape.

Le Gypsy est un assemblage de grenache, de syrah et de mourvèdre. Il est clairet (le plus pâle de la soirée) et légèrement évolué. Assez discret au nez (un des moins expressifs de la soirée), il est fruité (griotte), torréfié (tabac), avec des notes épicées, de la feuille de thé et légèrement boisé. L’attaque est vive; le vin est rond, gras, fruité, très sec, avec des tannins accessibles et un très bel équilibre. La finale est bien fruitée, torréfiée, avec une légère amertume et une très bonne longueur. Un vin de bouffe fin et élégant, le deuxième vin le plus apprécié de la soirée.

Dans le cas du Beaucastel, les attentes étaient très élevées et plusieurs ont été déçus. Ce millésime est un assemblage de grenache (30 %), de mourvèdre (30 %), de syrah (10 %), de counoise (10 %), de cinsault (5 %) et des huit autres cépages autorisés pour l’appellation. Le vin est rubis assez clair. Le nez, moyennement expressif commence sur des notes de réductions qui s’estompent et laissent place au fruit (cerise) avec des notes de menthol et d’alcool. Moyennement corsé, le vin est très sec, avec des tannins encore sévères, encore jeunes, de la surextraction, mais un très bel équilibre. La finale est chaude, torréfiée (chocolat noir) et très, très persistante.

Suivent les trois vins toscans : le Chianti Classico Riserva Badia a Passignano 2007 et le Tignanello 2007, IGT Toscana, de Marchesi Antinori et le Brunello di Montalcino Tenuta Nuova 2007 de Casanova Di Neri. Ici aussi, le millésime étant considéré comme excellent, les attentes étaient très élevées.

Pour le chianti, fait à 100 % de sangiovese, une des deux bouteilles servies a été jugée défectueuse; les notes sont donc basées sur les commentaires de la moitié des dégustateurs. Le nez est fruité (fruits rouges), délicat, subtil, un peu épicé, avec une note de poussière. En bouche, les tannins sont soyeux, le vin est bien fruité (cerise, framboise), minéral et bien équilibré. Et il est très, très long.

Le Tignanello, fait de sangiovese (80 %), de cabernet sauvignon (15 %) et de cabernet franc, est plus foncé, sans être opaque. Le nez est assez fermé, restreint, mais fruité, minéral, assez complexe, avec des notes de sel de céleri et de réglisse. En bouche, c’est rond et soyeux, avec beaucoup d’extraction; les tannins prennent leur place et la réglisse revient. En finale, c’est l’astringence de la jeunesse, les fruits noirs et la chaleur, le tout d’une très grande persistance.

Dans le cas du brunello, on a du déboucher un magnum, deux bouteilles préalablement ouvertes étant oxydées. Le vin est assez clair et le nez bien ouvert, fruité (cerise), avec des notes animales, assez typé. En bouche, il est corsé, rond, très gras, bien sec, avec des tannins faciles, une belle fraîcheur, un bel équilibre, une astringence agréable en finale et un début de maturité.

Et, pour terminer, deux vins espagnols : un vin du Penedès, le Mas la Plana Cabernet Sauvignon 2007 de Torres et un vin de la Ribera del Duero, l’Alión 2007 de Vega Sicilia.

Le Mas la Plana est foncé, très aromatique, bien fruité (fruits noirs), torréfié (café) et assez complexe. En bouche, il est gras, fruité, juteux, avec un boisé discret (malgré ses 18 mois en fût de chêne français), une note végétale, de la finesse et un équilibre impeccable. La finale est fruitée, assez boisée et très longue.

L’Alión, fait uniquement de tinto fino (nom local du tempranillo) est moins foncé, mais également très aromatique, bien fruité, avec un bois légèrement vanillé (chêne neuf français), une note minérale et de la poussière. Le corps est moyen, le vin soyeux, délicat, avec une belle acidité et il évolue beaucoup dans le verre. La finale est juteuse, avec une belle astringence. C’est un vin complexe, bien équilibré et très persistant, qui mérite au moins dix autres années de cave. C’est le vin de la soirée; il n’a pas fait l’unanimité, mais presque.

Voilà qui est assez conforme à la cote du millésime. Les blancs s’en sont bien tirés, les toscans aussi. La déception de la soirée : Beaucastel dont on attendait plus. Les surprises : le Gypsy de Ken Forrester (on sous-estime beaucoup l’Afrique du Sud qui a fait d’énormes progrès) et l’Alión, qui aurait dû être encore beaucoup trop jeune, mais qui a été exceptionnellement avantagé par le millésime.

À l’année prochaine, pour le millésime 2008,

Alain Brault

11 octobre 2017

Thème : Les coups de coeur d’Isabelle
Type : Club du mercredi
Organisateur : Isabelle Brault

Le vin? On peut dire qu’Isabelle est tombée dedans quand elle était petite.
Pour sa dégustation, elle nous propose de refaire le chemin qui l’a menée aux bons vins qu’elle déguste aujourd’hui en agréable compagnie. Quelques classiques, des souvenirs de voyage, et des vins du monde qui témoignent des frontières viticoles d’aujourd’hui.

Le Club du mercredi 11 octobre, organisé et dirigé par Isabelle Brault, intitulé « Les coups de cœurs d’Isabelle » a suscité beaucoup d’intérêt chez les dégustateurs présents. La dégustation, qui comptait quatre volées de trois vins chacune, s’est déroulée en double aveugle.

La première volée a pour thème « Les bases – Les vins rouges en trois catégories ». De la région bordelaise, le Château la Dominique 2004, Saint-Émilion Grand Cru Classé, de Bourgogne, le Nuits-Sant-Georges 2012 de Marchand-Tawse et, de Toscane, le Brunello di Montalcino CastelGiocondo 2012 de Marchesi de’ Frescobaldi. Trois vins très différents et bien typés, excellents représentants de leur région et de leur(s) cépage(s).

La Dominique 2004, le plus foncé des trois vins, montre une couronne de teinte légèrement évoluée. Très aromatique et bien typé, il offre des arômes de fruits rouges avec des notes animale (brett discrète), végétale (poivron vert) et de torréfaction (grillé, café). En bouche, il est moyennement corsé, assez robuste quand même, avec des tannins bien présents, encore assez jeunes et un beau boisé; l’équilibre est impeccable. La finale bien sèche, encore astringente, est fruitée, chocolatée et de bonne persistance. Cet assemblage de cabernet sauvignon, de merlot et de cabernet franc évolue très bien.

Le Nuits-Saint-Georges 2012, un pinot noir élaboré par le Montréalais Pascal Marchand, est très clair, avec un nez assez discret de fruits rouges épicés et légèrement boisé. Le vin n’est pas très corsé, mais bien équilibré, avec une belle acidité, une bonne dose de fruit et des tannins assez fins. La finale bien juteuse et plutôt jeune est très longue.

Le CastelGiocondo 2012, fait uniquement de sangiovese, est grenat assez foncé. Bien ouvert, le nez est un mélange de fruits rouges confits et de bois légèrement médicamenteux. Assez corsé, avec une belle acidité et un fruité croquant un peu sucré, il est parfaitement équilibré. Ça finit sur le fruit et la torréfaction, avec une bonne persistance. Un vin encore bien jeune.

Deuxième volée : « Les classiques – La France ». Trois vins de producteurs réputés; deux bordeaux, le Château Talbot 2000, 4e Grand Cru Classé de Saint-Julien et le Château La Croix de Gay 2005, Pomerol, ainsi qu’un Châteauneuf-du-Pape de la famille Perrin, Les Sinards 2015.

Le Château Talbot est un assemblage de cabernet sauvignon, de merlot, de petit verdot et, à l’époque, parfois d’un peu de cabernet franc. Ce 2000 (excellent millésime à Bordeaux) est encore très foncé, presque opaque. Le nez est bien ouvert, encore très fruité, avec une note végétale (poivron) qui va en augmentant, des arômes de tapenade et de bois neuf vanillé. La bouche est ronde, ample, les tannins soyeux, enrobés, l’acidité équilibre le tout parfaitement; le vin est succulent et assez persistant. La maturité est bien là, mais le fruit est encore si présent et si dominant que certains l’ont pris pour un Côte-Rôtie. C’est le vin de la soirée, et à l’unanimité.

Le Pomerol 2005, deuxième choix des dégustateurs, s’en est également très bien tiré. À La Croix de Gay, l’encépagement est à 95 % merlot et 5 % cabernet franc. D’un rouge bien foncé, le vin n’est pas dans une phase très aromatique, mais on y détecte bien le fruité et la note végétale typiques de l’appellation. En bouche, il est ample, rond et parfaitement équilibré, avec des tannins bien solides, un beau boisé discret (50 % bois neuf) et un peu de chaleur. Le tout finit sur une belle astringence, du bois vanillé et des fruits cuits. Un vin encore loin de son apogée.

Les Sinards est fait de grenache, de mourvèdre et de syrah, issus, en partie, des jeunes vignes de Beaucastel. Ce châteauneuf montre bien sa grande jeunesse par sa robe aux reflets violacés. Le nez est intense, très fruité, avec des notes de poussière et un côté animal bien typique. En bouche, c’est bien rond, presque sucré, avec des fruits noirs (mûre), presque bonbon, de la torréfaction (chocolat noir), une certaine chaleur, mais aucune lourdeur. La finale est juteuse (pour ne pas dire un peu pointue), bien fruitée, torréfiée légèrement métallique et assez persistante.

Troisième volée : « Les découvertes – Le Monde », très hétéroclite. D’abord un Château Musar 1998 de la vallée de la Békaa au Liban; ensuite, un vin espagnol de la Rioja Alavesa, le Conde de Valdemar Gran Reserva 2008; et un vin de Provence, le Bandol la Migoua 2010 du Domaine Tempier.

Le Musar 1998 (millésime très apprécié des fans) est fidèle à lui-même, très
pâle, translucide et très évolué (certains l’ont identifié juste à l’œil!). On dirait que cet assemblage de cabernet sauvignon, de cinsault (plus qu’à l’habitude) et de carignan a subi un long élevage sous bois, mais le vin n’a passé qu’un an en fûts de chêne français (il a été embouteillé en 2001). Le résultat est surprenant. Le nez est explosif, animal, très tertiaire, avec les notes d’écurie et d’oxydation qui en font un vin si unique. En bouche, c’est soyeux, moyennement gras et on détecte le fruit; un vin tout en finesse, très raffiné, à l’équilibre impeccable. La fin de bouche est légèrement sucrée et fait saliver; le vin est très, très long. Le caractère aromatique de ce vin est si original (pour ne pas dire unique) qu’on adore ou on déteste. C’est quand même le troisième vin préféré des participants à la dégustation.

On change complètement de monde avec le Valdemar 2008, le mal-aimé de la soirée. Cet assemblage de tempranillo (85 %), de mazuelo (10 %) et de graciano (5 %) est, comme la plupart des gran reservas, très boisé. Il a passé 30 mois en barils de chêne français. Il est quand même assez fruité, légèrement végétal avec un soupçon de crème fraîche, mais le bois vanillé prend décidément beaucoup de place. En bouche, c’est rond, avec des tannins faciles, un fruité épicé qui s’exprime mieux qu’au nez, de la noix de coco rôtie (le bois) est un superbe équilibre. La finale de noix de coco et de vanille est très persistante.

Avec le Tempier 2010, on change encore complètement de style. Ce domaine mythique de l’appellation Bandol est la propriété de la famille Peyraud. Il s’agit d’une des trois grandes cuvées de la maison, issue du lieu-dit La Migoua et composée principalement de mourvèdre (50 % à 65 %), avec du cinsault, du grenache, et, possiblement, un peu de syrah. D’un rouge assez foncé, le vin est moyennement aromatique, bien fruité, épicé (poivre) avec une légère note animale. En bouche, on a d’abord détecté un léger perlant qui a vite disparu. Le corps est moyen, avec des tannins assez accessibles, mais quand même serrés, granuleux, une légère amertume, beaucoup de fruit et un très bel équilibre. En fin de bouche, on a des fruits cuits, du bois, de la chaleur (kirsch), de la torréfaction (chocolat, café), un peu de terre et une bonne longueur. Un très grand vin, complexe, mais encore bien jeune.

Pour la quatrième et dernière volée, Isabelle a voulu nous servir trois vins italiens qu’elle affectionne particulièrement. Malheureusement, l’un d’eux, le Rubesco Vigna Monticchio Riserva 2009 de Lungarotti était défectueux (bouchonné) et a dû être remplacé. Nous avons donc eu droit à un Amarone della Valpolicella, le Mazzano 2009 de Masi et deux vins de Giuseppe Mascarello en Piémont, son Barbera d’Alba vigna Santo Stefano di Perno 2013 et son Dolcetto d’Alba vigna Santo Stefano di Perno 2013, une belle occasion de comparer ces deux cépages.

Le Mazzano 2009 est un des vins les plus appréciés de la soirée. Assemblage de corvina (70 %), de rondinella (25 %) et de molinara (5 %), il est opaque, noir, moyennement aromatique, très fruité, torréfié, avec de l’olive et une note fumée. En bouche, le vin est très corsé, très torréfié, bien fruité (fruits noirs), avec une trame tannique très serrée, une belle acidité, une certaine chaleur (15 %/vol) et un très bel équilibre (il a perdu sa lourdeur de jeunesse). Ça finit sur le fruit, la torréfaction (café noir), une légère note végétale et c’est très long.

Suit le vin ajouté à la dernière minute, le Barbera, grenat clair, mais au nez bien ouvert de fruits noirs épicés (qui rappelle la syrah), très herbacé (certains ont dit pipi-de-chat) et légèrement fermentaire. La bouche est moyennement corsée, très, très fruitée, avec une bonne extraction, de la finesse et une acidité un peu prononcée. La finale est herbacée, un peu fumée, légèrement amère (pamplemousse) et de bonne longueur.

Douzième et dernier vin de la soirée, le Dolcetto est plus foncé que le précédent, plus aromatique, tout aussi fruité et herbacé, avec la même note fermentaire, mais un coté végétal (tomate) additionnel qui le rend un peu plus intéressant. En bouche, il est gras, corsé, bien fruité dès l’attaque, bien structuré (comme son nom ne l’indique pas, le dolcetto est généralement plus tannique que le barbera) et mieux équilibré. La finale est semblable, herbacée, avec un peu de verdeur et d’amertume et une bonne longueur.

Voilà pour les coups de cœur, tout en rouge, d’Isabelle, une dégustation de vins très variés, de producteurs réputés, de très beaux millésimes avec quelques flacons mémorables. Elle nous promet de remettre ça l’an prochain, mais tout en blanc. À suivre.

Alain Brault

25 octobre 2017

Thème : Combat des caves 2.0
Type : Club du mercredi
Organisateurs : Marc St-Onge et Laurent Gémar

Laurent et Marc se portent volontaires pour perpétuer ce qui pourrait devenir une belle tradition à l’Académie, initiée par Denis et Mario, le combat des caves!
Ils fouillent leurs réserves personnelles pour nous offrir une dégustation de leurs coups de cœur, qui passent du blanc au rouge, du sec au moelleux; un tour du monde éclectique.

C’est une première dégustation pour Marc et Laurent, et parions qu’ils ne manqueront pas l’opportunité de nous en mettre plein les papilles.

Les trois dernières années, Mario et Denis se sont affrontés, en organisant des dégustations intitulées « Le combat des caves » où ils servaient à l’aveugle, côte à côte, des vins de leurs caves et, à chaque volée, nous demandaient de voter pour notre vin préféré. Cette année, c’est Laurent et Marc qui ont décidé de prendre la relève.

Nous avons eu droit à six volées des plus hétéroclites et très intéressantes. Nous sommes passés du chardonnay de Bourgogne au Chenin de la Loire, du Châteauneuf-du-Pape au cabernet du Nouveau Monde et de l’Amarone au chenin blanc liquoreux.

La dégustation était totalement à l’aveugle, les participants ne connaissant ni l’identité des vins, ni celle de celui qui les servait.

Premier duel : un Puligny Montrachet 2010 d’Étienne Sauzet contre un Puligny Montrachet 1er Cru Les Folatières 2005 de Vincent Girardin.

Le Sauzet est jaune paille tandis que le Girardin, plus évolué, est plus doré. Le nez du Sauzet est fruité, minéral, légèrement beurré, avec un boisé délicat, tandis que le Girardin est plus ouvert, plus boisé, plus beurré (très bourgogne), avec des fruits tropicaux et de l’amande. Les vins sont assez différents en bouche également. Le Sauzet, moins corsé, est fruité (granny smith, agrumes), minéral (note saline) qui rappelle Chablis et bien vif, alors que le Girardin est plus gras (huileux), moins acide, plus alcooleux et un peu lourd pour plusieurs.

C’est la bouche qui a fait la différence et le 1er Cru de Marc s’est incliné à 5 contre 9, devant le Sauzet de Laurent.

Deuxième manche : Savennières-Roche-aux-Moines 2010 du Domaine aux Moines vs Savennières Les Genêts 2010 de Damien Laureau.

Le Roche-aux-Moines est plus foncé, plus aromatique, plus rancio, avec un fruité plus cuit (compote de pommes, marmelade de coin), des noix, tandis qu’on retrouve la cire d’abeille dans les deux vins et que le Genêts est plus crémeux, plus miellé. Les deux vins sont bien équilibrés en bouche, le Roche-aux-Moines étant plus nerveux, plus sec, un peu oxydé et le Genêts plus fruité, moins évolué, moins complexe et beaucoup moins persistant, ce qui ne l’empêche pas de remporter la palme.

