Comptes rendus
10 septembre 2025
« Trouvez l’intrus »
Dégustation individuelle
Organisateur : Louis Grignon
Comme le veut la tradition, Louis ouvrira la nouvelle année de l’AVO avec une dégustation qui nous est maintenant bien familière, soit la traditionnelle « Trouvez l’intrus » avec des vins provenant de sa cave personnelle.
Cette dégustation, conduite en double aveugle, comptait trois volées et Louis a averti les participant de la présence d’un intrus dans chacune d’elles.
Première volée : Le Piémont
Produttori del Barbaresco – Barbaresco DOCG 2012
Grenat tuilé limpide. Nez d’intensité moyenne sur la cerise et le tabac blond. En bouche, fruits rouges croquants, acidité moyenne +, tannins encore fermes et finale légèrement alcooleuse.
Un Nebbiolo classique, structuré et savoureux, idéal à table avec viandes rôties ou fromages affinés, et capable de gagner en harmonie après quelques années de garde.
L’intrus de la volée.
Damilano Lecinquevigne – Barolo DOCG 2013
Robe grenat tuilé, limpide. Nez d’abord discret, puis s’ouvre doucement sur la cerise mûre et la violette. En bouche, le fruit rouge domine avec une rondeur agréable, soutenu par une acidité moyenne et des tannins fondus qui assurent un bel équilibre. Longueur correcte.
Un Barolo tout en finesse, charmeur et déjà prêt à accompagner viandes rôties ou risottos aux champignons.
Giovanni Manzone – Barolo Bricat DOCG 2006
Grenat tuilé d’intensité moyenne. Nez complexe aux accents tertiaires : champignon, réglisse, anis étoilé et feuille de tomate. Bouche évoluée, légèrement herbacée, portée par une acidité moyenne, des tannins fondus et une belle longueur sur le fruit noir, avec une finale un peu asséchante.
Un Barolo mature et singulier, à la fois profond et polarisant, qui séduira les amateurs de styles évolués.
Beni di Batasiolo – Barolo Riserva DOCG 2010
Grenat tuilé limpide. Nez séduisant de cerise noire, chocolat et tabac blond. Bouche ample sur le fruit rouge, cerise et une touche de réglisse, soutenue par une acidité vive et des tannins fondus. Finale moyenne marquée par la griotte et le tabac.
Un Barolo équilibré et gourmand, alliant profondeur et plaisir immédiat.
Deuxième volée : Le sud-Ouest de la France
Château Montus – Madiran AOC 2019
Robe rubis profond aux reflets pourpres, dense et brillante. Nez généreux sur la mûre, le cassis et la prune, relevé de sucre d’orge et d’un fond subtilement terreux. La bouche révèle un caractère légèrement animal mêlé aux fruits noirs, soutenu par une acidité moyenne. Les tannins, fins et bien intégrés, mènent vers une finale de longueur moyenne aux accents de champignon, promesse d’une belle évolution aromatique.
Assemblage : 80 % Tannat, 20 % Cabernet Sauvignon.
Un Madiran solide et bien construit, encore jeune, qui gagnera en complexité et en nuances après quelques années de garde.
Château Bouscassé – Madiran AOC 2016
Robe rubis profond aux reflets pourpres. Nez intense de mûre, cerise noire et touches végétales, avec une pointe de poussière et de caoutchouc. Bouche vive sur la cerise et le poivron, portée par une acidité marquée et des tannins fermes mais déjà accessibles. Finale fraîche sur le fruit primaire.
Assemblage : 50 % Tannat, 26 % Cabernet Sauvignon et 24 % Cabernet Franc : un Madiran énergique, structuré et promis à une belle évolution.
Château Lamartine – Cuvée Particulière Cahors AOC 2012
Robe rubis profond à couronne pourpre. Nez intense de mûre, épices, tabac et une note lactée évoquant le camembert, qui peut surprendre. Bouche concentrée sur les fruits noirs, avec une acidité moyenne plus, des tannins fermes et une longue finale fruitée.
Assemblage : 90 % Malbec et 10 % Tannat : un Cahors puissant et structuré, au profil singulier qui ne laissera pas indifférent.
L’intrus de la volée.
Troisième volée : Bordeaux
Château Haut-Bergey – Pessac-Léognan AOC 2008
Grenat foncé avec une légère évolution sur la couronne. Nez complexe mêlant mûre, cassis, tabac, crème fraîche et une touche de champignon. En bouche, fruits noirs soutenus par une acidité moyenne et des tannins souples de niveau moyen, offrant un bel équilibre. Longue finale sur la réglisse noire.
Assemblage : 60 % Cabernet Sauvignon et 40 % Merlot : un Bordeaux parfaitement à point, raffiné et savoureux.
L’intrus de la volée.
Château d’Issan – Margaux AOC 3e Cru Classé 2006
Grenat foncé aux reflets carmin. Nez d’intensité moyenne, légèrement fermé au départ, sur la mûre, la poussière et le graphite. Bouche de fruits noirs avec une touche de poivron, milieu de bouche un peu mince, acidité moyenne plus et tannins fins. Finale de longueur moyenne.
Assemblage : 64 % Cabernet Sauvignon et 36 % Merlot : un 2006 atypique, élégant mais plus discret que la moyenne du cru.
Château Malescot St-Exupéry – Margaux AOC 3e Cru Classé 2008
Robe grenat profond aux reflets légèrement tuilés. Nez charmeur mêlant cassis, mûre sauvage, réglisse et graphite, relevé d’un soupçon de bois de santal et de notes florales. En bouche, la matière est ample et veloutée : l’acidité, parfaitement intégrée, porte un fruit noir intense, tandis que les tannins, déjà presque fondus, offrent une texture soyeuse. L’équilibre est remarquable et la finale s’étire longuement avec une touche épicée et minérale.
Assemblage : 50 % Cabernet Sauvignon, 35 % Merlot, 10 % Cabernet Franc, 5 % Petit Verdot.
Un Margaux classique, déjà superbe mais promis à encore quelques années de grâce.
Le Malescot St-Exupéry 2008 a été voté le vin de la soirée.
24 septembre 2025
« Le pinot noir sous toutes ses facetttes »
Dégustation individuelle
Organisateur : Marc-Antoine Brassard
Si les activités de l’AVO avaient été lancées par l’un de nos doyens à l’Académie, cette fois-ci, c’est un tout nouvel adhérent qui est entré en scène. Pour sa première participation, il nous a captivés en partageant sa passion pour le Pinot noir.
Cette dégustation à l’aveugle s’est déroulée en trois volées. Les vins n’avaient pas été décantés au préalable.
Première volée :
Fleury Blanc de Noir Brut – Champagne NV
100 % Pinot Noir – Élevé en biodynamie
Mise en bouteille 2017, dégorgement avril 2021 – 4,4 g/l de sucre
Dans la grande tradition des Blancs de Noirs de la Côte des Bar, ce Fleury séduit d’emblée par sa robe jaune or pâle aux reflets légèrement orangés. Les bulles, fines et persistantes, apportent un éclat cristallin qui met l’œil en appétit. Le nez s’ouvre sur des arômes gourmands de pâtisserie et de pomme fraîche, relevés d’une pointe d’anis et d’un délicat accent iodé qui évoque la brise marine. Une complexité subtile qui annonce déjà un champagne de caractère.
En bouche, la légèreté et l’aérien dominent : une acidité vive donne du nerf, tandis que la finale, longue et tendue, prolonge les notes de pomme verte avec une minéralité saline d’une grande élégance. Un champagne précis, vibrant et racé, à la fois gourmand et d’une fraîcheur irréprochable.
Cavallotto Pinot Nero “Pinner” 2022 Piemonte DOC
Ce Pinner 2022 surprend par son allure singulière. La robe jaune or pâle, traversée de reflets cuivrés, se montre limpide avec un léger gras qui annonce de la matière. Le nez charme immédiatement par une palette raffinée : crème pâtissière, citron confit, poire mûre et fleurs blanches, une combinaison qui évoque à la fois gourmandise et fraîcheur.
En bouche, le citron confit revient en fil conducteur, accompagné de fruits à noyau. L’acidité, un peu basse, donne une texture ronde, tandis qu’une finale délicatement fumée et grillée, soutenue par une amertume plaisante, apporte relief et caractère.
Un vin de découverte, vinifié en blanc, qui séduit par sa structure originale et son profil aromatique inattendu. À déguster seul pour sa complexité ou en accord avec une volaille rôtie ou un risotto crémeux.
Bachelder Pinot Noir – Lowrey Vineyard Vieilles Vignes 2022 St. David’s Bench VQA, Niagara
Issu de vieilles vignes du vignoble Lowrey, ce pinot noir 2022 arbore une robe rubis pâle aux reflets presque rosés, d’une brillance limpide qui annonce la finesse. Le nez s’ouvre avec délicatesse sur la cerise et la fraise, relevées de poivre, d’épices douces et d’une touche florale de rose, typique des grands Pinots.
En bouche, l’élégance prime : la griotte s’exprime avec pureté, soutenue par une acidité fraîche et des tannins légers qui apportent structure et dynamisme. La finale, de longueur moyenne, s’étire sur des notes de canneberge et de fraise, dans une texture soyeuse.
Un Pinot de Niagara tout en subtilité, fidèle au style aérien de Bachelder : raffiné, précis et déjà très accessible, mais capable de s’épanouir quelques années en cave. Parfait avec un magret de canard aux canneberges, un risotto aux champignons sauvages ou encore un filet de saumon grillé aux herbes.
Norman Hardie Pinot Noir County 2020 Prince Edward County VQA – Ontario
Ce Pinot Noir 2020 se présente dans une robe rubis de profondeur moyenne, animée de subtils reflets pourpres et d’une limpidité exemplaire. Le nez, à la fois charmeur et intrigant, combine la fraise et la cerise mûre à des notes plus sombres de réglisse rouge, de goudron et une touche de poussière minérale, signature du terroir calcaire du County.
La bouche confirme cette complexité : un fruit rouge franc relevé d’épices, une belle matière soutenue par une acidité vive et une légère amertume qui ajoute du relief. L’ensemble demeure parfaitement équilibré, s’achevant sur une longueur moyenne, nette et fraîche.
Un Pinot au style vibrant et précis, fidèle à l’élégance minérale propre au Prince Edward County, déjà délicieux mais qui gagnera encore en complexité sur deux ou trois ans.
Deuxième volée :
Clos Henri Pinot Noir – Waimaunga Windblown Clays 2019 Marlborough – Nouvelle-Zélande
Ce Pinot Noir 2019 se présente dans une robe rubis de profondeur moyenne, limpide et brillante, qui ne trahit aucun signe d’évolution. Dès l’œil, on pressent un vin précis et énergique. Le nez s’ouvre sur une fraise franche avant de basculer vers des arômes plus sauvages : notes « funky » de cuir, de goudron et de champignon qui lui confèrent un caractère terrien et légèrement provocateur. Une pointe d’alcool se devine, apportant une chaleur subtile sans écraser l’ensemble.
La bouche poursuit dans cette veine singulière. L’attaque est vive, portée par une acidité nette qui accentue la tension. Les saveurs de fraise et de canneberge se déploient avec une belle clarté, tandis que des tannins légers et une fine amertume structurent la trame. La finale, légèrement chaude, prolonge ce profil à la fois vibrant et un brin indompté.
Issu des sols d’argile balayés par les vents de Marlborough, ce Clos Henri s’affirme comme un Pinot Noir de caractère. Aimé par certains, détesté par d’autres, son côté « funky » et son expression sans compromis ne laissent décidément personne indifférent.
Domaine Barmès-Buecher – Pinot Noir Vieilles Vignes 2018 Alsace
Ce Pinot Noir 2018 se présente dans une robe rubis de profondeur moyenne, légèrement voilée, rappelant le style traditionnel des rouges alsaciens non filtrés. Une apparence qui intrigue et annonce déjà une personnalité marquée. Le nez séduit par sa complexité : la cerise fraîche s’entrelace à des accents plus inattendus de tabac blond, d’épices douces et de bonbon anglais, le tout traversé d’une nuance légèrement médicinale qui renforce le caractère singulier de ce vin.
En bouche, l’expression est éclatante. Le fruit rouge domine d’abord, puis s’ouvre sur des notes tertiaires délicates qui témoignent d’une belle évolution. La texture, souple et enveloppante, est soutenue par une acidité moyenne qui maintient l’équilibre. La finale, longue et persistante, prolonge les saveurs de fruit mûr et de tabac blond avec élégance.
Ce Pinot noir Vieilles Vignes illustre parfaitement la capacité de l’Alsace à produire des rouges de profondeur et de complexité, alliant gourmandise et finesse. Un millésime 2018 expressif, déjà délicieux aujourd’hui et promis à une belle évolution en cave.
Hofgut Falkenstein – Niedermenniger Herrenberg Rotwein Trocken 2020 Spätburgunder – Mosel-Saar-Ruwer
Ce Spätburgunder 2020 révèle d’emblée un charme discret. Sa robe rubis légère, à peine évoluée sur la couronne et parfaitement limpide, évoque la finesse plus que la puissance. Le nez, en revanche, se montre étonnamment expressif : une cerise éclatante et une griotte acidulée dominent, accompagnées de notes de sous-bois qui rappellent les pinots les plus classiques.
En bouche, la délicatesse prend le dessus. La texture est légère, presque aérienne, portée par une acidité vive qui confère tension et fraîcheur. Les tannins, très fins, soutiennent une trame élégante. La finale, de longueur moyenne, s’étire sur des accents de petits fruits rouges et une acidité persistante qui invite à la gorgée suivante.
Un Pinot allemand au style ciselé, à la fois vibrant et raffiné, qui illustre la précision et la pureté caractéristiques de la Moselle. Déjà irrésistible aujourd’hui, il promet encore quelques belles années de plaisir pour les amateurs de Spätburgunder tout en finesse.
Giulia Negri – La Tartufaia Pinot Nero 2021 Langhe DOC – Piémont
Ce Pinot Nero 2021 affiche d’emblée sa jeunesse dans une robe rubis de profondeur moyenne, ponctuée de reflets pourpres éclatants. Sa limpidité et sa brillance annoncent un vin précis et énergique. Le nez séduit par une complexité immédiate : cerise mûre et réglisse rouge se mêlent à des épices subtiles et à une note de goudron qui apporte un accent terrien, typique du caractère piémontais.
En bouche, le fruit éclatant s’impose d’abord, porté par une acidité nerveuse qui dynamise l’ensemble. La texture, d’apparence légère, révèle des tannins encore fermes qui structurent la trame et suggèrent un potentiel de garde. La finale, de longueur moyenne, laisse une touche végétale discrète qui ajoute du relief et une fraîcheur persistante.
Un Pinot Nero de Langhe à la fois élégant et vibrant, qui allie la finesse bourguignonne à l’énergie italienne. Déjà charmeur par son aromatique, il gagnera en profondeur et en souplesse avec quelques années de cave.
Troisième volée :
Confuron-Cotetidot – Les Suchots 2018 Vosne-Romanée 1er Cru – Bourgogne
Ce 1er Cru de Vosne-Romanée se présente dans une robe grenat de profondeur moyenne, légèrement évoluée sur le pourtour mais toujours brillante, témoignage d’un vin à la fois jeune et déjà prometteur. Le nez s’ouvre avec intensité sur la cerise noire mûre, complétée d’accents viandeux et d’une touche crémeuse rappelant la crème fraîche. Des notes de poussière minérale et de chocolat noir apportent une dimension terrienne et gourmande, révélant la richesse aromatique du terroir des Suchots.
