Académie du vin

Dégustation du 2 octobre 2019

« Dix ans après – Le millésime 2009 »

organisée par Alain Brault



Le millésime 2009 a été coté de très bon à très grand, parfois même excellent, selon les critiques et les régions. Il s’agit d’un millésime soleil; on peut donc s’attendre à beaucoup de maturité (lire sucre) à peu près partout.

Cette dégustation de onze vins a couvert quatre régions de France, la Loire, la Bourgogne, le Rhône et Bordeaux; une d’Italie, la Toscane; une d’Espagne, la Rioja; ainsi que l’Afrique du Sud.

Les vins ont été servis à l’aveugle, les participants connaissant l’identité des vins, mais pas l’ordre de service.


D’abord, le Vouvray Pétillant Brut Réserve 2009 du Domaine Huet. Nous sommes en Touraine, pays du chenin blanc, au centre de la Loire, où l’effet millésime est toujours important. 2009 y a été coté « très bon millésime » et le vin devrait avoir atteint sa maturité il y a quelques années et devrait tenir encore une dizaine d’années. Il est jaune doré et bien pétillant. Le nez est intense, fruité (pomme, pêche, coing), minéral et légèrement brioché. L’attaque est vive, l’effervescence éclate en bouche et l'on retrouve les mêmes arômes qu'au nez, avec un léger rancio; l’équilibre est très beau. La finale est juteuse, fruitée, un peu dure et très persistante. Un des vins les plus appréciés de la soirée.


Viennent ensuite deux chardonnays faciles à différencier juste au nez : le Meursault Collection Bellenum 2009 de la maison Roche de Bellene et le Chardonnay Five Soldiers 2009 de Rustenberg.

En Côte de Beaune, 2009 est considéré comme un « très grand millésime » pour les blancs, malgré un manque d’acidité généralisé et un risque de surmaturité. On est également en pleine période ou les bourgognes blancs souffraient souvent d’oxydation prématurée. Ce Meursault est plutôt pâlot et assez discret, mais n’est pas oxydé; il est fruité (agrumes, écorce de citron, pomme blette) et peu boisé. En bouche, la texture est correcte, le vin est bien sec, l’acidité acceptable et l’on détecte des arômes de noix (amande), de beurre et d’agrumes. La fin de bouche est très sèche, un peu dure et très chaude.

En Afrique du Sud, il y a eu canicule, ce qui a demandé une bonne irrigation. Five Soldiers est un clos particulier dans le ward Simonsberg-Stellenbosch (Coastal Region). Ce Rustenberg est fait exclusivement de chardonnay et a passé quinze mois sur lies, en barriques de chêne français (70 % neuf). Le vin est un peu plus foncé. Il est très aromatique, très boisé, vanillé, assez fruité (pomme, citron), avec une légère note soufrée au début. Il est très gras en bouche et le bois (coconut) couvre le fruit; on y détecte quand même des fruits mûrs (pomme, poire), du beurre, du poivre blanc et l’acidité donne un très bel équilibre. Ça finit très sec, un peu rêche même, un peu chaud et fruité, mais surtout boisé et c’est très, très long. Un vin encore bien jeune.


Suivent trois vins rouges très différents, également facilement identifiés : le Pinot Noir Seven Flags 2009 de Paul Cluver, l’Imperial Rioja Gran Reserva 2009 de CVNE et le Saint-Joseph 2009 de Vincent Paris.

Le Seven Flags est un assemblage des meilleures cuvées de pinot noir de ce producteur. Ce vin vient du district Elgin (Cape South Coast), juste au sud de Stellenbosch, où 2009 est considéré un « très bon millésime » pour le pinot noir, le riesling, le sauvignon blanc et le cabernet sauvignon. Avec sa robe pâle, assez évoluée, ce pinot noir a évidemment été immédiatement reconnu par les participants. Le nez est très ouvert, bien typé, un peu chauffé, assez tertiaire, fumé, épicé, fruité (fruits noirs, mûres), avec une note végétale. Il est rond en bouche, moyennement corsé, bien sec, peu fruité, avec une belle vivacité, des tannins assez fondus mais bien présents et une note animale. La finale est astringente, fumée et assez longue.

En Rioja, on parle de gros rendements en 2009 et de vins à boire jeune. Le millésime est classé « très bon », même si la température moyenne y a été plus élevée qu’en 2003! L’Imperial est rubis opaque peu évolué. Il est bien ouvert au nez, avec du bois vanillé et des épices. En bouche, il est soyeux, pas gros, tout en finesse, avec des tannins souples, le bois vanillé typique, du tabac, du fruit (framboise, fraise, cerise) et l’acidité du tempranillo qui donne un très bon équilibre. La fin de bouche est torréfiée (café noir) et très persistante.

Dans le Nord du Rhône, on compare le millésime 2009 à 1990, excellent en quantité et en qualité, ayant donné des vins délicieux jeunes, mais pouvant vieillir. Le Saint-Joseph, grenat pâle, est le plus évolué des trois vins. Il offre un très beau nez, ouvert, complexe, fumé, avec du fruit, de la viande, du cuir, du poivre et de l’olive. En bouche, il est tout en rondeur, bien sec, encore bien fruité, avec une très bonne acidité, peu de bois et un équilibre parfait. La finale est juteuse, fruitée, très fumée et très longue. Un vin très fin, prêt à boire; troisième vin le plus apprécié de la soirée, ex aequo avec le sauternes.