Encore une fois, le « cru » se fait damer le pion, 5 à 9, par le simple savennières et nos joueurs se retrouvent à égalité, une manche partout.

Troisième volée : le Châteauneuf-du-Pape Cuvée Réservée 2006 du Domaine du Pégaü contre le Châteauneuf-du-Pape Les Quartz 2011 du domaine Clos du Caillou.

Deux vins à base de grenache, 85 % pour Les Quartz, avec 15 % de syrah, et environ 80 % pour le Pégaü, avec de la syrah et du mourvèdre.

Le Pégaü, presque clairet, avec une couronne brun brique, montre bien son âge, tandis que Les Quartz est grenat, à peine évolué. Le Pégaü est intense et d’un style traditionnel, très animal (viande fumée), avec des fruits noirs, un peu d’oxydation et une note végétale (pas d’éraflage).

Les Quartz est encore plus aromatique, très fruité (cassis, cerises), floral (violette), assez boisé, très épicé (la syrah ressort), capiteux et un peu bonbon, avec une note de goudron. La bouche du Pégaü suit le nez; il est rond, très sec, avec encore du fruit, un peu d’herbes sèches, viandeux, torréfié (café, chocolat), des tannins assez fondus et un équilibre parfait.

Les Quartz est plus gras, les tannins plus solides, mais bien enrobés, des fines herbes (thym frais) et une surprenante note de camphre; l’équilibre est acceptable (un peu lourd pour certains). Le Pégaü est très persistant, mais pas autant que Les Quartz qui est très fruité et encore bien jeune.

La maturité et la complexité du Pégaü lui ont valu la faveur des participants. C’est maintenant 2 à 1 pour Laurent.

Quatrième manche, deux cabernets sauvignons de la vallée de Napa en Californie : Frog’s Leap 2010 et Antica 2009 d’Antinori.

Le Frog’s Leap est rubis foncé, bien aromatique, très bordelais de style, fruité, végétal (rappelle plus le malbec ou le cabernet franc), boisé, avec une note fumée. Il est moyennement corsé, bien sec, avec des tanins assez faciles, beaucoup de barrique, du fruit, du noyau de cerise, pas très complexe, mais équilibré. La finale assez longue amène une belle astringence, une note fumée et du chocolat. L’Antica est pratiquement opaque, très ouvert, bien boisé (note médicamenteuse), très cuit et on sent l’alcool. En bouche, il est gras, concentré, corsé, avec beaucoup d’extraction, beaucoup de fruit, du goudron et très torréfié. La finale est astringente, chaude et très, très longue. Ce vin a beaucoup de potentiel.

C’est malgré tout le Frog’s Leap qui l’emporte clairement et Laurent augmente son avance à 3 contre 1.

Pour la cinquième volée, on s’en va en Vénétie, dans le Nord de l’Italie, avec deux Amarone della Valpolicella Classico : le Costasera 1997 de Masi contre un Tedeschi 2006.

Le Costasera est un assemblage de corvina (70 %), de rondinella (25 %) et de molinara (5 %). Assez aromatique, il a d’abord offert un arôme de renfermé qui a fini par disparaître, pour laisser la place à de plus en plus de fruit très mûr, un côté végétal (amande amère), un peu d’épice (girofle) et une légère oxydation qu’on ne retrouve pas en bouche. La structure est très belle, relativement fine, avec beaucoup de fruits noirs, une note salée et un super équilibre. La finale est chaude, mais élégante, avec une belle astringence et une bonne longueur.

Le Tedeschi (30 % corvina, 30 % corvinone, 30 % rondinella et 10 % rossignola, oseleta, negrara et dindarella) est plutôt foncé avec une légère évolution. Le nez est très intense, très herbacé (on dirait presque un vin chilien) et bien mûr. Le vin est rond, soyeux, avec une belle charpente, une note herbacée, de la chaleur, mais aucune lourdeur.

On retrouve une belle astringence en finale, des fruits cuits, une note métallique, une légère amertume et de la chaleur (15,5 % alc/vol). Un Amarone superbe!

Le Tedeschi a été élu vin de la soirée à 15 contre 1, et remporte la manche. Laurent a maintenant une avance insurmontable de 4 à 1.

On continue quand même… pour le plaisir. Sixième et dernière manche avec deux vins doux : le Coteaux-du-Layon Les Bruiandières 2004 du Domaine Patrick Baudoin, en Loire vs le Chenin Blanc Kika Noble Late Harvest 2014 de Miles Mossop, en Afrique du Sud.

Deux vins de chenin blanc, un assez mature et l’autre très jeune. Le Coteaux-du-Layon est brillant, plutôt foncé et tire sur le brun, tandis que le Kika est d’un beau doré. Au nez, le premier est explosif, avec des notes de noisette et de crème brûle et très capiteux; le Kika est totalement différent, de style plus sauternes, très ouvert, avec du botrytis, du fruit (pêche, abricot confit), plus floral. En bouche, le Coteaux-du-Layon est onctueux, très fruité, avec du caramel et une très belle acidité qui lui donne un équilibre irréprochable. Le Kika est riche, gras (huileux), très fruité et a suffisamment d’acidité pour l’équilibrer. La fin de bouche du premier est plus évoluée, avec de la cire, du caramel brûle, aucune amertume et elle est interminable, tandis que celle du Kika est plus fruitée, légèrement amère et un peu moins persistante.

C’est le plus jeune des deux qui a été préféré par les dégustateurs. Laurent remporte donc, à 4 contre 2, cette première édition du Combat de caves 2.0.

Alain Brault

22 novembre 2017

Thème : Un cépage, un continent!
Type : Club du mercredi
Organisateurs : Richard Archambault et Stéphan Gagné

Les vins rouges servis lors de cette soirée seront composés en totalité ou en majorité d’un seul cépage. Bien que ce cépage soit cultivé à travers le monde, les vins proviendront d’un seul et même continent, mais de divers pays, et seront servis en trois volées. À vous d’identifier ce fameux cépage (monocépage ou assemblage?) et d’en trouver la provenance (continent et pays d’origine). Un beau défi en perspective qui, nous l’espérons, sera des plus instructifs!

Pour leur seconde coopération, Stéphan et Richard ont décidé de nous faire déguster, en double aveugle, un cépage (inconnu au départ) dans des styles de vin issus de pays voisins. Non seulement les dégustateurs ignoraient le cépage et les pays d’origine, mais ils ignoraient aussi qu’ils auraient droit à trois mini-verticales.

Première volée : les millésimes 2000, 2004, 2006 et 2010 du Mas la Plana de Torres, vin réputé du Penedès, fait à 100 % de cabernet sauvignon.

Les Mas la Plana ont bien illustré les grandes variations de style (de qualité selon certains) auxquelles ce producteur nous a habitués, d’un millésime à l’autre. Les quatre millésimes sont très foncés, presque opaques, et les plus vieux montrent à peine des signes d’évolution à l’oeil.

Au nez, ils ont en commun le boisé, les fruits noirs (cerise), la torréfaction (chocolat noir) et l’alcool, mais ils restent très différents les uns des autres. En fait, aucun dégustateur ne s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un même vin. Le plus âgé, le 2000, troisième vin le plus apprécié de la soirée, montre des signes d’évolution avec des notes végétales, des herbes sèches et du sel de céleri. Le 2004, le mal aimé de la soirée, est plus boisé, plus torréfié, avec de la poussière et du foin sec. Le 2006 est plus expressif, plus fruité, avec du noyau. Le 2010, le plus complexe des quatre, est vraiment intense, alcooleux (rappelle un porto), fumé et un peu médicamenteux.

En bouche, les différences sont encore plus marquées. Le corps va en augmentant avec la jeunesse du vin, mais même le 2000 a encore des tannins serrés qui produisent une belle astringence; rendu au 2010, c’est carrément astringent. Ce dernier a également une acidité qui lui donne de la fraîcheur et le 2004,de style plus rustique, encore plus. Le 2006 est plus asséchant. Dans les quatre vins, le fruit est bien présent, évidemment encore plus dans les plus jeunes, et produit un assez bel équilibre.

En finale, le 2000 est fruité, bien sec, le bois ressort avec une légère verdeur et il est très long. Le 2004 est plus juteux, plus frais, un peu plus astringent, plus chaud et assez persistant; il semble avoir évolué plus vite que le 2000. Le 2006 est plutôt astringent et très long, tandis que le 2010, également très tannique, est plus torréfié, plus frais mais un peu moins long.

Deuxième mini-verticale : les millésimes 2006, 2004 et 2010 de Nemo Vigneto ‘Il Mulino’, l’IGT Toscana de Castello di Monsanto, un autre pur cabernet sauvignon.

Dans ce cas, l’évolution de chaque vin correspond bien à l’ordre des millésimes, autant au nez qu’en bouche, malgré quelques différences de style.

Le 2004 est le plus évolué, plus animal, plus végétal, avec de la cendre et encore du fruit (cerise). Le 2010 est très fruité (un peu confiture) et bien boisé, avec du cèdre. Le 2006 est entre les deux autant pour le fruit que le bois, mais il est plus torréfié (café, chocolat noir).

En bouche, les trois vins sont solides, corsés, avec une structure tanique assez semblable, des tanins fins, sans agressivité; c’est l’intensité du fruit qui les différencie. L’équilibre s’améliore avec l’âge; le 2004 étant impeccable. Ce dernier a d’ailleurs été qualifié, avec raison, par plusieurs dégustateurs de classique, droit, complet, raffiné, élégant; ce qui en a fait le deuxième choix de la soirée.

La fin de bouche est aussi assez différente pour les trois vins. Pour le 2006, elle est juteuse, chocolatée, fruitée et très, très longue. Le 2010 est juteux, un peu médicamenteux, avec du menthol et une belle persistance. Le 2004, quant à lui, est plus sec, torréfié; à maturité, mais a de quoi tenir plusieurs années encore.

Enfin, comme dernière volée, un assemblage bordelais fait principalement (entre 50 % et 70 %) de cabernet sauvignon (avec du cabernet franc, du merlot et du petit verdot) : les millésimes 2006, 2010 et 2004 du Château Malescot Saint-Exupéry, troisième cru classé de Margaux.

Les trois vins sont de couleur rubis, plus évoluée pour le 2006, plus jeune pour le 2010, mais étonnamment plus foncée pour le 2004.

Au nez, c’est le 2006 qui l’emporte (le nez de la soirée!), autant par son intensité que pas sa complexité : des arômes de fruits noirs, de tabac, de crème fraîche, de graphite, de réglisse noire, avec une note animale prononcée (cuir, écurie). Le 2010 est plus discret, presque fermé, mais bien typé; on détecte le fruit, la minéralité et un beau bois. Le 2004 est entre les deux à bien des égards : intensité moyenne, fruits épicés, note viandée, un peu de sel de céleri et des pruneaux séchés. La note minérale (graphite) se retrouvant dans les trois vins, plusieurs ont cru avoir affaire à du Sociando-Mallet.

Le 2006 est également une merveille en bouche, rond, savoureux, aux tannins presque fondus, avec des saveurs aussi complexes qu’au nez et un équilibre irréprochable. Le 2010 semble dans une période fermée; la texture est moyenne, les tannins très fins et le vin est équilibré. Le 2004 est plus gras, avec une belle acidité, un léger goût d’olive et des tannins bien présents.

En finale, le 2006 est séveux, bien frais, très mature et très persistant. Le 2010 est plus sec, mais très bordeaux classique. Le 2004 ressemble au 2010, en plus expressif, plus torréfié.

Quelle belle dégustation! Nous avons eu droit à trois excellents vins, trois très beaux exemples de la polyvalence du cabernet sauvignon, selon les terroirs et les millésimes, même en restant dans les Vieux Pays. Le champion de la soirée : le Château Malescot Saint-Exupéry 2006, à l’unanimité!

Alain Brault

6 décembre 2017

Thème : Chablis Grand Cru
Type : Grande dégustation
Organisateur : Denis Desjardins

Qu’est-ce qui fait de Chablis un vignoble exceptionnel? Ses producteurs? Son terroir? Comme il nous sera impossible d’explorer les dix-huit premiers crus et les sept grands crus, nous nous concentrerons plutôt à comparer deux grands crus : Valmur et Vaudésir. Les vins seront présentés en vagues de deux ou trois vins afin de comparer le style des producteurs, les différents millésimes et évidemment, les différences entre les deux climats. Que préfèrerez-vous? La délicatesse et le côté floral de Vaudésir ou la facture dense et concentrée des Valmur?

Pour sa première dégustation en solo, Denis nous a invités à déguster un très grand vin blanc de bourgogne, le Chablis Grand Cru.

En Chablis, on ne cultive que du chardonnay. Avec ses quelque 5500 hectares, le vignoble de Chablis représente environ 20 % de la Bourgogne et seulement 2 % du vignoble sont classés Grand Cru, où l’on ne produit que 370 000 bouteilles de vin par année. La SAQ offre présentement 35 Chablis Grand Crus, entre 68 $ et 200 $.

Il y a sept Grands Crus en Chablis : Blanchot, Bougros, les Clos, Grenouilles, les Preuses, Valmur et Vaudésir; mais, pour faciliter les comparaisons, Denis a limité sa dégustation aux deux derniers.

La dégustation s’est déroulée en double aveugle, les participants sachant seulement qu’ils avaient affaire à du Valmur ou du Vaudésir.

Avant de débuter la dégustation thématique, nous avons eu droit, comme mise en bouche, à un vin pétillant, le Triple Zéro du Domaine de la Taille aux Loups, un Montlouis-sur-Loire fait à 100 % de chenin blanc par Jacky Blot (Domaine de la Butte).

À l’œil, ce vin or pâle montre peu de signes d’effervescence, sûrement en partie à cause du verre (un Riedel Ouverture vin rouge), mais aussi à cause de la méthode d’élaboration; ce vin n’a pas subi de deuxième fermentation en bouteille, mais a été embouteillé avant que la première fermentation soit complétée (comme la méthode ancestrale, avec dégorgement, de Gaillac). Il est bien aromatique, fruité (pomme, poire, papaye), très minéral et légèrement rancio. En bouche, le vin est assez gras, la pomme domine et là, on sent l’effervescence qui, avec une très bonne acidité, donne beaucoup de fraîcheur et une fin de bouche un peu pointue. Un beau vin, très original et un excellent choix pour nous préparer à la fraîcheur et à la minéralité des chablis.

Première volée de chablis : du même producteur et du même millésime, les Chablis Grand Cru Vaudésir et Valmur 2014 (superbe millésime pour les bourgognes blancs) de Jean-Paul & Benoit Droin.

Les deux vins sont du même jaune doré, mais la similitude s’arrête là. Le Vaudésir est très expressif, bien fruité (agrumes), beurré, minéral (silex) avec une note fumée; le Valmur est beaucoup plus discret, crémeux, légèrement épicé et crayeux. En bouche, le Vaudésir est plus vif, dès l’attaque, moins gras, plus tendu et peu boisé (quand même un peu de vanille), tandis que le Valmur est gras, fruité, moins minéral, plus boisé et beaucoup plus persistant.

C’est la volée préférée des dégustateurs et ce Valmur a fait l’unanimité comme vin de la soirée.

Deuxième volée : deux millésimes du même vin, les Chablis Grand Cru Vaudésir 2014 et 2009 du domaine, en biodynamie, Drouhin-Vaudon (Joseph Drouhin).

Le 2014 est plus pâle et a encore des reflets verdâtres de jeunesse. Il est aussi bien jeune au nez, bien ouvert, fruité, légèrement minéral, avec de l’amande; le 2009 est plus mature, aussi ouvert et fruité, mais avec du caramel brûlé et de la tourbe (rappelle certains scotchs). Les deux vins sont bien gras (presque onctueux), mais le 2014 est plus vif, plus fruité, avec un léger butterscotch en finale, tandis que le 2009 est plus soyeux, moins acide (sans mollesse), plus équilibré, plus puissant, plus complexe, avec de la cire d’abeille et une note grillée; il est également très, très long.

Troisième volée : même climat, même année, le Chablis Grand Cru Valmur 2009 de William Fèvre et celui de Frédéric Magnien.

Ici encore, deux vins très différents; l’un tout en jeunesse, le Fèvre, encore pâle et verdâtre, l’autre, le Magnien, jaune doré beaucoup plus évolué. Au nez, deux vins moyennement expressifs, le Fèvre plus minéral et bien fruité, le Magnien avec une intéressante note d’anis (réglisse). La bouche confirme les premières impressions. Le Fèvre est encore très jeune (on l’a pris pour un 2014), bien vif, bien fruité, avec du lait d’amande, un beau bois, une finale fruitée et une bonne longueur; un beau vin complexe, deuxième choix (par une voix seulement) de la soirée, à mettre en cave.

Le Magnien, pour sa part, a une bonne texture, mais est moins fruité, un peu terreux, avec une certaine amertume, de la cire d’abeille et des amandes grillées. Plusieurs l’ont beaucoup aimé.

Dernière volée, quatre vins : trois Chablis Grand Cru, le Valmur 2010 de William Fèvre, le Vaudésir 2009 du Domaine Billaud-Simon et le Vaudésir 2009 de la Maison Verget; avec un intrus, le Chablis 1er Cru Montée de Tonnerre 2010 de François Raveneau.

Le Valmur 2010 de Fèvre a l’air encore très jeune. Il est très aromatique, avec du fruit, de la minéralité, du gras, une bonne acidité, un peu de bois, une note fumée et un bel équilibre. La vanille et l’amertume arrivent en fin de bouche et c’est très long. Une référence.