La bouche confirme ce profil ample et généreux : une attaque juteuse de cerise et de prune se prolonge par des épices délicates. L’acidité, élevée, confère tension et fraîcheur, tandis que les tannins fermes rappellent que ce vin n’en est qu’au début de son évolution. La finale, légèrement chaude, souligne la puissance du millésime et laisse présager une longue garde.
Un Vosne-Romanée 1er Cru au caractère affirmé, qui combine profondeur fruitée et structure solide. Séduisant déjà par son bouquet complexe, il gagnera en harmonie et en raffinement au fil des années et mérite d’être redécouvert dans une dizaine d’années pour révéler toute sa noblesse.
Jacques Cacheux & Fils – Échezeaux Grand Cru 2018 Bourgogne – Côte de Nuits
Cet Échezeaux 2018 impressionne dès le premier regard par sa robe grenat foncé, presque opaque, d’une densité qui trahit une concentration remarquable tout en ne montrant aucun signe d’évolution. Le nez est d’une intensité captivante : la cerise mûre s’entrelace à des arômes plus sauvages de cuir, d’écurie et de poussière, enrichis de nuances fumées et de bacon. Une complexité profonde qui révèle le caractère ample et terrien de ce grand cru.
En bouche, la cerise domine à nouveau, accompagnée d’une subtile note de goudron. La texture est puissante et structurée : les tannins, encore fermes mais déjà accessibles, annoncent une lente et superbe évolution. L’acidité se fond parfaitement dans l’ensemble, équilibrant la richesse du fruit et soutenant une finale longue et persistante.
Un Échezeaux de grande envergure, véritable « bête » de garde. Promis à une longue vie, il déploiera toute sa complexité et sa profondeur avec le temps, récompensant largement la patience des amateurs dans dix à quinze ans. Ce vin fut voté le vin de la soirée par une majorité de participants.
Merci, Marc-Antoine, pour ce partage passionné autour du pinot noir. Une belle entrée en scène réussie !
8 octobre 2025
« Les vins blancs ouillé du Jura »
Dégustation individuelle
Organisateur : Denis Desjardins
Le Jura, petit vignoble niché entre Bourgogne et Suisse, produit des vins qui ne ressemblent à aucun autre. Chardonnays lumineux, Savagnins précis et parfois oxydatifs, chaque bouteille reflète un terroir unique, fait de sols calcaires, d’expositions délicates et d’un climat tempéré mais exigeant.
Dans cette série, nous découvrons des cuvées emblématiques de domaines tels que le Domaine du Pélican, le Domaine des Marnes Blanches, le Domaine Labet ou encore François Rousset-Martin. Les vins se caractérisent par une belle tension, une minéralité affirmée et une richesse aromatique qui allie fruit, notes florales et nuances légèrement oxydatives.
Qu’ils soient dégustés jeunes ou après quelques années de garde, ces vins offrent une expérience sensorielle élégante et surprenante, où équilibre et complexité se conjuguent pour révéler toute la singularité du Jura. Une invitation à explorer la profondeur et l’authenticité d’un vignoble trop souvent méconnu.
La dégustation s’est tenue à étiquettes découvertes, en quatre volées. Les bouteilles ont été ouvertes sur place.
Première volée :
Domaine du Pélican – Chardonnay “En Barbi” Arbois 2022
Ce Chardonnay du Jura signé Domaine du Pélican illustre parfaitement le style précis et lumineux de la maison. La robe paille très claire, aux reflets verdâtres, annonce déjà la fraîcheur et la pureté aromatique du vin. Le nez, expressif et charmeur, évoque une corbeille de petits fruits blancs et une touche de salade de fruits, sur un fond légèrement miellé et floral.
En bouche, l’équilibre est remarquable : le fruité s’exprime avec justesse, soutenu par une acidité bien présente qui apporte tension et vivacité. Un léger accent de sucre d’orge vient adoucir l’ensemble sans le rendre pesant. La finale, de longueur moyenne, prolonge l’impression de fraîcheur et de limpidité. Un Chardonnay droit et harmonieux, fidèle à la finesse jurassienne, qui privilégie l’énergie et la précision à la puissance.
Domaine du Pélican – Savagnin Ouillé Arbois 2022
Le Domaine du Pélican signe ici un Savagnin ouillé d’une grande pureté, à mille lieues des expressions oxydatives classiques du Jura. La robe jaune pâle, limpide et brillante, annonce la fraîcheur et la droiture du millésime. Le nez séduit par son registre mûr mais contenu : fruits à chair jaune, pointe de caramel et une profondeur discrète qui laisse présager de belles nuances à venir.
En bouche, le vin déploie une texture ample et soyeuse, équilibrée par une acidité moyenne et une trame saline qui étire la finale. Une fine astringence vient ajouter de la tension à l’ensemble, sans nuire à l’élégance. La longueur, soutenue et persistante, témoigne d’un Savagnin encore jeune mais déjà harmonieux. Un vin sérieux, à la fois généreux et précis, promis à une évolution remarquable au cours des prochaines années.
Deuxième volée :
Domaine des Marnes Blanches – “En Quatre Vis” Chardonnay Côtes du Jura 2022
Issu d’un terroir emblématique du Sud-Revermont, ce Chardonnay “En Quatre Vis” du Domaine des Marnes Blanches se distingue par sa richesse et son éclat. La robe jaune paille aux reflets dorés attire le regard par sa brillance et sa densité. Le nez, généreux et expressif, s’ouvre sur les fruits à chair jaune mûrs, le miel et un soupçon de caramel, dans une harmonie de maturité et de finesse.
En bouche, la fraîcheur surprend agréablement : le vin reste droit et vif malgré sa concentration. La matière, fruitée et légèrement astringente, s’équilibre autour d’une tension bien maîtrisée. La finale, longue et persistante, évoque la cire d’abeille et une subtile touche beurrée qui prolonge le plaisir. Un Chardonnay à la fois solaire et précis, qui conjugue gourmandise et minéralité avec élégance — une belle expression contemporaine du Jura.
Domaine des Marnes Blanches – “En Quatre Vis” Savagnin Côtes du Jura 2022
Ce Savagnin du Domaine des Marnes Blanches incarne avec justesse la dualité du cépage : richesse aromatique et tension minérale. La robe jaune paille aux reflets dorés trahit une belle maturité. Le nez, expressif et nuancé, marie les fruits tropicaux à une légère touche oxydative, soutenue par des notes de noisette et de caramel.
En bouche, le vin s’affirme avec énergie : des saveurs d’agrumes dominent, portées par une fine sensation de levure qui accentue son caractère nerveux et vivant. L’acidité, bien calibrée, structure l’ensemble sans le durcir. La finale s’étire longuement sur des nuances de noisette et de fruits secs, confirmant la personnalité affirmée du vin. À la fois précis, vibrant et légèrement sauvage, ce Savagnin “ouillé” dévoile une interprétation sincère du Jura moderne, où la tension et la profondeur s’équilibrent avec élégance.
Domaine des Marnes Blanches – “Les Molates” Chardonnay Côtes du Jura 2021
Dans un millésime frais et délicat, le Chardonnay “Les Molates” du Domaine des Marnes Blanches exprime une lecture plus aérienne du Jura. La robe jaune paille, légèrement trouble et laiteuse, témoigne d’un élevage peu interventionniste et d’une approche naturelle. Le nez, tout en retenue, révèle des arômes subtils de fleurs blanches et d’agrumes, avec une pureté presque cristalline.
En bouche, le vin se montre vif et direct : les agrumes dominent, portés par une acidité tranchante qui confère énergie et tension. La finale, plus courte, s’achève sur une légère amertume citronnée, signature du millésime. Moins concentré que d’autres cuvées du domaine, “Les Molates” mise ici sur la fraîcheur et la franchise. Un Chardonnay sincère, d’expression épurée, qui traduit fidèlement les conditions climatiques d’une année exigeante et au profil délicatement digeste.
Domaine des Marnes Blanches – “Les Molates” Savagnin Côtes du Jura 2022
Ce Savagnin “Les Molates” 2022 illustre la vitalité et la singularité du cépage jurassien sous la main inspirée du Domaine des Marnes Blanches. Sa robe paille dorée, légèrement trouble, traduit une vinification peu interventionniste et respectueuse du fruit. Le nez, explosif et charmeur, déploie un bouquet de coing mûr, d’agrumes et de fruits jaunes, relevé d’une touche saline qui annonce la tension du vin.
En bouche, la matière se montre ample, portée par une subtile note oxydative et un soupçon de caramel qui ajoutent profondeur et complexité. L’équilibre se construit sur une richesse maîtrisée, sans lourdeur. La finale, plus courte que sur d’autres cuvées du domaine, laisse néanmoins une impression persistante de fraîcheur et de caractère. Un Savagnin expressif et sincère, qui conjugue intensité aromatique et authenticité artisanale.
Troisième volée :
Domaine Labet – “En Chalasse No 2” Chardonnay Côtes du Jura 2020
Le Domaine Labet signe ici un grand Chardonnay jurassien, à la fois intense et d’une précision exemplaire. La robe jaune paille aux reflets dorés, légèrement trouble, évoque un vin vivant, non filtré, fidèle à l’esprit artisanal du domaine. Le nez, puissant et envoûtant, s’articule autour d’un profil légèrement oxydatif, mêlant fleurs blanches, amande fumée et citron confit, dans une complexité aromatique remarquable.
En bouche, l’attaque est franche et vibrante : le citron confit et les fruits jaunes s’imposent d’emblée, portés par une acidité parfaitement intégrée. La texture ample, équilibrée par une tension minérale et une profondeur salivante, témoigne d’un grand sens de l’équilibre. La finale, d’une longueur impressionnante, prolonge les nuances fumées et salines avec élégance. Un Chardonnay vibrant, d’une grande énergie, où la richesse du terroir jurassien s’exprime avec maîtrise.
Domaine Labet – “En Chalasse Fleur de Savagnin” Côtes du Jura 2020
Avec cette cuvée “En Chalasse Fleur de Savagnin”, le Domaine Labet livre une expression splendide du cépage dans toute sa complexité aromatique. La robe jaune paille aux reflets dorés, légèrement trouble, annonce un vin vivant et non maquillé. Le nez, puissant et profond, déploie un éventail séduisant de zestes d’orange, d’amandes grillées et de fruits confits, sur un fond subtilement oxydatif qui rappelle les grandes signatures jurassiennes.
En bouche, l’attaque est fraîche et précise, marquée par une belle tension sur les agrumes. La matière, ample et savoureuse, trouve un équilibre parfait entre richesse et énergie. Des notes d’amande et de fruits secs s’étirent longuement en finale, conférant au vin une dimension à la fois noble et vibrante. Un Savagnin de grande tenue, alliant finesse aromatique, complexité et persistance exceptionnelle — un modèle du genre.
Quatrième volée :
Domaine François Rousset-Martin – “La Chaux” Chardonnay Côtes du Jura 2020
La cuvée “La Chaux” 2020 du Domaine François Rousset-Martin illustre parfaitement le style précis et élégant des Chardonnays jurassiens. La robe jaune paille aux reflets verdâtres, légèrement brouillée, suggère un vin vivant, non filtré et expressif. Le nez se déploie avec richesse : arômes de xérès sec, fruits confits, amandes vertes et noix de Grenoble se mêlent harmonieusement, offrant un profil complexe et profond.
En bouche, la matière est ample et généreuse, portée par des saveurs d’amandes et de fruits confits qui s’étirent avec élégance. La finale, longue et persistante, révèle des nuances délicates d’orange confite et d’amande, confirmant la finesse et l’équilibre du vin. Ce Chardonnay témoigne d’une maîtrise parfaite du terroir et du millésime, offrant un vin à la fois raffiné, généreux et doté d’un potentiel de garde certain.
Domaine François Rousset-Martin – “La Cuvée du Professeur” Savagnin Côtes du Jura 2022
La “Cuvée du Professeur” 2022 du Domaine François Rousset-Martin offre une expression lumineuse et raffinée du Savagnin ouillé. Sa robe dorée intense attire immédiatement le regard et suggère un vin concentré et vivant. Le nez se distingue par un profil oxydatif subtil, moins marqué que dans la cuvée “La Chaux”, et dévoile des notes de citrons confits et de fumée délicate, qui confèrent élégance et complexité.
En bouche, le vin s’ouvre avec une acidité bien présente qui structure l’ensemble, tandis qu’une texture ample et grasse enveloppe les saveurs de citron confit et d’herbes séchées. La finale, très longue, prolonge cette sensation de fraîcheur et de pureté, dans un équilibre parfait entre tension et richesse aromatique. Un Savagnin vibrant, raffiné et déjà séduisant, prometteur d’une belle évolution en cave.
« La Cuvée du Professeur » de François Rousset-Martin a été élu « Vin de la soirée ». Parmi les 16 dégustateurs, 12 ont choisi un Savagnin comme étant leur favori, soulignant l’attrait singulier de ce cépage jurassien.
Nous avons été surpris par le caractère oxydatif légèrement plus marqué de certains vins par rapport aux cuvées du Domaine Labet et de François Rousset-Martin. L’explication réside dans les méthodes de vinification : au Domaine Labet, malgré l’ouillage, le contact contrôlé avec l’oxygène en fût permet de développer des arômes complexes de fruits secs, de pomme mûre et de noix, typiques des vins oxydatifs. Chez François Rousset-Martin, le vigneron semble attendre un certain temps avant de commencer l’ouillage, ce qui accentue légèrement le profil oxydatif du vin.
22 octobre 2025
« Bordeaux 1995 »
Dégustation individuelle
Organisateur : Philippe Desrosiers
Nous avons eu le privilège de déguster neuf vins du millésime 1995 en provenance de Bordeaux. Tous avaient été acquis en primeur et conservés depuis dans la même cave. La dégustation s’est organisée en trois volées : d’abord les vins de Pomerol, dominés par le Merlot, puis ceux de Pessac-Léognan, et enfin la rive gauche avec Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe, où le Cabernet Sauvignon prédomine.
Première volée :
Vieux Château Certan 1995 – Pomerol
Sous sa robe grenat moyennement soutenue, ce Vieux Château Certan dévoile un bouquet à la fois noble et apaisé, marqué par des nuances de terre humide, de vieux cuir et de gâteau Forêt-Noire. Tout ici respire l’élégance d’un vin parvenu à sa pleine maturité. En bouche, la texture se montre souple, parfaitement équilibrée, sans excès de puissance. La matière s’étire avec finesse, soutenue par une acidité juste et des tanins fondus qui confèrent au vin une grâce discrète. La finale, de longueur moyenne, laisse une impression de sérénité et de classicisme. Un Pomerol d’école, raffiné et harmonieux, dont le charme repose davantage sur la subtilité que sur la force.
Château La Fleur-Pétrus 1995 – Pomerol
Sous une robe grenat moyennement foncée, ce 1995 séduit d’emblée par un nez expansif et raffiné, où se mêlent anis, chocolat, fruits rouges mûrs et une touche de goudron, relevés d’un discret accent floral. La bouche, d’une remarquable fraîcheur, conserve encore une belle présence de fruit malgré les années. L’attaque se montre souple et pleine, puis le vin déploie une texture ronde et harmonieuse, soutenue par une trame juteuse et précise. La finale s’étire longuement sur des notes de cacao et d’épices douces, apportant une conclusion savoureuse et enveloppante. Un Pomerol d’une grande séduction, alliant richesse aromatique et élégance de structure — le charme de la maturité sans la moindre fatigue.
