Académie du vin

Dégustation du 3 avril 2019
« Bordeaux, toujours Bordeaux »
organisée par Philippe DesRosiers


Le 29 novembre 2005, l’Académie organisait une dégustation intitulée « Grands Bordeaux 2002 » où dix crus réputés de ce millésime difficile ont été servis. Dans un article publié sur vinquebec.com, Marc André Gagnon commente le millésime et décrit chaque vin servi, en concluant, de façon plutôt positive, que « ces vins s'amélioreront encore pendant les 5 à 8 prochaines années ».

C’était il y a plus de 18 ans et Philippe DesRosiers a voulu nous montrer qu’en choisissant bien, ceux qui ont acheté des bordeaux 2002, malgré la mauvaise réputation du millésime, n’ont pas eu à le regretter.

Il nous a servi sept bordeaux rouges de ce millésime, dont un dégusté en 2005, le Pontet-Canet. La dégustation était en semi-aveugle, c'est-à-dire que les participants connaissaient l’identité des vins, mais pas l’ordre de service.

Voici les sept vins rouges dégustés :

Château Canon 2002, Saint-Émilion 1er grand cru classé « B »
Château Latour à Pomerol 2002
Château Malartic-Lagravière 2002, Pessac-Léognan
Château Brane-Cantenac 2002, Margaux
Château Lagrange 2002, Saint-Julien
Château Pontet-Canet 2002, Pauillac
Château Montrose 2002, Saint-Estèphe (au lieu du Calon-Ségur annoncé)


La robe du Canon, d’intensité moyenne, est plus évoluée que le Latour à Pomerol. Le nez est bien ouvert, avec des fruits noirs (cassis), de la poussière, de la torréfaction (chocolat), du cèdre, du tabac et un peu de cuir. La tenue en bouche est bonne, le corps moyen, l’acidité bonne, les tannins assez faciles et le fruit encore bien présent, avec un beau boisé discret. La fin de bouche est fraîche, torréfiée (chocolat au lait) et de bonne longueur. Un bordeaux assez classique et élégant; un des trois vins rouges très appréciés de la soirée, ex aequo (avec Brane-Cantenac et Montrose).

Un peu plus pâle, mais plus jeune, le Latour à Pomerol est plus ouvert, plus végétal (asperge), plus austère, mais bien typé, avec des fruits noirs et un bois discret. Il est également assez délicat, soyeux en bouche, mais moins fruité, plus végétal et un peu moins équilibré (un peu mou). Il finit sur la vanille, la torréfaction (café) et une certaine verdeur (amertume).

Encore foncé et bien jeune à l’œil, le Malartic-Lagravière, grand cru classé de Graves, est assez aromatique, avec du  fruit (fruits noirs, dattes), de la torréfaction, une note végétale, des épices (cannelle) et un beau bois bien dosé. Il est corsé, solide, avec beaucoup de matière et des tannins bien présents, une bonne acidité, de la chaleur,  beaucoup de fruit et une légère note d’écurie. La finale est astringente (rêche pour certains), assez boisée et bien fruitée; la persistance aromatique est très bonne.

Le Brane-Cantenac, 2e grand cru classé de Margaux, est rubis assez foncé, légèrement évolué. Le nez est bien ouvert, assez fruité, très torréfié, avec des notes florale, terreuse, animale, un beau bois grillé, des épices, du tabac, du foin et du poivron vert. L’attaque est plutôt végétale et le vin bien corsé, assez tannique, encore fruité (fruits cuits) et minéral (mine de crayon); l’équilibre est très beau. La fin de bouche est juteuse, bien sèche, fruitée et assez longue. D’une très belle maturité, ce vin fait partie du trio de vedettes.

Plus pâle et plus évolué que le précédent, le Lagrange, 3e grand cru classé de Saint-Julien, est moins aromatique, moins fruité, plus floral, avec des fruits cuits (dattes), de la torréfaction (café), des feuilles mortes et une légère note animale. Le corps est moyen, il est plus délicat, plus fin, mais plus boisé avec, en bouche, des arômes de tabac, de cacao, de café et l’équilibre est assez beau. La finale est boisée, moins rafraîchissante que le Brane, plus verte, plus austère et un peu amère; la longueur est bonne.

Le Pontet-Canet, un 5e cru classé de Pauillac, est grenat moyen et légèrement évolué. Le nez est intense, très torréfié (grillé, chocolat noir) et animal. Bien équilibré en bouche, il est rond, assez boisé, avec des tannins un peu austères. La finale est bien sèche, torréfiée, boisée, avec des fruits cuits et elle est très, très longue. Un des vins les moins chers de la soirée, il s’est classé tout juste derrière les trois vedettes (MAG l’avait coté ****).

Troisième membre du trio vedette de bordeaux rouges, le Montrose, 2e grand cru classé de Saint-Estèphe, est grenat très foncé et peu évolué. Le nez est moyennement intense, animal, un peu médicamenteux (menthol), assez complexe, avec de la cendre et des fruits cuits. Ce n’est pas le vin le plus corsé, le plus gras du lot, mais un des plus tanniques; avec beaucoup de fruit, une très belle acidité et un super équilibre. La fin de bouche est astringente, boisée, fruitée et légèrement végétale. Un vin encore bien jeune, superbe en bouche, presque parfait.


Philippe a terminé sa dégustation avec trois bordeaux blancs d’autres millésimes, dont deux vins doux :

Larrivet Haut-Brion 2009, Pessac-Léognan (au lieu de l’Esprit de Chevalier annoncé)
Sublime de Clos Jean 1995, Loupiac
Château Saint-Amand 2001, Sauternes


Le Larrivet Haut-Brion est jaune doré assez riche et brillant. Le nez est très intense, explosif, très fruité (pomme, pêche), floral, avec des noix (amande grillée), du bois vanillé et une légère oxydation. En bouche, il est solide, gras et très, très fruité; il est minéral, bien sec et « généreux » (14 %/vol); le bois et l’oxydation n’ont pas plu à tous. La finale est très fruitée et très rafraîchissante et le vin est très persistant. Probablement à son apogée.

Le Sublime de Clos Jean est or orangé assez foncé et bien évolué (reflets brunâtres). Il est très aromatique, assez botrytisé, très fruité (pêche), avec du miel et de la cire d’abeille, du zeste d’orange et un début d’oxydation. La bouche est grasse, avec un bon équilibre sucre-acidité, du sucre d’érable, de la tire éponge et une certaine chaleur. Ça finit sur la marmelade, les fruits confits et le caramel brûlé et c’est très long.

On termine avec la grande vedette de la soirée, qui a presque fait l’unanimité, devant les trois meilleurs rouges, le Saint-Amand, or orangé moins prononcé que le Loupiac. Le nez est très intense, très « sucré », très botrytisé, avec des fruits tropicaux (ananas), des notes florale et épicée (poivre blanc, muscade). Le vin est moyennement corsé, bien sucré, mais sans amertume, encore plus fin que le Loupiac et très bien équilibré. En finale, c’est de la cire d’abeille et de la marmelade et la persistance aromatique est impressionnante.


Philippe a très bien réussi son défi : montrer que, dans les grandes communes du Bordelais, les producteur les plus sérieux (chanceux ou audacieux peut-être) arrivent à faire des vins « classiques » avec un potentiel de garde tout à fait respectable, même dans les millésimes plus difficiles.

Il nous donne rendez-vous pour une prochaine dégustation où il s’attaquera au cépage crève-cœur : le pinot noir.


Alain Brault
Académie du vin de l'Outaouais