Le Vaudésir 2009 de Buillaud-Simon est plus doré, moins expressif, plus alcooleux, plus sévère, un peu crayeux, moins agrume, moins beurre, plus floral, avec de la cire d’abeille et de l’échalote. La structure est moyenne et la fraîcheur y est, avec une note épicée (poivre) et un beau boisé, mais ce n’est pas bien long. Le moins apprécié de la soirée.

Le Vaudésir 2009 de Verget est jaune doré, aromatiquement intense, avec du fruit, un beau bois et du miel. Il est rond en bouche, beurré, parfaitement équilibré et finit sur la vanille et le caramel. Il est interminable. Le meilleur 2009 pour plusieurs, même si la majorité lui a préféré le Valmur de Fèvre.

Enfin, l’intrus qui n’en était pas vraiment un, le 1er Cru Montée de Tonnerre de Raveneau, producteur mythique de l’appellation. D’un beau jaune doré très brillant, le vin est intense et complexe, avec du fruit, du silex, des champignons, une note fumée et un caractère plutôt floral. Il est bien gras et fruité (agrumes) en bouche, avec la fraîcheur et la minéralité typiques des grands chablis, du beurre, un peu de caramel et un très bel équilibre. La fin de bouche est harmonieuse, juteuse et épicée. La plupart l’ont pris pour un grand cru.

En conclusion, Denis nous a offert une très grande dégustation, présentée de façon à nous permettre de bien saisir les subtilités, la complexité de ces grands vins de chardonnay et leur potentiel de garde. Mémorable!

Alain Brault

10 janvier 2018

Thème : Giro d’Italia
Type : Grande dégustation
Organisateur : Louis Grignon

Pour cette dégustation, Louis nous propose un tour d’Italie vinicole un peu sur le modèle de l’excellent tour de France auquel il nous a conviés lors de sa dernière dégustation. Parions que qualité et variété seront comme à l’habitude au rendez-vous.

Cette année, Louis nous a invités à un tour d’Italie en onze vins et quatre étapes : le Sud, les supertoscans, le sangiovese toscan et le nebbiolo piémontais.

La dégustation s’est déroulée, comme à l’habitude, en double aveugle et tous les vins ont d’abord subi une double décantation.

Première étape, deux vins du Sud, l’Etna Rosso di Verzella 2013 (DOC Etna) de Benanti en Sicile et le Cappellaccio Riserva 2008 (DOC Castel del Monte) de Rivera dans les Pouilles.

L’Etna rosso 2013, composé de nerello mascalese (80 %) et de nerello capuccio, cultivés sur les sols volcaniques au pied de l’Etna, est très pâle (normal) et parfaitement limpide. Le nez est bien ouvert, tout en jeunesse, très fruité (cerise), légèrement épicé, avec une note végétale. En bouche, le vin n’est ni très corsé, ni très gras, mais les tannins assez faciles et une bonne acidité assurent un bon équilibre; il est très sec (un peu asséchant), bien épicé (poivre) et légèrement terreux (betterave). La fin de bouche est juteuse, légèrement amère (rhubarbe), bien fruitée (fruits rouges) et de bonne persistance. On reconnaît le climat chaud.

Le Cappellaccio 2008, fait à 100 % d’aglianico, est grenat foncé, un peu trouble. Aromatiquement, il s’ouvre très rapidement, avec un côté crémeux, des herbes sèches, un bois discret, une note mentholée et un côté animal qui suggère un début de maturité. Le vin n’est pas gros, mais il est bien fruité (fruits noirs), avec une très bonne acidité et de beaux tannins granuleux, pour un bel équilibre. Il finit sur le fruit, l’astringence, la chaleur et il est très, très long en bouche.

Deuxième volée, trois supertoscans, Le Volte 2008 (IGT Toscana) et Le Serre Nuove 2015 (DOC Bolgheri) d’Ornellaia e Masseto et le Guidalberto 2012 (IGT Toscana) de Tenuta San Guido. Une étape bien difficile pour la plupart des dégustateurs.

Le Volte 2008, « troisième vin » d’Ornellaia, est un assemblage de merlot (50 %), de sangiovese (30 %) et de cabernet sauvignon. Il est très foncé. Le nez est intense, assez complexe, avec un fruité éclatant (fruits noirs), une note florale, une impression sucrée, de la torréfaction (chocolat noir), un bois vanillé important, un côté minéral et une note de venaison. En bouche, il est rond, moyennement corsé, avec des tannins accessibles, fruité et alcooleux (cerises au marasquin), mais il manque d’acidité ce qui le rend un peu lourd. La finale est chaude, très boisée, et un peu amère (thé noir). La longueur est correcte.

Son grand frère, Le Serre Nuove, « deuxième vin » d’Ornellaia, est un assemblage bordelais classique de cabernet sauvignon (36 %), merlot (32 %), cabernet franc (20 %) et petit verdot. Le vin, très jeune, est moins foncé. Le nez est intense, très jeune, très fruité (fruits noirs), racoleur et un peu chauffé. Il est corsé, bien sec, avec des tannins bien présents, une note végétale, mais il est alcooleux et plutôt pâteux : décevant. La fin de bouche est astringente, légèrement amère et torréfiée (café), avec une bonne persistance aromatique. Beaucoup trop jeune. Le vin le moins apprécié de la soirée.

Le Guidalberto a (un peu) racheté la volée. Ce vin de Tenuta San Guido (Sassicaia) est fait de cabernet sauvignon (60 %) et de merlot. Rubis moyennement foncé, il est d’abord peu aromatique, mais finit par s’ouvrir; il est bien fruité (cerise), crémeux, vanillé, un peu terreux, avec du cuir. La bouche est ronde, soyeuse, pas très corsée, avec des tannins fins, du fruit et une belle acidité. Un vin tout en finesse et en élégance, très bien équilibré.

Troisième étape, toujours en Toscane, mais en DOCG cette foi, le Vino Nobile di Montepulciano Riserva 2009 de Carpineto, le Chianti Classico Badia a Passignano Riserva 2006 de Marchesi Antinori et le Brunello di Montalcino Ugolforte 2009 de Tenuta San Giorgio. La grande volée de la soirée.

Le Vino Nobile 2009, à base de sangiovese (90 %) avec un peu de canaiolo, est moyennement foncé et assez évolué. L’intensité aromatique est moyenne, avec de la poussière, une note végétale (poivron vert) et des arômes de maturité, cuir, viande, écurie (brett.). Le vin est costaud, sans être très gras, bien vif, complexe, avec des tannins fondus et un équilibre impeccable. La finale est torréfiée, épicée, minérale (graphite), légèrement amère et très, très longue. Une merveille de maturité! C’est le troisième meilleur vin de la soirée.

2006 est un très grand millésime pour Badia a Passignano. Ce vin, fait exclusivement de sangiovese, est grenat évolué. Le nez d’intensité moyenne est floral, fruité (cerise), assez boisé, torréfié (café), avec une note animale qui donne une belle complexité. La bouche est ronde, juteuse, grasse et solide malgré des tannins assez faciles; une belle note vanillée et des feuilles mortes s’ajoutent aux arômes et l’équilibre est réussi. La finale est un peu pointue, torréfiée (café au lait) et chaude, avec une bonne longueur.

Un autre vin 100 % sangiovese, l’Ugolforte 2009 est un peu plus pâle avec un pourtour brique. Le vin est très aromatique, avec des fruits rouges, des fines herbes séchées (estragon), une note florale, légèrement fumée; c’est fin et complexe. En bouche, il est corsé, puissant, assez vif, astringent, beaucoup moins évolué qu’au nez; la réglisse vient s’ajouter aux fruits rouges et l’équilibre est très beau. La fin de bouche est juteuse, épicée, avec une belle astringence, un beau boisé et une très bonne persistance. C’est le vin de la soirée, à l’unanimité!

Dernière étape, on visite les Langhe (centre-sud du Piémont) avec le Barbaresco Santo Stefano Albesani 2007 de Castello di Neive, le Langhe Nebbiolo 2011 d’Aurelio Settimo et le Barolo Cannubi 1999 de Marchesi di Barolo. Trois millésimes exceptionnels.

Deuxième vin le plus apprécié de la soirée, le Barbaresco 2007 est rubis clairet, légèrement orangé. Il est bien aromatique et très typé (cuir, goudron). En bouche, il est corsé, tannique, avec une attaque bien fruitée et un très bel équilibre. Assez persistant, ce vin est en grande forme et tiendra encore longtemps.

Le Langhe 2011 est très pâle, plus rosé que tuilé. Le nez est intense, très jeune et également bien typé : anis, cuir, goudron, avec une note florale. Le vin est bien sec, avec une bonne acidité et des tannins relativement faciles; il est fruité (fraise), épicé (cannelle) et l’équilibre est excellent. La fin de bouche est astringente et la persistance aromatique très bonne.

Cannubi est considéré comme LE premier grand cru de la vallée de Barolo et ce Marchesi di Barolo 1999 en est un bon exemple. Il est étonnamment foncé et la couronne est légèrement brunâtre. Bien ouvert, il offre des arômes de fruits mûrs (figue, prune), de fumée, de bois et de café. Il est astringent, corsé, avec du fruit (cerise, framboise), des herbes sèches, du camphre et un superbe équilibre. Très très persistant, c’est un très beau nebbiolo complexe, en début de maturité.

Ce tour d’Italie s’en est tenu à trois régions (sur vingt), mais a quand même couvert plusieurs des appellations phares du pays. La sélection des vins servis à chaque étape était très intéressante. Pour cette fois, les supertoscans, grandes vedettes commerciales de la viticulture italienne, se sont inclinés devant les vins « indigènes ». Pour certains, le manque de maturité des vins dégustés serait l’excuse, mais on pourrait en dire autant des vins de nebbiolo qui, eux, ont très bien paru. Merci M. Grignon.

Alain Brault

24 janvier 2018

Thème : L’Espagne, tradition et diversité
Type : Club du mercredi
Organisateur : Jocelyn Audette

Avec tous les cépages espagnols, il y place à la créativité : verdejo, albariño, mencia, viura, macabeo, malvasia, parellada, xarel-lo, tempranillo, graciano, mazuelo, garnacha (tinta et blanca)…, la liste est longue.

Nous ferons un survol de quelques régions classiques et moins connues pour d’autres. Cette dégustation risque peut-être d’en surprendre quelques-uns puisqu’il y aura beaucoup de place pour les espagnols blancs. Bien sûr, il y aura une volée en traditionnel rouge à maturité.

Après nous avoir offert un tour des Gaules lors de sa première dégustation, c’est en Espagne que Jocelyn nous a emmenés cette année. Onze vins en double aveugle, servis en trois volées, visant à analyser les effets de différents modes d’élevage – modernes et plus traditionnels – sur les grands vins blancs et rouges espagnols.

Comme première volée, nous avons dégusté quatre vins blancs d’appellations différentes, mais ayant subi un élevage de plus en plus long sous bois : le Davila L-100 2010, DO Rías Baixas, d’Adegas Valmiñor (inox seulement), le Maquina & Tabla 2014, DO Rueda, d’Illa Pastor (11 mois en vieux demi-muid), La Vizcalna La del Vivo 2013, DO Bierzo, de Raul Perez (12 mois en barrique) et le Nelin 2011, DOCa Priorat, du Clos Mogador (15 mois en foudre de 1200 l).

Le Davila L-100 est un vin fait à 100 % de loureiro provenant de la sous-région O Rosal des Rías Baixas, en Galicie, la pointe nord-ouest de l’Espagne. Ce vin, de facture « moderne » a passé 6 mois en cuve inox et n’a subi aucun élevage sous bois. Il est jaune doré brillant, très limpide. Il est très aromatique, fruité (pêche, poire, pomme Granny Smith), floral, avec de légères notes de miel et de brioche. Le corps est moyen, assez vif, mais quand même bien équilibré, avec une légère amertume, beaucoup de fruit, et de la minéralité. La fin de bouche est juteuse, bien sèche et de bonne longueur. Le vin semble encore bien jeune.

Pour le deuxième vin, on se déplace vers l’intérieur des terres, en Castille-et-León, sur les bords du Duero. Ce Rueda, fait surtout de verdejo, a subi un élevage de 11 mois dans du vieux chêne. Il est de couleur or moyennement foncé. Le nez est très intense tout en restant fin et élégant, mais peu complexe, avec un léger boisé, et des notes grillée et florale. La bouche est grasse, onctueuse, avec juste l’acidité nécessaire pour produire un équilibre exemplaire; on y détecte plus de bois qu’au nez, il est fruité, floral, avec du miel, du beurre et du noyau de pêche qui donne une légère dureté. Il nappe le palais et finit sur l’amertume.

Toujours en Castille-et-León, à peu près à mi-chemin entre les deux vins précédents, se trouve le Bierzo où est produit le La del Vivo par un des œnologues les plus réputés d’Espagne, Raul Perez. Ce vin est un assemblage des trois cépages blancs recommandés dans l’appellation, la doña blanca (80 %), le godello (10 %) et le palomino (10 %) et a subi un élevage de 12 mois en barriques de chêne français. Il est jaune paille très limpide. Les arômes, d’intensité moyenne, sont moins bien définis, le fruit est discret avec un peu de cire et une curieuse note chauffée (caoutchouc). Le vin est assez délicat de structure et un peu mince, malgré une très bonne acidité; là encore, le fruit est discret et l’on détecte un peu de caramel. La finale est vive et bien sèche, mais un peu métallique et la longueur est bonne.

Le dernier vin de cette première volée, le Priorat blanc Nelin, provient d’une des maisons les plus renommées d’Espagne, le Clos Mogador de René Barbier, en Catalogne. C’est un assemblage de grenache blanc (52 %), de macabeo (alias viura), de viognier et du rare cépage catalan escanyavelles; il a passé 15 mois en foudre. Il est or foncé et bien aromatique, avec de la cire d’abeille, des amandes grillées, du bois (qui prend beaucoup de place) et un début d’oxydation. En bouche, c’est rond, gras, avec beaucoup de matière, plutôt alcooleux (seul bémol), bien équilibré par l’acidité et très sec. Ça finit sur des notes grillées, fruitées, bien fraîches et d’une bonne persistance.

Deuxième volée, même progression de l’élevage sous bois, mais avec trois riojas blancs du même producteur, R. Lopez de Heredia, en Rioja Alta : le Viña Gravonia 2003 (4 ans de barrique), le Viña Tondonia Reserva 1999 (6 ans) et le Viña Tondonia Gran Reserva 1994 (10 ans).

Fait de raisins provenant du vignoble Viña Zaconia, ce Gravonia, 100 % viura, est jaune paille étincelant. Aux arômes de rancio (presque goût de jaune) habituels de ce vin s’ajoute une belle note vanillée (chêne américain). La structure est fine, délicate, élégante et l’acidité assez prononcée (presque surette), mais sans nuire à l’équilibre; le fruité (agrumes) ressort bien, avec une légère amertume et le vin est très sec. La fin de bouche est rafraîchissante, avec du toffee et de la noix de Grenoble et les arômes sont très, très persistants.

Du vignoble dont il porte le nom, le Tondonia est fait à 90 % de viura, avec de la malvasia et ce Reserva a passé 6 ans en barrique. Il est doré assez foncé et très brillant. Le nez, d’intensité moyenne est superbe, complexe, avec du miel, de la cire d’abeille, un léger rancio, du sucre d’orge et des notes de champignons. Le corps est solide, gras et parfaitement équilibré, très sec, avec une légère amertume, beaucoup de noix et encore du fruit, malgré son âge. La finale est délicieuse, légèrement amère, avec un léger caramel et elle est interminable. Le vin de la soirée!

Même vignoble, même assemblage, ce Tondonia Gran Reserva a fait 10 années de barrique. Il est jaune doré moyen, parfaitement limpide et brillant (quoique non filtré). D’une bonne intensité aromatique, il offre le même bouquet que le précédent, avec plus de rancio (pétrolé pour certains) et plus de noix (amandes amères). Pas gros en bouche, il est plutôt soyeux, également encore fruité, plus floral et d’une bonne acidité, pour un équilibre impeccable. La fin de bouche est d’une grande fraîcheur, légèrement grillée, mais on l’aurait voulue plus persistante.

Troisième volée, même concept, mais avec quatre riojas rouges cette fois : l’Urbina Tinto Selección 1999 (16 mois de barrique), le Faustino I Gran Reserva 1994 (28 mois de barrique de chêne américain), le Montecillo Gran Reserva Sélección Especial 1994 (3 ans de barrique française) et le Viña Tondonia Gran Reserva 1994 de R. López de Heredia (10 ans de barrique américaine).

Avec ses 16 mois en barrique, ce Selección 1999 de Bodegas Benito Urbina se situe quelque part entre un Reserva et un Gran Reserva. Il est fait principalement (95 %) de tempranillo, avec un peu de graciano et de mazuelo. La robe est rubis peu évolué, d’intensité moyenne. Le nez est très ouvert, très fruité (fruits noirs), torréfié (chocolat), minéral, avec une note médicamenteuse (camphre, menthol) et du bonbon anglais. En bouche, il est gras, assez corsé, très fruité (cerise), mais un peu pointu. La finale est astringente, avec une surprenante note de sucre d’érable et est de bonne longueur. Un vin de plaisir, de style moderne; une belle découverte pour plusieurs.

