Académie du vin


Dégustation du 27 novembre 2019

« Les trois mousquetaires »

organisée par Richard Archambault et Stéphan Gagné


Voici comment Stéphan et Richard ont présenté leur dégustation : "Cette dégustation a pour thème « Les trois mousquetaires » qui représentent trois producteurs œuvrant tous dans la même région et donc dans les mêmes appellations.  Saurez-vous trouver qui se cache derrière Athos, Porthos et Aramis et de quelle région/appellations proviennent les vins?  Mais comme les trois mousquetaires étaient en fait quatre, saurez-vous identifier d’Artagnan le petit nouveau qui s’est joint récemment au groupe?".

On apprendra (pour ceux qui ne les ont pas identifiés), dès la première volée, qu’il s’agit de trois producteurs réputés du Nord du Rhône, le Domaine Pierre Gaillard, la Cave Yves Cuilleron et le Domaine François Villard, mais il faudra attendre la conclusion de la dernière volée pour découvrir qui se cache derrière d’Artagnan.

Donc, trois volées et, à chaque volée, un vin de chacun de ces producteurs, avec un quatrième vin (presque) intrus à la dernière volée, le tout à l’aveugle comme toujours.


Première volée : Trois vins blancs de viognier, de la même appellation, mais de millésimes différents.

Condrieu « Les Terrasses du Palat » 2017 de François Villard. Il est jaune pâlot, de bonne intensité aromatique, fruité (litchi), muscaté, légèrement herbacé, avec du beurre; c’est le plus floral des trois. Il est gras en bouche, bien sec, presque huileux, équilibré par une bonne acidité, fruité et épicé (poivre), avec une note saline. La fin de bouche est juteuse, légèrement chaude (14 %/vol) et amère, mais bien fruitée et assez longue.

Le Condrieu 2014 de Pierre Gaillard est jaune doré, plus foncé, le plus évolué des trois. Le nez est ouvert, minéral, floral, beurré et très légèrement oxydé. La bouche est corsée, bien fruitée, avec du miel et du poivre, mais on aurait aimé un peu plus d’acidité. La finale est fruitée et saline, mais un peu courte.

Le Condrieu « Les Chaillets » 2016 d’Yves Cuilleron est de même teinte que le précédent, mais un peu plus pâle. Il est moyennement discret au nez, avec du beurre (presque chardonnay), des fleurs blanches, de la poussière et un léger muscat. La texture est bonne, il est bien fruité, épicé (poivre blanc) et, comme le précédent également, un peu mou. Il finit sur le fruit, les fleurs et la vanille, avec plus de persistance.


Les organisateurs ont présenté la deuxième volée comme étant leur volée « ceteris paribus » : même appellation et même millésime, seul le producteur varie. Évidemment, les participants connaissaient maintenant l’identité des trois mousquetaires; restait à reconnaître leur style personnel en Saint-Joseph.

On débute avec le Saint-Joseph « Cavanos » 2015 d’Yves Cuilleron. Il est, comme les deux autres, très peu évolué, rouge violacé foncé. Il est assez ouvert au nez, fruité (fruits noirs), bien épicé (poivre), avec une note animale (écurie). L’attaque est fruitée et fraîche; il n’est pas très corsé, les tannins sont relativement discrets et il présente un bel équilibre avec de la vivacité; il est fruité, épicé et chocolaté. La finale est fraîche, bien sèche (à peine astringente), un peu chaude (13 %/vol) et de bonne longueur. Un vin bien jeune, avec beaucoup de potentiel.

Le Saint-Joseph « Mairlant » 2015 François Villard est moyennement aromatique, fruité, avec une note chauffée, légèrement médicamenteuse. L’attaque est austère, le vin a du corps, de la mâche, les tannins sont assez rugueux, mais l’équilibre est quand même très bon et une note de noyau vient s’ajouter au fruit. La finale de fruit épicé est astringente et également chaude (13 %/vol); la persistance aromatique est bonne.