Château Trotanoy 1995 – Pomerol
Sous une robe grenat moyennement foncée, ce Trotanoy se présente d’abord avec une certaine retenue. Le nez, encore fermé et un brin boudeur, s’exprime sur un registre tertiaire, évoquant la terre chaude et les feuilles sèches. Mais la magie s’opère dès l’entrée en bouche : le fruit se révèle, ample et profond, porté par une texture d’une grande rondeur. La matière, dense sans lourdeur, témoigne de la maîtrise du Merlot dans sa plus pure expression. La finale, longue et légèrement tannique, prolonge le plaisir avec élégance et vigueur. Un vin encore vibrant, à la fois serein et énergique, qui confirme la stature de Trotanoy dans ce millésime de grand équilibre.
Deuxième volée :
Château Haut-Bailly 1995 – Pessac-Léognan, Grand Cru Classé de Graves
Sous une robe grenat foncé et brillante, ce Haut-Bailly séduit par un nez précis et raffiné, où s’entrelacent des notes fumées et minérales, évoquant la mine de crayon, la terre noire et un soupçon floral délicat. En bouche, le vin se révèle à la fois minéral et juteux, avec une texture austère mais parfaitement équilibrée. La structure est nette, les tanins bien fondus et la matière soutenue, donnant au vin une élégance classique et mesurée. La finale, longue et persistante, prolonge la sensation de pureté et de rigueur aromatique. Un Pessac-Léognan à la fois sérieux et séduisant, qui illustre la précision et la constance de ce château sur un millésime déjà mature et harmonieux.
Château Rauzan-Ségla 1995 – Margaux 2e Cru Classé
Sous une robe grenat aux reflets rubis foncé, ce Rauzan-Ségla dévoile un nez évolué et séduisant, marqué par des arômes de café, de chocolat au lait et de bleuets mûrs. La bouche, d’une belle précision, combine fraîcheur et équilibre, avec des tanins parfaitement fondus qui apportent structure et douceur. La finale, nette et harmonieuse, prolonge le plaisir en laissant une sensation de délicatesse classique. Un Margaux élégant et raffiné, qui montre la finesse et le charme subtil d’un millésime déjà bien mature, tout en conservant une expression aromatique plaisante et directe.
Château Léoville-Las-Cases 1995 – Saint-Julien, 2e Grand Cru Classé
Un Grand Vin dans toute son expression. La robe grenat-rubis foncé laisse présager un vin de grande stature. Le nez, ouvert et complexe, déploie des arômes précis de terre noire, chocolat noir, cassis, cuir et une minéralité élégante, révélant une maturité harmonieuse et maîtrisée. En bouche, le vin séduit par sa rondeur, sa finesse et son équilibre parfait, soutenus par une extraction mesurée qui préserve le fruit. Malgré ses années, il conserve encore une belle intensité fruitée et une élégance qui laisse deviner un potentiel de vieillissement supplémentaire d’au moins dix ans. Cette bouteille a été élue Vin de la soirée par les seize dégustateurs présents, confirmant son prestige et sa qualité exceptionnelle.
Troisième volée :
Château Duhart-Milon 1995 – Pauillac, 4e Cru Classé
Sous une robe grenat foncé, ce Duhart-Milon se présente avec un nez ouvert et complexe, où se mêlent des notes médicinales, un léger parfum de dessert sucré et des accents de pot-pourri, le tout soutenu par une extraction maîtrisée. La bouche, équilibrée et harmonieuse, séduit par sa rondeur et sa finesse, mettant en avant un fruit éclatant, notamment la cerise marasquin, qui confère une expression gourmande et plaisante. L’ensemble dégage une impression de maîtrise et d’élégance classique, caractéristique des Pauillac de ce millésime. Un vin déjà agréable à boire, tout en conservant un charme discret et une belle structure.
Château Pontet-Canet 1995 – Pauillac, 5e Cru Classé
Sous une robe grenat foncé brillante, ce Pontet-Canet se distingue par un bouquet ouvert et complexe, où se mêlent minéralité, fruits rouges, cuir, épices et notes tertiaires raffinées. Chaque inspiration révèle une profondeur aromatique saisissante. En bouche, le vin séduit par sa rondeur, son équilibre parfait et la précision de ses saveurs, dominées par le kirsch et le chocolat. La finale, très longue et harmonieuse, laisse une impression persistante de richesse et de maîtrise, témoignant du grand potentiel de ce millésime. Une bouteille captivante, expressive et élégante, qui illustre pleinement la stature de Pontet-Canet parmi les Pauillac.
Château Cos d’Estournel 1995 – Saint-Estèphe, 2e Cru Classé
Sous une robe grenat moyennement foncée, ce Cos d’Estournel séduit par un nez élégant, légèrement moderne, où se mêlent des notes de torréfaction et une minéralité fine. En bouche, le vin se révèle juteux et austère, avec une structure solide qui soutient le fruit de manière précise. La finale, très longue et tannique, laisse une impression de puissance maîtrisée et de caractère affirmé, fidèle au style des Saint-Estèphe classiques. Un vin sérieux et exigeant, qui réclame encore un peu de patience pour pleinement s’exprimer, mais dont la qualité et la profondeur sont déjà évidentes.
Deux constats majeurs se dégagent de cette expérience. Premièrement, les grands Bordeaux, surtout ceux à dominante de Cabernet Sauvignon, vieillissent lentement et nécessitent au moins vingt ans d’évolution. Après trente ans, aucun des vins dégustés n’était fatigué : certains étaient à leur apogée, complexes et fondus, tandis que quelques-uns conservaient encore une jeunesse vibrante, avec suffisamment de fruit pour évoluer encore dix ans.
Deuxièmement, de manière quelque peu surprenante, les vins à dominante Merlot se sont montrés plus austères, avec moins de fruit et une structure tannique marquée. À l’inverse, les vins à dominante Cabernet Sauvignon ont paru plus ronds et fruités, donnant une impression d’équilibre et de douceur malgré leur puissance.
5 novembre 2025
« Montefalco Sagrantino »
Dégustation individuelle
Organisateur : Mario Couture
Cette dégustation, articulée en trois vagues, proposait un rare survol de l’évolution du sagrantino de Montefalco sur près de deux décennies. De la rudesse noble des millésimes anciens à la maîtrise affirmée des cuvées récentes, elle a mis en lumière la lente métamorphose d’un cépage longtemps réputé indomptable.
Première volée : Plus de 20 ans
Cette première série réunissait les millésimes les plus âgés, témoins de l’évolution du sagrantino avec le temps. Face à un cépage aussi tannique et structuré, l’exercice s’annonçait révélateur : comment ces vins, après deux décennies de repos, ont-ils apprivoisé leur fougue initiale ? Entre fondu des tanins, complexité aromatique et traces du temps, ces bouteilles livrent un portrait nuancé de la longévité du sagrantino.
Cantina Tudernum, Sagrantino di Montefalco DOCG 2003
Le vin affiche une robe rubis aux reflets briqués, témoin d’une évolution bien amorcée. Le nez, plutôt terrien, s’ouvre sur des accents sanguins, de cuir et de sous-bois, puis laisse poindre, à l’aération, une note surprenante de sel de céleri. En bouche, l’attaque est ferme, marquée par des tanins encore présents malgré l’âge. La trame saline et légèrement fumée apporte du relief, tandis qu’une acidité moyenne maintient l’ensemble en équilibre. La finale s’étire avec une amertume noble, mais le vin donne le sentiment d’avoir dépassé son apogée. Il conserve néanmoins une certaine tenue, offrant une lecture honnête et sans fard du sagrantino mûr, au caractère aujourd’hui plus méditatif que vibrant.
Brogal Vini Antigniano, Guado alle Chiavi, Montefalco Sagrantino DOCG 2003
Grenat briqué et opaque, ce sagrantino dévoile un bouquet discret mais racé, où le cuir, le bois noble et un soupçon de fruits noirs se mêlent à des nuances fumées. L’attaque en bouche est franche, serrée par des tanins typiques, puis s’arrondit sur un fruité sobre et une touche balsamique élégante. L’acidité, bien dosée, soutient une structure solide et cohérente. La finale, saline et persistante, met en valeur la droiture du vin sans la moindre lourdeur. Belle démonstration de ce que peut offrir un 2003 bien conservé : de la profondeur, du relief et une noblesse discrète. Très bon, dans un registre classique et viril.
Perticaia, Montefalco Sagrantino DOCG 2004
Sous sa robe rubis foncé et légèrement briquée, ce Perticaia séduit par un nez engageant de cuir, de fleurs séchées, de chocolat et d’épices douces. Les notes fumées et sucrées ajoutent une touche de charme au profil aromatique. En bouche, l’attaque est vive et tannique, soutenue par une acidité affirmée qui allonge la structure. Le cœur de bouche marie fruit noir et tension, puis la finale, longue et sapide, prolonge le plaisir sur un fond fumé et salivant. Un vin complet, encore plein d’énergie, dont la complexité s’exprime avec justesse et cohérence. Un sagrantino de belle facture, qui conjugue puissance et raffinement.
Goretti, Le Mura Saracene, Sagrantino di Montefalco DOCG 2004
Grenat profond et opaque, ce 2004 impressionne par l’éclat de sa robe autant que par la richesse de son bouquet. Fruits noirs mûrs, cuir, chocolat et violette composent un nez complexe, flatteur sans excès. En bouche, la matière est dense mais parfaitement équilibrée : tanins fondus, fraîcheur bien intégrée et structure ample. Le fruit conserve de la vivacité, soutenu par une trame ferme et savoureuse. La finale, longue et fruitée, confirme la réussite de l’ensemble. Un vin à la fois harmonieux et expressif, où l’on retrouve la main sûre d’un producteur attentif à la précision de texture. Très bon, avec encore de belles années devant lui.
Deuxième volée : Plus de 15 ans
Cette seconde série regroupe des millésimes plus récents, couvrant les années 2007 à 2010. On quitte ici la sagesse patinée des vins anciens pour retrouver un sagrantino plus affirmé, encore charpenté mais mieux maîtrisé, où la puissance du cépage s’équilibre davantage avec la fraîcheur et le fruit. Ces vins témoignent d’une période de transition stylistique : celle où les producteurs d’Ombrie ont cherché à dompter la rigueur tannique tout en préservant l’identité du cru.
Azienda Agricola Adanti, Arquata, Sagrantino di Montefalco DOCG 2007
Robe rubis opaque, légèrement briquée sur la couronne. Le nez, expressif, dévoile un registre animal finement dosé, mêlé à des fruits noirs mûrs, des épices douces et une touche de chocolat au lait. En bouche, l’attaque tannique est ferme mais bien intégrée, portée par une acidité moyenne et un profil salin qui dynamise la trame. Les tanins, encore granuleux, structurent un ensemble sérieux et vigoureux. La finale, longue et fruitée, confirme un vin à la fois solide et encore en pleine évolution. L’équilibre entre la puissance et la tension annonce un beau potentiel. Un sagrantino énergique, à l’aube de sa maturité.
Villa Mora, Montefalco Sagrantino DOCG 2008
Ce 2008 se présente dans une robe rubis opaque, légèrement trouble. Le nez s’ouvre rapidement sur des notes d’épices, de fruits noirs, de chocolat au lait et une touche médicamenteuse qui complexifie l’ensemble. En bouche, le vin se montre ample et charpenté, à la fois tannique et doté d’une belle fraîcheur. Le fruit conserve une présence agréable, soutenu par une structure sérieuse. La finale saline et séveuse, légèrement boisée, laisse une impression de chaleur due à l’alcool. Moins complexe que d’autres cuvées de la série, mais bien bâti et sincère, il exprime une version plus rustique et directe du cépage. Un vin honnête, sans artifice.
Cesarini Sartori, Signae, Sagrantino di Montefalco DOCG 2009
Grenat briqué, presque opaque, au reflet brillant. Le nez séduit par sa complexité : fruits noirs mûrs, épices, moka et fleurs séchées se fondent dans une trame légèrement minérale. L’attaque en bouche est ferme, portée par des tanins encore présents, mais équilibrée par une acidité bien dosée. Le vin affiche une belle densité sans excès, avec une finale longue et fruitée, ponctuée d’une amertume noble. Cette structure solide et précise laisse entrevoir un bon potentiel de garde. Un sagrantino à la fois robuste et raffiné, où l’expression du terroir et le travail du producteur s’accordent dans une belle harmonie.
Azienda Agraria Scacciadiavoli, Montefalco Sagrantino DOCG 2010
Sous sa robe rubis opaque et brillante, ce 2010 se distingue par un nez exubérant et complexe : cerise, bleuet, notes minérales et sous-bois composent un bouquet vibrant. En bouche, l’attaque est franche, sur le fruit, avant qu’un noyau tannique dense ne prenne le relais. La matière, tendue et profonde, garde une belle énergie. Les notes de terre humide et de sous-bois accentuent le caractère terrien du vin. La finale, longue, légèrement amère et asséchante, confirme la jeunesse du profil. Un sagrantino plein de sève, encore un peu sauvage, mais porteur d’un bel avenir si on lui accorde quelques années de repos.
Troisième volée : Les grands noms – Plus de 15 ans
Pour clore la dégustation, cette dernière série rassemblait quelques-unes des signatures les plus prestigieuses de Montefalco. Ici, le sagrantino se présente dans toute sa splendeur, entre maîtrise technique, ambition et profondeur. Ces cuvées démontrent le potentiel remarquable de l’appellation lorsqu’elle est portée par des vignerons capables d’apprivoiser la matière sans trahir la nature farouche du cépage. La puissance demeure, mais elle s’exprime désormais avec précision, élégance et assurance.
Tenuta Bellafonte, Collenottolo, Montefalco di Sagrantino DOCG 2010
Robe cerise dense aux légers signes d’évolution. Le nez, immédiatement séduisant, mêle fruits rouges et noirs, moka, vanille et crème, dans un ensemble complexe et harmonieux. En bouche, l’attaque brille par son éclat fruité et sa texture tannique soyeuse. La fraîcheur équilibre une matière ample et mûre, soutenue par une finale longue, fruitée et persistante. Tout est en place : intensité, équilibre, profondeur et élégance. Ce sagrantino conjugue puissance et raffinement, exprimant la rigueur du cépage sans aucune dureté. Une bouteille qui a fait l’unanimité, couronnée « Vin de la soirée » par les seize dégustateurs présents. Grand vin, promis à une belle longévité.
Lungarotti, Montefalco di Sagrantino DOCG 2010
Ce sagrantino se présente dans une robe rubis très opaque, légèrement trouble. Le nez, d’intensité moyenne, révèle des notes de café, de fruits noirs et d’épices, soulignées par une touche minérale. En bouche, l’attaque est puissante, très tannique, mais le fruit, bien qu’existant, peine à dompter la structure. L’acidité soutient l’ensemble, sans parvenir à rétablir un équilibre parfait. La finale, longue mais asséchante et un peu amère, laisse planer une incertitude : le fruit parviendra-t-il à survivre à cette masse tannique ? Un vin sérieux et vigoureux, mais encore trop sévère à ce stade. Un style un peu austère, où la rigueur prend le pas sur le charme.