Suit le Gran Reserva 1994 de Faustino I, 85 % tempranillo, 10 % graciano et 5 % mazuelo, qui a passé 28 mois en barrique de chêne américain. Il est rubis d’intensité moyenne, avec un pourtour pâle et un fin dépôt en suspension. Les arômes sont moyennement intenses; on y détecte du cuir, de la poussière, des épices (girofle, anis), un peu d’écurie (brett.), du chocolat amer, une note végétale et du pruneau. Le vin est corsé, sans être très puissant, avec des tannins serrés, astringents et une très bonne acidité qui donne un bel équilibre et une belle présence en bouche. Ça finit plutôt astringent, mais fruité et bien frais. 1994 est indéniablement un millésime exceptionnel.

Troisième rouge, le Rioja Gran Reserva Sélección Especial d’un producteur moins réputé, Montecillo, mais du même très grand millésime, 1994, élevé en barrique de chêne français pendant 3 années. Il est grenat à la couronne brique. Le nez est moyen, avec des fruits noirs, des épices (poivre), du graphite, du tabac et une bonne dose de bois. Le vin est rond, presque soyeux, avec des tannins assagis, encore des épices (poivre, menthe), une acidité mieux dosée que le précédent, des fruits cuits et un peu de torréfaction. Ça finit sur le fruit, la fraîcheur, une légère astringence et une légère note métallique. Très réussi.

Onzième et dernier vin, on revient chez Lopez de Heredia, avec un autre Gran Reserva 1994, élevé celui-là pendant 10 ans (très au-dessus des 24 mois requis) en barriques de chêne américain. C’est un assemblage de tempranilo (75 %), de garnacha (15 %) et de graciano et mazuelo pour le reste. La robe est très évoluée, avec des reflets brunâtres. De bonne intensité aromatique au moment du service, le vin s’ouvre de plus en plus; il est encore fruité, mais bien évolué, avec des notes de viande, du sel de céleri et du tabac. Il est moyennement corsé, soyeux, avec des tannins encore présents, mais assez fondus, moins fruité que les autres G.R. 1994, plus acide tout en restant équilibré, torréfié et grillé, avec une note végétale (poivron). La fin de bouche est juteuse, torréfiée (café noir), assez oxydée, très longue et très complexe, avec de la feuille de thé, et du noyau. C’est le deuxième vin préféré de la soirée ex æquo avec le Gravonia 1999.

Une conclusion s’impose : la supériorité des vins de R. Lopez de Heredia, autant blancs que rouges, qui ont pris les quatre premières places lors de cette dégustation, en admettant qu’ils étaient très bien représentés, avec quatre vins sur onze.

En ce qui concerne l’exercice auquel Jocelyn a voulu nous soumettre, je ne crois pas qu’il ait été très concluant. Oui, les vins ont été servis suivant la durée croissante de leur passage sous bois, mais la grande variété dans les formats des contenants, les différentes origines du chêne et la variation (non spécifiée) de l’âge des barriques utilisées ont fait que la progression de la « maturité » et du boisé des vins ne suivait pas l’ordre escompté de façon concluante. Par exemple, le La del Vivo de Raul Perez est beaucoup plus pâle que le Maquina & Tabla, malgré qu’il soit un an plus vieux et a passé un mois de plus sous bois. Dans la deuxième volée de blancs, le G.R. 1994 est plus pâle que le R. 1999, malgré ses 5 ans d’âge supplémentaires et ses 6 années de plus en barrique. Enfin, dans la volée de rouges, nous avons eu trois G.R. 1994 au degré d’évolution plus que variable. L’exercice a été déroutant, mais quand même très instructif. Merci Jocelyn.

Alain Brault

7 février 2018

Thème : Les vins fortifiés du Monde
Formule: Grande dégustation
Organisatrice : Marie-France Champagne

Souvent mal-aimés et laissés pour compte, les vins fortifiés méritent d’être revisités. Du Xérès au Madère en passant bien sûr par Porto et les régions de Vins Doux Naturels, venez redécouvrir le monde fascinant des vins fortifiés, leur histoire et leur méthode de production. De secs à doux, nous explorerons les différents styles et discuterons de leur utilité à table.

Cette dégustation sera animée par Marie-France Champagne, Coordonnatrice du programme de Sommelier du Collège Algonquin, Vice-présidente de La Guilde des Sommeliers de La Capitale Nationale et Enseignante – WSET Award in Spirits.

Première volée – Les Xéres

Gonzales Byass Tio Pepe Extra Dry Fino (750ml) SAQ 00242669 – 19.50$ Sucre résiduel – 1.3g/l. Couleur jaune pâle brillante. Nez très ouvert typique d’un Fino, avec notes d’oxydation et de noisette prononcées et des tonalités minérales / salines ainsi qu’une légère perception d’alcool. En bouche le vin est archi sec (avec niveau d’acidité et minéralité élevé) et complexe. Les saveurs oxydatives et de noisette sont rehaussées d’un soupçon de citron. La finale est interminable. Un vin que les dégustateurs ont jugé idéal en apéritif et typique de ses origines. Ce genre de vin demeure peu connu et nécessite l’intérêt à s’y accoutumer, car ce genre de vin représente un goût acquis. Sept dégustateurs sur seize ont beaucoup aimé. 8.5/10 ou très bon. (PhilippeMuller)

La Guita En Rama Manzanilla Saca de Octubre 2015 (375ml) LCBO 471052 – 11.75$ Sucre résiduel – 2 g/l. Non-filtré. De couleur or foncé et brillan. Nez très ouvert et complexe, avec des notes oxydatives, minéral et salines (feuilles de thé, algues marines) et d’abricot séché. En bouche la texture est ronde et à davantage d’ampleur que le vin précédant. Les saveurs reprennent le même thème qu’au nez, avec en plus un goût tourbé (genre Scotch). Le vin est très sec (davantage que ce que le nez du vin suggérait) et démontre un équilibre impeccable du niveau d’acidité (élevé), d’alcool (élevé) et de fruit. Cinq dégustateurs sur 16 ont beaucoup aimé, dont moi-même. 9/10 ou excellant. (Philippe Muller)

Lustau Rare Amontillado Escuadrilla (375ml) LCBO 660324 – 17.25$ Sucre résiduel – 2 g/l. D’une couleur brun pâle (couleur d’un sirop d’érable). Le nez est ouvert et très complexe (sucre d’orge, sirop d’érable, fumé, noisette, fruits séchés). Quelle belle bouche! Texture soyeuse et très sec en finale, avec saveurs semblables au nez. Extrêmement long en finale, avec saveur d’amande en rétro-olfaction. Quatorze des seize dégustateurs ont beaucoup aimé. 9.5/10 Excellant voir exceptionnel. (Philippe Muller)

Deuxième volée – Madère et Xéres doux

Leacock’s Dry Sercial Madeira (750ml) SAQ 10896664 – 27.50$ Sucre résiduel – 46 g/l. De couleur brun-rouille brillant, avec arômes relativement discrets, offrant odeurs de miel de montagne, fumé et liqueur de Kirsch. En bouche le vin est exubérant, offrant rondeur, douceur, extraction, une touche d’oxydation, ajoutant complexité au vin, ainsi qu’une très longue finale. Le vin offre un équilibre superbe et le niveau élevé d’alcool (18%) est à peine perceptible. Dix des seize dégustateurs ont beaucoup aimé. 9+/10 Excellant. (Philippe Muller)

Barbeito Boal Madeira Reserva 5 ans (500ml) SAQ 12389375 17.55$ Sucre résiduel – 80 g/l. Également de couleur brun-rouille brillant et offre des arômes discrets de feuille de thé (d’autres dégustateurs percevaient des odeurs de pelures de pomme de terre qu’ils trouvaient désagréables, suggérant la possibilité d’un début de défaut). En bouche le vin compense avec sa texture soyeuse, son équilibre et sa longue finale fumé. Le vin offre des saveurs de caramel et fruits séchés ou confits. Cinq participants ont beaucoup aimé. 9/10 Excellant. (Philippe Muller)

Gonzales Byass Nutty Solera Medium Oloroso Sherry (750ml) LCBO 35204 – 17.95$ Sucre résiduel – 69g/l. Le vin a une couleur brune. Le nez est attrayant et complexe laissant présager un niveau de douceur (sucre) élevé en bouche. Odeurs de torréfaction (barrique brulée, semblables à plusieurs vins rouge australiens bien boisés) et un brin d’oxydation. La bouche du vin offre sensation de douceur (sucre brun ou d’érable) et une très longue finale. Le vin est fort complexe et très bien réussi, et aurait été meilleur (offrant plus de vivacité) avec une acidité plus élevée. Sept des participants ont beaucoup aimé. 9/10 Excellant. (Philippe Muller)

Troisième volée – Vins doux naturels de France

Xavier Muscat Beaumes de Venise (375ml) LCBO 515783 – 16.95$ Sucre résiduel – 112 g/l. Robe jaune pâle brillante. Le nez du vin est explosif, typique du cépage muscat et de l’appellation, très floral et fruits exotiques (litchi), semblable à un Gewurztraminer doux. Le nez est racoleur, que certains aiment et d’autres trouvent exagéré. Le vin offre une belle bouche dense. La douceur du vin est très bien équilibrée par le taux d’alcool élevé et son acidité. Le vin à aucune lourdeur que l’on retrouve souvent avec ce genre de vin. Très bien vinifié. Six des seize participants ont beaucoup aimé. 9-/10 Très bon voir excellant. (Philippe Muller)

Domaine de Rancy Rivesaltes Ambré 4 ans d’Age (500ml) LCBO 471524 – 23.25$ Sucre résiduel – 103 g/l. Le vin est de couleur brun-rouille foncé et brillant. Le nez moyennement ouvert est complexe (sucre d’orge, fumé, raisins secs, et noisette). Un vin offrant à la fois extraction et finesse, un équilibre impeccable et une longue finale, avec une légère touche d’oxydation. Vraiment impressionnant. Aucune perception d’alcool. Le vin est fait à partir d’un cépage blanc, et est brun foncé (d’où le terme ambré), résultant de 4 années d’élevage particulières en barriques. Douze des participants ont beaucoup aimé. 9.5/10 ou exceptionnel. (Philippe Muller)

M. Chapoutier Banyuls 2015 (500ml) SAQ 13453244 – 24.00$ Sucre résiduel – 90 g/l. Couleur d’un jeune vin rouge, donc rouge rubis foncé. Au nez le vin suggère un vin sec (sans douceur), avec arômes de cerise rouge, d’épices, semblable à un vin fait à partir du cépage Mencia. En bouche le vin offre des saveurs de cerises sucrés. Et il est doux! Très bel équilibre et longue finale. Les tannins de ce vin aident à équilibrer ou supporter la douceur. Dix des seize participants ont beaucoup aimé. 9/10 ou excellant. (Philippe Muller)

Quatrième volée – Vins de type Porto

Feist Colheita 1989 (750ml) SAQ 884080 – 58.75$ Sucre résiduel – 130 g/l. Couleur rouille brillant et très pâle. Nez ouvert offrant douceur, fruits rouges, un peu d’oxydation et de fumé, mais pas aussi complexe que plusieurs Porto Tawny de cet âge. Très belle bouche, très longue finale et bel équilibre entre la douceur, alcool et acidité du vin. Yum! Sept des seize participants ont beaucoup aimé. 8.5/10 ou très bon.
(Philippe Muller)

Delaforce Vintage Port 2003 (750ml) LCBO 459784 – 77.95$ Sucre résiduel – 94 g/l. Couleur rouge rubis opaque. New de chocolat noir, cerise (liqueur de Kirsch). Belle bouche offrant beaucoup d’amplitude et complexité d’une vieux Vintage. Peu de tannins et donc m’a semblé un peu mou. Huit des seize participants ont beaucoup aimé. 8.5/10 ou très bien. (Philippe Muller)

Rosewood Vineyards Chambers Rutherglen Grand Muscat (375ml) LCBO 604082 – 52.25$ Sucre résiduel – 338 g/l. Brun très foncé, presque opaque (comme du coca-cola). Un vin exubérant, énorme et particulier. Nez très ouvert et complexe. Belle bouche grasse et liquoreuse. Très doux genre sirop d’érable. L’acidité et l’alcool, ainsi qu’une touche d’oxydation, aident à équilibrer l’ensemble. Un porto australien de qualité. Neuf des seize participants ont beaucoup aimé. 9/10 ou excellant. (Philippe Muller)

Merci Marie-France pour cette toute première dégustation de l’AVO strictement réservée aux vins fortifiés. On aura sans doute de la difficulté à dormir…

Philippe Muller

21 février 2018

Thème : Nouveau Monde vs Vieux Monde
Formule : Club du mercredi
Organisateurs : Mark Aubry et Anne-Marie Murphy

Dans le passé, Mark et Anne-Marie nous ont fait beaucoup voyager. Leur dernière dégustation portait sur l’Afrique du Sud, mais avant ça, ils nous ont permis de faire de nombreuses découvertes, en nous servant des vins ramenés de leurs nombreux voyages et souvent introuvables ici. Voyons ce que cette nouvelle dégustation en double aveugle nous réserve.

Cette année, Mark et Anne-Marie ont pigé généreusement dans leur cave pour nous soumettre à un test pas aussi facile qu’on pourrait le croire, différencier les vins du Nouveau Monde de ceux du Vieux Monde. Est-ce que la distinction que l’on fait entre ces deux styles de vin est en voie de disparition?

À chaque volée, il y avait deux ou quatre vins semblables, la moitié venant du Nouveau Monde, et chaque dégustateur devait identifier ceux qui viennent du Nouveau Monde et indiquer sa préférence. Ensuite, exercice beaucoup plus difficile, on pouvait se risquer à préciser le pays d’origine, le millésime et le ou les cépages. Comme à l’habitude, tous les vins ont été servis en double aveugle.

Comme mise en bouche, nous avons eu droit à un mousseux, le Brut Rosé 2012 de Schramsberg (AVA California North Coast). Ce vin de méthode traditionnelle (deuxième fermentation en bouteille), dont le tiers a été fermenté en barrique, est composé de 59 % de pinot noir, complété de chardonnay. Il est saumon clair et très aromatique, avec beaucoup de fruit, un léger rancio (levure) et une belle note végétale. La texture est bonne, la mousse soyeuse, crémeuse, mais un peu trop éphémère; le vin est bien dosé (9,5 g/l de sucre résiduel) et la finale est rafraîchissante et assez persistante. Un mousseux très bien fait.

Première comparaison, une paire de vins de pinot noir : de la Côte de Nuits en Bourgogne, le Charmes-Chambertin Grand Cru 2011 de René Bouvier et, de Willamette Valley en Oregon, le Pinot Noir 2015 de The Beaux Frères Vineyards. Pour ce premier test, 86 % des participants ont correctement identifié le Beaux Frères comme étant le vin du Nouveau Monde et 71 % ont préféré le bourgogne.

Le millésime 2011 en Bourgogne a donné surtout des vins peu concentrés, peu tanniques, à évolution rapide; ce Charmes-Chambertin Grand Cru, assez évolué pour son âge, ne fait pas exception. Il est grenat clair avec une couronne qui montre déjà de l’évolution. Le nez est moyennement intense, fruité (cerise, bleuet), épicé (cannelle, réglisse) et évolue beaucoup à mesure que le vin se réchauffe. La structure est assez solide, avec du gras, une très bonne acidité, des tannins bien présents et une certaine chaleur (13,5 %/vol). La fin de bouche est un peu asséchante, pour ne pas dire austère, avec un bois discret, mais un peu vert, une légère amertume et une bonne persistance.

Le Beaux Frères, rubis clair et limpide, est beaucoup plus jeune. D’intensité aromatique moyenne, il est bien fruité, encore sur les arômes primaires, pas très complexe, avec du bonbon anglais, un peu de cannelle, un bois très discret et, après une heure dans le verre, du sucre d’érable. Rond et soyeux, il tapisse bien la bouche; c’est un exemple de beau pinot noir du Nouveau Monde, bien gras, très fruité, un peu sucré et plus alcooleux, mais quand même très bien équilibré et persistant.

Volée suivante, une autre paire : du Veneto en Italie du Nord, le Kairós 2013 de Zímē di Celestino Gaspari et, de Mendoza en Argentine, le Cheval des Andes 2011 de Cheval Blanc et Terrazas de Los Andes. On aurait cru très facile d’identifier l’origine de ces deux vins, mais 29 % des participants ont échoué. La préférence est encore allée au candidat du Vieux Monde, à 63 %.

Le Kairós est composé d’au moins 15 cépages, 11 rouges et 4 blancs. Il est grenat assez foncé, très aromatique, très fruité (cerise, groseille), assez complexe, avec un beau boisé, un peu de poivre et du goudron. Il fait penser à un GSM du Nouveau Monde. En bouche, il est ample et corsé, plutôt tannique, bien fruité, torréfié (chocolat noir) et très frais; parfaitement équilibré. La finale est fruitée, épicée et bien sèche, avec une belle astringence et c’est très, très long. Une merveille! Le vin de la soirée à l’unanimité.

Assemblage de malbec (69 %), de cabernet sauvignon (21 %) et de petit verdot, le Cheval des Andes 2011 est encore rubis, presque opaque. Il est très ouvert, avec des notes animale (écurie, cuir), fruitée (cerise) et boisée (vanille, noix de coco). En bouche, c’est très fruité, avec beaucoup d’extraction (énorme! mais sans lourdeur), un peu médicamenteux et même un peu salé. La finale est très chaude (15 %/vol), très fruitée, mentholée, avec des fines herbes séchées, une légère amertume et c’est très, très persistant.