Enfin, le Saint-Joseph « Clos de Cuminaille » 2015 de Pierre Gaillard est plus ouvert au nez, très fruité, vanillé, alcooleux, avec de l’amande. En bouche, il a de la matière, du gras, un fruité bien poivré; l’équilibre est excellent, il est plus soyeux, plus accessible que le précédent; on croque dedans. La fin de bouche est fruitée, sèche mais moins astringente, un peu plus évoluée et très longue.


Pour la troisième et dernière volée, un quatrième mousquetaire vient se joindre aux trois premiers, mais on peut difficilement l’appeler d’Artagnan, car c’est en réalité le produit des trois mêmes vignerons combinés, un vin de la maison Les Vins de Vienne, qu’ils ont fondée conjointement en 1996. Cette fois, c’est quatre appellations différentes, quatre millésimes différents et une bonne dose de maturité. La volée de la soirée!

Ça commence très bien avec un millésime plus vieux du cinquième vin, le Saint-Joseph « Mairlant » 2011 de François Villard, deuxième vin le plus apprécié de la soirée. Il est grenat légèrement tuilé, assez ouvert au nez, très torréfié (chocolat noir), peu boisé, avec de la poussière et une note que certains ont associée à du plâtre ou du latex. Le corps est moyen, les tannins encore bien présents quoiqu’assez fondus et l'on y détecte du fruit et de la fraîcheur; l’équilibre est très bon. La finale est plutôt classique, mais un peu alcooleuse.

Le Cornas « Les Barcillants » 2010 des Vins de Vienne est rubis opaque, avec un dépôt. Le nez est bien ouvert, très fruité et très épicé. En bouche, le corps est moyen le fruit bien présent, tout comme l’acidité, les tannins sont plus faciles et l’équilibre est impeccable. La fin de bouche, légèrement médicamenteuse est quand même assez astringente et la persistance est bonne.

Suit le Côte Rôtie 2009 de Pierre Gaillard. Il est grenat moyen, plus pâle. Le nez est très intense, très évolué (tertiaire), torréfié (café), bien fumé, poivré et terreux. La bouche est assez solide, encore bien fruitée, avec une note végétale, de beaux tannins et un très bon équilibre.  Ça finit très sec et frais, sur les fines herbes séchées. Ce vin a encore du temps devant lui.  Servi à l’Académie par les mêmes organisateurs le 14 octobre 2015, ce vin avait été bien mal reçu par les dégustateurs; cette fois, c’est la note parfaite, le vin de la soirée, à l’unanimité! On revient toujours au vieux dicton : « Il n’y a pas de grands vins, il n'y a que de grandes bouteilles ».

On termine avec un autre Saint-Joseph de Cuilleron, « Les Serines » 2001. C’est le vin à la robe la plus tuilée, la plus avancée de la soirée, brouillée par le dépôt. Il est très ouvert au nez, exubérant même, magnifique, bien fumé, très mature, avec du tabac, de la poussière. La bouche, fumée et encore bien fruitée, est marquée par la rondeur, la finesse, la complexité et un équilibre parfait. La finale est sèche, viandeuse et très, très persistante. Troisième vin le plus apprécié de la dégustation, c’est un grand classique, comme le précédent.


Cette dégustation restera sûrement parmi les beaux souvenirs de l’année (c’est la plus cotée à date). Trois grands producteurs dont on a pu apprécier le sérieux, la rigueur, à travers leurs vins à différents stades de leur évolution.

Nous avons eu droit à des vins du même cépage, produits dans la même région, mais de styles bien différents autant en structure qu’aromatiquement. De plus, on entend souvent que, sauf pour quelques rares producteurs ou très grands millésimes, les vins du Nord du Rhône arrivent à maturité après sept ou huit ans et déclinent assez rapidement après la dixième année. La dernière volée a clairement démontré le contraire, à moins que ces trois « mousquetaires » fassent partie de ces rares exceptions.

Chapeau! Richard et Stéphan. On a bien hâte de voir ce que vous nous réservez pour l’an prochain.

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Alain Brault