Tabarrini, Colle Grimaldesco, Montefalco di Sagrantino DOCG 2008
Robe rubis opaque et brillante, légèrement brunie sur le bord. Le nez surprend par des accents de bouillon de bœuf, de café et de confiture de mûres — un profil singulier, presque animal, qui intrigue. En bouche, la texture tannique est ferme, granuleuse, soutenue par une acidité moyenne à élevée. Le vin se montre expressif, vigoureux, mais un peu irrégulier : certaines gorgées évoquent la maturité, d’autres une légère déviation aromatique. La finale saline et séveuse lui donne toutefois du relief. Ce sagrantino a divisé les dégustateurs — certains y ont vu un vin au caractère assumé, d’autres un léger défaut. Dans tous les cas, impossible de rester indifférent devant une telle personnalité.
Arnaldo Caprai, 25 Anni, Montefalco di Sagrantino DOCG 2009
Robe rubis profonde, aux reflets cerise. Le nez, ouvert et précis, s’exprime sur la cerise noire, le moka, les épices et le café torréfié. L’attaque en bouche est puissante, presque massive, portée par une acidité élevée et une trame tannique serrée. Malgré cette fermeté, le fruit noir reste éclatant, bien ancré dans la structure. La finale, longue et asséchante, se prolonge sur des notes chocolatées et légèrement amères. Ce vin impressionne par sa jeunesse et sa densité, mais demande encore du temps pour se fondre. Une expression exemplaire du style Caprai : rigoureuse, concentrée et bâtie pour durer. À revoir dans dix ans.
L’ensemble de la dégustation aura confirmé la grande personnalité du sagrantino, cépage de force et de profondeur plus que de séduction immédiate. Les vins les plus anciens ont livré des profils assagis mais encore structurés, tandis que la génération 2007-2010 a montré un meilleur contrôle de la puissance, sans renier la typicité. Les grandes maisons, enfin, ont démontré qu’avec du soin et du temps, le sagrantino peut atteindre une harmonie impressionnante entre vigueur, équilibre et complexité. Une soirée riche d’enseignements, révélant un cépage qui gagne en justesse sans rien perdre de sa fierté.
Merci à François Lamontagne pour les notes de dégustation.
3 décembre 2025
« Rhône septentrional – Horizontales et verticales »
Dégustation individuelle
Organisateurs : Richard Archambault et Stéphan Gagné
Cette dégustation, organisée en quatre vagues, par Richard Archambault et Stéphan Gagné, proposait un panorama complet de la richesse aromatique et structurale du Rhône septentrional, des blancs délicats du Condrieu aux syrahs de Crozes-Hermitage et aux sommets de la Côte-Rôtie. Elle a mis en lumière la diversité des expressions du terroir et l’impact des millésimes sur l’évolution des vins.
Première volée : L’entrée en matière en blanc
Avant d’aborder la syrah du Rhône septentrional, cette première vague mettait en lumière deux expressions blanches issues du même domaine, Domaine Jamet. Deux interprétations complémentaires, entre finesse minérale et richesse du fruit, servant de mise en bouche idéale pour installer le décor de la dégustation.
Domaine Jamet, Vernillon, Condrieu 2021
La robe se présente sous un paille très pâle aux reflets verdâtres, d’une grande brillance. Le nez est d’une belle pureté, à la fois salin et minéral, porté par des fruits à chair blanche, des notes de miel et de délicates fleurs blanches. En bouche, le vin se montre tout en retenue et en précision : le melon vert domine, soutenu par une acidité moyenne qui apporte de la fraîcheur et de la droiture. La texture est ronde sans lourdeur, avec un bel équilibre d’ensemble. La finale, de longueur moyenne, se prolonge sur une légère amertume élégante qui donne envie d’y revenir. Un Condrieu tout en finesse, davantage axé sur l’expression du terroir que sur l’opulence.
Domaine Jamet, Côtes du Rhône blanc 2021
Robe paille pâle, limpide et brillante. Le nez est immédiatement charmeur, évoquant le melon au miel, les fruits blancs mûrs et un bouquet de fleurs blanches. En bouche, l’attaque est souple et gourmande, reprenant ce registre de melon miellé et de fruits blancs, soutenu par une trame minérale bien présente. La matière est légère mais légèrement huileuse, ce qui apporte du confort sans alourdir l’ensemble. L’acidité, bien dosée, équilibre la richesse du fruit, tandis qu’un discret boisé vient encadrer la structure. La longueur est belle pour l’appellation, avec une finale harmonieuse et nette. Un blanc très bien construit, convivial et précis, qui joue la carte de l’élégance accessible.
Deuxième volée : Mini-verticale de Crozes-Hermitage
Cette seconde série permettait d’observer l’évolution de la syrah de Crozes-Hermitage à travers deux millésimes d’un même domaine emblématique, Paul Jaboulet Aîné. D’un côté, un 2010 pleinement entré dans son plateau de maturité ; de l’autre, un 2015 encore porté par l’énergie du fruit. Un face-à-face révélateur du potentiel de garde et de la diversité d’expression de l’appellation.
Paul Jaboulet Aîné, Domaine de Thalabert, Crozes-Hermitage 2010
La robe rubis foncé, légèrement briquée au pourtour, annonce un vin arrivé à maturité. Le nez est complexe et racé, oscillant entre des notes sanguines, d’épices, de viande fumée, de feuilles mortes, de menthol et une étonnante touche de sel de céleri. En bouche, le registre est résolument tertiaire et viandeux, avec une trame plutôt légère mais parfaitement tenue. Les tannins sont fondus, l’acidité moyenne assure la fraîcheur et la structure se montre fine, souple et bien équilibrée. La longueur est moyenne, prolongée par une légère astringence en finale qui rappelle la nature de la syrah dans cette appellation. Un vin harmonieux, arrivé à un stade d’évolution fort séduisant.
Paul Jaboulet Aîné, Domaine de Thalabert, Crozes-Hermitage 2015
Le 2015 affiche une robe rubis foncé, encore très jeune, sans véritables signes d’évolution. Le nez est expressif et direct, dominé par le cassis, les fruits noirs mûrs, la cerise et une touche de réglisse. En bouche, l’attaque est franche et fruitée, portée par une matière dense où les tannins, encore serrés, sont bien enrobés par la richesse du fruit. L’équilibre est déjà bien en place, soutenu par une belle fraîcheur. La finale est longue, légèrement amère, confirmant le caractère encore juvénile du vin. Un Crozes-Hermitage de belle race, bâti pour la garde, qui gagnera en complexité avec quelques années supplémentaires en cave.
Troisième volée : La signature Graillot
Cette troisième vague mettait en lumière le travail précis et sans compromis de Alain Graillot à travers deux cuvées et deux millésimes, dont la célèbre déclinaison La Guiraude. Une occasion idéale de mesurer l’évolution du style, la constance du terroir et l’impact du temps sur la syrah de Crozes-Hermitage, entre tension, profondeur et expression charnelle.
Alain Graillot, Crozes-Hermitage 2016
La robe rubis foncé annonce un vin sérieux. Le nez s’ouvre sur la cerise noire, les épices et une note gourmande évoquant le gâteau forêt noire. En bouche, l’attaque est vive, presque nerveuse, portée par des fruits légèrement aigrelets et une acidité élevée. La matière est tendue, les tannins sont serrés et encore fermement ancrés dans la structure. Le vin s’étire longuement, mais la finale laisse apparaître une certaine verdeur, signe d’un vin encore en phase de jeunesse. L’ensemble est droit, énergique, mais exigeant. Ce 2016 privilégie clairement la tension à la rondeur, et gagnera en harmonie avec quelques années supplémentaires en cave. Un Graillot de style strict, bâti pour l’avenir.
Alain Graillot, Crozes-Hermitage 2020
Robe grenat violacé, lumineuse et jeune. Le nez est expressif, dominé par la réglisse et des notes florales nettes. En bouche, l’attaque est franche sur les fruits noirs, soutenue par une acidité moyenne qui assure une belle buvabilité. Les tannins sont serrés mais bien intégrés dans une structure équilibrée et cohérente. La matière est moins sévère que sur 2016, plus immédiatement accessible, tout en conservant une belle droiture. La finale est longue, savoureuse, sans excès de dureté. Un Crozes-Hermitage charmeur dans sa jeunesse, qui exprime déjà une belle précision aromatique et une structure prometteuse. Un équilibre très juste entre accessibilité et potentiel.
Alain Graillot, Crozes-Hermitage La Guiraude 2015
Sous sa robe rubis foncé, ce La Guiraude dévoile un nez intensément tertiaire : sanguin, viande fumée, champignons, feuilles mortes et sel de céleri composent un bouquet complexe et racé. En bouche, le registre se prolonge sur le sous-bois et la feuille morte, avec une belle longueur et une trame tannique encore bien présente. L’acidité élevée maintient l’ensemble en tension et évite toute lourdeur. Le vin affiche une structure sérieuse, profonde, mais déjà bien en place. Nous sommes clairement dans une phase d’expression évoluée, où la syrah livre son visage le plus terrien et le plus noble. Un grand vin de caractère, qui séduira les amateurs de profils évolués et complexes.
Alain Graillot, Crozes-Hermitage La Guiraude 2020
Robe grenat violacé dense et brillante. Le nez est expressif, débordant de fruits rouges et noirs, dominé par le cassis, accompagné d’une touche florale raffinée. En bouche, l’attaque est puissante, sur les fruits noirs mûrs, portée par une acidité élevée et une masse tannique encore serrée. La matière est imposante, dense, presque massive, tout en restant bien structurée. La finale est longue, vigoureuse, affirmant clairement la vocation de garde du vin. Ce La Guiraude 2020 se montre costaud, ambitieux, encore en phase de construction. Un vin impressionnant par sa concentration, qui demandera patience pour livrer toute sa complexité.
Quatrième volée : L’apogée avec Côte-Rôtie
Cette ultime série hissait la dégustation vers les sommets du Rhône septentrional avec deux expressions majeures de Côte-Rôtie issues de producteurs emblématiques, René Rostaing et Domaine Georges Vernay. Deux visions du grand terroir, entre puissance, complexité et raffinement, venues clore la soirée sur une note magistrale.
René Rostaing, Côte-Rôtie Cuvée Classique Ampodium 2015
La robe rubis profond et brillante annonce un vin de grande concentration. Le nez s’ouvre sur la cerise, les épices et un registre animal noble, déjà très complexe. En bouche, la matière impressionne par sa densité et son équilibre : l’attaque est ample, charnue, portée par une structure massive, une acidité élevée et un corps d’une rare intensité. Le registre animal et épicé revient avec force, appuyé par une longueur remarquable. Tout est en place : la puissance, la précision, la profondeur et la tenue. C’est une syrah « textbook », exemplaire de l’appellation, qui allie rigueur et élégance. Le potentiel de garde est immense, et le vin promet une évolution spectaculaire. Un grand Côte-Rôtie, taillé pour traverser les décennies.
Domaine Georges Vernay, Côte-Rôtie Blonde du Seigneur 2015
La robe rubis légèrement pâle, aux reflets briqués à la couronne, intrigue d’emblée. Le nez, d’une rare complexité, mêle la cerise, les épices, la viande fumée, le chocolat et le café dans un ensemble profond et envoûtant. En bouche, la matière est imposante, riche, presque voluptueuse, avec des saveurs de cola, de kirsch et de fruits rouges mûrs. Une légère note oxydative vient ajouter une dimension supplémentaire à l’ensemble, sans jamais rompre l’équilibre. La finale est très longue, persistante et expressive. Ce vin conjugue puissance, charme et complexité avec un naturel désarmant. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait été élu vin de la soirée par les dégustateurs présents. Un Côte-Rôtie de très grand style.
L’ensemble de la dégustation a confirmé la polyvalence et la puissance des vins du Rhône septentrional. Les blancs ont offert finesse, minéralité et équilibre, posant un cadre élégant pour l’arrivée des rouges. Les Crozes-Hermitage ont révélé la force et la jeunesse de la syrah, avec une palette allant de la fraîcheur fruitée aux nuances tertiaires et viandeuses, selon le millésime et la cuvée. Enfin, les Côte-Rôtie ont démontré un niveau de complexité et de raffinement exceptionnel, alliant puissance, structure et équilibre, capables de traverser les décennies. Une dégustation riche et instructive, qui illustre parfaitement la capacité du Rhône septentrional à produire des vins à la fois typés, profonds et durables.
Merci à Marc-Étienne Lesieur pour les notes de dégustation.
7 janvier 2026
« Barolo – Communes et crus »
Dégustation collective
Organisateurs: Philippe Richer et Sandra Bellemare
C’est en 1966 que le Barolo a obtenu le statut officiel de “Denominazione di Origine Controllata” (DOC). Aujourd’hui, l’appellation s’étend sur 11 communes et compte 170 crus classés, connus sous le nom de “Menzione Geografica Aggiuntiva” (MGA).
Lors de cet atelier analytique organisé par Philippe Richer et Sandra Bellemarre, nous explorerons en détail 10 des 11 communes et 11 Crus MGA emblématiques, ainsi que trois cépages distincts. Des producteurs légendaires — Giacomo Conterno, Giuseppe Rinaldi, Bruno Giacosa ou G.B. Burlotto — nous guideront à travers des parcelles mythiques telles que Monvigliero, Cannubi et Brunate.
Un véritable voyage sur trois décennies pour appréhender la richesse et la singularité des communes et des Crus MGA de Barolo, entre tradition, terroir et excellence.
Giacomo Conterno – Barbera d’Alba 2017, MGA Francia, Serralunga d’Alba
La robe rubis opaque aux reflets pourpres annonce un vin sérieux et concentré. Le nez, encore réservé à l’ouverture, s’exprime sur les fruits noirs, la poussière minérale, la violette, la réglisse et une touche de thé noir, révélant un profil à la fois sombre et précis. En bouche, le vin surprend par une véritable explosion de fruits rouges, à la fois secs et frais, portée par une acidité moyennement élevée qui dynamise l’ensemble. La structure est solide, presque sévère, rappelant l’origine prestigieuse du terroir de Francia. La finale, de longueur moyenne, s’étire sur le noyau de cerise avec une légère pointe d’alcool, apportant une conclusion chaleureuse. Une Barbera de caractère, droite et expressive, qui privilégie la tension et la structure à la rondeur immédiate.
Bruno Giacosa – Dolcetto 2024, MGA Falletto, Serralunga d’Alba
La robe rubis moyennement claire, limpide et brillante, évoque d’emblée un vin de fraîcheur et de franchise. Le nez, ouvert, propose un registre aromatique intéressant mêlant cerise, poivre blanc, chocolat, sous-bois, champignons et une touche ferrugineuse. En bouche toutefois, l’expression se montre plus sévère. Le fruit, étonnamment discret pour un Dolcetto, passe au second plan derrière une présence alcoolique marquée et des tanins serrés. L’ensemble apparaît austère, avec une texture asséchante qui domine la dégustation. La finale, de longueur moyenne, se révèle chaude et marquée par une légère amertume persistante. Malgré une aromatique prometteuse, le vin manque d’équilibre et de gourmandise, laissant une impression globalement décevante, à contre-courant de ce que l’on attend habituellement du cépage.