Pour la troisième paire de vins, l’objectif était de vérifier si l’influence d’un même œnologue, Paul Hobbs, rendrait l’exercice plus difficile. Malheureusement, un des deux vins qui devait être servi (le malbec argentin Bramare 2005 de Viña Cobos) était défectueux et a dû être remplacé. Nous avons donc eu droit aux deux vins suivants : le Malbec Premium Reserve 2011 de Piattelli Vineyards (Luján de Cuyo, Mendoza) et le Château de Haute-Serre Icône WOW 2011 de Georges Vigouroux (Cahors), chez qui Paul Hobbs est consultant. Ce test a été le plus difficile de la soirée; seulement 36 % des dégustateurs ont correctement identifié le vin du Nouveau Monde. Aussi, les préférences sont beaucoup plus partagées, avec 56 % pour le Luján de Cuyo et 44 % pour le Cahors.

Le Piattelli, généralement 100 % malbec, est grenat d’intensité moyenne. Le nez est bien ouvert, très torréfié (chocolat noir), avec une note animale et fumée, du thé et du poivre. Le vin est assez corsé, pas trop astringent, avec une belle note végétale, un bois bien intégré, un très bel équilibre et une bonne longueur. Un petit vin à moins de 20 $ qui s’en est plutôt bien tiré parmi les grands.

Le Cahors est 100 % malbec et a passé 24 mois dans du chêne français neuf. Il est
rubis opaque. Au nez, on détecte surtout du bois et du chocolat. En bouche, c’est solide, rond, bien boisé, les tannins sont fins, c’est un peu sucré (16 % d’alcool), avec une certaine lourdeur (il fait assez Nouveau Monde). Il y a une astringence agréable en finale, des fruits cuits, de la torréfaction et c’est très long.

Dernière volée, quatre vins, dont deux du Nouveau Monde, avec un même cépage prédominant, le cabernet sauvignon (que peu de participants ont identifié, étant donné l’âge des vins) : le Cabernet Sauvignon Special Selection 2008 de Caymus Vineyards (Napa Valley, CA), le Sassicaia 2007, Bolgheri Sassicaia (Toscane) de Tenuta San Guido, le Cabernet Sauvignon 2006, St Helena, Napa Valley de Spottswood et le Château Margaux 2004 (Margaux). Dans ce cas, presque tous les participants (82 %) ont correctement identifié les deux vins du Nouveau Monde. Tous ont préféré le Margaux, sauf un qui a choisi le Sassicaia; aucun vote pour les vins du Nouveau Monde.

2008 est le premier millésime où l’on a mis un peu de merlot (14 %) dans ce Cabernet Sauvignon Special Selection de Caymus. Ce vin, pourpre foncé pas tout à fait limpide, semble encore bien jeune. Il présente des arômes bien ouverts de chocolat au lait et de bois vanillé qui couvrent presque le fruit (mûre, cerise). Il est rond, « sucré », assez chaud, très fruité (confiture), avec des tannins faciles et de l’encre; il est un peu lourd, mais délicieux. La finale est fruitée et bien longue.

D’un millésime exceptionnel, le Sassicaia 2007, un assemblage de cabernet sauvignon (85 %) et de cabernet franc, est grenat clair avec une couronne assez évoluée. Le nez est moyennement intense, assez bordeaux de style, minéral (graphite), complexe, avec de l’olive noire, du fenouil et du sel de céleri. En bouche, il est fin et racé; les tannins sont soyeux, presque fondus, on détecte une belle note animale assez marquée et l’équilibre est impeccable. La finale est sèche, mais bien fruitée et la persistance est bonne.

Le Cabernet Sauvignon de Spottswood, qui contient un peu de cabernet franc (1,5 %) est grenat foncé, malgré son âge. Il est ouvert, mais peu défini, difficile à situer; on y détecte surtout du bois, du chocolat et de l’eucalyptus. En bouche, il est solide sans être gros, bien sec et un peu rustique, mais très bien équilibré avec des tannins bien présents et des fruits noirs. La fin de bouche est sèche, torréfiée, un peu alcooleuse, pas très mature et de bonne longueur.

Le Margaux (78 % cabernet sauvignon, 18 % merlot et 4 % petit verdot), déjà à maturité, est une merveille de complexité. Le nez est explosif, très évolué, tertiaire, sauvage (animal, viande, champignons), terreux, minéral et légèrement fumé, avec du tabac. Il est rond en bouche, soyeux avec des tannins fondus, mais encore du corps, des fruits séchés, une bonne acidité et un excellent équilibre. Il est légèrement astringent en finale, juteux, avec du marc de café et d’une persistance incroyable. Deuxième vin de la soirée, mais de loin le meilleur pour plusieurs.

Finalement, avec 71 % de succès, les dégustateurs présents ont assez bien réussi à différencier les vins du Nouveau Monde de ceux du Vieux Monde. Pour ce qui est des préférences, la palme va, sans contredit, au Vieux Monde avec 69 % des votes, malgré la très belle performance du « petit » malbec argentin de Piattelli. Un grand merci à Mark et Anne-Marie pour cet exercice amusant et pour leur grande générosité.

Alain Brault

7 mars 2018

Thème : Ah bon il est Breton!
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Charles Bérubé

« Mais (dist Gargantua) voulez-vous payer un bussard de vin breton … ? »
« Ce bon vin breton, qui poinct ne croist en Bretagne, mas en ce bon pays de Véron ». François Rabelais

Aujourd’hui, le cabernet franc (thème de cette dégustation), est planté sur environ 45 000 ha dans le monde, dont 36 000 ha en France. On dit du cabernet franc qu’il est le plus ancien cépage cultivé dans la région de Bordeaux et certains prétendent qu’il fut apporté au début de notre ère par les Bituriges, Bordeaux (c.-à-d., l’antique Burdigala) étant leur chef-lieu. Il a probablement été sélectionné empiriquement par les Bituriges à partir de vignes originaires du versant nord des Pyrénées dans la Navarre espagnole, zone du très ancien vignoble de Txakoli.

D’ailleurs les analyses ADN ont révélé son origine navarraise puisque le txakoli noir partage une très forte analogie génétique avec le cabernet franc. La légende veut qu’il fût implanté dans le sud-ouest de la France grâce aux pèlerins de retour de Saint-Jacques-de-Compostelle, mais cette explication semble peu plausible puisque ces pèlerinages n’ont pas pu avoir lieu avant le 9e siècle alors qu’au 1er siècle, Pline l’Ancien mentionne des plantations de biturica dans la région de Bordeaux. Est-ce que le biturica était du cabernet franc? Certains ont avancé l’idée que le biturica aurait été plutôt du carmenère. Étant donné nos connaissances en génétique, il semble peu probable que le carmenère ait été le biturica mentionné par Pline l’Ancien. Selon l’ouvrage de Guy Lavignac, « Cépages du Sud-Ouest, 2000 ans d’histoire », un des cépages qu’auraient rapporté les pèlerins au retour de Saint-Jacques-de-Compostelle serait plutôt un cousin du cabernet franc, le fer servadou qui métissé avec le txakoli a donné le gros cabernet (souvent confondu avec le cabernet franc et aujourd’hui cultivé dans le Jura sous le nom de trousseau).

En 2009, des tests génétiques ont effectivement permis de découvrir que le carmenère était issu d’un métissage ancien entre le gros cabernet et le cabernet franc. Le biturica aurait donc été du cabernet franc ou du moins un très proche ancêtre, mais certainement pas du carmenère. Le cabernet sauvignon ainsi que le merlot sont aussi issus du cabernet franc. En 1997, des preuves d’ADN ont montré que le cabernet franc avait été croisé (probablement au 17e siècle) avec le sauvignon blanc pour produire le cabernet sauvignon; alors que le merlot est un métissage entre le cabernet franc et la magdeleine noire des Charentes.

Comment le cabernet franc, cet ancien cépage dont l’origine pyrénéenne fait peu de doute, s’est-il retrouvé en Loire? Rabelais parlait-il vraiment du cabernet franc dans ses écrits ou bien s’agissait-il d’un autre cépage lorsqu’il mentionne le « bon vin breton »? Bien, il va falloir venir à la dégustation pour le savoir car il y a, bien entendu, plus d’une hypothèse…

Avant de commencer la dégustation de pur cabernet franc, nous avons pu nous « faire la bouche » avec un vin d’assemblage, le Petit Cheval 2004, Saint-Émilion Grand Cru. Composé de 71 % de merlot et 29 % de cabernet franc, le Petit Cheval ne contient pas autant de cabernet franc que son grand frère classé A, le Château Cheval Blanc, fait des mêmes cépages, mais à prédominance de cabernet franc (53 % en 2004).

Le vin est encore rubis, à peine évolué. Il est bien ouvert au nez, très épicé, avec des fruits noirs, de la poussière, une note végétale (poivron) et un début d’évolution (cuir, champignons, herbes sèches).Le corps est moyen, l’acidité bonne, les tannins peu agressifs, ce qui donne un très bel équilibre. La fin de bouche est très sèche, un peu rêche, avec de l’amertume, un léger boisé, de la torréfaction (café, chocolat noir), des épices (poivre) et de l’olive noire. La longueur est raisonnable. Ce 2004 est prêt, mais tiendra encore quelques années.

La première volée était composée de quatre vins, dont trois d’une même origine, plus un intrus : le Cabernet Franc 2013 (VQA Prince Edward County) de Grange of Prince Edward, le Cabernet Franc 2013 (VQA Lincoln Lakeshore) de Tawse Winery, le Cabernet Franc Reserve 2011 (VQA Niagara Peninsula) de Ravine Vineyards et le Cabernet Franc Dare 2005 (AVA Napa Valley) de Viader. Presque tous les dégustateurs ont correctement identifié le Viader comme étant l’intrus et la plupart ont dit Ontario comme origine des trois premiers.

Le Prince Edward 2013 est clairet et peu évolué. Le nez, d’intensité moyenne, est fruité (mûre, griotte), avec une note bizarre que certains ont associée avec du sirop pour la toux ou des chips au vinaigre. En bouche, c’est rond, assez gras, gouleyant, fruité (cerise, framboise), minéral, très frais, plutôt simple et l’arôme bizarre revient. La finale est bien longue et fruitée, mais un peu verte et l’arôme bizarre persiste. Le vin le moins apprécié de la soirée.

Le Tawse 2013 est également rubis clair. Il est cependant moins aromatique, fruité, fumé, épicé (muscade, poivre), boisé (vanille), avec du poivron rouge grillé. Il n’est pas très corsé, mais quand même solide et bien équilibré par une très bonne acidité; on goûte les fruits noirs, le chocolat, la noix de coco et une légère note terreuse. Ça finit sur le bois et la torréfaction; c’est juteux, fruité, et très, très long. Un très bon vin.

Le Ravine 2011 est aussi clair et peu évolué. L’intensité aromatique est moyenne; il est bien fruité, avec un léger bois vanillé et du pain grillé. En bouche, il est rond, frais, délicat, bien équilibré; les tannins arrivent, mais sont très fins; on trouve des fruits, du chocolat au lait, une note terreuse discrète. La finale est fruitée et, un peu pointue, elle fait saliver.

Avec le Viader, on est dans un autre monde. Il est très foncé et plus ouvert, avec des fruits noirs, de l’échalote, du menthol, beaucoup de bois, du céleri et du foin. Le vin est corsé, très gras (pommadé), concentré, avec des fruits cuits, une légère note chauffée (caoutchouc) et des tannins bien enrobés, ce qui le rend un peu lourd. En finale : confiture de fruits, fumé, café, chaleur (14,5 %/vol) et très bonne persistance.

Pour la volée suivante, seulement deux vins, du même pays, mais deux terroirs et deux producteurs différents : le Bourgueil Clos Princé 1996 du Domaine des Ouches et le Chinon Les Varennes du Grand Clos 1997 du Domaine Charles Joguet. La volée vedette de la soirée.

Pâle et évolué, le Princé 1996 montre bien son âge. Le nez est d’abord discret, mais s’ouvre de plus en plus; torréfié (chocolat), avec une note végétale et des arômes tertiaires (cuir, tabac, sous-bois), il offre une belle complexité aromatique. En bouche, il est gras, sec, bien fruité et les tannins sont très fins. La fin de bouche est fraîche, épicée, légèrement astringente et de bonne longueur. Très beau vin.

Même teinte évoluée pour le Joguet, mais un nez exubérant, puissant, plutôt fumé, légèrement terreux, plus tertiaire, avec poivron, olive, poivre blanc, thé et sirop d’érable. En bouche, rondeur, délicatesse, finesse, maturité et équilibre parfait. Fin de bouche fumée, avec une très légère oxydation et beaucoup de longueur. Le vin le plus apprécié de la soirée.

Dernière volée de quatre vins d’un même terroir, Saumur-Champigny, deux millésimes de deux producteurs : La Marginale 2003 et 2015 du Domaine des Roches Neuves et le Quintessence 2005 et 2014 du Château de Targé.

La Marginale 2003 s’en est très bien tiré, malgré son millésime difficile (canicule et manque d’acidité). Le vin est grenat moyennement foncé, avec une couronne brique. Le nez est discret, peu défini, crémeux, avec du bois grillé et des notes tertiaires. Le vin est corsé, tannique, un peu pâteux, à l’équilibre difficile à évaluer, malgré une bonne acidité pour un 2003, qui reste quand même insuffisante. Ça finit astringent, suret, alcooleux et avec une surprenante note de basilic frais.

Rubis pas très foncé, le millésime 2015 de La Marginale est moyennement aromatique, bien fruité (griotte, fraise), fumé et un peu terreux. Le vin est plus délicat en bouche, torréfié (chocolat noir), avec un beau fruit acidulé et une note végétale; il est plus simple et fait penser à un beaujolais. La finale est fruitée, juteuse, surette et très longue. À boire jeune.

On passe au Targé; d’abord le plus vieux, le 2005. Il est grenat et montre de l’évolution. Il est très ouvert, très fruité malgré son âge, fumé, mentholé et un peu alcooleux. Il est très gras, avec des tannins enrobés mais astringents, du fruit confituré, un bel équilibre, du chocolat amer, des herbes (thym séché) et une sensation sucrée. La finale est astringente, chocolatée, fruitée, très chaude et très longue.

Pour terminer, le millésime 2014 du Quintessence, rubis très foncé, très jeune, au nez intense et assez complexe de bois vanillé, de torréfaction (chocolat au lait), avec beaucoup de fruit (style moderne), une note végétale (concombre, betterave) et du sucre d’orge. Il est bien gras, très fruité, l’acidité est suffisante pour l’équilibrer, malgré beaucoup d’extraction, d’alcool et de torréfaction (liqueur de café). La fin de bouche est très chaude, fruitée, sur la betterave et vraiment très, très persistante.

On ne peut que remercier Charles pour cet exercice instructif et très agréable. Son excellente sélection de vins nous a permis de bien apprécier la qualité du cabernet franc produit dans des conditions très variées (terroir, millésime, élevage) et son excellent potentiel de garde lorsqu’il est bien fait. Les amateurs de cabernet franc ont été gâtés, surtout les fans de Joguet; ce n’est pas tous les jours qu’on a le plaisir d’en déguster un de 20 ans.

Alain Brault

21 mars 2018

Thème : DOCG vs IGT Toscana
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Mario Couture

Comme vous le savez, Mario adore les combats. Il nous propose donc un combat à même sa propre cave. Comme tout le monde le sait, l’Italie ne constitue pas vraiment l’exemple à suivre lorsqu’il s’agit de respecter les règles. Elle tente tout de même d’en instaurer et il sera intéressant de constater si nous saurons faire la différence. Est-il vraiment possible de garantir la qualité ou est-ce tout simplement une affaire de tradition. Pourrons-nous reconnaître les appellations et saurons-nous identifier le vin d’indication géographique typique? Dans quel camp sommes-nous?

Il y a un mois, certains d’entre nous ont été soumis à un test visant à évaluer leur efficacité à différencier les vins du Nouveau Monde de ceux du Vieux Monde. Le taux de succès a été un respectable 71 % et, les vins du Vieux Monde ont été préférés dans 69 % des cas. Cette fois, ce sont les vins d’une même région, la Toscane, que nous devrons identifier. Pourrons-nous différentier les DOCG, qui sont généralement composés principalement de sangiovese, des IGT Toscane, qui contiennent souvent une forte dose de cépages bordelais? C’est l’exercice que Mario a préparé pour nous.

Cinq volées de deux vins, un IGT et un DOCG, du même millésime sauf pour une seule paire. En plus d’avoir à identifier lequel est le DOCG, les participants avaient, comme la dernière fois, à indiquer leur préférence. Les vins ont subi une double décantation au préalable et, comme toujours, ils ont été servis en double aveugle.

Avant de commencer le test, des bulles comme mise en bouche : un très beau Crémant du Jura, le Brut Sauvage du Domaine Baud Père & Fils. Malgré son nom, avec une teneur en sucre de 6,3 g/l, il s’agit techniquement d’un brut. Il est jaune paille très pâle et (la faute au verre Riedel Ouverture vin rouge?) ne présente aucune mousse. Le nez est bien ouvert, floral, fruité (agrumes), avec un peu de levure. Le vin n’est pas gros en bouche, mais l’acidité et l’équilibre sont bons; là, on ressent l’effervescence, très fine, délicate. En finale, des arômes de champignons viennent s’ajouter et la persistance est bonne.

Première paire, Brunello vs IGT : le Il Grappolo 1999, DOCG Brunello di Montalcino de Fortius, un 100 % sangiovese, et le Casalfero 1999, IGT Toscana, de Barone Ricasoli, fait à 75 % de sangiovese et 25 % de merlot. Pour ce premier test, seulement 31 % des participants ont correctement identifié le premier vin comme étant le DOCG et le même pourcentage a préféré ce vin (il semble que tous croyaient préférer le DOCG).

