Académie du vin


Dégustation du 9 janvier 2019
« Les vins d’Elisabetta Foradori »
Organisée par Louis Landry


La soirée a débuté par une présentation, très documentée, du thème de la dégustation avec, d’abord, un survol de l’histoire de la maison Foradori, jusqu’à sa prise en main par Elisabetta Foradori, suivi d’une revue de ses réalisations dans les vignes et dans le chai.

Louis a également fait mention de quelques événements marquants comme la création de la grande cuvée Granato en 1986, la certification en biodynamie en 2009, la production des cuvées Sgarzon et Morei en 2009 et la vinification de certains vins (comme le nosiola) en amphores à partir de 2009 également.

Ensuite, il a parlé du cépage teroldego et de la région du Trentino où se trouve la maison Foradori, le Campo Rotaliano, dans la DOC Teroldego Rotaliano.

Une dégustation de douze vins a suivi : un mousseux, deux blancs et neuf rouges, répartis sur quatre volées; le tout en double aveugle, comme à l’accoutumée.


Comme mise en bouche, un mousseux 100 % chardonnay, le Brut Metodo Classico (DOC Trento) de Ferrari. Le vin est jaune pâle, très aromatique, avec du fruit (pomme), du biscuit et des amandes. Il est très vif en bouche, bien fruité, épicé (poivre blanc), avec une finale fruitée (pomme verte) très rafraîchissante et une bonne longueur. Cette simple « mise en bouche » est l’un des quatre vins les plus appréciés de la soirée (ex aequo).


Première volée : n’ayant pu obtenir le vin de nosiolo de Foradori, Louis a servi deux vins de manzoni bianco, le Fontanasanta 2013 (IGT Vigneti delle Dolomiti) de Foradori et le Agno Casto 2012 (DOC Colli Euganei dans le Veneto) de Vignalta.

Le Fontanasanta est doré assez foncé. Le nez est intense, plutôt évolué, fruité complexe (pêche, abricot sec, coing, marmelade), épicé (muscade) et minéral, avec du miel et des amandes rôties. Il est plutôt délicat en bouche, bien frais, juteux, très sec, avec une légère impression tannique et un très bel équilibre. La finale fruitée fait saliver, est légèrement amère et est très, très longue. Un autre des vins les plus appréciés de la soirée.

Le Vignalta est doré encore plus riche. Il est moyennement aromatique, plus floral, avec de la pomme blette et un léger caramel. Le corps est moyen (légèrement huileux), avec une belle acidité, une légère oxydation (qui ajoute à la complexité); il est bien sec, un peu chaud (14 %/vol) et très bien équilibré. La fin de bouche est fruitée, un peu rêche et très persistante. Un très beau vin.


Pour la deuxième volée, trois vins IGT Vigneti delle Dolomiti de Foradori très différents malgré leur proche parenté : le Teroldego 2003, le Granato 2003 et le Teroldego 2011.

Le Teroldego 2003 est rubis très foncé, avec un bon dépôt. Le nez est moyen, fumé, avec des fruits cuits (un peu chauffé), très chocolaté et épicé (poivres exotiques). En bouche, il n’est pas très corsé, avec beaucoup d’olive, de la pomme verte, du chocolat noir, une note végétale, un équilibre acceptable et une finale de fruits noirs, astringente, torréfiée et assez persistante.

Le Granato 2003 est rubis opaque. Il est plus ouvert, fruité (framboise noire), plus torréfié (chocolat au lait), épicé et légèrement végétal (certains ont parlé de gomme Bazzooka!). Plus gras en bouche, avec des tannins plus accessibles, mais quand même astringents, avec une note chauffée (le millésime) et un très bon équilibre. La fin de bouche est légèrement amère, juteuse, fruitée, un peu chaude et très longue. Un très bon vin.