La Spinetta – Barolo 2004 Vürsù, MGA Garretti (Vigneto Campe), Grinzane Cavour
La robe rouge grenat, légèrement évoluée au disque, étonne par sa profondeur de couleur pour un Nebbiolo de cet âge. Le nez est tout simplement magnifique, complexe et harmonieux, évoquant le sucre d’orge, le cuir, les herbes fraîches, le chocolat noir, le tabac et une délicate touche sanguine qui apporte noblesse et relief. En bouche, le vin se montre suave et caressant, porté par un fruit rouge évolué, ample et enveloppant. L’acidité, fraîche et bien intégrée, soutient une structure impressionnante, avec des tanins encore serrés, puissants et concentrés, témoignant d’un grand potentiel. La finale, très longue et persistante, confirme la stature du vin. Un grand Barolo, profond et racé, qui conjugue maturité et énergie avec une remarquable élégance.
A. & G. Fantino – Barolo Riserva 2004, MGA Bussia, Cascina Dardi, Monforte d’Alba
La robe rouge grenat, d’intensité moyenne à foncée et légèrement évoluée au disque, se présente limpide et brillante. Le nez, discret mais d’une grande finesse, s’ouvre sur la cerise, le cuir, le graphite et l’eucalyptus, complétés par des notes de sous-bois, de feuilles mortes et de thé noir, avec une subtile touche iodée qui apporte complexité et fraîcheur. En bouche, le fruit noir se fait plus réservé, laissant place à une structure austère, très sèche et astringente. L’acidité, moyenne, soutient un corps plein et solidement charpenté. La finale, très longue, s’étire sur le noyau de cerise, confirmant la stature du vin. Un Barolo sérieux et exigeant, taillé pour la garde, qui peut encore poursuivre son évolution avec profit.
Marcarini – Barolo 2006, MGA Brunate, La Morra
La robe rouge grenat de teinte moyenne, évoluée au disque avec de beaux reflets orangés, se montre limpide et brillante, parfaitement typique du Nebbiolo arrivé à maturité. Le nez, ouvert et expressif, dévoile des notes ferrugineuses et iodées, puis des arômes de cerise, de cendre, de pain grillé, de cacao et une légère touche végétale. En bouche, le fruit se fait discret, rapidement dominé par une astringence marquée portée par des tanins sévères et asséchants. La texture apparaît très sèche, soutenue par une acidité fraîche, tandis qu’une légère sensation alcoolique dépasse en finale. Celle-ci, très longue, persiste néanmoins sur un registre austère et rigoureux. Un Barolo de caractère, fidèle au style strict du cru, mais qui privilégie la structure à la gourmandise.
Brovia – Barolo 2008, MGA Villero, Castiglione Falletto
La robe rouge grenat, d’intensité moyenne à pâle, affiche une faible coloration avec une teinte orangée au disque, brillante et typique du Nebbiolo arrivé à maturité. Le nez, discret mais précis, s’exprime sur la cerise, des notes ferrugineuses, iodées et salines, complétées par des arômes de pivoine, de poivre et une touche de miel. En bouche, le fruit prend le dessus, offrant une matière ronde, sèche et particulièrement agréable. L’acidité, moyenne et bien intégrée, soutient une structure ample et corsée, tandis que l’alcool, puissant, apporte de la profondeur sans déséquilibrer l’ensemble. La finale, très longue et savoureuse, confirme la grande amplitude du vin. Un Barolo de grande classe, harmonieux et expressif, qui allie maturité et intensité avec brio.
G.B. Burlotto – Barolo 2014, MGA Monvigliero, Verduno
La robe couleur cerise, limpide, présente de légères notes tuilées au disque, annonçant un vin déjà nuancé malgré sa relative jeunesse. Le nez, d’abord discret et presque fermé, demande de la patience avant de s’ouvrir progressivement sur la cerise, puis sur la réglisse, accompagnées d’effluves de viande rôtie, de cuir et d’une touche de vanille. En bouche, le fruit rouge domine une trame de tanins serrés, bien intégrés, tandis que l’alcool se fond harmonieusement dans l’ensemble. L’acidité, moyenne, apporte juste ce qu’il faut de fraîcheur à une matière sèche et solidement bâtie. La structure est imposante, offrant beaucoup de mâche et une belle amplitude. La finale, très longue, s’étire sur le fruit noir et la réglisse. Un vin concentré, mais d’une grande finesse et élégance, qui s’impose comme un grand Barolo. Cette bouteille a été couronnée « vin de la soirée » par les dégustateurs présents.
Barale Fratelli – Barolo Riserva 2014, MGA Cannubi
La robe grenat foncé, quasi opaque et légèrement brouillée, montre très peu d’évolution au disque, soulignant la jeunesse et la concentration du vin. Le nez est superbe, d’une grande précision aromatique, mêlant rose, orange sanguine, violette et cerise noire, rehaussées de notes de poivre noir et de cèdre. À l’aération, des nuances de tabac blond, une pointe de vanille et un soupçon de truffe viennent enrichir l’ensemble. En bouche, la cerise noire s’impose dans un registre droit et sévère, portée par des tanins en pleine maîtrise qui confèrent au vin structure, prestance et une amplitude remarquable. La matière est imposante, profonde et d’une grande noblesse. La finale, très belle et persistante, revient sur le fruit avec éclat. Un vin exceptionnel, racé et puissant, qui s’impose sans conteste comme un grand Barolo.
Ascheri – Barolo 2019, MGA Sorano, Diano d’Alba
La robe rubis de teinte moyenne, peu colorée, présente de légers reflets orangés au disque, limpide et brillante, fidèle à l’expression classique du Nebbiolo. Le nez se montre invitant, porté par des arômes nets de cerise, de fraise et de framboise, complétés par des notes médicamenteuses et une touche de poussière minérale qui ajoutent de la complexité. En bouche, le fruit est bien présent mais rapidement encadré par des tanins serrés, placés à l’avant-plan, conférant au vin un caractère sec et austère. La matière offre beaucoup de mâche et une belle amplitude, soutenue par une acidité moyenne et bien intégrée. La finale, très longue, se révèle à la fois digeste et agréable. Un Barolo encore jeune, structuré et sérieux, qui conjugue fermeté et équilibre avec une réelle élégance.
Paolo Scavino – Barolo 2019, MGA Bricco Ambrogio, Roddi
La robe rouge rubis de teinte moyenne à assez prononcée, presque opaque et brillante, annonce un vin encore très jeune et concentré. Le nez se montre réservé, le fruit rouge – cerise et prune – tardant à s’exprimer, laissant d’abord place à des notes de roche mouillée et à un caractère salin marqué, presque alcalin. En bouche, le fruit revient timidement dans un registre sec et austère. Les tanins, bien présents, structurent la matière et apportent une certaine rondeur à un ensemble encore en construction. Le vin paraît chercher son équilibre, à l’image d’une adolescence prolongée, où la structure domine encore l’expression aromatique. Un Barolo sérieux et prometteur, qui gagnera clairement en harmonie avec le temps et la patience.
Giuseppe Rinaldi – Langhe 2013, MGA Ravera, Novello
La robe rouge grenat foncé, quasi opaque, présente une légère évolution au disque tout en demeurant limpide. Le nez se distingue immédiatement par un registre singulier et profondément tellurique, évoquant le sol volcanique, le soufre, l’allumette, le fer et l’iode, auxquels s’ajoute une étonnante touche de sel de céleri. Une aromatique austère et minérale, très identitaire. En bouche, le fruit se fait discret, laissant place à une expression sèche, fluide et relativement légère, mais dotée d’une réelle mâche. L’acidité, fraîche et bien intégrée, soutient une matière moyennement corsée, tandis que les tanins, granuleux, structurent l’ensemble sans lourdeur. Un vin de caractère, droit et sans concession, qui privilégie l’expression du terroir et la tension à la gourmandise immédiate.
Conclusion
Cette dégustation des MGA de Barolo a mis en lumière la diversité et la personnalité affirmée de chaque cru, où le terroir s’exprime avec précision et sans compromis. Structure, tension et minéralité dominent souvent le fruit immédiat, donnant naissance à des vins sérieux, parfois austères, mais profondément identitaires, taillés pour le temps et la patience.
Merci à Louis Landry pour les notes de dégustation.
21 janvier 2026
« Europe de l’Est »
Dégustation individuelle
Organisateur: François Lamontagne
Sous la houlette de François Lamontagne et Isabelle Brault, cette dégustation nous permettra de découvrir la richesse et la diversité des vins d’Europe de l’Est : des Saperavi géorgiens aux Rubin et Melnik bulgares, en passant par l’Öküzgözü turc, jusqu’au vin doux aromatique de Cotnari. Une exploration originale de terroirs et de cépages méconnus, qui révélera authenticité et caractère à chaque flacon.
Première vague : les vins blancs
Jidvei – Tezaur 2023, Roumanie
Sauvignon Blanc / Fetească Regală
La robe jaune pâle aux reflets verdâtres, brillante, évoque la fraîcheur et la jeunesse. Le nez se montre expressif, dominé par la poire, une pointe d’agrumes, des notes de vanille et un registre exotique rappelant le litchi. En bouche, la poire et les fruits exotiques reviennent clairement, accompagnés d’une légère touche de sucre résiduel. L’acidité, élevée et bien marquée, apporte tension et équilibre à l’ensemble, évitant toute lourdeur. La structure demeure svelte malgré la douceur perceptible, privilégiant une expression simple et directe. La finale, plutôt courte, laisse une impression de fraîcheur et de franchise aromatique. Un vin accessible et aromatique, qui mise sur le fruit et la vivacité plus que sur la complexité, idéal à l’apéritif ou sur une cuisine légèrement épicée.
Vina Kobal – Šipon (Furmint) sélection vieilles vignes 2023, Slovénie
La robe jaune ivoire aux subtils reflets verdâtres, limpide et brillante, annonce un vin soigné. Le nez, d’abord discret, s’ouvre progressivement sur des notes de pain grillé, de fleurs blanches et de miel, laissant transparaître une certaine profondeur. En bouche, l’attaque se fait sur la poire, rapidement complétée par des nuances de limette. L’acidité, moyennement élevée, structure une matière à la texture grasse et ample, équilibrée par une touche saline bienvenue. La finale, de longueur moyenne, s’étire sur des notes d’amandes crues, apportant une élégante amertume. Un Šipon sérieux et nuancé, qui conjugue fraîcheur, texture et complexité discrète, révélant tout le potentiel du Furmint sur vieilles vignes.
Deuxième vague : Slovénie et Slovaquie
Vinakoper – Refošk 2008, Slovénie
La robe grenat de teinte moyenne, presque opaque, présente une couronne aux nuances cola, signe d’une évolution déjà bien amorcée. Le nez se montre expressif et typé, mêlant cerises noires, rafle, mûres, roche mouillée et tabac blond, offrant un registre à la fois fruité et minéral. En bouche, l’attaque est légère, portée par le fruit rouge, puis le vin évolue vers une expression très minérale, presque austère. La matière apparaît quelque peu mince, soutenue par une acidité élevée qui confère fraîcheur et droiture à l’ensemble. Les tanins, pratiquement fondus, laissent place à une finale de longueur moyenne, nette et précise. Un Refošk à maturité, plus axé sur la tension et l’expression du terroir que sur la puissance.
Mrva & Stanko – Cabernet Sauvignon 2006, Slovaquie
La robe grenat cerise affiche une légère évolution en couronne, témoignant de l’âge du vin. Le nez est particulièrement exubérant, dominé par la cerise et le cassis, enrichis de notes d’épices, de poivron et de cèdre, dans un style résolument classique du cépage. En bouche, le cassis revient à l’avant-plan, accompagné d’un caractère végétal marqué et d’un boisé affirmé, mais globalement bien intégré à la structure. L’acidité, moyenne, soutient une matière équilibrée, tandis que la finale, légèrement chaude, prolonge les notes d’élevage. Un Cabernet Sauvignon expressif et typé, qui assume pleinement son style et son évolution.
Troisième vague : La Bulgarie
Terra Antika – Mavrud 2007, Bulgarie
La robe grenat tuilé, presque orangée, limpide, témoigne d’une évolution avancée. Le nez s’inscrit clairement dans un registre oxydatif, évoquant le champignon, le tabac blond, les feuilles mortes et le thé noir, avec une touche singulière de sel de céleri. En bouche, le vin surprend par une fraîcheur plus marquée qu’attendue : le fruit subsiste encore sur des notes de pruneau, soutenu par une texture lisse et une acidité moyenne. Les tanins sont complètement fondus, et la finale, de longueur moyenne, rappelle le pruneau à la manière d’un vieux xérès. Un vin à pleine maturité, au profil évolué mais harmonieux, qui a séduit l’assemblée et a été élu vin de la soirée à l’issue d’un vote très partagé parmi les seize dégustateurs.
Castra Rubra – Nimbus 2008 (Rubin & Merlot), Bulgarie
La robe grenat tuilé, brillante, annonce un vin déjà bien engagé dans son évolution. Le nez est marqué par des arômes de fraise et de gâteau à la vanille, révélant un élevage appuyé. En bouche, l’attaque reprend la fraise, accompagnée d’épices et de moka. L’acidité, moyennement élevée, ne parvient pas entièrement à contrebalancer une sensation de chaleur perceptible. Les tanins demeurent fermes, et la finale se montre à la fois légèrement astringente et chaude. Le consensus autour de la table soulignait un usage excessif du bois, dominant l’expression du fruit et du terroir.
Damianitza – ReDark 2015 (Cabernet Sauvignon, Rubin & Ruen), Bulgarie
La robe grenat moyennement foncé présente des notes d’évolution au disque. Le nez se montre expressif, sur des arômes de cerise, de fleurs, de poivre, de sciure de bois et de violette, traduisant un profil aromatique à la fois fruité et épicé. En bouche, la cerise acidulée domine, accompagnée de prune et de chocolat. L’acidité est assez élevée, apportant de la fraîcheur, tandis que les tanins, fins et bien dessinés, structurent l’ensemble. La finale, de longueur moyenne, se termine sur une sensation légèrement chaleureuse. Un vin équilibré, encore en phase d’évolution.
Villa Melnik – Aplauz, Melnik 55 Réserve 2016, Bulgarie
La robe rubis foncé aux reflets pourpres, presque opaque, indique une belle concentration. Le nez se montre d’abord fermé, sur des notes de poussière, avant de s’ouvrir progressivement sur la cerise et la réglisse. En bouche, la cerise domine, soutenue par une acidité moyenne et des tanins fermes mais bien intégrés. Une légère chaleur apparaît en finale, laquelle se distingue par une belle longueur. Un vin sérieux et prometteur, clairement bâti pour le cellier et appelé à gagner en complexité avec quelques années supplémentaires de garde.
Quatrième vague : Géorgie et Turquie
Koncho Winery – Mukuzani 2011, Saperavi, Géorgie
La robe rubis foncé, opaque avec une couronne cerise, annonce un vin concentré et affirmé. Le nez exprime un mélange de fruits rouges et noirs, sur un fond légèrement fumé et iodé, avec une subtile touche d’eucalyptus qui apporte complexité et relief. En bouche, le vin se montre riche et mûr, dominé par la mûre, avec une nuance sanguine ou métallique qui rappelle le caractère du Saperavi. L’acidité moyenne équilibre la matière, tandis que les tanins, bien intégrés, confèrent structure et souplesse. La texture soyeuse et la finale de longueur moyenne sur le fruit prolongent l’expérience avec élégance. Un vin précis et bien construit, offrant une belle expression du terroir géorgien et une évolution harmonieuse après dix ans de garde.