On arrive aux « gros canons » : deux super-toscans, Luce 2009 de Frescobaldi et Tignanello 2009 de Marchesi Antinori, servis à côté de deux bordeaux, Château Clerc-Milon 2009 de Rothschild et Clos du Marquis 2009 de Léoville-Las-Cases. En Toscane, 2009 a donné des vins généralement concentrés, énormes même et souvent confiturés, les meilleurs ayant un fruité riche, mais une bonne acidité. À Bordeaux, on parle d’un millésime extraordinaire, très (trop?) mûr, ayant donné des vins très extraits, mais certains châteaux ont réussi à faire des vins superbes.

Avec le Luce, on est à Montalcino et le vin est un assemblage de sangiovese et de merlot. Il est bien foncé. Au nez, il est torréfié (chocolat) et bien boisé, avec un peu de sel de céleri. En bouche, il est très corsé, costaud, plutôt boisé, avec des tannins encore austères, un beau fruit et un bon équilibre. La fin de bouche est fraîche, très astringente, plus boisée que fruitée et très, très persistante. Un vin encore bien jeune.

Le Tignanello est un assemblage de sangiovese, de cabernet sauvignon et de cabernet franc. Il est rubis foncé, peu évolué, mais au nez, il semble plus avancé, avec des fruits cuits (raisins de Corinthe), de la réglisse noire, du tabac et même du « garden cocktail » et une note végétale. Il est beaucoup plus rond, plus soyeux que le Luce en bouche, plus fruité aussi (fruits noirs cuits), avec des tannins quand même bien présents, une bonne acidité et un bois relativement discret. La finale est juteuse, astringente, fruitée, torréfiée (chocolat au lait) un peu chaude et assez longue.

5e grand cru classé de Pauillac, le Clerc-Milon est fait de cabernet sauvignon (50 %), de merlot (44 %) et de cabernet franc, petit verdot et carmenère. La robe est très foncée et un peu plus évoluée que les trois autres. L’intensité aromatique est moyenne et le vin montre des signes d’évolution avec une note sauvage qui s’ajoute aux fruits rouges et à la note végétale typiques. En bouche, la texture est très belle, malgré des tannins bien présents, mais assez fins et l’équilibre est impeccable; on y détecte des arômes de torréfaction (chocolat noir),de la cerise noire et un début de maturité. En fin de bouche, c’est un beau bois, de la torréfaction, de la générosité et une grande persistance aromatique. Une merveille qui n’a pas encore atteint son apogée. Le vin de la soirée!

Pour sa part, le Saint-Julien Clos du Marquis est un assemblage de cabernet sauvignon (70 %), de merlot (20 %), de cabernet franc (8 %) et de petit verdot. Encore bien jeune à l’œil, le vin est très ouvert au nez, exubérant même; il est très fruité, chocolaté et minéral (graphite). L’attaque est végétale et il est assez rond, bien charpenté en bouche, avec des tannins assez souples, des fruits cuits (griotte), de la minéralité, de la chaleur et un équilibre irréprochable. La finale est fraîche, astringente juste ce qu’il faut et très, très longue. Mérite encore 5 à 10 ans de cave. C’est le deuxième vin le plus apprécié de la soirée.


Et, pour dessert, un grand sauternes, Château Doisy-Daëne 2009, 2e grand cru classé de Barsac, voisin du Château Climens. Le millésime 2009 est considéré comme exceptionnel dans la région, avec le botrytis qui est arrivé tard en septembre, ce qui a obligé à vendanger très vite, parfois même par grappes entières au lieu des tries successives habituelles. Le Doisy-Daëne est fait à 88 % de sémillon et 12 % de sauvignon. La robe est d’un bel or riche, à peine évolué. Le nez est très intense, très fruité (agrumes, pelure d’orange confites, marmelade), avec du miel et de la cire d’abeille. L’attaque est sucrée, mais fine, sans lourdeur; on retrouve le miel, le botrytis est moyen, le fruité intense, très agrume, avec de la pêche et l'équilibre assez bon quoique certains auraient aimé un peu plus d’acidité. La finale sucrée, passerillée et botrytisée est très persistante. Troisième vin le plus apprécié de la soirée avec le Saint-Joseph.


En conclusion, quelques très belles surprises – les trois bordeaux, le Clerc-Milon surtout – et quelques déceptions – les super-toscans et le bourgogne. On voit que le millésime a été très chaud. Certains vins ont atteint leur apogée, certains sont encore jeunes et d’autres sont fatigués. Une dégustation très intéressante qui a fait réfléchir plusieurs participants sur l’avenir à réserver aux 2009 qu’ils ont en cave.

L’an prochain… le millésime 2010, un peu moins coté que 2009 en France sauf, peut-être, dans le Rhône, mais considéré comme supérieur à peu près partout ailleurs.


Alain Brault