D’un millésime remarquable en Toscane, ces deux 1999 à base de sangiovese se ressemblent à plusieurs égards. Ils sont tous les deux grenats assez foncés, avec une légère évolution à la couronne. Ils offrent tous les deux de beaux arômes de fruits noirs (cerise), de torréfaction et de bois assez discret.

Le brunello est cependant moins expressif et plus évolué, avec une note de feuilles mortes, tandis que le Casalfero est beaucoup plus ouvert, plus torréfié (café noir, barrique brûlée) et plus végétal (merlot). Les deux vins sont encore bien fruités en bouche, très bien équilibrés et très, très longs, mais le Casalfero est plus tannique, plus astringent, plus jeune et un peu plus complexe, avec un peu de vanille et de menthol.

Paire suivante, IGT vs Chianti Classico : le Do Ut Des 2004, IGT Toscana, de Fattoria Carpineta Fontalpino, un assemblage, à parts égales, de sangiovese, de merlot et de cabernet sauvignon, et le Vigneto Torre a Destra Riserva 2004, DOCG Chianti Classico, de Castello della Paneretta, fait exclusivement de sangiovese. Cette fois, c’est beaucoup mieux; 63 % des participants ont correctement pointé le deuxième vin comme DOCG. 94 % ont préféré ce Chianti Classico.

D’un autre millésime remarquable en Toscan, ces deux 2004 sont très différents. La robe du Do Ut Des est beaucoup plus évoluée et le nez également. Il est également beaucoup plus aromatique, avec des épices (cumin, sel de céleri) et un début d’oxydation, malgré tout encore agréable.

Le chianti, pour sa part, est plus discret, bien fruité et chocolaté. En bouche, la différence est aussi marquée. Le Do Ut Des est encore corsé, astringent, à peine fruité, minéral et bien équilibré; il semble qu’il s’agisse d’une oxydation prématurée (mauvais bouchon?). Le Paneretta est tout aussi équilibré, mais plus rond, plus concentré, d’un style très « moderne », tout en étant bien sec; il est même un peu médicamenteux (eucalyptus). En fin de bouche, les deux vins sont astringents et assez persistants, mais le Do Ut Des est plus chaud et dominé par l’oxydation, tandis que le Paneretta est encore fruité.

Troisième test, Carmignano vs IGT : le Tenuta di Ghizzano Nambrot 2009, IGT Toscana, de Conte Pierfrancesco Venerosi Pesciolini, un assemblage bordelais, 60 % merlot, 20 % cabernet franc et 20 % petit verdot, et le Piaggia Riserva 2009, DOCG Carmignano, de Mauro Vannucci, 70 % sangiovese, 20 % cabernet-sauvignon et 10 % merlot. Taux de succès dans l’identification du DOCG, encore 63 %; mais cette fois, c’est l’IGT qui a été préféré à 94 %.

Encore un millésime remarquable. Les deux vins sont grenat assez jeune, mais le carmignano est moins foncé. Le Nambrot est bien aromatique, très fruité (griotte, sirop de cassis), terreux, avec du sucre d’orge, de la sauce soya et des feuilles de thé. Le carmignano est plus complexe, presque aussi fruité (fruits noirs), épicé (anis), grillé, fumé, avec un début d’évolution. En bouche, il est bien gras, mais plus sec, plus élégant, avec des tannins fins, une note végétale, du menthol, de l’acidité, mais un équilibre approximatif.

Le Nambrot est plus gros, plus confituré, plus moderne, assez boisé, un peu chaud, mais mieux équilibré, avec des tannins bien enrobés; il termine sur la vanille, le maïs sucré et la betterave. La fin de bouche du carmignano est fruitée, fumée et marquée par une belle astringence. L’IGT Nambrot est un des deux vins à avoir fait l’unanimité ce soir.

Paire numéro quatre, Chianti Rufina vs IGT : le Castello di Nipozzano Montesodi Riserva 2005, DOCG Chianti Rufina, de Marchesi de Frescobaldi, 100 % sangiovese, et du même producteur, le Castello di Nipozzano Mormoreto 2006, IGT Toscana, un autre assemblage bordelais, 60 % cabernet sauvignon, 25 % merlot, 12 % cabernet franc et 3 % petit verdot. Le meilleur résultat de la soirée en ce qui concerne l’identification du DOCG, 69 %; et c’est ce Chianti Rufina qui a été le préféré à 56 %.

L’exception : un 2005 à côté d’un 2006. Si 2006 a été un millésime extraordinaire en Toscane, 2005 a été plutôt inégal, mais quand même très bon en Chianti. Cette fois encore, deux vins très semblables, autant à l’œil qu’au nez, et ce malgré la différence totale des cépages.

Les deux sont rubis opaque, moyennement aromatiques et d’un fruité net, éclatant même; le Montesodi est un peu plus grillé et camphré. Également, assez de ressemblance en bouche; deux vins corsés, bien fruités, mais le Montesodi, malgré des tannins un peu rugueux, est mieux équilibré par son acidité, tandis que le Mormoreto, aux tannins plus fins, est plus alcooleux. La fin de bouche du Mormoretto est assez impressionnante, bien sèche, grillée, avec du blé d’Inde, du chocolat amer, de la vanille et elle est interminable. Pas les deux vedettes de la soirée, mais la ronde la plus appréciée, avec 24 votes sur 32.

Cinquième et dernier test, Vino Nobile vs IGT : le Riserva Grandi Annate 2007, DOCG Vino Nobile di Montepulciano, d’Avignonesi, 85 % prugnolo gentile (sangiovese) et 15 % cabernet sauvignon, et le Castello del Terriccio 2007, IGT Toscana, un assemblage de syrah (50 %), de petit verdot (25 %), complété d’autres cépages noirs. Ici, il y a eu un os; le vino nobile était défectueux (début de bouchon), mais la moitié des dégustateurs ont quand même réussi à identifier le deuxième vin comme étant l’IGT. Évidemment, tous ont préféré le Terriccio.

2007 est un autre millésime remarquable en Toscane, et même extraordinaire à Montalcino. Malheureusement, le Grandi Annate, une cuvée produite par Avignonesi seulement lors des grandes années, est défectueux. Il est rouge brique, aromatiquement intense, mais avec surtout de la cerise au marasquin et du carton mouillé (oxydation avancée); on ne détecte pas de fruit. La bouche est chaude, fatiguée. Cela ressemble bien à un début de bouchon. Dommage.

Le Terriccio, pour sa part, est superbe! C’est l’oeuvre d’un des oenologues les plus réputés d’Italie, Carlo Ferrini, consultant, en autres, chez Ricasoli, Fonterutoli et Brancaia. Il est grenat foncé, encore très jeune. Le nez est bien ouvert, fruité (cerise noire), animal, complexe, avec un peu de vanille et des épices orientales. Assez corsé, il est bien sec, fruité, bien tannique, mais parfaitement équilibré. La fin de bouche est agréablement astringente, juteuse et très, très persistante. C’est le deuxième vin de la soirée à avoir fait l’unanimité.

Donc, cette fois, les succès sont plus mitigés. En moyenne, les DOCG n’ont été identifiés correctement que dans seulement 55 % des cas. Quant aux préférences, ce sont les IGT qui l’emportent, dans 64 % des cas (53 % si l’on exclut la dernière paire dont le DOCG était défectueux). Un exercice amusant, mais, quand même, une bonne leçon d’humilité. Félicitations à Mario qui a réussi à nous présenter une belle variété de vins, malgré leur proche parenté.

Alain Brault

4 avril 2018

Thème : Les cépages et styles de vins du Valais
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Philippe Müller

Connaissez-vous les vins du Rhône, en amont du lac Léman? Le Valais est une région viticole de la Suisse qui se distingue par une formidable palette de sols, d’expositions, de climats, en un mot, de terroirs. Le Valais jouit de conditions idéales à l’épanouissement d’une multitude de cépages, dont plusieurs autochtones. Venez découvrir ses vins par l’entremise de deux producteurs visant à faire valoir les terroirs valaisans. Connaissez-vous le fendant, la petite arvine, le cornalin, l’humagne rouge, ou bien l’interprétation valaisanne de la marsanne, de la syrah, du pinot noir et du heïda (savagnin)?

Venez déguster les vins sélectionnés par Philippe qui vous feront découvrir les cépages (ci-haut mentionnés) et styles des vins du Valais. La dégustation se terminera par un liquoreux. Effectivement, grâce à son climat exceptionnel, ses arrière-saisons sèches, ensoleillées, chaudes le jour et fraîches la nuit, ses rosées matinales, ses divers vents dont, bien sûr, l’incontournable foehn, le Valais permet au raisin un dessèchement automnal idéal. L’invitation est lancée pour cette dégustation aux allures d’atelier éducatif.

C’est carrément à un cours sur les vins du Valais, en Suisse, que Philippe nous a conviés. Impressionné, lors de ses voyages, par la qualité du travail de certains producteurs de cette région, il a voulu partager ses découvertes avec les membres de l’Académie et nous faire apprécier cette région vinicole assez peu connue ici. Nous avons d’abord eu droit à un cours condensé sur la géographie, les sols et les conditions climatiques de ce vignoble du Haut-Rhône suisse (avant son passage dans le lac Léman) ainsi que sur les cépages qui y sont cultivés.

Quatre des cinq cépages blancs les plus importants ont été dégustés : le chasselas, la petite arvine, le heida (païen en français) et la marsanne, qui représentent plus de 71 % de l’encépagement blanc de la région. En rouge, nous avons dégusté quatre des huit cépages les plus cultivés : le pinot noir, la syrah, l’umagne rouge et le cornalin, qui comptent pour la moitié de l’encépagement noir.

Pour cette démonstration, Philippe s’en est remis à seulement deux producteurs dont il trouve les vins particulièrement intéressants et représentatifs de ce qui se fait de mieux dans le Valais : les domaines Histoire d’Enfer et Rouvinez, qui s’efforcent tous les deux de mettre en valeur les différents terroirs de la région.

Tous les vins ont été servis en double aveugle, seule la liste des cépages étant connue des participants.

D’abord, les vins blancs : des domaines Rouvinez, le Fendant de Sierre 2015, l’Ermitage Domaine Prafalcon 2013, le Petite Arvine Domaine Château Lichten 2015 et le Cœur du Domaine 2013; du domaine Histoire d’Enfer, le Païen Réserve 2014.

On connait le Fendant du Valais au Québec depuis très longtemps. Ce Fendant de Sierre 2015, fait uniquement de chasselas (un bon raisin de table), est cependant bien différent de ceux, plutôt simples et pointus, que nous offrait autrefois la SAQ. Il est jaune paille, au nez bien ouvert, fruité (pêche, agrume, note exotique), floral et légèrement épicé. Le vin, bien sec, emplit bien la bouche (un peu huileux) et est équilibré par une acidité raisonnable (pour un 2015). Un très bon vin à boire jeune.

La famille Rouvinez possède vingt-quatre domaines dans le Valais; cet Ermitage 2013 vient du domaine Prafalcon, près de Sierre, où ils cultivent la marsanne (appelée localement ermitage). Le vin est jaune doré bien brillant. D’intensité d’abord moyenne, le nez s’ouvre progressivement sur des arômes fruités (agrumes), épicés (poivre blanc), floraux avec une note un peu bonbon et du miel. En bouche, c’est gras, élégant, bien fruité et très bien équilibré. Ça finit sur le fruit (pêche), avec une légère chaleur et une bonne persistance.

Au château Lichten (Coteau de Loèche), ils cultivent plusieurs cépages dont la petite arvine, un cépage indigène qu’on ne retrouve pratiquement que dans le Valais et dans le Val d’Aoste voisin, en Italie. Ce Petite Arvine 2015 est très pâle et limpide. Il est aromatique, floral, bien fruité (ananas, agrumes, un peu de rhubarbe), avec de la cire. Moins gras et plus simple que l’ermitage 2013, il est cependant plus minéral et tout aussi équilibré. La finale est fraîche, fruitée et vive, avec une intéressante note saline.

Le cépage païen, appelé heida dans le Haut-Valais, n’est autre que le savagnin des grands vins jaunes du Jura, en France; le vin qu’on en fait dans le Valais est cependant bien différent. Ce Païen Réserve 2014 du domaine Histoire d’Enfer est aromatiquement intense, très intéressant, avec des fruits tropicaux, de la cire d’abeille, des épices (cannelle) et une légère odeur de laine humide. Moyennement corsé, il est quand même bien structuré et ample en bouche, bien fruité, minéral (roche mouillée), beurré (comme un chardonnay), très mûr et de bonne longueur. Un très beau vin.

Pour le cinquième vin blanc, on retourne chez Rouvinez. Ce Cœur du Domaine 2013 est un assemblage de petite arvine du domaine des Seilles, de savagnin du domaine de La Leyraz et de marsanne du domaine de Prafalcon, vinifiés et élevés en foudres de chêne suisse pendant une année. Le résultat est impressionnant. La robe est peu évoluée, jaune paille légèrement verdâtre. Le nez est boisé (grillé, vanillé), avec du beurre, de la noisette et des fruits exotiques (ananas, agrumes) bien mûrs. Le vin est gras, bien frais, très bien équilibré, avec de belles saveurs de citron confit, de caramel et d’épices. La finale est juteuse, fruitée et très persistante.

On passe aux vins rouges : d’Histoire d’Enfer, le Pinot Noir L’Enfer de la Passion 2013, l’Humagne Rouge L’Enfer de la Roche 2013 et le Syrah l’Enfer de la Patience 2013; de Rouvinez, le Syrah du Domaine de Crêta-Plan 2014 et le Cornalin du Domaine de Montibeux 2014.

Le pinot noir 2013 est rubis pâle limpide, éclatant. Le nez est intense, fruité (cerise noire), épicé (poivre), légèrement terreux, bien jeune, mais bien typé pinot noir. L’attaque est fraîche, le vin est assez corsé, bien rond, gouleyant, très fruité avec une note minérale, le tout très bien équilibré. La finale est fruitée, poivrée, juteuse et très longue. Un très beau pinot noir, mais malheureusement pas donné (120 $ en importation privée chez IVSQ).

L’humagne rouge du Valais est le cornalin du Val d’Aoste voisin. L’Enfer de la Roche 2013 est rubis assez pâle, mais brillant. Au nez, il est plus discret que le pinot noir, peu défini, avec des notes végétale, animale et poivrée. Moyennement acide et légèrement tannique en bouche, il est assez équilibré, mais plutôt simple, avec un goût de raisin. La fin de bouche est bien sèche, un peu verte, amère (rafle?) et assez persistante. Sans contredit un vin de bouffe. Le vin le moins apprécié de la soirée.

Le Syrah 2014 de Rouvinez est rubis très foncé, avec des reflets violacés. Le nez est bien ouvert, très épicé (girofle), au fruité très mûr et sucré (prune, cerise noire), avec du tabac. La plupart ont reconnu la syrah. L’attaque est fruitée, le vin est gras, riche, confituré, de facture plutôt moderne, mais équilibrée par une bonne acidité. Ça finit sur une belle astringence, avec du fruit, de la torréfaction, une certaine chaleur et c’est très, très long. Beaucoup trop jeune.

Un autre vin de syrah, mais un 2013 du domaine Histoire d’Enfer. Également rubis, mais un peu moins foncé et légèrement brouillé, celui-ci est plus discret, plus « viandeux », avec un caractère « foxy » qui disparaît avec le temps, épicé (poivre), fumé (comme un côte-rôtie), avec des fruits noirs, de la minéralité et des fines herbes séchées. Le corps est moyen, mais le vin est bien fruité, crayeux, délicat, avec des tannins discrets, très fins, enrobés et une saveur de tomate séchée. L’équilibre est irréprochable. La finale est fruitée, légèrement astringente et les saveurs continuent d’évoluer. Un très grand syrah.

Dernier vin rouge, le Cornalin 2014 de Rouvinez. Ce qu’on appelle le cornalin dans le Valais est en fait le « rouge du pays », le vrai cornalin, celui du Val d’Aoste, y est appelé humagne rouge. Ce 2014 est rubis presque opaque. Le nez est bien ouvert, bien fruité (fraise, framboise) et assez complexe, avec des raisins séchés et de la figue sèche. En bouche : une belle texture, de la délicatesse, de la concentration, des fruits mûrs et du soleil. C’est enveloppant, légèrement sucré et tout à fait délicieux.

Finalement, nous avons eu droit à un dessert, et quel dessert! Un vin de Classification Grain Noble Confidentiel, le regroupement de producteurs qui contrôle la qualité de ce type de vin en Suisse.

Cette vendange tardive des domaines Rouvinez est un assemblage de marsanne, de pinot gris et de petite arvine, passerillés sur pied et botrytisés. Le résultat est superbe. Le vin est or ambré. Le nez est très intense, botrytisé, très fruité, rappelant les raisins de Corinthe séchés. La première chose qu’on remarque en bouche est la très belle acidité qui, malgré la grande concentration et la teneur en sucre, empêche toute lourdeur et assure un équilibre parfait; le style rappelle le Vin Santo italien. En fin de bouche, on retrouve une belle amertume, du caramel, des agrumes confits (écorce d’orange) et la longueur est interminable. Le vin de la soirée, à l’unanimité!

En conclusion, nous avons eu droit à des vins racés, originaux, élégants, certains au potentiel de vieillissement indéniable; des vins issus d’une combinaison des méthodes traditionnelles avec les techniques modernes, misant, entre autres, sur le caractère des cépages, sur les vinifications parcellaires, sur l’usage bien dosé de l’élevage sous bois, etc. Philippe nous a convaincu que, comme tous les grands vignobles du Monde, le Valais compte d’excellents producteurs dont l’objectif est de tirer le meilleur des cépages, des terroirs et des techniques à leur disposition.