Le Teroldego 2011 est rouge violacé opaque. Le nez est bien ouvert, fruité surtout (cerise noire), épicé (poivre), mais avec une légère acidité volatile (acétique). En bouche, il est plus délicat, plus fin que les deux autres, bien fruité, un peu pointu, avec des tannins faciles et, comme au nez, un soupçon de vinaigre (pas détecté par tous). La finale est fruitée et légèrement métallique; la longueur est acceptable.


Troisième volée, encore trois vins : le Granato 2009 de Foradori, le Teroldego 2008 (IGT Veneto) de Marion et le Teroldego 2009 de Foradori qui a remplacé le Granato 2015 jugé défectueux.

Le Granato 2009 est rubis opaque, bien aromatique, fruité (cerise), crémeux, torréfié et un peu terreux; mais c’est en bouche qu’il se révèle vraiment. L’attaque est fruitée, le vin rond avec de beaux tannins fins et un très bon équilibre. La fin de bouche est légèrement astringente (un peu râpeuse), fraîche, fruitée (noyau de cerise) et très longue. Pas très complexe, mais délicieux.

Le Marion 2008 est encore plus noir. Le nez est intense, très boisé (noix de coco grillée), vanillé, avec des herbes sèches (thym, origan, menthe); certains l’ont qualifié de « fabriqué ». Il est très gras (épais), corsé, très, très boisé, très extrait, avec des tannins moyens et une impression de sucre résiduel, le tout donnant un vin assez lourd. Il est très, très long, mais seulement en bois et en amertume. Un intrus très facile à identifier.

Le Teroldego 2009 est moins foncé, plus jeune que les deux autres. Le nez, d’intensité moyenne, est crémeux, chocolaté, fruité, légèrement fumé et terreux. Le corps est également moyen, bien sec, avec des tannins assez fins, des fruits noirs et une légère note animale. La finale est juteuse, fruitée et très persistante. C’est le troisième des vins les plus appréciés de la soirée.


Dernière volée, trois autres vins de teroldego, IGT Vigneti delle Dolomiti, de Foradori : les deux « crus » Sgarzon et Morei 2015, ainsi que le Granato du même millésime.

Le Sgarzon est grenat moyen, le plus pâle de la soirée. Moyennement aromatique, il est crémeux, avec des fruits rouges (cerise), des épices et une légère verdeur (rafle?). L’attaque est très fruitée, peu tannique, avec une belle acidité et un excellent équilibre; on y détecte une légère torréfaction et des olives. La fin de bouche est bien sèche, fruitée et très juteuse. Un vin tout en finesse. La quatrième vedette de la soirée.

Le Morei est plus foncé, d’intensité moyenne, très fruité, avec du poivre, de la cire et une surprenante note d’ail. En bouche, il est assez délicat, minéral, avec des agrumes (sanguines), des tannins fins et un équilibre impeccable. Il est très fruité en fin de bouche, avec une belle astringence et une très bonne persistance aromatique.

Le Granato 2015 est très foncé, bien ouvert, très fruité, torréfié, assez complexe, animal, avec des herbes séchées (lavande). Il est rond, gras, plus crémeux en bouche, avec des fruits noirs éclatants, des tannins plus serrés, une note terreuse et une finale astringente. Un vin beaucoup trop jeune pour être pleinement apprécié, mais très intéressant à déguster.


Cette dégustation a fait ressortir le caractère « vin de terroir » des produits de Mme Foradori, clairement illustré, d’abord par la grande diversité observée entre les différentes cuvées d’un même cépage et entres les différents millésimes d’un même vin, mais également par la comparaison directe avec un intrus de style très « moderne », certains diront « parkérisé » ou « bodybuildé », le Marion.

Mais les variations de prix entre les différentes cuvées sont-elles justifiées, gustativement parlant? Pas évident. Pour les vins qui seront bus jeunes, certainement pas, mais même pour les vins plus âgés, ce soir, le « petit » Teroldego a aussi bien paru que ses grands frères.

Voilà une dégustation qui nous a beaucoup appris sur le Trentin, sur la maison Foradori en particulier et, surtout, sur le cépage teroldego. Grazie mille professore.


Alain Brault
Académie du vin de l'Outaouais