Telavi Wine Cellar – Marani 2022, Saperavi, Géorgie
La robe rubis foncé violacé, opaque avec des reflets pourpres, traduit un vin très jeune et concentré. Le nez, riche et primaire, évoque fruits rouges et noirs, lavande, épices et nuances sanguines, dans un registre encore fermé et explosif. En bouche, l’attaque sur le fruit noir est immédiate, presque « nouveau style », rappelant un beaujolais primeur par sa jeunesse et sa gourmandise franche. La fumée, l’acidité moyenne et les tanins fermes structurent le vin, tandis qu’une légère chaleur apparaît en finale. Très primaire et encore en construction, ce Saperavi demande du temps pour se fondre et exprimer toute sa complexité : à réserver pour une dégustation dans 10 ans pour pleinement apprécier son potentiel.
Kayra – Terra 2010, Öküzgözü, Turquie
La robe grenat moyen cerise, avec une couronne légèrement évoluée, témoigne de l’âge et de la concentration du vin. Le nez, complexe, s’ouvre sur la griotte, la réglisse, le goudron et les champignons, avec une touche oxydative subtile et du thé noir. En bouche, l’expression suit le nez avec fidélité : fruits rouges mûrs, thé noir, belle minéralité et acidité moyenne-plus qui apporte tension et équilibre. Les tanins sont intégrés, la texture veloutée et une légère chaleur en finale vient souligner la structure. La longueur est remarquable et le vin surprend par son évolution harmonieuse après plus de dix ans, révélant un Öküzgözü à la fois complexe et élégant, qui allie richesse aromatique et précision structurelle.
La finale : Vin doux de la Roumanie
Cotnari – Tămâioasă Românească 2001, Vin doux, Roumanie
La robe jaune doré, brillante, avec une teinte jaune blé à la couronne, annonce un vin doux élégant et lumineux. Le nez s’ouvre sur un registre aromatique riche et gourmand, mêlant abricot confit, miel, maïs soufflé et délicates notes botrytisées, révélant toute la typicité du cépage Tămâioasă Românească. En bouche, l’abricot et le miel dominent également, soutenus par une acidité moyenne qui apporte équilibre et fraîcheur. La matière apparaît légèrement lourde, avec une sucrosité modérée, tandis qu’une subtile touche végétale ajoute complexité et authenticité. La finale, de longueur moyenne, prolonge agréablement les notes fruitées et miellées. Un vin doux typique de Cotnari, harmonieux et bien structuré, qui reste agréable à déguster malgré sa maturité et sa richesse aromatique.
Conclusion
Cette dégustation des vins d’Europe de l’Est a offert un panorama riche et inattendu, révélant la diversité des terroirs et des cépages de la région. Des Saperavi géorgiens jeunes ou évolués aux Öküzgözü turcs surprenants, en passant par les Mavrud, Rubin et Melnik bulgares, chaque vin a exprimé sa typicité avec authenticité. Certains vins se sont montrés austères et minéraux, d’autres fruités et généreux, tandis que le vin doux de Cotnari a clôturé la série sur une note aromatique et gourmande. Cette sélection a permis de constater que, malgré leur moindre notoriété internationale, ces vins offrent souvent de belles surprises, alliant fraîcheur, structure et personnalité, et méritent pleinement d’être découverts et appréciés par les amateurs curieux.
06 février 2026
« Trésors de nos caves »
Dégustation collective
Organisateur: Jean-François Gauthier
Cette dégustation, orchestrée par Jean-François Gauthier et François Lamontagne, nous entraînera à la découverte de deux grandes terres de vins puissants et identitaires : le Portugal et l’Australie. Au fil des verres, nous explorerons la richesse du Douro et la générosité de la Barossa Valley, en passant par des cuvées emblématiques et quelques références mythiques.
Nous chercherons à comprendre comment le climat, les cépages et les choix d’élevage façonnent des vins de caractère, capables d’allier intensité, structure et potentiel de garde. Une soirée qui promettra contraste, profondeur et, sans doute, quelques révélations. 🍷
Première vague : les vins blancs du Portugal
Da Cruz e Teles – COZs Vital 2023, Vinho de Mesa
La robe jaune doré trouble, aux reflets ambrés, évoque d’emblée l’univers des vins nature, voire des blancs macérés. Le nez, expressif et singulier, oscille entre fruits exotiques, pommes blettes et notes de pâtisserie, dans un registre volontairement non conventionnel. En bouche, l’évolution est déjà perceptible : les saveurs de pomme blette dominent, soutenues par une acidité moyenne et une légère amertume. La texture rappelle les codes des vins peu interventionnistes, avec une finale persistante sur les amandes crues. Un vin déroutant, assumé, qui privilégie la personnalité à la séduction immédiate.
Niepoort – Redoma Branco Reserva 2011, Douro DOC
La robe jaune pâle, brillante et limpide, aux légers reflets verdâtres, annonce un style plus classique. Le nez dévoile un registre finement épicé, marqué par la poire et l’amande, avec une touche de pâte d’amande qui trahit l’élevage. En bouche, la matière se montre texturée et glycérinée ; le fruit, plus discret, laisse place à des notes de caramel issues du bois, accompagnées de poire et d’amande. L’acidité, moyennement élevée, soutient l’ensemble sans totalement compenser une certaine lourdeur en milieu de bouche. La finale, légèrement amère, prolonge l’empreinte de l’élevage. Un blanc structuré et évolué, davantage axé sur la matière que sur la tension.
Deuxième vague : Les rouges du Portugal
Casa Ferreirinha – Vinha Grande 2019, Douro DOC
La robe rubis foncé aux reflets pourpres, dense et opaque, annonce un vin de belle concentration. Le nez s’ouvre sur un registre franc de fruits noirs, dominé par la cerise noire et la violette. En bouche, le fruit s’impose d’emblée, avec des notes de cerise et de datte. La puissance demeure mesurée, soutenue par une acidité moyennement élevée qui apporte fraîcheur et tension. Une sensation de minéralité traverse la matière, tandis que les tannins, fermes, s’intègrent harmonieusement à la structure. La finale, de longueur moyenne, se montre légèrement chaleureuse. Un Douro moderne, équilibré et accessible.
Casa Ferreirinha – Quinta da Leda 2014, Douro DOC
La robe rubis foncé, presque pourpre, laisse entrevoir un très léger début d’évolution à la couronne. Le nez, intense et expressif, explose sur les épices, la mûre et la cerise noire, enrichies de notes de chocolat, d’olive et de vanille. En bouche, l’intensité du fruit noir domine, relevée d’une subtile touche végétale rappelant le poivron. L’acidité moyenne soutient une belle rondeur, tandis que les tannins fermes structurent l’ensemble avec assurance. La finale, longue et savoureuse, prolonge les notes de fruit noir et de chocolat. Un vin accompli, ample et très séduisant.
Quinta do Côtto – Grande Escolha 2012, Douro DOC
Sous une robe rubis foncé et opaque, marquée par un léger signe d’évolution, ce vin dévoile un nez mêlant cerise, notes viandées et poivron. La bouche confirme l’intensité du fruit, soutenue par une acidité moyennement élevée qui dynamise la matière. Les tannins, fermes mais bien intégrés, confèrent structure et tenue. La finale, de belle longueur, prolonge les saveurs de fruit et la nuance végétale, avec une légère chaleur en conclusion. Un Douro structuré, encore solide.
Bacalhoa – Quinta dos Quatro Ventos 2006, Douro DOC
La robe grenat moyen, aux reflets presque cola et légèrement trouble, évoque un vin à maturité avancée. Le nez, aux accents légèrement oxydatifs, offre un bouquet complexe de dattes, de feuilles de thé, de bouillon de bœuf et de sel de céleri. En bouche, la surprise est agréable : l’évolution est marquée mais maîtrisée, avec des notes de datte, de figue, de chocolat et de thé. L’acidité moyenne maintient l’équilibre, tandis que les tannins, totalement fondus, apportent douceur et harmonie. La finale, de longueur moyenne, se montre un peu chaude, sur la datte et la réglisse noire. Un vin évolué, riche et nuancé, qui plaira aux amateurs de maturité assumée.
Troisième vague : Les vins de Barossa Valley
Rockford – Shiraz Basket Press 2006, Barossa Valley
La robe grenat moyennement foncée, brillante, présente un léger signe d’évolution au disque. Le nez, généreux et typique, s’ouvre sur les fruits rouges mûrs, soutenus par des notes de vanille, de chocolat et une touche d’eucalyptus. En bouche, le vin se montre ample et expressif, dominé par le fruit — notamment le bleuet — relevé d’épices douces. L’acidité, moyenne, équilibre une matière généreuse structurée par des tannins fermes. La finale, toutefois, se révèle assez courte et marquée par une certaine chaleur. Une Shiraz au profil classique, démonstrative et solaire.
Barossa Valley Estate – Shiraz Ebenezer 2006, Barossa Valley
Sous une robe grenat foncé de teinte moyenne, avec un léger signe d’évolution au pourtour, ce vin affiche un nez intense aux accents de goudron, de cassis et de mûre, complété par une subtile touche végétale. La bouche confirme la dominance du fruit noir, enrichi de notes de réglisse noire. L’acidité moyennement élevée apporte tension et allonge à une structure soutenue par des tannins fermes. La finale, très longue, demeure cependant légèrement chaleureuse. Un vin puissant, structuré, fidèle au caractère robuste d’Ebenezer.
Elderton – Cabernet Sauvignon 2006, Barossa Valley
La robe grenat foncé profond montre un début d’évolution discret. Le nez, d’abord réservé, dévoile progressivement des arômes d’eucalyptus, de cerise marasquin, de fraise et de chocolat au lait. En bouche, le vin séduit par sa complexité et sa finesse : les fruits noirs et les épices s’expriment avec précision, soutenus par une acidité moyennement élevée qui confère fraîcheur et équilibre. La finale, longue et harmonieuse, souligne l’élégance de l’ensemble. Un Cabernet Sauvignon de grande classe, alliant puissance maîtrisée et distinction.
Dernière vague : Les vins phares de la maison Penfolds
Penfolds – Bin 389 2011, South Australia
La robe rubis foncé aux reflets violacés, opaque et dense, trahit une jeunesse encore affirmée malgré les années. Le nez intense s’articule autour de la mûre, accompagné de notes viandeuses qui accentuent le caractère puissant du vin. En bouche, la richesse s’impose d’emblée : mûres et chocolat dominent une matière ample et concentrée. L’acidité moyennement élevée apporte une certaine tension, mais les tannins, encore rêches, structurent fermement l’ensemble. La finale, marquée par cette trame tannique, se montre sévère et persistante. Un Bin 389 encore résolument jeune, qui demande davantage de temps pour harmoniser sa puissance.
Penfolds – Grange 1997, South Australia
Sous une robe grenat de teinte moyenne, au contour légèrement évolué mais toujours brillant, le nez dévoile un bouquet complexe de fruits noirs, de mûres, d’eucalyptus, d’épices et de poussière noble, dans un registre contenu mais profond. La bouche impressionne par sa texture totalement fondue : les épices et le fruit persistent avec une remarquable fraîcheur pour un vin approchant la trentaine. Droit, sec et parfaitement équilibré, il repose sur une acidité moyennement élevée et des tannins désormais soyeux. La finale, très longue, confirme l’harmonie de l’ensemble. Un vin à la hauteur de sa réputation, élu vin de la soirée par les dégustateurs présents.
Conclusion
Cette dégustation consacrée au Portugal et à l’Australie aura mis en lumière deux visions affirmées du vin, deux cultures de la maturité et de la puissance, chacune avec sa signature propre.
Du Douro à Barossa, en passant par quelques icônes incontournables, nous aurons traversé des styles où la générosité du fruit, la structure tannique et l’empreinte de l’élevage jouent un rôle central. Les vins portugais auront démontré une belle diversité, oscillant entre fraîcheur minérale, intensité épicée et profils plus évolués, parfois surprenants. Les Australiens, fidèles à leur réputation, auront offert des expressions solaires, concentrées, mais capables — dans leurs plus grandes cuvées — d’atteindre une profondeur et un équilibre remarquables avec le temps.
Si certains vins ont révélé une jeunesse encore fougueuse, d’autres, comme le Grange 1997, ont rappelé à quel point la patience peut magnifier la puissance. Une soirée marquée par la personnalité, la matière et, surtout, par quelques moments de grande émotion. 🍷
18 février 2026
« Mini-verticales dans le désordre »
Dégustation individuelle
Organisateur: Louis Grignon
Sous l’impulsion de Louis Grignon, cette dégustation nous entraînera au cœur d’un cellier personnel où le temps aura patiemment façonné des vins issus d’Italie, de France et d’Espagne. Nous explorerons quatre volées de trois bouteilles, traversant appellations emblématiques et millésimes contrastés, afin de mesurer l’effet des années sur des cuvées reconnues pour leur structure et leur potentiel de garde.
Nous chercherons à comprendre comment le nebbiolo, le sangiovese, la syrah, le grenache ou encore le cabernet sauvignon évoluent selon leur origine et leur style d’élevage. Entre maturité assumée, puissance encore contenue et complexité tertiaire émergente, cette soirée promettra un dialogue entre terroirs et millésimes, où l’équilibre et la capacité de vieillissement seront au centre de notre réflexion.
Première volée:
Bosquet des Papes – Châteauneuf-du-Pape 2017
La robe grenat de teinte moyenne présente un léger signe d’évolution au disque tout en conservant une belle brillance. Le nez se montre d’abord réservé, presque introverti, avant de dévoiler progressivement des arômes de cerise mûre, de figue sèche et de chocolat noir, relevés d’une touche camphrée et d’une nuance graphite qui apporte une dimension plus minérale et sérieuse à l’ensemble. En bouche, le vin confirme son stade d’évolution : le fruit s’oriente vers la cerise compotée et la figue, soutenu par une acidité étonnamment élevée pour l’appellation, qui étire la matière. Les tannins demeurent serrés, conférant un caractère sec et structuré. La finale, légèrement écourtée par une sensation de chaleur, laisse une impression plus austère que généreuse. Un Châteauneuf sérieux, encore en phase de transition
Domaine Courbis – Champelrose, Cornas 2017
La robe rubis foncé, aux reflets carmin à la couronne, annonce une syrah dense et concentrée. Le nez s’ouvre sur un registre sauvage et profond : venaison, pain grillé, moka et violette composent un bouquet à la fois animal et floral, typique de Cornas, avec une pointe toastée issue de l’élevage. En bouche, l’évolution se fait sentir, le fruit glissant vers la cerise noire et la mûre confite, accompagnées de notes chocolatées et florales persistantes. L’acidité, moyennement élevée, soutient l’ensemble et évite toute lourdeur. Les tannins sont encore bien présents, structurants, apportant une légère amertume en finale qui rappelle la jeunesse relative du millésime. Un Cornas de caractère, alliant puissance et typicité, qui mérite encore quelques années de garde pour gagner en harmonie.
Marchesi de’ Frescobaldi – Castelgiocondo, Brunello di Montalcino 2017
La robe grenat moyen, brillante, affiche un disque légèrement tuilé qui suggère une évolution plus marquée que son âge ne le laisserait croire. Le nez se révèle expressif, articulé autour de la griotte, du chocolat au lait et du goudron, avec une touche poussiéreuse et de discrètes notes végétales rappelant le sangiovese dans un registre plus traditionnel. En bouche, le vin offre une intensité appréciable sur le fruit noir, mais la structure domine encore. L’acidité, de niveau moyen, encadre une matière ferme où les tannins serrés commencent à peine à se fondre. La finale, de longueur moyenne, demeure asséchante, signe d’un vin encore en construction. Un Brunello solide et structuré, qui semble réclamer davantage de temps pour atteindre son plein épanouissement.