En pigeant généreusement dans sa cave personnelle, il a voulu nous montrer que la viticulture suisse a beaucoup évolué depuis l’époque où nous devions nous contenter des exemplaires, souvent médiocres, de Fendant du Valais (en blanc) et de Dôle du Valais (en rouge) qui arrivaient sur les tablettes de notre monopole. Mission accomplie.

Alain Brault

18 avril 2018

Thème : Ceteris paribus
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Philippe Richer

Ceteris paribus (forme complète : ceteris paribus sic stantibus) est une locution latine se traduisant par : « toutes choses étant égales par ailleurs ». Elle est utilisée dans un modèle théorique ou l’influence de la variation d’une quantité (la variable explicative) sur une autre (la variable expliquée) est examinée à l’exclusion de tout autre facteur. Nous ferons donc une grande dégustation axée sur l’isolation d’une seule variable à la fois pour chacune des quatre volées qui seront analysées à l’aveugle. C’est donc un rendez-vous pour cette soirée qui promet d’être très forte tant sur la plan analytique que des émotions.

Comme l’indique son thème, Philippe a servi trois volées dans lesquelles les vins étaient identiques, à l’exception d’une seule variable (ex. : le millésime). Le défi, pour les participants, consistait à identifier cette variable.

Tous les vins servis sont issus de culture en biodynamie et ont tous été servis en double aveugle.

Mais d’abord, comme mise en bouche, nous avons eu droit à un vin mousseux assez peu connu (sauf de quelques amateurs), le Metodo Classico dosaggio zero 2010 de Zýmē di Celestino Gaspari, un VSQ (vino spumante di qualità) fait exclusivement de pinot noir. Le vin est jaune pâle, brillant, peu mousseux, bien aromatique, fruité (citron, pomme), minéral (craie), avec une légère note de biscuit. Il pétille bien en bouche et l’acidité est plutôt élevée. La finale est fruitée, un peu pointue et assez longue. Une belle découverte qui devrait rester encore en cave.

Première volée : deux vins du même producteur, même millésime, même appellation. Très peu de participants ont reconnu qu’il s’agissait du premier et du second vins d’un même château, le Château Smith Haut Lafitte 2006, Pessac-Léognan Grand Cru Classé et Les Hauts de Smith 2006, Pessac-Léognan.

Le Smith Haut Lafitte est grenat assez foncé, légèrement violacé et brouillé; Les Hauts de Smith est grenat plus clair. Au nez, le grand vin est plus intense, plus terreux, plus animal, tandis que le deuxième vin est plus épicé, moins boisé; les deux offrent des notes de sous-bois (feuilles séchées) et végétales. La différence est assez marquée en bouche également.

Les deux vins sont corsés, mais le premier est plus tannique, avec un milieu de bouche métallique et de la tomate séchée; les tannins du deuxième sont plus fondus et il semble plus équilibré. La finale des Hauts est moins boisée, moins astringente, plus épicée; les deux sont très longs, mais dans le grand vin c’est surtout le boisé (coconut) qui reste. Ce stade de leur évolution, Les Hauts de Smith a été préféré au Grand Cru Classé.

Volée no 2 : Cette fois, la variable à identifier était le millésime. Il s’agissait d’une mini verticale d’I Sodi di San Niccolò, l’IGT Toscana de Castellare di Castellina, des millésimes 2006, 2008, 2010 et 2011. C’est un assemblage de sangioveto (environ 85 %) et de malvasia nera.

À l’œil, il n’est pas évident de déterminer les millésimes; le 2006 (millésime exceptionnel) semble encore bien jeune, tandis que le 2008 (très bon millésime comme le 2010) est le plus évolué et les deux autres d’un grenat plus pâle pour le 2010, moyen pour le 2011 (millésime plus difficile).

Au nez, ils ont en commun d’être très boisés (trop pour certains) et bien fruités (fraise, framboise), le 2006 étant plus confituré, le 2008 plus intense, crémeux, le 2010 plus discret, poussiéreux et le 2011 également discret, mais épicé, torréfié, avec une intéressante note de goudron.

La structure en bouche est assez semblable, moyennement corsée, pour tous les vins excepté le 2010 qui est un peu plus léger, plus rond, plus frais. Dans les quatre vins, on retrouve la cerise, le noyau de cerise, du chocolat, du poivre et un peu de caramel. Les quatre sont parfaitement équilibrés. Ils sont également très semblables en fin de bouche : légèrement astringents, bien fruités, boisés et très persistants. Quatre très grands vins.

La troisième volée a été la plus difficile de la soirée. Il s’agissait de quatre « crus » de l’IGT Terre Siciliane de Frank Cornalissen, toutes du millésime 2014 qui, contrairement au reste de l’Italie, a été une année exceptionnelle sur l’Etna. Les crus ont été présentés en ordre croissant d’altitude. Ce sont : MunJebel Rosso CS Contrada Zottorinoto – Chiusa Spagnolo 2014 (620 m), MunJebel Rosso PA Contrada Feudo di Mezzo — Porcaria 2014 (640 m), MunJebel Rosso MC Contrada Monte Colla 2014 (760 m) et, le « grand vin » de la maison, Magma Rosso Contrada Barbabecchi 2014 (870-910 m). Tous ces vins sont faits exclusivement de nerello mascalese.

Le MunJebel CS est grenat pâlot, brouillé, très aromatique, mais marqué par l’acidité volatile. En bouche, il est bien fruité, avec de beaux tannins, mais le goût de marinade (vinaigre) revient. Il finit très astringent (jeune) et plutôt vert. Le vin le moins apprécié de la soirée.

Le MunJebel PA est grenat clair; il est moins aromatique, épicé (poivre) et la note volatile est beaucoup plus discrète. Il a une certaine rondeur en bouche, une bonne acidité, des tannins plus fins, mais quand même astringents, en léger piquant et de l’alcool (kirsch). La finale est plus fruitée et la longueur également bonne.

Le MunJebel MC est, pour la plupart, le meilleur des quatre. Il est plus intense, plus mûr, avec du menthol, un peu d’alcool et une note végétale (céleri) intéressante. Il est plus structuré, plus gras, plus rond, n’offre pas l’impression de piquant (perlant) des autres, mais est aussi alcooleux. Il est beaucoup plus équilibré.

Enfin, le Magma est plus clair, plus rubis, bien ouvert, avec des épices et du menthol. Il est peu corsé, piquant (qui va en diminuant), les tannins sont fins et la finale fruitée. Un assez beau vint, mais qui ne justifie pas son prix (autour de 240 $, trois fois le prix des MunJebel).

Les quatre vins ont en commun leur robe bien jeune, une acidité volatile perceptible, une belle note chocolatée, un léger perlant, beaucoup de fraîcheur et de minéralité. Une dégustation précédente (28 mars 2018) montrait que les vins « naturels », moins concentrés, plus vifs, sont de plus en plus appréciés, mais ça n’a pas été le cas cette fois. Reste à voir comment ces vins évolueront en cave; ils ont certainement l’acidité pour tenir.

Finalement, étant donné que Philippe aime bien organiser sa dégustation pour célébrer son anniversaire, il nous a offert une gâterie pour l’occasion : le Châteauneuf-du-Pape Pignan Réservé 2001 (millésime extraordinaire) du Château Rayas.

Comme son grand frère Rayas, Pignan est fait de grenache à 100 %. Après toutes ces années, sa robe est pâle et bien tuilée. Les arômes sont intenses et plutôt tertiaires (cuir, sous-bois, champignons), avec un peu de camphre et encore du fruit (cerise rouge). La bouche est ronde, enveloppante, les tannins fondus; on goûte les raisins de Corinthe, le caramel salé et l’équilibre est parfait. Un vin tout en finesse, bien sec et très, très persistant. Le vin de la soirée, à l’unanimité.

Bon anniversaire Philippe!

Alain Brault

2 mai 2018

Thème : L’Alsace
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Marc-Étienne Lesieur

L’Alsace est un terroir de grands vins blancs. Nous survolerons et comparerons les principaux cépages et domaines qui ont fait la réputation vinicole alsacienne. Quelle sera votre préférence? Durant cette tournée, il y aura aussi un clin d’œil à un domaine adoptant une approche vinicole qui est hors-norme aujourd’hui, mais qui était pourtant systématique dans la région autrefois. À vous de le découvrir… Son approche sera-t-elle la préférée?

Après une brève présentation sur le vignoble alsacien, son encépagement, ses vins, ses marchés, Marc-Étienne nous a servi, comme entrée en matière, le Crémant d’Alsace d’une productrice qui a visité l’Outaouais récemment, Mme Sophie Barmès, de la maison Barmès-Buecher, qui travaille en biodynamie.

Ce mousseux de méthode traditionnelle (deuxième fermentation en bouteille) est un assemblage de pinot auxerrois (42 %), de pinot gris (36 %), de chardonnay (13 %) – le chardonnay n’est autorisé que dans les crémants en Alsace – et de pinot blanc (8 %). Le vin est jaune paille brillant, très aromatique, fruité, floral, avec un peu de miel. L’effervescence est agréable en bouche et l’acidité et un dosage adéquat donnent un bel équilibre. La finale est bien fruitée et assez longue.

Ont suivi trois paires de vins dont il fallait identifier le cépage, le millésime et, si possible, le producteur. Première volée, deux rieslings 2008 : la Cuvée Frédéric Émile de la maison Trimbach et le Grand Cru Kessler du domaine Schlumberger.

Le Trimbach est jaune verdâtre (surprenant pour un 2008) scintillant et le Schlumberger or pâle, plus évolué, plus normal, tout aussi limpide. Au nez, les deux sont intenses, pétrolés (pas trop), fruités (agrumes), bien typés riesling; le Trimbach est plus sur la cire, plus minéral (craie), plus citronné, tandis que le Schlumberger est plus fleurs blanches et miel.

Tous ont identifié le riesling.

En bouche, le Trimbach est corsé, très sec, avec une acidité prononcée, presque tranchante.

La finale est très fruitée, très jeune, rafraîchissante, avec une note saline et elle est très, très longue. Un vin d’été (pour le moment) et définitivement un vin de grande garde.

Le Schlumberger est beaucoup plus gras, plus rond (avec ses 6,3 g/l de sucre résiduel), un peu lourd à l’attaque, mais l’acidité finit par équilibrer le tout parfaitement. Ainsi, la fin de bouche est très juteuse, moins minérale, moins fruitée, avec une belle note de caramel. Celui-là est prêt.

Les participants l’ont préféré au Trimbach.

Deuxième paire, deux pinots gris 2008 de Zind-Umbrecht : le Clos Windsbuhl et le Grand Cru Clos Saint Urbain Rangen de Thann.

Le Windsbuhl est jaune doré scintillant, tandis que le St Urbain est or pâle. Le premier est plus discret, moins défini; on y détecte le pamplemousse rose, le miel, l’acacia, le cantaloup et des fruits exotiques. Dans le second, beaucoup plus expressif, c’est la cire d’abeille, le litchi, la pêche, l’abricot, un peu de poivre et, également, le miel et l’acacia. La plupart ont correctement identifié le cépage.

En attaque, le Windsbuhl est plutôt sucré (37 g/l) et un peu lourd (l’acidité y est, mais à peine suffisante); le vin est bien fruité (fruits exotiques). Le St Urbain paraît moins sucré, mieux équilibré, malgré ses 46 g/l de sucre; cette fois, l’acidité est amplement suffisante et le sucre semble plus fin. La finale du premier est sévère, un peu rêche, amère, avec du caramel brûlé, tandis que celle du deuxième est plus fraîche, plus épicée, plus agrumes confits. Les deux sont assez persistants. Le Clos Windsbuhl a été le vin le moins apprécié de la soirée.

On continue dans la même veine avec la troisième paire; cette fois, il s’agit de deux gewurztraminers 2008 : la Cuvée des Seigneurs de Ribeaupierre de Trimbach et le Grand Cru Streingrubler du domaine Barmès-Buecher. Ici, un vin plutôt sec, le Trimbach (environ 12 g/l) et l’autre beaucoup plus doux, à 54,6 g/l de sucre résiduel.

Les deux ont une belle teinte dorée, un peu plus foncée pour le Streingrubler. Le Ribeaupierre est bien ouvert, floral, avec une note d’amande et le fruité typique (litchi) qui s’ouvre graduellement.

Le Streingrubler est plus intense, plus évident (litchi prononcé), plus épicé, avec des agrumes confits, de la rose et des noisettes.

Les deux vins sont très gras en bouche. Le Ribeaupierre est plus alcooleux, plus sec et mieux équilibré par une très bonne acidité. Le Streingrubler est plus fruité, mais certains l’ont trouvé un peu lourd. Les deux finissent sur le caramel, mais le Ribeaupierre est plus sec, avec une belle amertume, tandis que le Streingrubler est plus fruité et plus long.

C’est ce dernier qui a été préféré.

Trouver la différence dans la dernière volée était beaucoup plus difficile. Il s’agissait de quatre vins d’un même producteur, Marcel Deiss, qui pratique la complantation. Ces vins sont donc tous des assemblages, mais proviennent de parcelles différentes : le Engelgarten 2012 (45 % riesling, 45 % pinots gris, beurrot et noir et 5 % muscat), le Gruenspiel 2008 (riesling, pinot noir et gewurztraminer en parts égales), le Burg 2008 « premier cru » selon Deiss (complantation de tous les cépages traditionnels alsaciens) et le Grand Cru Altenberg de Bergheim 2008 (ici, il semble y avoir confusion à propos de l’assemblage).

Selon le site www.marceldeiss.com, cette parcelle est dite en « Complantation de tous les cépages traditionnels alsaciens… même le chasselas rose ! », mais selon le décret de l’AOC Alsace Grand Cru, les cépages autorisés – exceptionnellement – en assemblage pour Altenberg de Bergheim sont le riesling (50 à 70 %), le gewurztraminer et le pinot gris (10 à 25 % chacun) et, accessoirement, pour les vignes plantées avant le 26 mars 2005, le chasselas, le muscat à petits grains blanc, le muscat à petits grains rose, le muscat ottonel, le pinot blanc et le pinot noir (maximum de 10 % au total). Cette liste ne comprend pas l’auxerrois (pinot), le savagnin rose ni le sylvaner.

Les vins ont été servis selon un ordre croissant de la teneur en sucre. Les quatre vins sont assez semblables de couleur, or avec des reflets orangés, le dernier étant plus foncé.

D’un très bon millésime, le Engelgarten 2012 est moyennement aromatique, assez peu défini, minéral (léger pétrole), fruité (raisins verts, citron) et légèrement fumé. La bouche est assez sèche (11,3 g/l), avec une légère amertume et un perlant, tout en étant très bien équilibrée. La finale est un peu verte.

Le Gruenspiel 2008 (millésime à peine plus coté que 2012) est plus ouvert, avec du fruité, des fleurs blanches, du miel et de la minéralité. Il est également plus rond, plus onctueux (19,8 g/l), sans être très sucré (l’acidité est là), mais quand même un peu lourd pour certains.

Il finit sur le sucre d’orge et une belle note épicée et il est très, très long.

Le Burg 2008, avec sa note oxydative assez prononcée, n’a pas été au goût de tous; elle donne pourtant un rancio agréable, rappelant certains vieux champagnes. On y détecte aussi du miel, des amandes grillées et de l’alcool. En bouche, le rancio revient, sur une très belle texture (27 g/l), avec une bonne acidité et un très bon équilibre.

Ça finit sur le caramel brûlé, le noyau, la marmelade et c’est très persistant.

Défectueux pour certains, délicieux pour d’autres.

Enfin, le Grand Cru Altenberg de Bergheim 2008, le vin préféré de la soirée, est bien aromatique, fruité, légèrement pétrolé, avec une intéressante note de champignon.

L’attaque est sucrée (74 g/l !) mais l’acidité arrive pour bien équilibrer le tout. C’est le plus sucré des quatre, le plus fruité; il est grillé, minéral, tout en élégance et finit sur les agrumes avec une légère amertume et une très bonne longueur.

Une dégustation très intéressante, sur un vignoble que l’on croit très bien connaître, mais qui réserve quand même de belles surprises. Merci Marc-Étienne.

Alain Brault

16 mai 2018

Thème : Brunello partie II
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Louis Landry

L’année dernière, la demande avait été tellement grande pour la dégustation de Louis sur le Brunello di Montalcino qu’il a accepté de remettre ça cette année, pour ceux qui n’avaient pas pu avoir une place la première fois.

Il a débuté la soirée par une présentation très étoffée sur cette DOCG de Toscane, une des plus réputées d’Italie. Après avoir couvert l’histoire de cette appellation et l’avoir située géographiquement, il a mis l’emphase sur le thème principal de sa dégustation : il n’y a pas un Brunello di Montalcino, mais plusieurs. En d’autres mots, la configuration géographique, l’orientation des vignes et les variations géologiques et climatiques qui en découlent font en sorte que le style du vin varie beaucoup d’une zone à l’autre. Cela devient assez évident lorsqu’on regarde une carte en trois dimensions de la région.

https://youtu.be/YX3LqL_AuRE

Il a identifié les zones les plus importantes : celle autour de Montalcino (élégance, longue garde); celle de Torrenieri à la pointe nord-est de la DOCG (plus fraîche, vins plus légers); dans le sud, plus chaud, Camigliano à l’ouest (vins savoureux), Sant’Angelo Scalo (vins musclés, à boire jeune) et Castelnuovo dell’Abate (plus chaud, plus venteux, élégance et puissance).

