Académie du vin


Dégustation du 7 novembre 2018
«Bulles-Blancs-Rouges bis»
Organisée par Richard Milot



Richard nous propose un jeu… d’analyse pour certains, de mémoire pour d’autres et probablement de hasard pour quelques-uns. Il s’agit de déterminer, pour chaque volée, si les vins sont des « frères » (même pays, même cépage), des « cousins » (un des critères diffère) ou des « étrangers » (les deux critères diffèrent).

Quatre volées de deux ou trois vins à analyser, suivies d’un vin de dessert pour terminer; toujours en double aveugle.


Première volée, deux vins mousseux de Méthode Cap Classique, deux « frères » sud-africains à base de chardonnay : le Borealis Vintage Cuvée Brut 2016 (WO Tulbagh) de Krone et la Cuvée Royale Brut Blanc de Blancs 2011 (WO Stellenbosch) de Simonsig. Deux vins de styles totalement différents.

Le Krone (90 % chardonnay et 10 % pinot noir) est jaune doré légèrement orangé, moyennement aromatique, très fruits mûrs (pêche, poire, mais la pomme domine) et un peu rancio. Il est visuellement et aromatiquement plutôt évolué pour un vin si jeune. L’attaque est vive, mais le beau fruité (compote de pommes) assure l’équilibre et une belle note de levure vient ajouter un peu de complexité. La finale est cependant assez austère (note terreuse, un peu pâteuse et amère).

Le Simonsig est jaune pâle, très effervescent. Il est plus expressif, exubérant même, au nez, plus minéral (crayeux), avec des fruits blancs, des agrumes et des épices. La bouche est fruitée (pomme verte), bien vive (presque tranchante), grillée, briochée et bien minérale (un blanc de blanc pour la longue garde). La fin de bouche est juteuse, rafraîchissante, avec un goût de noix (amande) et elle est assez persistante. Comme cela arrive fréquemment, plusieurs l’ont pris pour un Grand Cru de Champagne. Le vin le plus apprécié de la soirée.


Deuxième volée, deux vins blancs « cousins », d’Afrique du Sud encore une fois : le Henriëtta 2008 (WO Franschhoek) de Bizoe et l’Old Vines White 2011 (WO Swartland) d’Andrea et Chris Mullineux.

Le Bizoe est un assemblage de sémillon (70 %) et de sauvignon blanc (30 %). Il est jaune paille d’intensité moyenne, assez intense aromatiquement, minéral, floral, fruité (agrumes), plutôt boisé (vanille) et bonbon jaune. Il est assez gras (un peu huileux), bien sec, légèrement oxydé et l’acidité est limite (un peu mou). En finale, c’est très fruits compotés, boisé (trop pour certains), caramel et assez court.

Des producteurs réputés Mullineux, un « estate white » fait surtout de chenin blanc (80 %), avec de la clairette et du viognier à parts égales. Il est plus pâle, plus verdâtre, assez ouvert, mais plus discret, plus fin que le Bizoe, avec du fruit (pomme), du miel et de la cire d’abeille. En bouche, cependant, il est plus gras, plus beurré, beaucoup mieux équilibré et on retrouve la chair de pomme. La fin de bouche est un peu dure, asséchante, avec de la vanille et une légère amertume et c’est bien long.


Troisième volée, deux vins de pinot noir « frères », toujours d’Afrique du Sud : le Pinot Noir 2011 (WO Stellenbosch-Polkadraai Hills) de Giorgio Dalla Cia et le Seven Flags Pinot Noir 2008 (WO Elgin) de Paul Cluvier.

Le Dalla Cia est le premier millésime de ce pinot noir produit par Giorgio Dalla Cia, créateur de l’assemblage bordelais Rubicon chez Meerlust, au début des années ’80. La couleur n’est pas très foncée et est plutôt avancée. Le nez, d’abord discret, finit par s’ouvrir sur des notes de fruits, d’épice (poivre), de fumée, de pinot noir mature (ça pinote, comme on dit). L’attaque est épicée, le corps moyen, l’acidité très bonne, le bois bien dosé, les tannins discrets et les petits fruits rouges bien marqués, avec une légère note chauffée. L’équilibre est très beau, la finale est fruitée et grillée et la longueur agréable. Un style de pinot noir entre la Bourgogne et l’Oregon. La plupart des participants ont beaucoup aimé ce vin.