Deuxième volée:
Produttori del Barbaresco – Barbaresco 2016
La robe grenat pâle, presque briquée malgré le jeune âge relatif du millésime, demeure lumineuse et typique du nebbiolo. Le nez conjugue finesse et complexité : cerise fraîche, bouillon de bœuf, touche camphrée, chocolat au lait et thé noir s’entrelacent dans un registre à la fois délicat et savoureux, où le caractère évolutif du cépage s’exprime déjà avec nuance. En bouche, la griotte domine, soutenue par une acidité de niveau moyen qui structure sans rigidité. Les tannins, presque entièrement fondus, confèrent une texture soyeuse et élégante, fidèle au style traditionnel de la maison. L’équilibre est remarquable, le vin se montrant sec, précis et harmonieux. La finale, d’une belle longueur, laisse une légère sensation asséchante typique du nebbiolo, mais sans dureté. Un Barbaresco abouti, raffiné et déjà très accessible.
Marchese Antinori – Chianti Classico Riserva 2016
La robe grenat de teinte moyenne, brillante et sans signe visible d’évolution, traduit la vitalité du millésime 2016. Le nez se révèle expressif et structuré, mêlant cerise et mûre à des notes de pain grillé, de poussière noble, de venaison et de chocolat noir, dans un ensemble à la fois concentré et classique. En bouche, la cerise et le chocolat dominent, portés par une extraction affirmée qui donne au vin une densité notable. L’acidité, moyennement élevée, dynamise la matière et assure une tension bienvenue. Les tannins, déjà bien fondus, soutiennent la structure sans la rigidifier. La finale est longue, équilibrée, marquée par une impression de maîtrise et de profondeur. Un Chianti Classico Riserva sérieux et complet, reflet d’un grand millésime.
Marchesi de’ Frescobaldi – Castelgiocondo, Brunello di Montalcino 2013
La robe grenat moyen aux légers reflets briqués signale une évolution amorcée, cohérente avec l’âge du vin. Le nez dévoile des arômes de mûre mûre, un caractère animal affirmé, du cuir et une légère touche oxydative qui accentue son profil tertiaire. En bouche, l’évolution se confirme : la mûre laisse place à des notes de thé noir, de chocolat au lait et de cuir, dans un registre plus assagi que vibrant. L’acidité, moyennement élevée, maintient une certaine droiture et évite toute lourdeur. Les tannins, désormais fondus, offrent une texture souple et harmonieuse. La finale est longue, mais le vin semble amorcer une phase descendante où la complexité prime désormais sur l’énergie du fruit. Un Brunello pleinement évolué, davantage dans la nuance que dans la puissance.
Troisième volée:
Produttori del Barbaresco – Barbaresco 2014
La robe grenat pâle, brillante et nettement briquée, annonce un nebbiolo arrivé à un stade d’évolution déjà bien perceptible. Le nez s’ouvre avec élégance sur la cerise fraîche, des notes florales délicates, le chocolat au lait, une touche de cannelle et la violette, offrant un profil aromatique tout en subtilité plutôt qu’en puissance. En bouche, la texture séduit par son caractère soyeux et harmonieux. La cerise et le chocolat dominent dans un registre délicat, soutenus par une acidité moyenne qui assure l’équilibre sans tension excessive. Les tannins, désormais fondus, participent à cette impression de finesse et de cohérence. Sec et moyennement long, le vin mise davantage sur la grâce et la précision que sur la structure. Un Barbaresco raffiné, représentatif d’un millésime plus léger mais bien interprété.
Marchese Antinori – Chianti Classico Riserva 2010
La robe grenat foncé, presque opaque, avec une couronne aux teintes cola, traduit une concentration importante et une évolution amorcée. Le nez se montre profond et complexe, dominé par des arômes empyreumatiques de graphite, de poussière et de fumée, auxquels s’ajoutent la mûre, une nuance balsamique et une subtile touche de sel de céleri. L’ensemble évoque un sangiovese arrivé à maturité, dans un registre sérieux et légèrement austère. En bouche, le vin suit fidèlement le nez : notes fumées, cannelle et fruit noir s’entrelacent dans une matière bien fondue. L’acidité, de niveau moyen, soutient la structure sans la tendre excessivement. Les tannins sont parfaitement intégrés, conférant une texture harmonieuse. La finale, toutefois, se montre légèrement en retrait par rapport à la richesse annoncée, laissant une impression d’inachevé. Un Chianti abouti, mais qui ne livre pas toute l’ampleur espérée.
Torres – Mas La Plana, Cabernet Sauvignon, Penedès 2011
La robe rubis foncé, presque noire comme de l’encre, avec une couronne carmin, témoigne d’une concentration marquée. Le nez est expressif et moderne, dominé par les mûres, le cassis et les bleuets, enrichis de notes de noix de coco, de vanille, de cola et d’une pointe végétale rappelant le poivron. En bouche, le vin confirme son style affirmé : fruits noirs intenses, chocolat noir et extraction généreuse composent une matière dense et structurée. L’acidité élevée apporte une certaine tension à l’ensemble, mais les tannins fermes et la chaleur perceptible en finale renforcent l’impression de puissance. La finale, de longueur moyenne, demeure marquée par cette chaleur et par l’empreinte de l’élevage. Un cabernet de facture résolument moderne, puissant et démonstratif, davantage axé sur la concentration que sur la retenue.
Quatrième volée:
Domaine Courbis – Champelrose, Cornas 2011
La robe grenat foncé présente une légère évolution au disque, traduisant un vin entré dans sa maturité. Le nez se révèle complexe et typé, mêlant pain grillé, caramel et notes balsamiques, auxquelles s’ajoutent la violette, le graphite et une discrète touche animale. L’ensemble évoque une syrah de climat septentrional arrivée à un stade d’expression secondaire affirmé. En bouche, l’équilibre est au rendez-vous : la cerise et le caramel dominent, soutenus par des nuances chocolatées qui prolongent le profil aromatique. L’acidité, moyennement élevée, apporte tension et fraîcheur à une matière ample mais maîtrisée. Les tannins demeurent bien présents, mais ils s’intègrent harmonieusement, conférant structure et profondeur sans rigidité excessive. La finale, d’une longueur appréciable, confirme le sérieux de l’ensemble. Un Cornas abouti, solide et cohérent.
Torres – Mas La Plana, Cabernet Sauvignon, Penedès 2006
La robe grenat foncé, quasi opaque, avec une couronne carmin, annonce une concentration toujours marquée malgré l’évolution. Le nez s’ouvre sur la cerise mûre, la mûre et le chocolat, relevés d’une pointe florale et d’une discrète note de poivron qui rappelle l’identité variétale du cabernet. En bouche, l’intensité est manifeste : cerise, cassis et bleuets s’expriment dans une matière dense et extraite. L’acidité, moyennement élevée, structure l’ensemble et évite toute lourdeur. Les tannins, qui commencent à se fondre, conservent une texture légèrement poudreuse et encore un peu asséchante, témoignant d’un vin bâti pour la garde. La finale, très longue, prolonge le fruit noir et l’empreinte de l’élevage. Un Mas La Plana puissant et encore vigoureux, qui conjugue maturité et structure.
Produttori del Barbaresco – Barbaresco 2011
La robe grenat moyen, briquée et brillante, confirme une évolution bien engagée. Le nez se montre d’abord discret, presque timide, avant de s’ouvrir graduellement sur la fraise, le kirsch et les feuilles de thé, dans un registre plus délicat que démonstratif. En bouche, le fruit rouge domine, accompagné de notes de kirsch, de fumée et de thé noir. L’acidité élevée apporte tension et vivacité, typique du nebbiolo, mais une touche d’alcool perceptible introduit une légère chaleur en finale. La structure demeure droite et sèche, avec une longueur moyenne bien définie. Malgré cette petite chaleur, le vin a su séduire par son équilibre et sa personnalité, au point d’être élu vin de la soirée par les seize participants, devançant de peu les deux millésimes de Mas La Plana. Un Barbaresco de caractère, expressif et convaincant.
Conclusion
Cette dégustation issue du cellier de Louis Grignon aura mis en lumière une constante fascinante : le temps ne façonne pas tous les vins de la même manière, mais il révèle toujours leur architecture profonde. À travers l’Italie, la France et l’Espagne, nous aurons observé des trajectoires d’évolution contrastées — certains vins déjà assagis et fondus, d’autres encore campés sur leur structure, voire toujours en tension.
Le nebbiolo aura souvent séduit par sa finesse et sa transparence évolutive, le sangiovese par sa droiture et sa trame acide, tandis que la syrah et le cabernet auront rappelé leur capacité à conjuguer puissance et longévité. Les différences de millésime se seront exprimées avec éloquence, confirmant que l’équilibre initial demeure la clé d’un vieillissement harmonieux.
18 mars 2026
« Le combat des syrahs »
Dégustation individuelle
Organisateur: Stéphan Gagné
Présentée par Stéphan Gagné, cette dégustation proposera un face-à-face entre la syrah du Rhône septentrional et ses interprétations ailleurs dans le monde. À travers cinq duels, nous chercherons à cerner ce qui définit l’identité de ce grand cépage : entre fraîcheur, tension et signature poivrée au nord du Rhône, et expressions plus libres, parfois plus solaires, issues d’autres terroirs.
Première vague:
Alain Graillot – Crozes-Hermitage 2019
La robe rubis foncé, opaque, avec un aspect légèrement trouble dû à des lies en suspension, témoigne d’un vin encore en pleine jeunesse. Le nez est d’abord discret, puis s’ouvre lentement sur des arômes de fruits noirs, de réglisse, de graphite et une légère touche animale. En bouche, le vin est clairement jeune : le fruit est présent, accompagné d’une note de poivre blanc typique de la syrah du Rhône nord. L’acidité, assez élevée, apporte une belle fraîcheur et de la tension. Les tannins sont modérés, bien intégrés, ce qui rend l’ensemble accessible malgré la jeunesse. La finale est de longueur moyenne, mais s’estompe un peu rapidement. Un vin encore en place, qui gagnera à évoluer.
Mullineux – Syrah 2019, Swartland
La robe grenat de teinte moyenne montre déjà un léger signe d’évolution à la couronne. Le nez est expressif, marqué par la cerise, les épices et des notes animales assez prononcées, donnant un profil plus sauvage. En bouche, la cerise domine, accompagnée d’un caractère viandeux et légèrement sanguin, avec une impression de rafle qui ajoute de la complexité. L’acidité est moyenne, les tannins sont plutôt souples, ce qui met le fruit en avant. L’ensemble est intense mais reste équilibré. La finale, de longueur moyenne, revient sur la mûre et la cerise noire, avec une légère chaleur en toute fin. Une syrah expressive, au style différent du Rhône, plus libre et plus solaire.
Deuxième vague:
Famille Pierre-Alain Mathier – Syrah Julius 2016, Valais AOC
La robe grenat de teinte moyenne montre un léger signe d’évolution au disque. Le nez est assez expressif, mêlant la cerise noire, le poivre, le cola, des notes de gâteau, une touche sanguine et un peu de moka. L’ensemble est intéressant, avec un profil à la fois fruité et légèrement évolué. En bouche, on retrouve la cerise et le cola, accompagnés de notes ferrugineuses qui apportent une dimension minérale. L’acidité, moyennement élevée, donne de la fraîcheur et soutient le vin. Les tannins sont très discrets, presque absents, ce qui rend la texture souple mais enlève un peu de structure. La finale, légèrement aqueuse, manque de tenue et laisse une impression un peu diluée. Un vin agréable, mais qui manque de profondeur.
Guy Farge – Harmonie, Cornas 2016
La robe rubis de teinte moyenne, avec une couronne légèrement violacée, suggère un vin encore relativement jeune. Le nez est ouvert et typé, sur la cerise et la mûre, avec une belle note de poivre blanc et une touche animale discrète, fidèle au style de Cornas. En bouche, le fruit est net et précis, porté par la cerise et la mûre, avec une sensation légèrement acidulée qui apporte du dynamisme. L’acidité, assez élevée, donne de la fraîcheur et de la tension. La matière est bien extraite, sans excès, et les tannins sont soyeux, bien intégrés. La finale, de longueur moyenne à longue, prolonge le fruit rouge et le poivre. Un Cornas équilibré, expressif et déjà très plaisant.
Troisième vague:
Les Vignerons de l’Île de Beauté – Syrah Prestige du Président 2014, Corse AOC
La robe grenat de teinte moyenne montre un très léger signe d’évolution, tout en conservant une belle limpidité. Le nez est d’abord assez timide, marqué par des notes de réglisse rouge, puis il s’ouvre graduellement à l’aération sur des arômes de fruits noirs, sans toutefois gagner beaucoup en intensité. L’ensemble reste discret et plutôt simple dans son expression. En bouche, la mûre domine, accompagnée d’un caractère poivré assez intense qui structure le vin et lui donne du relief. L’acidité est élevée, apportant fraîcheur et tension, mais elle accentue aussi le côté strict du vin. Les tannins sont encore fermes, contribuant à une sensation de structure marquée. La finale, de longueur moyenne, se termine sur une impression légèrement asséchante, avec un retour des notes poivrées. Un vin droit et sérieux, mais qui manque un peu d’ampleur et de complexité.
Domaine Jean-Louis Chave – Saint-Joseph 2014
La robe grenat de teinte moyenne, avec une couronne légèrement briquée, indique un début d’évolution tout en restant lumineuse. Le nez est expressif et complexe, mêlant des arômes de cerise, de graphite et de poivre blanc, accompagnés d’une touche animale et de notes de viande fumée qui apportent profondeur et typicité. En bouche, le vin se distingue par sa précision et son équilibre. La cerise et la prune s’expriment avec netteté, soutenues par une trame minérale qui rappelle le graphite perçu au nez. L’acidité, moyennement élevée, apporte de la fraîcheur et allonge la matière sans la durcir. Les tannins sont encore serrés, mais bien intégrés, donnant une structure fine et élégante. La finale est très longue, harmonieuse, avec une belle persistance sur le fruit et les épices. L’ensemble dégage une impression de maîtrise et de justesse. Un vin complet et abouti, qui a su s’imposer comme le vin de la soirée auprès de la grande majorité des dégustateurs.
Quatrième vague:
Jean-Louis Chave Sélection – Farconnet, Hermitage 2021
La robe rubis de teinte moyenne, éclatante et sans aucun signe d’évolution, reflète parfaitement la jeunesse du vin. Le nez est expressif et déjà bien en place, sur la cerise et la mûre, accompagnées de notes de cannelle, de poivre et de viande fumée. Une légère touche de pamplemousse vient apporter un côté frais et original à l’ensemble. En bouche, le vin est intense et fidèle au nez, avec des saveurs nettes de fruits noirs et une nuance légèrement sanguine qui ajoute de la profondeur. L’acidité, moyennement élevée, donne de l’élan et équilibre la richesse du fruit. Les tannins sont fermes, encore jeunes, mais bien intégrés à la structure. La finale est longue, intense, avec une belle persistance sur le fruit et les épices. L’ensemble est déjà harmonieux, mais clairement bâti pour la garde. Un très beau vin, précis et prometteur.