Zone du Brunello

Chaque zone a ses qualités et ses défauts et peut être favorisée ou non, selon les caractéristiques du millésime. Les douze vins dégustés (en double aveugle) ont été sélectionnés afin d’illustrer ces différents styles et la façon dont certains producteurs assemblent des cuvées de différentes zones pour obtenir le style de vin désiré.

Première volée

On commence avec deux vins d’Altesino (no 13 sur la carte), une azienda située au nord de Montalcino, mais qui possède aussi des vignes dans le sud (à Castelnuovo dell’Abate, entre autres). Les vins sont le Brunello di Montalcino 2003 et le Brunello di Montalcino Riserva 2012.

2003 a été un millésime caniculaire en Europe, qui a surtout donné des vins « énormes », mais qui est quand même considéré comme excellent en Toscane. Le vin est grenat clairet, bien tuilé, très évolué, au nez bien ouvert, peu fruité et plutôt tertiaire (sous-bois, cuir, tabac, herbes séchées), avec un début d’oxydation (carton mouillé)… dépassé pour certains. En bouche, il est rond, délicat, sans lourdeur, parfaitement équilibré par une bonne acidité et une astringence encore marquée; ce n’est qu’en fin de bouche qu’on perçoit du fruit (cuit) et une légère chaleur (13,5 %).

Le Riserva 2012 (millésime remarquable) est totalement différent. Il est également grenat clairet, mais avec des reflets rubis de jeunesse. Il est bien aromatique, très fruité (griotte), mais marqué par des arômes fermentaires, médicamenteux, qui rappellent un peu le pamplemousse; on dénote aussi un caractère végétal, des champignons, du caoutchouc chauffé et un côté résineux. L’attaque est plutôt rustique (fruit primaire et tannins rugueux), mais le vin est bien gras, très vif, légèrement perlant et, comme au nez, très fermentaire et l’équilibre est encore approximatif. Aucune surprise en finale : c’est très fruité, un peu rêche, mais assez persistant. À attendre.

Suivent deux vins d’un millésime extraordinaire, de la maison Casanova di Neri (située à l’est de Montalcino, no 48) : le Brunello di Montalcino 2007 et le Brunello di Montalcino Tenuta Nuova 2007.

Le brunello 2007 générique est assez clair, avec des reflets brique de maturité. Le nez assez ouvert est très intéressant, torréfié (chocolat noir) et plutôt évolué (viande, cèdre, feuilles mortes). En bouche, il est tout en rondeur et en finesse, avec des tannins délicats, mais bien présents et encore du fruit, le tout avec un équilibre exceptionnel. La finale chocolatée, peu astringente fait beaucoup saliver et est très longue.

Le Tenuta Nuova (un « single vineyard ») est beaucoup moins évolué (reflets rubis) et plus foncé; plus discret au nez, mais aussi chocolaté. L’attaque est vive, c’est gras, corsé, bien fruité, assez acide et les tannins sont très fins, ce qui donne un bon équilibre. La fin de bouche est très torréfiée, très sèche, astringente même, légèrement alcooleuse (14 %) et bien persistante.

Deuxième volée

D’abord, deux autres vins du même millésime : le Brunello di Montalcino 2007 de La Serena et le Pian delle Vigne 2007 de Marchesi Antinori.

La cantina La Serena est une entreprise familiale (Andrea Mantengoli), située à l’est de Montalcino (no 109). Ce 2007 semble surprenamment jeune à l’œil et très foncé pour du sangiovese. Le nez est d’intensité moyenne, très fruité, boisé (sans excès), grillé et certains y ont détecté des arômes de cola; le vin évolue beaucoup dans le verre et devient plus complexe, avec du tabac, de la réglisse et des épices (cannelle). Il est très bien équilibré, torréfié, fruité, assez tannique et finit sur les fruits mûrs (cerise), le noyau et une note chaude (14,5 %).

La maison Marchesi Antinori produit le Pian delle Vigne depuis 1995, près de Camigliano, dans le sud-ouest de l’appellation (no 104). Ce 2007 est très pâle, très évolué. Le nez est intense, mais également très avancé (début d’oxydation), avec des notes florale, végétale, du sucre brun, du goudron, du cuir et il est encore fruité malgré tout. Il semble beaucoup moins évolué en bouche qu’au nez. Il est rond, soyeux, avec de beaux tanins granuleux assez fondus, un bon fruité (doucereux pour certains) et l’acidité qu’il faut pour un très bon équilibre. En fin de bouche, c’est juteux, les arômes tertiaires arrivent et c’est très long.

Suivent le Brunello di Montalcino Pieve Santa Restituta 2010 d’Angelo Gaja et le Brunello di Montalcino 2001 de Mastrojanni.

Septième vin, un brunello 2010 (autre millésime extraordinaire), le Pieve Santa Restituta acquis en 1994, par le réputé producteur barbareschese, Angelo Gaja, est situé près de Sant’Angelo in Colle, dans le sud de la DOCG (no 76). À l’œil, le vin est grenat clairet avec des reflets rubis de jeunesse, tout à fait normal pour un sangiovese, mais la « typicité » s’arrête là. On a affaire à un style de vin beaucoup plus boisé, plus tannique, plus « gros » que le brunello habituel. Le nez est intense, bien fruité, très boisé (coconut) et torréfié (pain grillé). En attaque, c’est du fruit épicé, mais ça devient vite très tannique, très, très boisé (vanillé), avec du sucre brûlé et une acidité correcte pour garder un certain équilibre. Ça finit sur les fruits cuits, l’astringence et l’amertume; la persistance est là, mais complètement dominée par le bois. Un style très Nouveau Monde. Ce vin a été, malgré tout, le plus apprécié de la soirée. Pour la très longue garde.

On termine la deuxième volée avec un 2011 (millésime remarquable) de Mastrojanni (propriété des cafés Illy), près de Castelnuovo dell’Abate, à la pointe sud-est de l’appellation (no 21). C’est le vin le plus clair de la dégustation et on y trouve en même temps, des reflets rubis et cuivrés. Le vin est expressif, plutôt boisé (et vanillé), avec du fruit très mûr et une note animale, un peu tertiaire. En bouche, on y retrouve, mais à un niveau beaucoup moindre, le côté fermentaire de l’Altesino 2012; le vin est très fruité, les tannins très fins, mais assez astringents et une acidité très agréable vient équilibrer le tout parfaitement. Un vin intense, très fruité, mais plutôt alcooleux (15 %).

Troisième volée

D’abord, d’un autre millésime extraordinaire, le Brunello di Montalcino 2010 de Lisini, un producteur traditionnel établi en 1967 dans le Sud, près de Sant’Angelo in Cole (no 3).

Encore une fois, le vin est grenat clair, mais très légèrement tuilé. Il est ouvert, bien fruité (un peu bonbon), avec du chocolat, des champignons et des notes florale, fumée et un peu de cuir. En bouche, il est rond, plein, bien frais, avec des tannins fins, soyeux, un fruité qui laisse une impression sucrée et une belle note saline. La finale est juteuse, confiturée et légèrement asséchante.

Et, pour terminer, une mini-verticale de Brunello di Montalcino 2007, 1997 et 1990 de Castello Banfi, établi dans l’extrême sud de l’Appellation, à Sant’Angelo Scalo (no18), depuis 1978.

Le 2007 est très limpide, plutôt clair et sa couronne brique indique une certaine maturité. Le nez, d’intensité moyenne, complexe, montre aussi un début d’évolution, avec des champignons, une très légère note de cave humide et un intéressant côté iodé. La bouche est très bien équilibrée, avec de la rondeur, des tannins serrés, des fruits cuits et de la finesse; elle se termine sur le fruité, une belle astringence et a de la longueur.

La teinte du 1997 (millésime remarquable) est encore jeune, très foncée et légèrement trouble. Le nez est intense, encore fruité, mais très évolué, avec un côté animal qui s’estompe un peu avec l’aération. L’attaque est fruitée (cerise), le corps est moyen, avec des tannins bien présents, assez souples, qui donnent une belle astringence; le vin est frais, juteux, enveloppant. En fin de bouche, on retrouve des fruits confits (figue), de la torréfaction (café) et c’est très, très long.

Le 1990 (millésime moins coté mais tout de même excellent) est également encore très foncé, mais la couronne a commencé à brunir. Le nez, très intense, est maintenant bien tertiaire (porcini, sous-bois, feuilles mortes), très écurie (brett) et légèrement oxydé. En bouche, le vin est très bien équilibré, moyennement corsé, tout en délicatesse. La finale est encore astringente, un peu rêche et très persistante.

Pour une deuxième année consécutive, Louis a clairement démontré la nature très changeante des grands vins de Montalcino. Les participants en ressortent équipés des critères nécessaires pour bien sélectionner leur brunello, selon leurs goûts personnels et selon les millésimes. Merci Monsieur le professeur.

Alain Brault

30 mai 2018

Thème : Rhône Nord et Sud
Formule : Club du mercredi
Organisateur : Philippe Desrosiers

Philippe nous avait présenté sa dégustation comme une tournée des Côtes du Rhône, de ses cépages et de ses principales appellations. Après nous avoir présenté la région et ses deux grandes zones, il nous a proposé, en double aveugle, trois volées de quatre vins : une première de vins blancs, une de vins rouges du Sud et une de rouges du Nord.

 

Première volée, quatre vins blancs, un d’appellation générique et trois AOC communales : le Côtes du Rhône Laurus 2015 de Gabriel Meffre, le Châteauneuf-du-Pape 2009 du Domaine de Beaurenard, l’Hermitage 2007 de Guigal et le Condrieu Chanson 2010 du Domaine du Monteillet de Stéphane Montez. Les millésimes n’étaient pas en ordre, mais les teintes l’étaient, du plus pâle au plus foncé.

Le Laurus est jaune doré pâle, bien aromatique, très fruité (pomme confite), très floral, avec un peu de cire. L’attaque est fruitée (melon), le corps assez léger, l’acidité très bonne et on détecte une note salée et de l’oignon cru. Très bon équilibre. La finale est bien sèche, avec du miel, une pointe d’amertume, du fruit (pêche), de la chaleur et une très bonne longueur.

Le châteauneuf est un assemblage des six cépages blancs autorisés dans l’appellation : la roussanne (40 %), la clairette (40 %), le bourboulenc (10 %) et, pour le reste, le grenache blanc avec un peu de picpoul et de picardan. Le vin est jaune doré un peu plus intense. Le nez est d’intensité moyenne, fruité (poire, pomme), floral (fleurs blanches, acacia), avec de la cire et des amandes. En bouche, il est ample, gras, soyeux, avec des fruits mûrs, mais on aurait aimé un peu plus de vivacité. La fin de bouche, assez longue, est bien sèche, légèrement amère, avec du zeste d’agrume.

L’hermitage 2007 est fait de marsanne (95 %) et de roussanne (5 %). D’un très bon millésime, on s’attend à une certaine maturité, ce qui est confirmé par la robe et par les arômes. Il est d’un beau doré assez riche. On détecte au nez, très intense, du miel, un peu de bois, de la cire d’abeille, des fleurs blanches et un beau rancio. L’attaque est grasse, bien vive; le vin est très complexe, fruité, droit, raffiné et très bien équilibré. En finale, ce sont les fruits compotés, la minéralité (craie) et le rancio qui dominent et c’est très long.

On dit que le condrieu, fait exclusivement de viognier, devrait être bu le plus jeune possible, mais ce 2010, démontre le contraire; seule la teinte dorée foncée indique son âge. Le nez est intense, fruité (fruits tropicaux, melon), épicé et fumé. Le vin est un peu mince, mais très goûteux, avec des fruits cuits et une acidité acceptable. La finale est très fruitée, très jeune.

Deuxième volée, quatre vins rouges du Sud; encore une fois, un d’appellation générique et trois AOC communales : le Coudoulet de Beaucastel 2009 AOC Côtes-du-Rhône, le Lirac La Reine des Bois 2015 du Domaine de la Mordorée, le Gigondas 2007 du Château de Saint Cosme et le Châteauneuf-du-Pape Les Quartz 2010 du Domaine du Caillou de Pouizin et Vacheron.

Le Coudoulet 2009, d’un millésime exceptionnel, est un assemblage de grenache (30 %), de mourvèdre (30 %), de syrah (20 %) et de cinsault (20 %). Le vin est grenat moyennement foncé avec une couronne brique. Le nez est bien ouvert, très fruits rouges (framboise), légèrement végétal et agréablement boisé. En bouche, il est rond, bien torréfié (grillé, chocolaté), pas très corsé, avec de beaux tannins un peu rêches. En finale, assez persistante, ce sont des fruits dans l’alcool.

D’une appellation moins réputée, le lirac 2015 s’en est plus que très bien tiré. Il est fait de grenache (30 %) de syrah (40 %) et de mourvèdre (30 %) et est fermenté en cuve inox à 70 %, le reste dans de vieilles barriques. Il est rubis violacé, très jeune. Il est moyennement aromatique, torréfié (pain grillé, chocolat noir), légèrement fermentaire, fumé, épicé (poivre) et légèrement boisé. En bouche, il est costaud, très sec, plus corsé, plus végétal que le précédent, bien fruité, avec des tannins granuleux, plus juteux, mieux équilibré. La fin de bouche est fruitée, avec une chaleur et une amertume agréables et une bonne longueur.

On arrive au gigondas 2007 (millésime exceptionnel), fait à 60 % de grenache, 20 % de syrah, 18 % de mourvèdre et 2 % de cinsault. Il a été élevé (à 70 %) douze mois en pièces de 1 à 4 vins (le reste en cuve) et mis en bouteille sans filtration. Il est grenat assez foncé, légèrement tuilé en couronne. Le nez est moyen, très fruits mûrs (confiture), épicé, torréfié (chocolat amer), changeant. L’attaque est épicée, fruitée, chaude; le vin est corsé, avec des tannins solides mais fins, des arômes de garrigue (lavande, thym, romarin), une note minérale et un très bel équilibre. Ça finit sur les épices (camphre), la torréfaction (café) et c’est très persistant.

De l’appellation la plus réputée du Sud, le châteauneuf 2010 (millésime extraordinaire, classique) est fait de grenache (85 %) complété de syrah. Les deux cépages ont été vinifiés et élevés séparément pendant 17 mois, le grenache en foudre et la syrah en pièces bourguignonnes de 2 et 3 vins. Il est grenat foncé avec des reflets rubis (malgré son âge). Le nez est bien ouvert, épicé (citronnelle) et fruité (framboise, cerise, mûre). En bouche, il est rond, corsé, très syrah (même à 15 %), avec une belle acidité, du chocolat noir et un excellent équilibre. La fin de bouche est très fruitée et de bonne longueur. Un vin de garde.

Troisième volée, quatre vins rouges du Nord, toutes en AOC communales : le Crozes-Hermitage Oratorio 2014 d’Ogier, l’Hermitage 2011 de Guigal, le Saint Joseph 2005 de Saint Cosme et le Côte-Rôtie Côte Blonde 2009 de René Rostaing. De loin, la volée la plus appréciée de la soirée. Ces quatre vins sont faits exclusivement de syrah.

Le crozes 2014 est grenat assez pâle et montre des signes de maturité prématurée. Le nez est bien ouvert, fumé, avec une note de cola qui s’en va, de la torréfaction, un peu d’écurie et du foin sec. Le corps est moyen (un peu mince même), le vin est très fruité, vineux, très épicé, avec des tannins faciles et une fraîcheur qui fait saliver et donne un bon équilibre. La fin de bouche est fruitée, végétale, juteuse, bien sèche et très longue. Un vin digeste qui approche la maturité.

Vin de la soirée (tout juste devant les deux suivants), l’hermitage 2001 (excellent millésime de garde) est rubis, très jeune. Il est bien aromatique et évolué (contrairement à l’œil), viandeux, fumé (bacon), épicé (poivre), floral (rose), très complexe. L’attaque est soyeuse, ample; c’est très boisé, assez corsé, moyennement tannique, avec une belle acidité, de la minéralité (graphite) et un très bel équilibre. La finale est torréfiée (chocolat noir) et légèrement astringente.

Vin le plus âgé de la soirée, mais certainement pas le plus prêt, le saint-joseph 2005 est encore rubis foncé. Au nez, il est plus discret que les deux précédents, très fumé, torréfié, fruité (mûres), épicé (poivre), à peine tertiaire, encore jeune (un syrah classique). L’attaque est acide, très tannique; c’est tissé serré, très astringent, minéral, torréfié, fruité (fruits noirs cuits) et un peu rugueux, mais quand même équilibré. La finale est astringente, fruitée, chocolatée et très persistante. Pour la très longue garde.

Finalement, d’un producteur mythique de la région, le Côte Blonde 2009 (millésime extraordinaire dans le Nord) paraît également encore bien jeune (pour son âge) avec sa robe rouge violacée très foncée. Il est moyennement aromatique, moins fruité, moins fumé que les autres et l’on détecte un léger carton (début d’oxydation). Le vin est puissant, très concentré, gros, tannique, très torréfié, plutôt boisé, austère, tout en restant équilibré. La fin de bouche est astringente, épicée, un peu amère et interminable. À attendre.

Une dégustation très représentative de ce qui se fait en Côtes du Rhône, tel qu’annoncé. Des vins tous bien différents les uns des autres, tous les cépages importants de la région, différents usages du bois, des vins encore jeunes et d’autres matures… une excellente représentation, en somme, de la versatilité de cette grande région vinicole. Ça termine très bien l’année. Merci Philippe.

Alain Brault