Le Cluvier, plus vieux de trois ans, paraît moins évolué. Il est plus aromatique, très fruité, plus boisé avec des notes bonbon (gomme balloune), florale (violette) et cendrée. Il est plus gros, plus rond, moins « chauffé », mais plus tannique et moins bien intégré. La fin de bouche est fruitée, un peu sucrée, légèrement fumée et chaude (13,5 %/vol). Il est un peu plus persistant que le Dalla Cia.


Quatrième volée, trois vins, deux « cousins » et un « cousin/étranger », Le Grand Vin 2005 (VQA Okanagan Valley) d’Osoyoos Larose, le Trilogy 2010 (WO Simonsberg-Stellenbosch) de Warwick Estate et le Faith Cape Blend 2010 (WO Stellenbosch) de Beyerskloof.

Le seul intrus dans cette dégustation de vins d’Afrique du Sud, l’Osoyoos, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs assemblages bordelais du Canada, est fait de merlot (67 %), de cabernet sauvignon (34 %), de cabernet franc (4 %), de petit verdot (4 %) et de malbec (2 %). Il est assez foncé et légèrement évolué, très expressif, très fruité (cerise noire), assez complexe, avec du bois épicé, de la fumée et une note florale. La bouche suit; elle est très fruitée et bien sèche, avec des tannins enrobés et un très bon équilibre. La fin de bouche est astringente, fruitée et fumée, avec une nuance qui rappelle l’eau de rose. La longueur est moyenne.

Le Trilogy est également un assemblage bordelais, mais à base de cabernet sauvignon (49 %), complété de cabernet franc (34 %) et de merlot (17 %). Il est très ouvert, avec des fruits noirs, du bois et des notes végétale et médicamenteuse. En bouche, il est peu corsé, très fin, avec une belle acidité, du fruit et du chocolat; l’équilibre est correct. La fin de bouche est astringente, un peu chaude (14 %/vol) et de bonne longueur.

Assemblage typiquement sud-africain, le Cape Blend est un style de vin non règlementé qui contient, en général, entre 30 % et 70 % de pinotage, ce croisement de pinot noir et de cinsault, cépage emblème du pays. Le Faith en contient 36 %, le reste étant du cabernet sauvignon (47 %) et du merlot (17 %). Le moins foncé de la volée, il est rubis brillant. Le nez, d’intensité moyenne, est peu défini, avec de la cerise noire et un boisé discret. C’est en bouche qu’il s’exprime; assez corsé et rond, avec une légère note chauffée typique de beaucoup de vins rouges de ce pays, il est peu fruité (fruits cuits), mais très torréfié (chocolat), le tout harmonieux, très bien équilibré. Il finit sur une belle astringence, un bois vanillé, presque sucré et est très persistant. Un très bon Cape Blend; le vin rouge préféré de la soirée.


Et, pour dessert : un Riesling Noble Late Harvest 2010 (WO Elgin) de Paul Cluvier. Doré foncé aux reflets orangés, presque rouille et très brillant, le vin semble assez mature. Le nez est très exubérant, très fruité (poire, fruits exotiques, plusieurs l’ont pris pour un vidal icewine), muscaté, épicé, avec du zeste d’orange. En bouche, il est gras, très sucré (156 g/l), mais équilibré par une forte acidité; on y détecte des saveurs de pomme et de miel. La finale est sucrée, épicée et très, très longue.


Finalement, le thème aurait pu (ou dû) être « Les vins d’Afrique du Sud » (avec un intrus), mais peut-être valait-il mieux ne pas le savoir, car Richard nous a offert l’occasion de déguster, à l’aveugle, un bel échantillonnage des vins de ce pays, certains à maturité et tous élaborés par des producteurs classés parmi les meilleurs.



Alain Brault