Fontodi – Syrah Case Via 2021, Colli della Toscana Centrale IGT
La robe rubis profond, avec une couronne violacée, confirme la jeunesse et la concentration du vin. Le nez est expressif et assez original, mêlant cerise noire et réglisse à des notes plus atypiques : arômes médicamenteux, crème fraîche, lavande et eucalyptus. L’ensemble est complexe, mais aussi un peu déroutant. En bouche, le fruit noir est intense et bien présent, mais l’expression reste assez linéaire, avec moins de nuances qu’au nez. L’acidité est élevée, ce qui apporte de la fraîcheur, tandis que les tannins sont fermes et encore dominants. La finale, de longueur moyenne, se montre légèrement asséchante, laissant une impression de structure encore rigide. Un vin puissant et jeune, issu des vignes de Panzano, qui gagnera à se fondre avec le temps.
Cinquième vague:
Domaine Jamet – Côte-Rôtie 2015
La robe grenat de teinte moyenne, avec une légère teinte briquée à la couronne, montre un début d’évolution tout en conservant une belle tenue. Le nez est typique et expressif, sur la cerise, la viande fumée et le poivre, avec une touche sanguine qui apporte du caractère. L’ensemble est déjà complexe, sans être trop ouvert. En bouche, le vin est à la fois précis et profond, reprenant les arômes avec justesse. L’équilibre est bien maîtrisé : l’acidité, moyennement élevée, apporte de la fraîcheur, tandis que les tannins, encore serrés, structurent le vin avec sérieux. La finale, de longueur moyenne, laisse une légère sensation asséchante, signe d’un vin encore en évolution. Un Côte-Rôtie solide et prometteur, qui gagnera clairement à être attendu encore quelques années pour se fondre davantage.
Leeuwenkuil Family Vineyards – Syrah Heritage Series, Swartland
La robe grenat de teinte moyenne, presque pâle, avec une légère évolution au disque, donne une première impression de légèreté. Le nez est assez primaire, dominé par le fruit rouge, avec des notes d’eucalyptus et de prune qui apportent une touche fraîche et typée. En bouche, le vin se montre plus convaincant : la cerise et la mûre s’expriment avec intensité, soutenues par une acidité élevée qui donne du dynamisme. Les tannins sont bien présents, mais bien intégrés, ce qui maintient un bon équilibre. L’ensemble est à la fois vif et structuré, avec une belle énergie. La finale, d’une longueur appréciable, prolonge le fruit avec justesse. Une belle surprise, qui allie fraîcheur et intensité, et qui pourra encore se bonifier avec un peu de temps.
Conclusion
Cette dégustation comparative aura bien illustré les différentes facettes de la syrah selon son origine. Les vins du nord du Rhône se seront démarqués par leur équilibre, leur fraîcheur et leur complexité, avec une trame souvent plus serrée et une expression aromatique précise, marquée par le poivre, la violette et des notes animales.
Face à eux, les syrahs d’ailleurs auront offert des profils plus variés, souvent plus accessibles dans leur jeunesse, avec des fruits plus expressifs et des structures parfois plus souples ou plus chaleureuses. Si certains ont su rivaliser en intensité et en plaisir, le Rhône septentrional aura néanmoins confirmé sa capacité à allier finesse, profondeur et potentiel d’évolution.
Au final, plus qu’une opposition, cette dégustation aura surtout permis de mieux comprendre la richesse d’expression d’un cépage capable de s’adapter à une grande diversité de terroirs. 🍷
25 mars 2026
« La Côte d’Or »
Dégustation individuelle
Organisateur: David Côté
Orchestrée par David Côté, cette dégustation proposera une exploration approfondie des Bourgognes rouges à travers trois volées couvrant à la fois des vins jeunes et des cuvées arrivées à maturité. Nous chercherons à vérifier certaines hypothèses classiques liées aux appellations — entre Pommard, Volnay, Chambolle ou Vosne — tout en observant l’impact du millésime et de l’évolution sur le profil des vins. Une occasion de confronter théorie et réalité, verre en main.
Première expérience:
Morin Père et Fils – Pommard 2005
La robe grenat pâle, nettement tuilée, annonce un vin arrivé à maturité. Le nez s’ouvre sur des arômes tertiaires bien affirmés : fruits rouges compotés, feuilles mortes, champignon et une touche de poussière qui évoque un vin évolué et délicat. En bouche, la palette est résolument tertiaire, avec des notes de cuir, de sous-bois et de feuille de thé, tandis que le fruit s’estompe en arrière-plan. L’acidité, moyennement élevée, maintient une certaine fraîcheur et évite toute lourdeur. La structure est fine, les tannins sont fondus, et l’ensemble se déploie avec élégance. La finale, de longueur moyenne, prolonge ces nuances évoluées avec justesse. Un Pommard tout en finesse, qui mise davantage sur la subtilité que sur la puissance.
Bouchard Père et Fils – Pommard 1er Cru 2020
La robe rubis clair, brillante, reflète une belle jeunesse. Le nez est expressif et charmeur, dominé par la cerise noire et relevé par une touche d’épices. En bouche, le vin se montre particulièrement suave, avec un fruit généreux et bien mûr qui s’impose dès l’attaque. L’équilibre est réussi, soutenu par une belle fraîcheur qui empêche toute lourdeur. Les tannins sont présents mais déjà bien intégrés, donnant une texture harmonieuse. La finale est longue, épicée, et prolonge agréablement les notes de cerise noire. Un Pommard moderne, accessible, mais qui conserve une belle tenue.
Bouchard Père et Fils – Volnay 1er Cru Caillerets (ancienne cuvée Carnot) 2020
La robe rubis violacé, plus soutenue, témoigne d’une certaine concentration. Le nez est expressif, axé sur les fruits noirs, avec des notes de graphite et de réglisse rouge qui ajoutent de la complexité. En bouche, le vin se distingue par sa structure : les tannins sont serrés, encore jeunes, mais bien enrobés par une matière fruitée dense. Les saveurs d’olives noires et de fruits noirs dominent, apportant profondeur et caractère. L’équilibre est bien maîtrisé, et la finale, longue et sèche, laisse présager un excellent potentiel de garde. Un Volnay de belle stature, alliant finesse et structure.
Regard sur la première expérience
Pour cette première volée, on attendait un Volnay « léger et brillant » et un Pommard « sombre, capiteux, tannique et de longue garde ». Est-ce bien ce que nous avons perçu ? Réponse : non, pas du tout !
Les participants ont correctement identifié le 2005 en raison des signes de vieillissement. Il était bon, mais ce n’était pas particulièrement un vin de longue garde. En fait, c’était le seul vin de la soirée qui montrait des signes de fatigue. À mon avis, la comparaison entre ce vin et les dix suivants montrait surtout qu’il faut se méfier des grandes appellations communales chez un producteur anonyme.
Les deux vins de Bouchard étaient magnifiques, dans leur prime jeunesse, avec un beau goût de cerise et des parfums élégants. Ces vins ont le potentiel de se bonifier pendant encore de nombreuses années. Mais a-t-on pu discerner la différence de terroir ? Non, pas du tout. Seulement cinq personnes (33 %) ont correctement identifié les vins. À mon avis, les deux vins étaient « légers et brillants » et aucun n’était « sombre et capiteux ».
Si l’on refaisait cette expérience, il faudrait essayer un Pommard « Les Rugiens ».
Deuxième expérience:
Domaine Taupenot-Merme – Chambolle-Musigny 1er Cru La Combe d’Orveau 2011
La robe grenat, avec un léger tuilé à la couronne, témoigne d’un début d’évolution. Le nez est déjà bien ouvert, sur des notes de kirsch, de feuilles mortes et de thé, évoquant un registre délicatement tertiaire. En bouche, le vin se distingue par sa finesse : le fruit est encore présent, mais intégré à des nuances plus évoluées. On retrouve des touches d’olives noires, un léger caractère végétal et une dimension subtilement tertiaire. L’ensemble est sec, élancé, avec une texture souple. La finale est belle, persistante, marquée par une nuance légèrement viandeuse qui ajoute de la complexité. Un Chambolle élégant, tout en retenue.
Domaine Taupenot-Merme – Morey-Saint-Denis 1er Cru La Riotte 2009
La robe grenat, légèrement tuilée au pourtour, annonce un vin arrivé à un bon stade d’évolution. Le nez est expressif, sur la cerise noire, la poussière et les fruits noirs, avec une belle maturité. En bouche, le vin offre une belle harmonie : les fruits noirs dominent, accompagnés d’épices douces qui apportent de la rondeur. L’équilibre est réussi, avec une structure fine et bien intégrée. Le vin se montre sec, précis, et surtout très élégant dans son expression. La finale est longue, prolongeant le fruit avec délicatesse. Un Morey-Saint-Denis tout en finesse, qui séduit par sa justesse.
Nuiton-Beaunoy – Clos de la Roche Grand Cru 2011
La robe rubis commence à peine à évoluer, conservant encore une belle jeunesse visuelle. Le nez est plutôt discret, marqué par une note calcaire et des fruits rouges en retrait, demandant un peu d’aération pour se livrer pleinement. En bouche, le vin se montre plus expressif : le fruit est frais, accompagné de notes florales, notamment une pivoine élégante en rétro-olfaction. L’acidité est élevée, apportant tension et allonge, tandis que les tannins sont encore serrés, signe d’un vin qui a encore du chemin à faire. La finale est longue, droite, portée par cette fraîcheur. Un grand cru encore jeune, structuré, avec un beau potentiel.
Domaine Jean Tardy et Fils – Vosne-Romanée 1er Cru Les Chaumes 2006
La robe grenat profond, légèrement évoluée, reflète un vin arrivé à maturité. Le nez est riche et complexe, mêlant fruits noirs, réglisse, épices et tabac, dans un registre typique et séduisant. En bouche, le vin confirme cette complexité : le fruit est encore bien présent, soutenu par une trame épicée qui donne du relief. L’équilibre est au rendez-vous, avec une matière harmonieuse et une belle longueur. La finale laisse apparaître une légère astringence, qui rappelle que le vin conserve encore un peu de structure. Un Vosne-Romanée abouti, à la fois profond et élégant.
Regard sur la deuxième expérience
Ici encore, les hypothèses sur la palette de goûts de chaque village ont été complètement invalidées. Seulement 13 % des participants ont correctement identifié les vins 4-5-6, et personne n’a identifié le Vosne-Romanée ! Le Grand Cru a-t-il été plus apprécié que les autres ? Non. (Note : il n’était pas plus cher non plus.)
Ceci étant dit, la volée dans son ensemble était délicieuse et très intéressante. Tous les vins ont été beaucoup aimés par plusieurs personnes. Des adjectifs comme « envoûtant » ou « dangereux » ont été mentionnés… Le Morey-Saint-Denis 2009 a été le deuxième plus apprécié de la soirée. Et si les vins ne correspondaient pas aux hypothèses proposées, ils étaient néanmoins tous différents, ce qui rendait la comparaison d’autant plus intéressante.
L’hypothèse a été avancée que le millésime (froid/pluvieux vs chaud/ensoleillé) aurait été un meilleur indicateur. Il faudra mener une nouvelle expérience pour le vérifier.
Troisième expérience:
Bouchard Père et Fils – Volnay 1er Cru Caillerets (ancienne cuvée Carnot) 1999
La robe rubis pâle, nettement tuilée, témoigne d’une évolution avancée. Le nez est expressif, marqué par les épices, le poivre et la cerise noire, dans un registre à la fois mûr et encore vivant. En bouche, le vin surprend par sa puissance, peu commune pour un Volnay de cet âge. Les fruits noirs s’expriment avec intensité, soutenus par une structure encore serrée qui donne du relief à l’ensemble. L’équilibre est bien maîtrisé, et la longueur est au rendez-vous. La finale laisse apparaître une légère touche animale, ajoutant de la complexité. Un vin évolué mais encore solide, qui conserve une belle énergie.
Domaine Rion – Chambolle-Musigny Les Cras 1995
La robe rubis pâle, tuilée, reflète un vin à maturité. Le nez est ouvert et charmeur, sur des notes de kirsch et de fraise, évoquant un fruit délicat et légèrement confit. En bouche, on retrouve cette expression sur la fraise, accompagnée d’épices douces. L’ensemble est équilibré, avec une texture fine et une belle harmonie. Une légère amertume vient ponctuer le milieu de bouche, sans nuire à l’ensemble. La finale est longue, avec un retour floral élégant qui prolonge agréablement la dégustation. Un Chambolle tout en délicatesse. Ce vin fut voter « vin de la soirée » par l’ensemble des dégustateurs.
Domaine A.-F. Gros – Vosne-Romanée Aux Réas 1995
La robe rubis tuilée annonce un vin pleinement évolué. Le nez est riche et complexe, mêlant fruits noirs, épices et cerise noire, dans un registre typique de Vosne. En bouche, le vin se montre particulièrement accompli : les saveurs de fruits et d’épices s’entrelacent avec beaucoup d’harmonie. La structure est parfaitement intégrée, sans aspérité, et l’équilibre est remarquable. La longueur est belle, soutenue par une matière encore bien présente. Un vin complet, élégant et parfaitement à son apogée.
Domaine Tollot-Beaut – Beaune 1er Cru Clos du Roi 1993
La robe rubis clair, légèrement tuilée, est en accord avec l’âge du vin. Le nez est délicat et raffiné, dominé par des notes florales de rose, accompagnées de petits fruits rouges. En bouche, le vin séduit par sa finesse : la fraise des champs s’exprime avec pureté, soutenue par des épices fines et une touche d’eau de rose qui apporte beaucoup d’élégance. L’ensemble est harmonieux, léger sans être maigre, avec une belle persistance. La finale est longue, tout en douceur. Un vin délicieux, tout en subtilité et en grâce.
Regard sur la troisième expérience
Cette volée a été très appréciée ! Il semble que plusieurs participants n’avaient jamais vécu l’expérience unique des Bourgognes de 30 ans. Une texture soyeuse. Des parfums délicieux et complexes. Une longue finale. Beaucoup de plaisir. Bref : un potentiel de très longue garde, même pour des appellations moins prestigieuses, malgré une puissance modérée. Le vin de la soirée fut le Chambolle-Musigny 1995 de Patrice Rion.
Compte tenu de l’échec des hypothèses aux volées 1 et 2, nous n’avons pas demandé aux participants d’identifier les appellations. Ceci dit, il semble que plusieurs personnes aient reconnu la cuvée Carnot et le Chambolle-Musigny, en se remémorant les volées 1 et 2. Cela pourrait suggérer que les styles sont en fait reconnaissables, mais que les hypothèses étaient mal formulées… À suivre.
Anecdote : le Beaune 1993 de Tollot-Beaut a failli être jeté dans le lavabo ! Jugé « squelettique » lors de l’ouverture, trois heures auparavant… mais il s’est finalement avéré excellent !
Conclusion
Au terme de la dégustation, force est de constater que plusieurs idées reçues sur les appellations bourguignonnes auront été mises à mal. Ni les profils attendus, ni même la hiérarchie supposée des crus n’auront réellement résisté à l’épreuve du verre, les millésimes et l’évolution semblant jouer un rôle au moins aussi déterminant que le terroir.
En revanche, un constat s’impose : qu’ils soient jeunes ou âgés de plusieurs décennies, les Bourgognes auront su séduire par leur finesse, leur complexité et leur capacité à évoluer avec grâce. Une dégustation aussi instructive que plaisante, qui rappelle que dans cet univers, les certitudes sont souvent faites pour être nuancées.
